Catch

Le Meurtre du père

J'ai tué celui qu'il ne fallait pas.

Jean Cocteau, La Machine infernale

Dans le cadre de la réforme éditoriale récemment annoncée en ces colonnes, le servile Henri Death obéit aux ordres de ses chefs vénérés et vous propose une nalyse de Raw. Mais courte, la nalyse. Au menu : du carré, du précis, des gros titres, du chronologique et du qui va à l’essentiel. Mais sans oublier la surinterprétation d’une mauvaise foi absolue qui a fait la légende de notre collaborateur. C’est un essai : si vous trouvez ça tout pourri, n’hésitez pas à le dire en commentaires. Mais gentiment, sinon il va pleurer.

 

 

Précis et carré ? C'est tout moi, ça !

 

 

Nalyse du Raw du 8 octobre

 

Promo : John Cena

 

De retour après quelques semaines d’absence suite à une vilaine blessure au coude (avec un d, hein), le Marine, toujours aussi niaiseux, commence son discours par dire combien il est trop délire content d’être là et à quel point le public lui a manqué. Faisant un rapide bilan des changements intervenus pendant son absence, il conclut sa diatribe par une vigoureuse critique envers un CM Punk dévoyé : la voix des sans-voix est devenue selon lui la voix des égoïstes. Cet homme-là ne mâche pas ses mots. Enfin, histoire de nos rappeler qu’il n’est pas venu pour monter des blancs en neige, Cena nous rappelle qu’il veut toujours un match de championnat à Hell in a Cell.

 

Match : Ryback contre Primo et Epico

 

Toujours invaincu à la WWE, vu qu’on ne lui a encore pas donné de vrais adversaires, Terminator s’impose encore une fois avec une étourdissante facilité. Le message est clair : une équipe reconnue ne représente pas pour l’élégant Ryback un danger plus important que le premier jobber local venu. Le monstre serait-il prêt à poser le pied sur un nouveau barreau de l’échelle hiérarchique de la WWE ? La réponse est oui, et pas qu’un peu, mon neveu. Nous en aurons la confirmation plus tard.

 

 

C'est vrai que depuis le départ de John Morrison, il manquait quelqu'un pour attirer le public féminin.

 

 

Match (mais en fait pas) :  Brodus Clay contre R-Truth

 

Avant le début du match, R-Truth présente une requête : son ami invisible Little Jimmy, sans doute inquiet pour son pote Truth, préférerait danser plutôt qu’assister à un combat de catch. Cette grosse raclure de Clay, n’hésitant pas à entrer dans le jeu de Truth au risque d’aggraver ses troubles mentaux, accepte avec plaisir et, accompagné de ses deux hôtesses, entame une danse endiablée avec Little Jimmy. Cette consternante séquence est heureusement interrompue par le patron lui-même : Vince McMahon a une annonce à faire !

 

Promo : Vince McMahon et CM Punk

 

Les guignols dansants (comme les bâtonnets) virés, le boss s’avance sur le ring d’une démarche décidée. Le patron se faisant relativement rare à la télévision, on imagine alors que l’annonce sera d’importance. Il entame alors un discours aux limites du bris du kayfabe, rappelant que ce que le public de la WWE veut, c’est de l’action, de l’émotion, des leprechauns… Bref, tous les ingrédients d’une bonne série télé. Ces paroles curieuses, reconnaissant presque ouvertement le caractère fictif des histoires diffusées par la WWE, sont bien évidemment  victimes du syndrome dit de de « l’interruption intempestive préparée », au moment où retentit la musique de CM Punk.

 

Accompagné de son porteur de ceinture personnel Paul Heyman, le champion vient une nouvelle fois couiner en demandant du « respect ». Cette recherche permanente du respect et de la reconnaissance ne peut avoir qu'une origine : probablement traumatisé dans son enfance par un père trop lointain, Punk a visiblement mal vécu son complexe d’Œdipe et a effectué un transfert affectif sur le chef paternaliste de la fédération. Dans ce contexte psychique douloureux, sa question « Vince, do you respect me ? » est plutôt à interpréter comme « Papa, es-tu fier de moi ? ».

 

 

Bisous, Papounet !

 

 

Devant cette interrogation, Vince louvoie. Oui, dit-il, il respecte le règne de champion de CM Punk. Mais il doit bien avouer qu’il n’est pas un « CM Punk guy » et que le succès de la compagnie n’est dû ni à lui, ni à aucun membre du personnel de la WWE, mais uniquement au public. On croirait entendre Cena… C’en est trop pour le champion au crâne rasé, qui ne peut s’empêcher de balancer une vigoureuse baffe en travers de la gueule du vieil homme. Ce dernier lance alors un défi à son agresseur : un match, ce soir ! L’idée peut paraître exagérément optimiste de la part d’un homme qui vient de s’écrouler lourdement au sol à la suite d’une simple gifle, mais au moins est-elle la promesse d’un nouveau développement dans l’histoire centrée sur Punk.

 

Évidemment, ce gros salopard de Punk (trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt-six, une centaine de kilos) n’est pas homme à refuser le combat contre un homme de soixante-sept ans et c’est avec un grand sourire qu’il accepte de relever le challenge, malgré les dénégations de Paul Heyman. Le meurtre du père n’est pas loin… Hasard amusant : il se trouve que l’auteur de ses lignes a le même âge que Punk, et que son père est né la même année que Vince. Vous imaginez donc bien combien j’ai été ému par cet épisode de Raw.

 

Match : Prime Time Players contre Rey Mysterio et Sin Cara

 

Au risque de perdre la moitié de mon lectorat, j’ai décidé de vous l’avouer : je suis un fan de Sin Cara. Certes, le bondissant mexicain est coutumier des botchs et approximations (mais après tout, son style acrobatique n’est-il pas par essence générateur de plus d’erreurs que celui de Mark Henry ?). Mais ses mouvements incroyables sont toujours pour moi une source de plaisir et d’admiration sans borne. Et son association avec le vétéran Rey Mysterio me semble très bénéfique pour lui. Dans ce match, il m'a paru bien plus fluide et plus rapide qu'à l'accoutumée. Bref, Sin Cara progresse et je en désespère pas de le voir livrer les très grands matchs qu’il est, j’en suis persuadé, capable de proposer.

 

Fort heureusement, ce sont les héros masqués qui remportent la victoire sur les insipides Prime Time Players, dont le style sans éclat et les personnages de gros abrutis m’exaspèrent. Sin Cara et Rey Mysterio sont donc qualifiés pour la finale du tournoi qui déterminera les aspirants au titre de champions pas équipes.

 

Segment Backstage : CM Punk cause avec Paul Heyman

 

Heyman essaie encore une fois de dissuader Punk de se battre contre McMahon. Selon lui, un match contre le patron de la compagnie ne pourra que leur attirer des ennuis à tous les deux. Punk reste sourd à ces arguments.

 

 

Qu'est-ce qu'il peut contre moi, Vince ? M'obliger à quitter la fédé ?

 

 

Match : Wade Barrett contre Sheamus

 

Après quelques secondes d’un combat assez peu axé sur la technique, le Big Show se pointe, pose son énorme arrière-train sur une chaise et regarde le match d’un œil attentif.

 

 

Et un peu torve, aussi, l’œil.

 

 

Dans le genre bourrin, le match est plutôt bon, et Barrett s’en tire très honorablement. Même s’il ne semble pour l’instant être qu’un personnage secondaire dans la course autour du titre du champion de Smackdown, une feud entre lui et Sheamus serait probablement fort intéressante à suivre.

 

Après plusieurs minutes de combat, voilà-t-y pas que Tensaï débarque, monte sur le ring de sa démarche de danseuse classique et attaque Sheamus (qui remporte donc le match par disqualification). L’œil du Big Show se fait désormais amusé. Sheamus, toujours booké comme John Cena, réussit à se débarrasser de l’anglais et du pseudo-japonais et, même s’il est dégagé du ring par un Big Show qui s’est finalement décidé à intervenir, son énergie et sa détermination découragent le géant qui regagne les coulisses sans poursuivre le combat.

 

Segment backstage : AJ et CM Punk

 

Punk propose à AJ de renoncer au match, prétextant que les instances dirigeantes de la WWE risqueraient de ne pas apprécier de voir le boss de la compagnie se faire briser tous les os en direct à la télévision, et pourraient en vouloir à la frêle General Manager de l’émission. Traitant le champion de couard, AJ refuse d’annuler le combat, permettant ainsi au machiavélique Punk d’affirmer que désormais, tout ce qui pourrait arriver à McMahon relève non de sa propre responsabilité, mais de celle d’AJ elle-même. Ce garçon en a décidément dans le citron.

 

Match : Antonio Cesaro contre Tyson Kidd

 

Fort logiquement remporté par le champion US au vu de la place respective de chacun des deux hommes dans la carte, ce spectaculaire affrontement est encore une fois l’occasion de se demander pourquoi Tyson Kidd n’est pas davantage mis en valeur à la WWE. Ce type est capable de faire un bon match avec n’importe qui ! Quand lui donnera-t-on une vraie feud, voire un vrai titre ? Zut alors !

 

Match : Team Hell No contre Dolph Ziggler et Alberto del Rio

 

Encore une fois opposés à une équipe heel, les champions, clairement soutenus par la foule, commencent le combat par leur traditionnelle engueulade. Le combat, assez long, met en scène quatre hommes talentueux, aux styles très complémentaires et est vraiment plaisant à suivre. Ce sont bien entendus les champions en titre qui le remportent, à la grande joie du public.

 

Segment Backstage : Jim Ross et Vince McMahon

 

JR essaie de dissuader son vieil ami Vince de se battre contre Punk, et lui rappelle ce qui est arrivé à Jerry Lawler peu après son match contre le champion. Permettez-moi de trouver que l’utilisation de la crise cardiaque réelle du King dans le cadre d’une storyline fictive est assez discutable, mais il est vrai qu'on a déjà vu pire.

 

 

Non, Vince ! Ne fais pas ça ! Pense à ce qui est arrivé à la femme et aux enfants de Chris Benoit !

 

 

Paraphrasant le Rock, c’est par un péremptoire « it doesn’t matter what you think » que Vince met fin à la conversation.

 

Larry King invite the Miz

 

La vedette de la télévision américain Larry King et son épouse sont au cœur de la séquence suivante, assez mal écrite. Imaginez la scène : Larry King invite le Miz, qui, affichant son air arrogant habituel, lui dit qu’il doit être flatté de l’accueillir, et proclame fièrement que c’est son anniversaire. Ce à quoi King rétorque que son anniversaire, d’abord, même que on s’en fout et que du coup, hop, il change d’invité et propose à un Kofi Kingston hilare et tout de costard vêtu de le remplacer.

 

Bien. Nous savons maintenant que quand Larry King reçoit quelqu’un sur un plateau de télé, il prévoit toujours un deuxième invité, qui attend en coulisses et remplace le premier s’il se révèle ne pas être sympa. C’est d’un réalisme absolu. Et le pire, c’est que Kofi semble ravi d’être là, n’ayant visiblement pas compris qu’il n’était qu’une roue de secours, même pas sûr à l’origine d’avoir le droit de poser un pied devant les caméras.

 

Même s’il faut bien reconnaître que l’on a déjà vu à la WWE nombre de choses bien plus incohérentes, l’on ne peut s’empêcher de regretter les séquences de ce genre, qui donnent l’impression d’avoir été écrites sur un coin de serviette en papier à la fin d’un repas au restaurant.

 

 

Avec ses blagues de cul, Vincent Perrot arrive même à outrer Philippe Bouvard et Amanda Lear.

 

 

Et ce qui devait arriver arriva : le Miz menaça Larry King (soixante-dix-neuf ans) de représailles physiques et se vit lancer un verre d’eau au visage par l'épouse du vieillard, avant de se faire défoncer la gueule par Kingston. Malgré le peu d’intérêt de la séquence, réjouissons-nous de voir Kofi Kingston rebondir après la perte du titre tag team et se lancer à l’assaut de la ceinture intercontinentale.

 

Et soyons heureux aussi de voir que la WWE ne cède pas à la mode du jeunisme, considère les personnes âgées comme absolument égales à n'importe qui d'autre, et n’hésite pas à montrer des athlètes trentenaires s'en prendre à des vieillards.

 

 

Jeanne Calment a de la chance d’être morte ! Sinon je lui aurais défoncé sa sale petite gueule de pute !

 

 

Match : Santino Marella et Zack Ryder contre Team Rhodes Scholars

 

Deuxième demi-finale du tournoi des équipes, le match laisse peu de place au suspense. La première équipe qualifiée plus tôt dans la soirée étant face, on voit mal comment les heels pourraient subir une défaite. C’est donc sans surprise que l’on assiste à la victoire de Rhodes et Sandow au terme d’un match très correct, au rythme enlevé.

 

Après le combat, Jinder Mahal, Drew McIntyre et Heath Slater viennent achever Santino d’une pluie vengeresse de coups de pied. On ne sait pas trop où on va avec ces trois-là, mais force est de constater que leur association n’a pas multiplié leur charisme par trois.

 

Segment Backstage : Paul Heyman et Vince McMahon

 

Paulo veut apaiser le conflit entre Punk et Mr McMahon, mais ce dernier ne semble pas prêt à lui accorder sa confiance. L’entretien sur conclut sur une mise en garde qui sonne comme une sombre menace : Heyman, l’air triste, espère que Punk ne fera pas à Vince ce que Brock Lesnar a fait à son gendre Triple H.

 

Match : Eve contre Kaitlyn

 

C’est la nouvelle championne Eve qui remporte le combat, par soumission. Emportée par son amour de la souffrance, elle maintient longuement la prise après l’abandon de son adversaire, mais affiche par la suite un regard désolé et feint de se préoccuper de la santé de la pauvre Kaitlyn (et, comme chacun sait, la feint justifie les moyens).

 

 

Il a suffi qu’Alicia Fox se rase la tête pour devenir championne.

 

 

Segment backstage : Alberto Del Rio, Ricardo Rodriguez et Josh Matthews

 

Josh Matthews, qui adore décidément faire chier les heels au risque de se faire balancer dans la première poubelle venue, tient absolument à faire une revelation stupéfiante à Del Rio : Randy Orton a publié un twit ! Si ! Il y affirme qu’il sera présent à Smackdown vendredi pour s’expliquer virilement avec le mexicain. Del Rio s’en fout et se casse.

 

Segment backstage : Daniel Bryan, Larry King, sa femme et Kane

 

Bryan, inquiet de son pouvoir de séduction, essaie de draguer l’épouse flétrie du gars Larry. La conversation est interrompue par Kane. King et sa femme se cassent.

 

Match : CM Punk contre Vince McMahon

 

Alors que Vince se dirige vers le ring, CM Punk l’attaque par derrière comme un gros bâtard et le balance sur le ring pour poursuivre son œuvre de démolition. Malgré son âge, McMahon réussit à rassembler ses forces et colle un spear à l’irrespectueux jeune homme, mais ne parvient pas à prendre l’avantage. S’ensuivent plusieurs minutes de destruction systématique du patron de la WWE, qui rappellent son pénible match contre Bret Hart à Wrestlemania XXVI.

 

Réussissant miraculeusement à échapper à un Go to Sleep qui eût été dévastateur, Vince envoie Punk contre un poteau du ring et un bâton de kendo trouvé par hasard sous le tablier du ring lui permet de prendre le dessus. Il n’hésite d’ailleurs pas à s’en prendre également à Paul Heyman, qui tentait de se casser discrétos.

 

Vince s’empare alors de la ceinture de champion, la pose au centre du ring et invite Punk (lui aussi opportunément muni d’un gourdin de bois) à le rejoindre pour régler ça entre hommes. Le combat tourne à l’avantage de l’aîné des deux hommes. Vince est en train de remettre Punk à sa place : celle d’un enfant turbulent qui teste les limites de l’éducation parentale. Le gamin, à genoux, chiale comme un bébé. La foule exulte. Mais les velléités d’éducation autoritaire de Mr McMahon sont vite freinées par Punk, d’un violent coup dans les génitoires. Cette attaque aux glaouis, lieu de la reproduction sexuée, donc de la filiation, est un nouveau symbole évident de la métaphore psychanalytique et œdipienne que nous présente la WWE ce soir.

 

Et puis, alors que l’on pensait que ce Raw allait s’achever sur l’image d’un Punk triomphant au-dessus du corps meurtri de Vince McMahon, une phrase explose : « Feed. Me. More ! »

 

Oui, c’est bien Ryback qui vient à la rescousse de son chef bien aimé. Un push aussi brusque est certes étonnant (ce garçon n’a participé à aucune storyline vraiment construite depuis son retour sous ce gimmick, et n’a jamais eu non plus d’adversaire réellement haut dans la carte), mais il faut bien avouer, au vu de l’énorme acclamation qui l’accueille, que le public réagit très bien, et que Raw ne croule pas sous les top faces.

 

Punk tente de fuir, mais se fait bien vite arrêter par un autre nouvel arrivant : John Cena ; il n’a alors pas d’autre choix que de partir par le public (ce qui donnera lieu aux incidents que l’on sait).

 

Et c’est finalement McMahon qui a le dernier mot. De nouveau conscient, mais furieux, il met Punk face à un choix : à Hell in a Cell, il devra affronter, selon son désir, Ryback ou Cena. Cette volonté de mettre Punk en position de choisir, donc de se rendre maître de son propre destin, symbolise évidemment le passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’époque où l’on se laisse porter par les soins parentaux à celle où l’on doit prendre sa vie en main.

 

Alors qu'on ne vienne plus nous dire que le catch, c'est con.

 

 

Qui dois-je affronter ? Qui est le moins dangereux ? Le gars qui a obtenu dix-neuf titres à la WWE ou celui dont la plus grande gloire est d’avoir battu les cousins Colon ? Ah ! Cruelle indécision !

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