Catch

Le choix du roi

Un homme ne peut être trop soigneux dans le choix de ses ennemis.

Oscar Wilde

 

CM Punk devait, ce lundi, choisir l’homme qui le défierait à Hell in a Cell. Choix 1 : un Cena dont il était venu à bout lors de leurs cinq derniers affrontements, et qui plus est sérieusement blessé au bras. Choix 2 : une machine à tuer nommée Ryback, monstre invaincu et terrifiant. Comme le champion a joué au con, Cena en a profité pour lâchement se dérober à une sixième défaite de suite et propulser Ryback au statut de First Contender. Cena est lâche, Ryback est unleashed et Punk est niqué.

 

 

Bourre et bourre et ratatam, am, stram, gra… Oh merde.

 

 

Nalyse de Raw du 15 octobre

 

 

N’écoutez pas ce vieux râleur de Spanish, qui prétend que la WWE est plongée dans une profonde stagnation. C’est absolument faux. Le renouvellement est en marche. Il marche d’ailleurs tout droit, en défonçant tous les obstacles, aussi inéluctable que le Temps, la Mort et le PSG. Il porte sur le poitrail un R qui signifie renouvellement, et tenter de se mettre en travers de son chemin est aussi ridicule que pathétique.

 

 

Même les tirs des canons de l’US Army sont sans effet sur Godzilla!

 

 

On croyait que, après les échecs Bobby Lashley, Umaga, Khali ou encore Vladimir Kozlov, ce vieux vicieux de Vince, connu pour son fétichisme des armoires à glace, avait finalement trouvé en la personne de Sheamus son big man d’avenir, et qu’il s’en tiendrait là. On avait même voulu voir dans la montée en puissance de gabarits moyens comme Punk et Bryan, concomitante avec la relégation dans les bas-fonds de bestiaux comme Mason Ryan ou Ezekiel Jackson, le signe que la chasse au colosse démolisseur était en veilleuse du côté de Stamford. On avait tort. Le succès de l’opération Sheamus a sans doute convaincu le patron de la répéter quasiment à l’identique : identification du colosse, winning streak, main event.

 

 

L’objet de merchandising WWE de la semaine : ce seyant maillot de bain qui fera le bonheur de votre maman l’été prochain à la plage !

 

 

Clay, Tensai et Ryback seraient les trois spermatozoïdes lancés presque simultanément à l’assaut de l’ovule « Overitude ». Les deux premiers se sont crashés, mais le troisième a atteint son but. Le bon peuple américain, qui n’aime rien tant qu’un gros bœuf nourri aux OGM (y a qu’à voir ce qu’ils bouffent), s’enflamme pour le cyborg aux biceps plus gros que la tête, et scande désormais en chœur FEED ME MORE — ce qui, vous en conviendrez, est plus facile que de décrypter les idéogrammes recouvrant le crâne de Tensai ou de tenir la cadence sur un dancefloor face à Naomi et Ariane.

 

 

– FUNK IS ON A ROLL YEAH YEAH YEAH YO !

– Coupez ! C’est la musique de l’autre !

 

 

Mon redoutable camarade Big Botch Man vous a merveilleusement conté le fabuleux destin du Terminator, avec un sens du timing parfait, puisque blam, pas plus tard qu’au Raw suivant, notre musculeux héros devenait First Contender.

 

L’affaire se fit en deux temps, et comme souvent pour ces histoires d’importance, les deux temps en question furent le segment d’ouverture et la séquence de conclusion de la soirée. Bon, pas vraiment le segment d’ouverture en fait, puisque celui-ci fut consacré au World Heavyweight Championship, mais ce petit quart d’heure — promo du Big Show, chambrage de Bryan, match entre les deux ordonné par une AJ rancunière comme toutes les femmes, victoire du gros, sauvetage du petit par Kane — n’était qu’un amuse-gueule, puisque l’univers entier attendait impatiemment l’annonce du choix de son inamovible champion.

 

 

Apparemment, le Big Show n’a pas encore compris le principe du Hug it out.

 

 

Punk, flanqué de son éternel glad-handing nonsensical hey-man, n’allait évidemment pas faire ce qu’on attend de lui, sinon il n’est plus CM Punk, il n’est plus heel, il n’est plus qu’un pauvre con comme les autres, aussi plat et prévisible qu’un bulletin météo ou une promo de John Cena. Et ça, pas question, donc allez tous vous faire mettre, je vous la donne pas, ma réponse, na. Evidemment, cette grande manifestation de maturité n’était pas du goût de Vince, qui débarquait (sans kendo stick) et déclarait que tiens, ça lui apprendra à la jouer démocrate, non mais vraiment, vous leur filez le droit de vote et ils s’abstiennent, maintenant c’est marre c’est moi le patron donc c’est moi qui décide… mais pas tout de suite, hein, faut bien faire poireauter les gogos jusqu’à la fin du show, donc vous saurez qui Punk affronte seulement si vous tenez les trois heures, courage, y a du café en vente aux stands, par brocs (lesnar) de deux litres.

 

 

– CM, après le show on va bouffer italien ou chinois?

Hmm… J’ai pas envie de choisir. On n’a qu’à demander à Vince de décider.

 

 

Sautons allégrement les deux heures et demie suivantes, au cours desquelles on vit Punk tenter sans succès d’obtenir un nouveau match contre Vince, avec comme enjeu la possibilité de choisir son adversaire à Hel in a Cell s’il venait à vaincre le Chairman (notre champion change décidément souvent d’avis, mais c’est normal, y a que les cons et les faces qui restent ancrés sur les convictions), et nous voilà devant cette fameuse table autour de laquelle les catcheurs, quand c’est vraiment vraiment important (donc pour environ un match de championnat sur dix) signent un contrat.

 

Punk est là, Cena et Vince aussi, et y a aussi un sacré intrus, avec ce Ryback qui semble autant à sa place en cette auguste compagnie qu’Eric Raoult à un débat sur la phénoménologie au Collège de France. En même temps il a pas l’air trop stressé, le bifteck, il sait qu’on ne lui demandera pas de faire de trucs compliqués qu’il maîtrise pas comme du temps de NXT quand il devait faire du cloche-pied ou empiler des cubes, non, il est là pour dire FIDMIMOR et briser des os, et ça ça va, il maîtrise.

 

 

Tain, y a bien une table, mais y a pas de bouffe dessus ! C’est quoi cette embrouille ?

 

 

Vince doit donc annoncer qui va faire mamuse avec Punk dans la cage, Punk, dépité, signe d’avance le contrat, soulignant que de toute façon, Vince fait toujours ce qu’il veut (lointain écho de la promo séminale du 7 juin 2011 à Las Vegas), et là Cena prend le micro et déclare que nan, finalement, il passe son tour.

 

 

Je viens de checker le calendrier, et le soir du ppv y a Marseille-Lyon, donc votre truc dans une cage là, ça sera sans moi, désolé !

 

 

Voyez-vous, Cena veut évidemment redevenir champion du monde, c’est vrai qu’il l’a été onze fois mais que voulez-vous, c’est une drogue à accoutumance ce truc… Mais ce qu’il veut encore plus, c’est que Punk prenne une grosse peignée, et bon, voilà quoi, l’armoire à glace qui semble sortie d’un cauchemar d’anticipation soviétique, là, fera très bien le travail.

 

Oui, John Cena, jamais le dernier pour une bonne dérouillée entre potes, laisse obligeamment sa place à un quasi-newbie. On l’avait déjà vu balancer un Title Shot à la ceinture WWE, le bon John, et pas plus tard qu’en début d’année, mais la situation était fort différente, puisqu’il s’agissait alors pour lui de permettre à son pote Zack Ryder de choper un title shot pour le titre US. Cette fois, c’est très différent. Cena, désormais un vétéran à la WWE où il traîne ses pantacourts depuis dix ans, voit arriver une force inarrêtable en la personne de Ryback… et décide d’entrer dans les bonnes grâces du monstre en s’effaçant devant lui et en vantant ses mérites. En espérant sans doute que Ryback le tue en dernier.

 

Voilà, il y a un nouveau mâle alpha dans la tribu, et le mâle dominant qui l’a précédé, au lieu de faire front, se fout en posture de soumission, le cul à l’air, le museau humide d’adoration. Cena, bras en écharpe ou pas, t’es qu’une lavette, et pour ma part j’attends avec impatience le jour pas si lointain où ton pauvre stratagème te reviendra en pleine tronche sous la forme d’un Shell Shocked qui te transformera définitivement en Fruity Peeble !

 

 

Un conseil mon pote : donne-lui ta ceinture de suite et fonce lui chercher à bouffer, peut-être qu’il t’aura à la bonne aussi !

 

 

En tout cas Ryback appose soigneusement une croix au bas du contrat, en tirant bien la langue, et pour faire bonne figure démolit Punk, ça c’est quand même plus facile, et c’est l’image marquante qui clot le show, Ryback debout en secouant sa bite et en rugissant, Punk démembré, Vince et Cena rivalisant de joie, Heyman se vidant dans son slip.

 

 

– Il… Il m’a bouffé le visage ce con !

– J’avais faim.

 

 

Oui, j’y reviens, c’est du niveau du push de Sheamus fin 2009 face à Cena. Sauf que Chichi était heel, alors que Ryback est face, donc ses beatdowns ne sont entachés d’aucune entourloupe, et on peut s’en donner à cœur joie, nous autres suiveurs, qui en bons trépanés ne rêvons que de voir un type de 130 kilos péter des mâchoires et des colonnes vertébrales en bramant sa joie ! Depuis trois ans, Sheamus a strictement tout gagné à la WWE et s’est imposé comme un main eventer indiscutable. Il semble bien que l’ancien rookie de William Regal à NXT soit en passe d’emprunter la même voie royale.

 

Ce fut cela, l’histoire primordiale, centrale et cannibalisante du show, celle de l’explosion du plafond de verre par le Musclor dalleux. Il trouva d’ailleurs le temps de défoncer Ziggler et Otunga, à un contre deux, au milieu de la soirée, mais comme on l’a vu, ça n’avait pas suffi à le rassasier. Faudrait qu’il se fasse poser un anneau gastrique un de ces quatre, quand même, comme Ignatius Reilly.

 

 

– Dolph ! Ce mec est en train de me défoncer ! Viens m’aider !!!

– Voyons Otunga ! Le Handicap Match, c’est lui et moi contre toi ! C’est comme ça que je l’ai compris en tout cas.

– Aaaah ! Salaud ! Sois mauuuuuuudit !!!

 

 

Le reste de l’épisode n’a rien eu d’inoubliable, ce qui est pardonnable puisqu’il fallait canaliser l’attention et la tension (ouais je suis le roi de l’allitération, t’as vu) vers l’intense brute stéroïdée qui était au cœur du show. On a donc profité de la durée (excessive) de l’épisode pour tranquillement gérer les affaires courantes. Rapide revue de détail.

 

1. Daniel Bryan s’étant comme on l’a vu fadé le Big Show en début de show, Kane allait lui aussi devoir relever un immense défi en la personne de… Matt Striker, histoire de solder le malentendu né à Smackdown. J’adore Striker, je veux qu’il revienne aux commentaires à plein temps, et le voir reprendre du temps d’antenne, même en tant que catcheur, me réjouit beaucoup. Les Hell No continuent de dérouler leur partition humoristique sans se répéter, puisque cette fois Kane proposa au commentateur un hug de réconciliation, qui se termina évidemment en Chokeslam, puis en interview par Kane d’un Striker mort, tout ça demeure bien fun.

 

 

Striker s’en serait peut-être tiré sans Chokeslam s’il n’avait pas essayé de profiter de l’occasion pour passer un rapide coup de langue sous l’aisselle de Kane. Mais comment le lui reprocher?

 

 

2. On devait assister ce soir à la finale du tournoi désignant les challengers entre les titres par équipes. Mais figurez-vous que Rey Mysterio s’est fait porter pâle à cause d’un… rhume. Non mais les catcheurs, je vous jure… Prends un dolirhume et va faire des cabrioles, garçon !

 

 

Et puis franchement, ça l’a jamais empêché de catcher, un petit rhume. (merci à Lebowski pour avoir déniché l'image!)

 

 

Quoi qu’il en soit, Sin Cara s’est retrouvé seul comme une merde, du coup la finale a été reportée à la semaine prochaine et les Rhodes Scholars ont donc tué le temps en affrontant la version lowcard de leurs adversaires, à savoir Prico et Epimo, ou un truc comme ça. Et oui, les Scholars ont gagné, malgré Rosa qui arrêtait pas de leur montrer ses trompes de Fallope pour les déconcentrer.

 

 

Hola chico ! Laisse mon copain tranquille et viens me baiser !

Hors de ma vue, catin.

 

 

3. Rassurez-vous, fans du catch par équipes, la tenue du tournoi évoqué ci-dessus semble bel et bien avoir rappelé l’existence de cette division aux bookers, puisqu’on prend déjà le soin de builder les contenders d’après HIAC, avec une victoire des PrimeTime Players face aux gentils clowns Ryder et Santino (dont l’association est a priori porteuse, mais qui vont devoir patienter parce que les champions sont déjà des comedy faces, et nettement plus balaises). Le fait notable est l’irruption post-match du trio Mahal-McIntyre-Slater, venu pour tabasser Ryder et faire de l’air guitar, mais je suppose que comme tout le monde vous avez pudiquement détourné les yeux à ce moment-là, on ne contemple pas une agonie en direct, c’est mal poli.

 

 

Beat on the brat, beat on the brat, beat on the brat with a baseball brat, oh yeah, oh yeah, oh oh !

 

 

4. Alberto Del Rio, qui était booké comme un midcarder tout pourri du temps où il était champion du monde, est booké comme un champion du monde maintenant qu’il est midcarder tout pourri. A tel point qu’il part assez nettement favori de son match contre Orton à Hell in a Cell… Vendredi, il avait poussé à l’abandon l’insaisissable Daniel Bryan ; il en a fait de même avec le pachydermique Brodus Clay lundi.

 

 

En moins de temps qu’il n’en faut pour appeler ta mère la puta.

 

 

5. Le Miz et Kofi se sont affrontés, d’abord au micro lors d’un épisode de Miz TV qui a comme d’habitude tourné à l’humiliation physique pour le maître des lieux, mais notable par l’emploi de la formule « plafond de verre » par le champion à l’égard de son adversaire, qui plafonne effectivement depuis des lustres juste au-dessous du main event. Puis dans un match remporté par le challenger d’un Trouble in Paradise qui a paru frapper sa cible à pleine puissance, ouille. La suite, c’était mercredi à WWE Main Event, avec le titre en jeu, mais vous en saurez plus en consultant la news dédiée…

 

 

Kofi Kingston a vu Le Couperet et en a tiré une conclusion limpide: le meilleur moyen de devenir champion Intercontinental, c’est encore de tuer le champion Intercontinental en exercice. (merci à KOV qui a déniché le gif et l’a posté sur le forum)

 

 

6. En attendant le Big Show, Sheamus s’est fait la main sur Wade Barrett, dans un nouveau très bon match — mais c’est presque dommage qu’ils s’affrontent si souvent, ces deux-là, j’aurais préféré qu’on conserve ces excellents affrontements (rappelons que les deux hommes se connaissent depuis une bonne décennie puisqu’ils se sont croisés à de multiples reprises sur le circuit européen) pour plus tard, quand ils entreront dans une vraie belle feud. Que les fans de l’Anglais se rassurent, son aura n’a pas été abîmée par ce match contre le champion poids lourds : s’il a mangé son Brogue Kick, ce fut après la fin du match, remporté par Sheamus sur disqualification du fait d’une subtile intervention du Big Show.

 

 

Mais qu’est-ce que tu fais, fella ?

Un Slingshot Pelé Kick, je viens de l’incorprorer à mon répertoire, t’aimes bien ?

 

 

7. En parlant de heel qui a des fans hardcore, Antonio Cesaro a pu donner sa pleine mesure face à Justin Gabriel, comme il l’avait fait quelques jours plus tôt contre Tyson Kidd. Donnez-lui un high flyer à défoncer et le champion US (qui commence enfin à employer la cheap heat propre à tout étranger porteur de la ceinture étoilée) s’occupe du reste. En tout cas, je ne serais pas contre un programme longue durée entre Cesaro et Gabriel, qui à l’instar de son épisodique camarade de tag team Kidd mérite carrément un peu plus d’exposition.

 

 

Antonio Cesaro fact : Antonio Cesaro est tellement baraqué qu’il donne à ses adversaires des COUPS DE BICEPS.

 

 

8. Enfin, on a vu ce lundi rien moins qu’un match pour le titre des divas ! Layla faisait valoir sa clause de rematch contre Eve, et perdait de façon louche à l’issue de quelques minutes plutôt valables, puisque son gros pied plein de doigts aux ongles sans doute peints en rose vif () reposait sur une corde pendant le tombé décisif. Du rematch en perspective, donc, et on n’a pas avancé dans la passionnante enquête « mais qui est cette blonde à gros seins qui a attaqué la blonde à gros seins l’autre jour »…

 

 

Bon, mademoiselle, à l’occasion du mois de la prévention du cancer de sein je vais vous faire une palpation et… mais… mais qu’est-ce que c’est que cette boule super dure que je sens là ?

Ben c’est du silicone.

– Je sais, bécasse. J’essayais de faire de l’humour.

 

 

Il a été ce qu’il devait être, ce Raw : il ne fallait pas que d’autres grands moments éclipsent la grosse actu Rybackienne. Du coup, les deux heures et demie Ryback-free ont été consacrées à des passages simples mais utiles, puisque Sheamus et Show sont apparus balaises, les Hell No nous ont fait marrer, les Rhodes Scholars se sont imposés sans souci dans l’attente d’une finale repoussée, Layla a une raison de plus d’en vouloir à Eve, Cesaro a impressionné et Kingston s’est positionné pour un énième titre IC. Bref, du costaud. 90% de transpiration, 10% d’inspiration en somme. Soit l’exact inverse du fonctionnement de notre futur champion du monde poids lourds !

 

 

Non mais tu sais, si une croix c’est trop compliqué, mets juste un trait, ça ira.

Hmpfff… Je… vais… y… arriver… RHHAAA CASSÉ CRAYON !

 

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