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L’avenir de la WWE : What’s NXT ?

Les prévisions sont difficiles, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir.

Pierre Dac

 

Parler de l'avenir de la WWE à moins d'une semaine de la fin du monde peut sembler ironique. Mais comme j'habite à côté de Bugarach, je m'en fous un peu. Le seul truc qui peut vraiment me faire peur, c'est d'être forcé de vivre à Bugarach après le 21/12/12. Un village complètement paumé, peuplé d'illuminés et au final sans le moindre intérêt. Sauf si on prend en compte l'atelier de réparation de soucoupes volantes dans la montagne, le tombeau du Christ, le Saint-Graal et l'Arche d'Alliance.

 

 

Sans rire ? Et moi qui croyais que l'entrepôt du gouvernement était dans le Dakota du Sud !

 

 

Quelques réflexions sur ce qui se trâme dans les tréfonds du NXT

 

 

De toute façon, les Mayas sont morts depuis longtemps, ce qui démontre bien leurs talents fort modestes en matière de prospective. Cela dit, l'état présent de la WWE montre bien des signes de fin des temps. Les ratings sont en baisse ; les nouvelles stars iconiques d'une époque tardent à apparaître ; le booking est très aléatoire, parfois à la limite du grotesque ; les lutteurs sont pour beaucoup d'entre eux interchangeables, avec un style générique et une gimmick générique (je suis un lutteur et je porte un slip). Mais il y a cependant quelques lueurs d'espoir. Après un grand nombre de déceptions dans les nouveaux arrivants dans la fédération, l'année 2012 a vu apparaître de nouvelles têtes plus prometteuses : l'ineffable Damien Sandow, Antonio Cesaro, au talent in ring remarquable, le Shield, qui rebat les cartes en cette fin d'année.

 

Ah il y a eu Brad Maddox aussi.

 

Ces nouvelles superstars ont pour point commun d’avoir bénéficié d'un repackaging complet du côté développement de la WWE, à la FCW puis à NXT. Observer la fédération de développement est intéressant à plus d'un titre. Non seulement cela permet de repérer les stars de l'avenir, mais cela donne également de précieuses indications sur la politique future de la WWE. Ces changement sont en effet dus à la prise de contrôle du développement par HHH et montrent sa vision de ce que devrait être la WWE. Et donc de ce qui pourrait advenir après la retraite de VKM, quand Steph et HHH prendront la suite.

 

 

Un indice se cache sur cette photo. Sauras-tu le retrouver ?

 

 

La partie visible de NXT (les émissions enregistrées) est réalisée à la Full Sail University à Orlando (oui, à côté de la TNA). L'université offre ses infrastructures et la WWE organise des conférences régulières sur le côté business pour les étudiants. NXT a également commencé à organiser des house shows, à une échelle modeste, pour permettre aux lutteurs de s'habituer à la présence du public.

 

Le premier changement majeur qu'on peut constater est la politique de recrutement. Jusqu'à récemment, les nouvelles recrues étaient pour une bonne part des « fils de » et des bodybuilders (pour les hommes) et d'anciennes top models (pour les femmes). Les dernières recrues sont assez largement issues des diverses fédérations indépendantes, et ont donc plus d'expérience et d'entraînement. La méthode n'est certes pas infaillible mais il y a beaucoup moins de déchet. On appréciera plus amplement cet aspect en regardant le roster. On note aussi un changement physique majeur chez les divas : le tour de poitrine moyen est en forte baisse.

 

Un second aspect est la prise en compte des réactions du public. A ma connaissance, il y a eu deux turns majeurs (des heels qui sont passés face) en raison de la réaction du public à leur gimmick. Il s'agit de Paige et de Big E Langston. Il faut noter que les turns n'ont pas été suivis d'une altération notable de leur comportement et donc de leur gimmick, contrairement aux shows majeurs où les face turns sont accompagnés de leur lot de blagues moisies, de cheap pop et de miévrissement de l'attitude.

 

 

Cheap pop, check, blague homophobe, check, mimiques grotesques, check. Tremble, John Cena, ton successeur arrive.

 

 

Le titre de champion NXT est très fortement mis en valeur. Le premier vainqueur a été déterminé par un tournoi, la finale étant annoncée par the Fink et commentée par JR. Chaque défense a donné lieu à des promos conséquentes, des matchs longs et de bonne qualité, et des participations du GM et d'intervenants extérieurs : Cole est venu faire une interview, CM Punk est venu mettre en valeur le titre. On sent bien que l'émission tourne d'abord autour du titre, puis de une ou deux storylines simples autour des lutteurs les plus en vue. Bien au contraire de Raw et SD où les titres semblent souvent secondaires. Le champion en titre (et seul champion NXT à ce jour) est Seth Rollins, mais vu sa promotion au sein du Shield, il devrait perdre ce titre prochainement. On peut noter que Rollins a été le dernier champion FCW, le premier « Jack Brisco 15 champion » (un titre qui était défendu à la FCW en iron man match de 15 minutes) et qu'il a été tag team champion à la FCW avec Richie Steamboat, ce qui fait de lui le seul Grand Slam champion du développement (et il restera le seul vu que la FCW et ses titres ont disparu).

 

L'entraînement et la préparation physique sont le domaine du terrible Bill Demott, accompagné de Joey Mercury, Norman Smiley, Ricky Steamboat, Robbie Brookside, Terry Taylor et depuis peu Sara del Rey (peut-être la meilleure lutteuse en activité) et Billy Gunn. Vu l'afflux de lutteurs indy, j'imagine qu'ils se concentrent plus sur l'adaptation du style des lutteurs au format WWE, pour éviter les accidents industriels. A noter qu'un seul lutteur a été dispensé du passage en développement.

 

 

Sans commentaire.

 

 

Les émissions sont tournées une fois par mois, avec quatre tournages d'affilée donc. Cela permet certes de limiter les coûts et de permettre la présence régulière de JR sans trop le fatiguer mais cela a un défaut majeur : le décalage entre les storylines et gimmicks. Voir Seth Rollins en champion face après les interventions du Shield ou les membres de 3MB avec leur ancienne gimmick est assez gênant. Un main eventer est présent à chaque émission, généralement en dark match pour attirer le public (Cena, Sheamus, Punk et TBS sont passés à NXT).

 

Les commentaires sont assurés par une équipe de quatre commentateurs dont JR et l'excellent William Regal. Les deux autres sont assez peu enthousiasmants mais Regal aurait sans aucun doute sa place à Raw ou SD. JR est systématiquement au commentaire du main event. Le General Manager, Dusty Rhodes (qui est aussi chef de la division créative), apparaît très peu et limite ses interventions au titre de champion et à la storyline principale.

 

NXT accueille des low carders en manque d'exposition, afin de leur permettre de réaliser des matchs plus longs et de montrer une palette de coups plus importante : j'ai noté par exemple que Jinder Mahal était nettement meilleur dans ses matchs NXT et avait un arsenal de moves plus étendu que ce qu'il montrait par ailleurs. Les divas bénéficient aussi de matchs plus longs et la quasi-totalité du roster féminin vient régulièrement à NXT (sauf Eve et AJ). Certains low-carders bénéficient aussi d'un travail de repackaging quand leurs premières apparitions n'ont pas été flamboyantes. MMCG est en train de faire un face turn. Johnny Curtis est devenu Fandango, mais surtout Idol Stevens est devenu Damien Sandow après deux ou trois essais intermédiaires.

 

 

Moi, Damien Sandow, sauveur intellectuel des masses, ne tolèrerai plus de critique contre les Girondins de Bordeaux, qui ont le bon goût de défendre mes couleurs.

 

 

Voyons maintenant les rosters. Le roster tag team est réduit à sa plus simple expression. La seule équipe constituée était l'Ascension (Kenneth Cameron & Conor O’Brian), une équipe dotée d’une gimmick surnaturelle, d’une entrée géniale avec une musique excellente et des effets de lumière et d’une synergie intéressante, mais Kenneth Cameron a agressé un policier en état d'ivresse et a donc été viré. Apparemment, la gimmick va rester mais Conor est limité aux dark matches en attendant un remplaçant.

 

Le roster féminin était très enthousiasmant au début de l'émission. Là encore, on a eu des soucis avec Raquel Diaz (Shaul Guerrero) qui a décidé d'abandonner le catch, au moins provisoirement, et Sofia Cortez (Ivelisse) qui a clamé un peu trop fort sa volonté d'être promue vu qu'elle était meilleure que la quasi-totalité du roster principal (cela dit elle avait raison mais elle aurait dû attendre un peu). Pour les remplacer, Audrey Marie (la seule model restant à ma connaissance), Emma (Tenille) et Sasha Banks (Mercedes KV) sont apparues dans le roster, Sasha a notamment délivré un bon match contre Paige. Deux autres divas intéressantes sont en attente : Skyler Moon (Buggy Nova) est en rehab pour un désordre alimentaire (anorexie j'imagine) et Anya. Anya est une championne de kickboxing russe, ceinture noire de taekwondo, avec une carrure inhabituelle pour une diva (1.85m quand même) tout en gardant un physique attrayant.

 

Mais la principale attraction féminine est Paige (Brittany Knight). C'est la plus expérimentée du roster, mais aussi la plus jeune. Son père, ses frères, et sa mère (Sweet Saraya, championne Shimmer en titre) sont tous des lutteurs. Elle a commencé à 14 ans et a déjà lutté dans plusieurs fédérations féminines en indy. Elle a un style de brawler plutôt physique et une gimmick d'anti-diva. C'est la seule diva à avoir eu droit à une promo. Son seul défaut est son jeune âge, la WWE hésitant à la lancer avant qu'elle soit majeure pour les US (21 ans). Elle est très over avec le public, peut être la plus over du roster tous sexes confondus.

 

 

La majorité à 18 ans a du bon quand même.

 

 

Le roster principal est très étendu. Il comprend beaucoup de lutteurs qui ne sont pas encore apparu à l'écran et des lutteurs pas suffisamment prêts qui servent de jobbers. Parmi les lutteurs significatifs, il y a assez peu de face, Tyson Kidd et Trent Barretta entre autres remplissant souvent ce rôle. Sans surprise, mais cela reste dommage, les face ont des gimmick moins intéressantes en général. Ainsi Bo Dallas et Richie Steamboat n'ont pas de gimmick identifiable : ils sont tous deux là à cause de leurs pères et sont simplement des lutteurs en slip. Richie est un face naturel qui fait des matchs tout à fait corrects mais Bo est médiocre in ring, médiocre au micro, a un finisher moisi (le spear le plus mou que j'ai jamais vu) et a une tête improbable. Xavier Woods (Consequences Creed à la TNA) semble avoir une gimmick de clubber mais on l'a très peu vu donc peu d'éléments pour le juger.

 

En fait le seul face développé était heel à la base mais le public lui a imposé un face turn. Big E Langston a démarré avec un style à la Mark Henry. Soin truc était de couvrir ses adversaires au compte de 5 et de répéter son finisher et le pin une ou deux fois. Le public a réagi avec des chants de Five et One More time. Du coup il fait maintenant la même chose, mais aux heels. Il est mauvais au micro, c'est typiquement le genre de lutteur qui bénéficierait d'un manager. Il participe à la seule vraie storyline hors du titre. Vickie Guerrero a essayé de l'engager et il l'a rejetée vertement. Du coup elle a mis sa tête à prix. Le prochain à tenter sa chance va être Camacho qui dit avoir besoin de l'argent pour faire revenir Hunico du Mexique. Au moins grâce à lui, des Américains ont appris à compter jusqu'à 5.

 

 

Je vais maintenant vous apprendre à compter jusqu'à 6, bande d'ignoramus.

 

 

Les heels sont beaucoup plus intéressants, avec des gimmicks plus fortes et plus travaillées. Il y en a des simples aussi, comme Bronson qui semble avoir une gimmick de MMA, Jake Carter (le fils de Vader) qui semble être un séducteur prédateur, ou Corey Graves qui a été repackagé de pretty boy ténébreux à un style plus violent et dur.

 

Un exemple flamboyant du repackaging de NXT est Bray Wyatt, anciennement connu comme Husky Harris, qui semblait n'avoir rien de bien folichon à offrir. Après sa participation dans le New Nexus, il a été renvoyé à la FCW puis NXT, d'abord en équipe avec son frère (Bo Dallas) puis en solo avec cette nouvelle gimmick. Inspirée du personnage de Max Cady dans « Les nerfs à vif », elle a permis à Bray Wyatt de dévoiler un talent qu'on ne lui connaissait pas, notamment au micro (et de se débarrasser d'un énorme boulet en la personne de son frère, cette gimmick n'ayant pas de frère). Il a eu droit à des promo vidéo et live assez longues pour montrer et expliciter le personnage. Il a mis le feu au bâteau de son père (avec son père dessus) à l'âge de huit ans, se présente à la fois comme un monstre et comme un leader charismatique pouvant mener ses suivants vers les plus hauts sommets. Il force un accent du bayou pour ses promos, qui sont accompagnées d'une musique du meilleur effet en fond sonore.

 

Etonnamment il vend très bien une gimmick over the top et, après sa blessure, on lui a donc confié une stable, la famille Wyatt (en gros ses proches fidèles). Il a jusqu'ici présenté deux de ses "fils", Luke Harper (Brodie Lee, 1.98m et 119kg) et Erick Rowan (2.03m et 144kg), que j'ai surnommés Golgoth 1 et Golgoth 2. En effet, on n'a pas l'impression qu'il y a un pilote dans ces deux colosses (contrairement à un Anterak donc). Les deux semblent présentés comme des bouseux arriérés congénitaux prêts à tout pour plaire à leur « père ». On n'en sait pas plus sur ces deux nouveaux venus ni sur la manière utilisée par Bray Wyatt pour les convaincre de faire partie de sa famille.

 

 

Luke, je suis ton père.

 

 

Leo Kruger est un lutteur sud-africain assez expérimenté. Il a démarré NXT avec une gimmick générique de heel arrogant puis a subi un repackaging complet : changement de musique d'entrée, de tenue, de mimiques, de voix, de manière de parler, de moveset et de finisher. Il est maintenant le fils d'un chef mercenaire et est lui-même un braconnier chassé d'Afrique du Sud. Il parle comme un gros psycho et a une attitude férale. Il aime jouer avec ses victimes, les attaquer backstage, s'acharner sur elles après les matches. Le genre de gimmick casse-gueule qui là semble marcher.

 

Kassius Ohno (Chris Hero) est arrivé en retard par rapport à son ancien collègue de tag team Antonio Cesaro (Cludio Castagnoli). En raison de problèmes physiques il n'a été engagé qu'en début d'année et était vraiment hors de forme. Meilleur au micro et un peu inférieur in ring par rapport à Antonio (mais quand même très bon), il a eu une gimmick face à la FCW mais est passé heel à NXT. Il aime parler et se présente comme un homme extrêmement dangereux. Comme Kruger, il s'acharne après le match, ce qui lui a valu une longue feud avec Richie Steamboat, et une scène d'anthologie avec Ricky après un beatdown sur son fils (« What are you gonna do Steamboat ? Armdrag me? »). Il semble s'associer à Leo Kruger ces derniers temps (sans qu’ils soient officiellement en tag team) en raison de leur énervement face à ceux qui interviennent dans leurs beatdowns.

 

 

Je vous assure, le look de SDF avec les lunettes ça donne un aspect très dangereux.

 

 

Il n'est pas encore apparu sur nos écrans mais un Français a rejoint le roster. Tom la Ruffa luttera sous le pseudonyme de Sylvester Lefort. Etant Français il sera sans aucun doute heel. Il y avait un autre Français dans le roster sous le pseudo de Luis Fontaine mais il a eu le mal du pays et a résilié son contrat. Il y a aussi un grand nombre de lutteurs qui ne sont pas encore apparu à l'écran car engagés trop récemment. Quelques uns sont prometteurs, à l'image d'Adrian Neville (PAC) , un catcheur britannique avec huit ans d'expérience dans une bonne partie des indies de la planète. C'est un high-flyer dont les spécialistes des indies disent le plus grand bien.

 

Après l'arrivée du Shield, il va sans doute se passer un petit moment avant qu'un autre membre de NXT soit promu. Seth Rollins est très bon in ring, Dean Ambrose a un potentiel de main eventer, surtout avec son talent au micro, et Roman Reigns est un peu l'inconnue du lot. Il court une rumeur comme quoi au moins une femme serait prochainement promue, auquel cas ce ne peut être que Paige. Côté masculin, les seuls à être prêts sont heel, alors qu'il me semble qu'il y aurait plutôt un déficit de face.

 

Globalement, suivant la FCW puis NXT depuis assez longtemps, les changements ont été assez spectaculaires et plutôt intéressants. On peut penser ce qu'on veut de HHH mais il a pris des décisions qui vont dans le bon sens pour la plupart, même s'il reste bien évidemment des progrès importants à faire. En termes de qualité, NXT est dans le haut du panier des émissions de la WWE et mérite d'être privilégié par rapport à des émissions moins enthousiasmantes. Je vous invite donc à regarder les prochains épisodes, qui vont correspondre à l'après Shield et donner donc lieu à des changements majeurs (notamment le titre actuellement détenu par Seth Rollins).

 

 

C'est toi qui veux prendre le titre à Seth ? Encore une injustice à corriger !

 

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