Catch

Adios Noniña…

Partir un peu, c'est mourir moins vite

Jean-Marie Poupart (pour ceux qui n'auraient pas compris le titre)

 

Repartie d'une page blanche en cette nouvelle année, la WWE a eu le bon goût de lancer sa saison 2013 sur un show de tout premier choix, celui du retour du Rock, et si McOcee a fait parler son lyrisme habituel, c'était pour le moins de rigueur vu la qualité et la densité du programme proposé. C'est donc avec une certaine impatience que prenant un carnet, un crayon et une montagne de nachos je m'empressais de me plonger dans cet épisode commémorant les vingt ans de Raw : vu la qualité de l'épisode 1000 de l'an passé tout ça fleurait bon le moment d'anthologie ! Oh bien sur, le show fut d'assez bonne facture, voire même excellente, mais un évènement (presque) inattendu vint tout gacher dans mon petit coeur de fan : en l'espace de quelques minutes les bookers de la WWE venaient d'admettre dans l'indifférence générale leur échec à faire comprendre à leurs fans bovidés la subtilité, le sel et l'intérêt du double niveau de lecture d'un show…

 

 

Zsa Zsa Gabor disait qu'il n'y a qu'un décolleté pour pousser un homme à rechercher la profondeur chez une femme : j'en ai marre d'essayer de lui donner tort…

 

 

Nalyse de Raw du 14 janvier

 

 

Cher lecteur, je te prie de bien vouloir m'excuser, mais je vais déroger à la règle désormais de rigueur quant au format des papiers en ouvrant ma nalyse de cette semaine sur un billet editorialisant. Sache que pour cette audace, on ne devrait pas se revoir avant un certain temps, ma faculté à panser mes plaies après une lapidation par mes collègues étant inversement proportionelle à la quantité d'alcool diluant mon sang… Mais le jeu en vaut aujourd'hui la chandelle MERDE !!

 

En effet, depuis quelques temps, la WWE en général et ses bookers en particulier font l'effort louable de proposer à leur shows un double niveau de lecture. On a ainsi vu récemment un heel notoire (Dolph Ziggler) s'en prendre verbalement à un face emblématique (John Cena) en reprenant certains des arguments les plus en vogue au sein de la communauté internet des fans de catch. Ce faisant il tenait un discours allant parfaitement dans le sens de ceux-ci, tout en prenant la salle et le public traditionnel à rebrousse-poil : double niveau de lecture, entretenant l'intérêt et la flamme de chacun. Ces procédés, particulièrement mis en lumière depuis l'accession de CM Punk au Main Event, ont ensuite été utilisés à tous les niveaux de la carte : le Miz pouvait par exemple tancer Booker T sous les huées de la foule tout en reprenant des arguments dont les Cahiers Du Catch sont tartinés, alors que des feuds antérieures comme celle opposant un Punk heel à un Jeff Hardy face avaient même inspiré une analyse poussée de cette dichotomie à l'estimé Axl.

 

 

Moi en tout cas, je suis pour la dichotomie capillaire !

 

 

Malgré de nombreux coups de maître en la matière, il est une division où cela n'a malheureusement jamais pris : celle des divas. Jugez plutôt, pour la première fois depuis très longtemps, nous avions un personnage féminin supérieurement intelligent, capable de manipuler des figures d'autorité tout en obtenant habilement exactement ce qu'elle souhaitait en la personne d'Eve Torres. Fort logiquement, ce comportement valait à la belle un alignement heel, le gros du public ne cherchant pas ce type de subtilité dans les circonvolutions d'un spectacle de catch. Hélas, les smarts n'ont pas suivi non plus, préférant à ce discours au féminisme sous-jacent la débilité profonde et candide d'une AJ Lee.

 

Quand bien même de nombreuses voix s'élèvent sur les forums de catch pour déplorer la réduction du catch féminin à un concours de chair affichée sur arguments rebondis, au moment de soliciter la matière grise du smart pour réfléchir aux propos d'Eve, une autre part de son anatomie mobilise l'essentiel de son flux sanguin condamnant sa psyché à l'asphyxie.

 

 

Etonnez-vous après de la bêtise de ce type : chaque fois qu'il bande un muscle, le flux sanguin de sa cervelle passe en négatif…

 

 

Dès lors, alors que le public des salles conserve trop de dignité pour se masturber allègrement devant l'érotisme des scènes jouées dans le ring, le smart derrière son écran se focalise trop sur la synchronisation de son essuie-tout avec le tombé suggestif de ses héroïnes pour s'intéresser au fond. Conséquence, comme une sitcom à laquelle on aurait coupé ses rires enregistrés ou un DVD des inconnus regardé sans une bande de potes enthousiastes, les matchs féminins tombent à plat et sombrent dans l'ennui ou l'indifférence.

 

Comment alors retenir des talents de premier ordre comme Beth Phoenix et ses compétences entre quatre cordes, Eve Torres et son potentiel athlétique doublé d'une belle présence en coulisses, voire une Kelly Kelly au charisme compensant l'absence d'autres acuités ? Cette question reste à ce jour sans réponse.

 

 

Jamais personne n'a pissé dans un lavabo avec autant de charisme depuis Negrabjua Beat.

 

 

Toujours est-il que lassée par le faible intérêt du public pour sa division et sa ceinture d'une part, et tentée par le challenge de travailler avec son compagnon, Rener Gracie, au développement de cours d'auto-défense pour les femmes d'autre part, Eve a décidé de quitter la WWE. Celle dont Valery Giscard d'Estaing himself avait affirmé qu'elle avait un QI à se damner prend donc ses distances avec le sport-spectacle à quelques jours du record de Maryse de longévité une ceinture autour de hanches, et si elle ne doit manquer qu'à un seul suiveur de la WWE, ça sera moi…

 

Pour ceux qui n'auraient pas encore compris à quoi cette (longue) tirade faisait référence, sachez qu'en troisième match de la soirée, Kaitlyn a dépossédé Eve Torres de son titre de championne, celle-ci annonçant un peu plus tard, après le match par équipes, qu'elle en avait marre de son mauvais traitement à la WWE et qu'elle se cassait avec effet immédiat. Au revoir Eve :

 

 

Tu me manques déjà…

 

 

BREF

 

 

Reprenons à présent l'ordre chronologique du récit, et tentons d'exclure de nos têtes ce douloureux moment qui viendra briser nos petits coeurs (je m'en fous que vous aimiez pas Eve, on va faire comme si) au milieu de la soirée.

 

Tout avait commencé en fanfare avec une longue promo mettant aux prises Del Rio (venu à pied), Ricardo Rodriguez et le Big Show autour du big boss, Vince McMahon, de sortie pour le 20ème anniversaire de son show. Au terme d'un échange bien bâti, on retiendra l'affrontement programmé entre l'ex-champion du monde et le néo-gentil l'ayant dépossédé de la ceinture au Royal Rumble, ainsi que la posture toujours plus affirmée de Del Rio comme la nouvelle top star face mexicaine. Notons également le symbole surprenant de la feud principale de SmackDown ouvrant le 20ème anniversaire de son grand frère Raw…

 

 

Et c'est exactement ce que le public attendait !

 

 

Wade Barrett bat Randy Orton, clean, sans intervention, walou !

 

Premier match de la soirée, d'une originalité assez éculée, mais que voulez-vous, Orton-Barrett c'est un tube. Ces deux là ont des styles complémentaires et ma foi, quand on leur laisse dix minutes pour exprimer leur art, ils s'en sortent à merveille ! La grande surprise ici est la victoire propre et sans bavure de l'anglais, alors qu'une intervention du Shield aura eu une certaine logique : ça donne en tout cas l'impression rafraichissante que les bookers vont quelque part avec Orton, sans pour autant que la destination soit téléphonée. Dépush ? Prémices d'un heel-turn ? Mise over d'un profil similaire avant une pause dont on entend les rumeurs ? Le Rumble donnera sans doute des éléments de réponse.

 

Le segment suivant serait desservi par une retranscription à l'écrit, tant les vignettes de Kane, Bryan et du docteur Shelby valent avant tout par leur interprétation. Si vous aimez les pitreries, précipitez-vous sur ce segment, rondement joué et plutôt bien écrit, sinon retenez-en que les Rhodes Scholars sont venu interférer dans l'affaire, brillament, et que ce fut là un prétexte à deux matchs individuels pour le soir même.

 

 

– Dis Cody, ça te dirait pas qu'on se batte ensemble, histoire qu'il y ait au moins un de nous qui gagne ce soir ?

– Mais non Damien, sois pas si négatif on peut pas perdre à chaque fois non plus, crois en nos chances !

 

 

Kane dégomme Damien Sandow

 

Dans un match expéditif, le chevelu venait à bout du barbu ne faisant pas équipe avec lui, laissant justement présager d'une défaite à venir pour son barbu d'allié (Bryan, suivez merde !) dans le match devant l'opposer plus tard au moustachu (Rhodes, si vous ne suivez pas l'actualité de la prostate)

 

Bryan estourbit Cody Rhodes

 

Eh non, pas de match nul virtuel entre les équipes cette semaine, puisque l'American Dragon venait lui aussi facilement à bout de son adversaire du soir. Une leçon de booking inversé ? Certainement, espérons en tout cas que ces quatre là aient un peu plus de temps pour s'exprimer au Rumble, parce qu'ils ont indéniablement bien plus à dire entre quatre cordes que ce qu'on a pu voir ce soir.

 

– Ouais et puis nous on est des diesels, on ne donne le meilleur de notre art qu'après 10-15 minutes de chauffe hein !

– Je te l'avais dit Cody qu'on aurait du se battre ensemble…

 

 

CM Punk soumet Brodus Clay

 

La promo endiablée du champion WWE la semaine dernière était peut-être en grande partie improvisée, si l'on en croit les échos lus de ci de là, toujours est-il que les bookers ont rapidement su rebondir sur la mention faite par Punk de Brodus au cours de ladite tirade, puisque les voilà opposés ce lundi. Sur le match, il n'y a pas beaucoup à dire, le gouffre kayfabe séparant les deux protagonistes dans la carte s'étant retrouvé sur le ring, le gourou straightedge finissant assez rapidement par faire taper ce douillet de Clay après même pas cinq minutes de match. Cette fin était d'ailleurs intéressante dans la mesure où ça faisait un certain temps que Punk n'avait pas utilisé autre chose que son GTS pour achever un adversaire, le tout dans un match plutôt avenant.

 

Le champion WWE profitait de sa présence pour gratifier la foule d'une promo signalant que le Rock pouvait toujours faire des concerts et des chansons, il allait pourtant perdre au Royal Rumble, ce dernier répondant un peu plus tard dans un segment en coulisses au travers d'un échange avec Mick Foley qu'il allait faire un sacré barouf avec son concert et qu'on allait voir ce qu'on allait voir. Voilà, comme ça tout le monde est courant : ce soir le Rock donne un concert ! J'ai assez répété le mot concert ?

 

 

Cancer

 

 

Heath Slater écrabouille Sheamus !

 

Non vous ne rêvez pas, le rouquin rocker a battu le rouquin hirsute ! Bon certes, il l'a battu grâce à l'aide de ses deux acolytes du 3MB et bien sur l'ensemble de la séquence s'est terminée par un Sheamus brogue kickant tout le monde pour montrer que quand même, il était plus fort à lui tout seul que ces trois losers, mais n'empêche l'histoire retiendra que le Celtic Warrior a perdu contre un gars qui se fait exploser par Lita.

 

Flair reprend du service, et c'était pas mal

 

Avant que des pleureuses comme Axl ne viennent déverser leur bile sur le Nature Boy, laissez moi vous dire que s'il est revenu mettre over le Miz pour l'assister dans un face turn délicat comme il l'a fait ce soir, je signe des deux mains ! Invité du Miz TV et même dérangé par l'intervention de Cesaro, Flair a été excellent sans voler le spotlight de son cadet. Ce dernier, toujours à l'aise dans son exercice de prédilection, était touchant à sembler si heureux de travailler en compagnie d'une grande légende, et on se prendrait même à rêver d'un Flair manager du Miz…

 

 

– Voilà mon premier conseil Michael, tous les matins, mange un crapaud vivant.

– Mais pourquoi m'sieur Flair, ça contient des vitamines, ça améliore le dynamisme ?

– Non, au moins tu seras sur qu'il pourra rien t'arriver de pire dans la journée !

– Oh vous savez, dans ce business…

 

 

John Cena bat Ziggler (et AJ (et Big E Langston)) dans une cage

 

Bon, commençons par ce qui va. Ce match était bon et plaisant, avec de très beaux spots, et un investissement vraiment intense des deux protagonistes. Mais à un moment, il y a quand même quelque chose qui cloche. Bien sur Ziggler doit être montré faible pour rentrer dans le moule du porteur de malette opportuniste venant remporter un titre de la manière la plus lache possible, étant par essence une larve exploitant ce procédé si injuste inventé par la WWE pour faire chier ses champions. Bien évidemment Cena doit paraître fort étant donné le programme très porté sur la musique qui l'attend pour Wrestlemania. Mais non, non, là ça ne va plus.

 

Avant de poursuivre cet argumentaire, comprenez bien qu'il vient du seul membre de la rédaction à avoir placé John Cena en tête de son classement pour l'award du catcheur de l'année, c'est dire si cette exaspération doit être tangible… Mais voir l'idole l'égérie de Fruity Pebbles se relever de tous les signature moves et finishers de Dolph Ziggler, résister à une intervention de Big E Langston, intercepter une nouvelle tentative de ce dernier sur une distraction d'AJ et se relever de 5 nearfalls pour au final placer un malheureux Attitude Adjustment sur le blond virevoltant et l'emporter… C'est pénible. Espérons au moins que cela ait un but, faire du Marine un favori si évident pour le Royal Rumble qu'il ne l'emportera pas ! Oui, je suis un indécrottable optimiste.

 

 

En plus d'exaspérer les habitués de la Tribune, SuperCena nargue allègrement l'IWC : au Royal Rumble il rentrera n°1 et éliminera chaque nouvel entrant avant l'arrivée du suivant, faisant de cette édition la plus courte de l'histoire. Et il vous emmerde, avec le sourire !

 

 

Le Rock a donné un concert minable

 

Pour conclure le show, on a donc eu droit au concert *tant* attendu. Je ne suis pas client du Rock, je ne l'ai jamais été, et devant un spectacle si médiocre, je ne le serai sans doute jamais. Non, franchement, enchaîner les mauvaises chansons aux blagues ratées en tirant à la mitrailleuse en dessous de la ceinture sur les ambulances Vickie et Heyman, certains aiment peut être, mais je ne suis absolument pas client. Pour être franc, j'allais éteindre la vidéo lorsqu'est apparu CM Punk. Et là, après quelques blagues foireuses supplémentaires, on a enfin eu droit aux deux rivaux se foutant allègrement sur la gueule, puisque les arbitres n'arrivaient pas à les séparer. Cette image de fin me plait bien davantage que la bouillie précédente, et permet de finir sur une bonne note un show plutôt réussi.

 

En conclusion, que retenir de ce lundi ? Les choses avances, les histoires aussi. On n'a pas eu l'invasion de légendes évoquées par les rumeurs, ni Austin ni HBK n'étaient de passage dans leur Etat d'origine, tandis que l'Undertaker ne semble pas encore prêt à lancer sa feud annuelle. Tant pis, les présents ont largement permis d'oublier les absents, et le spectacle global aura presque été excellent en tout point. Mais ce qu'on retiendra surtout de ce show, c'est le départ d'une fille chouette, et ça, ça gache drôlement la fête.

 

 

Si tu reviens, j'annule tout !

(en plus ça tombe bien, j'avais rien de prévu…)

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