Catch

Le vrai catch selon l’Ultimate Georges Michaels

« Y'en a un qui dit qu'il est le Best "Wrestler" in the World. Moi, l'Ultimate Georges Michaels, je suis le Best "Tweener" in the World. »

Ultimate Georges Michaels

 

Au premier regard, le catch, cela paraît simple. Des types en slip de cuir se disputent une ceinture bling-bling et se foutent des gnons sur un ring afin de déterminer qui la mérite le plus. Mais en réalité, et nous n’apprenons rien à nos lecteurs, ce sport-divertissement est bien plus complexe que les masses bêlantes qui le conchient l’imaginent. Pour décrypter un peu mieux cette discipline, les Cahiers du Catch ont le très grand plaisir d’accueillir un nouveau chroniqueur en la personne de l’Ultimate Georges Michaels. Son objectif ? Nous n’en savons pas grand-chose, et il y a fort à parier que lui non plus.

 

 

Cet homme a des choses à nous dire.

 

 

Le vrai catch selon l'Ultimate Georges Michaels, épisode 1

 

 

Avant cette chronique j'étais comme ça :

 

 

 

Après cette chronique, je me sens comme ça :

 

 

 

    Elle avait 17 ans, de belles omoplates et des orteils égyptiens. J'avais le double de son âge et suffisamment d'expérience pour savoir que j'étais en droit  de lui demander de repasser ma chemise avant qu'elle ne parte au lycée.

Elle a pris le vêtement et me l'a jeté au visage en affirmant qu'elle ne savait pas ce qu'était le repassage. Je lui ai expliqué que quatre heures auparavant, elle m'avait fait des choses que sa propre mère n'aurait jamais osé imaginer dans ses rêves les plus érotiques. En comparaison, le repassage me paraissait bien moins sorcier.
Elle a répliqué que repasser n'était pas dans ses cordes et surtout, pas spécifiquement réservé aux femmes de son âge, improvisant du même coup une comparaison risquée : "T'as déjà vu un catcheur faire de la politique? Non, ben moi et ton fer, ça fait deux aussi !"

 

    J'ai allumé un cigarillo, enfilé son tanga – bien que trop étroit pour moi – et lui ai demandé de venir s'asseoir sur mes genoux une seconde.

 

̶ Vois-tu mon enfant, commençai-je, s'il y a bien une chose que tu n'apprendras pas au lycée, c'est bel et bien que les catcheurs se mêlent parfois de politique.
̶  Genre ? que la petite pleine de joliesse osa demander.
̶  Il y a de cela quelques mois, un type qu'on appelle Jerry "Le Roi" Lawler, voulait être le maire de la ville de Memphis. Il avait prévu une grosse campagne pour son élection : distribution de DVD de catch, de pin's à son effigie, de burgers gratuits. On l'a même surnommé le Roi du Burger… enfin je mélange. Ça, ça date d'une autre époque… c'était dans les années 90, Bret Hart, le groupe de musique Ace of Base, le tube All that she wants… laisse tomber. Donc pour en revenir à nos moutons… Jerry est resté dans le monde du catch. Les administrés y sont bien plus cool.
̶  Je vais rater mon bus !
̶ Écoute-moi cinq minutes, voyons. Ce que je te raconte est plus intéressant que ton éducation scolaire stéréotypée et stéréotypante. Te rends-tu seulement compte qu'un gars comme l'Ultimate Warrior a lui aussi tenté une percée dans le monde des idées afin d'exprimer sa vision de ce que doit-être une bonne gouvernance, une bonne nation, un peuple qui va de l'avant.
̶  J'ai raté mon bus.
̶  Aucune incidence sur ton avenir. Ainsi donc, le Warrior a déclaré un jour devant un amphithéâtre de jeunes universitaires que les homosexuels étaient inférieurs aux hétérosexuels. Son discours a suscité de vives réactions. Quant à sa marge de progression dans le domaine du débat public, je peux te garantir qu'elle a été dépeinte par les médias comme aussi infime que la probabilité de voir un catcheur comme Zach Gowen – qui est unijambiste – réaliser ma prise préférée, le Sharpshooter. Pardon, je m'égare. En divisant, le Warrior a ruiné son amorce de reconversion. Il paraît qu'un étudiant de cette université lui a posé une question et que l'ex-Champion WWE, apparemment seul homme capable de savoir comment le monde doit tourner pour assurer sa pérennité, lui a répondu, je cite : "ta question n'a aucun sens". Vois-tu c'est une posture dialectique très répandue en politique, sauf que le catcheur l'emploie avec beaucoup moins d'adresse. Le Warrior soulève environ deux cents kilos au développé-couché, on ne peut pas exiger que son raisonnement soit empreint de finesse.

 

 

Seigneur Dieu, les Queers c'est mal, m'voyez.

 

 

    Regardant ses ongles avec un attrait plein de mollesse, la lycéenne me demanda :

 

̶ Pourquoi me forces-tu à écouter tes conneries ? En plus, en cours d'histoire on bosse sur le Japon. Le catch et la politique, ça n'existe pas au bac.

 

   Cette fille était désarmante, je le reconnais. Mais je voulais qu'elle retienne quelque chose de notre relation. Outre le repassage, il fallait qu'elle apprenne à voir le monde différemment, qu'elle réalise que la politique était partout, jusque dans le catch.

 

̶ Est-ce que ton professeur d'histoire-géo a déjà eu l'audace de te parler d'Alberto Del Rio ?

 

    Je ne récoltai qu'un soufflet de désinvolture sous les narines.

 

̶ Alberto Del Rio est ce qui se fait de pire en politique catchesque. Non seulement, il est la cible d'un débat stérile sur l'immigration américaine que nous rabâche sans cesse un certain néo-conservateur du nom bancal de Zeb Colter, mais en plus il achète l'opinion publique en distribuant des écharpes rouges.
̶  Comment peut-on s'appeler Zeb Colter ? C'est stupide !
̶ Pas tant que ça, à vrai dire c'eût été pire s'il s'était appelé Jack le Vantard, ou encore Dolph Ziggler, m'enfin bref n'écarte pas ton gentilhomme de son sujet. Alberto, donc, est un individu qui change de camp politique comme de chemise.
̶  Il y a des partis politiques en catch ?
̶  Oui mon trésor, les heels et les faces.
̶  Oh mon Dieu !

 

   Dès cet instant, je captai l'attention de cet esprit fugace qu'ont toutes les filles de son âge. Je la fascinais, c'était gagné, tôt ou tard ma chemise serait repassée.

 

̶  Les heels se moquent du peuple, ils trichent en abusant des rouages du système qu'ils contournent sciemment pour atteindre leurs objectifs. Pour l'argent, la gloire et les gonzesses qui vont avec. Quant aux faces, il font tout en respectant les lois. Ce sont les idiots du village, ceux qui mangent des raviolis au boeuf et au cheval. Nos semblables en quelque sorte. Quand un heel est dans le pétrin, il se rachète une conduite pour échapper aux sanctions du gouvernement et s'attirer la sympathie de la populace. C'est un face intelligent en somme. Alberto, pour ne citer que lui, a parfaitement compris le truc. Aujourd'hui, il est adulé par la foule. Un aristocrate adulé par la foule, ça te paraît cohérent ? Si encore il distribuait des billets, mais non, rien du tout. Bon, ok, il donne des écharpes… c'est une stratégie qui a fait ses preuves, G. W. Bush a remporté les élections avec des badges !  Faut quand même reconnaître que le prolétariat n'est plus ce qu'il était…
Si tu veux, mon avis, la politique, ce n'est que du discours sans conséquence concrète, qu'une posture à adopter en fonction des circonstances. Les catcheurs sont les premiers à reproduire les modèles d'une certaine dichotomie politique maladroitement enseignée durant ton cursus scolaire fardé d'œillères.
̶   Je ne comprends pas où tu veux en venir.
̶  Mais moi non plus, je ne comprends pas ce que je dis… je voulais juste que tu t'aperçoives que le catch et la politique sont aussi liés l'un à l'autre que la femme et le fer à repasser.
̶  Fumier de macho !
̶ Ah oui ? Vraiment ? Sais-tu pourquoi les progrès technologiques en matière de fer à repasser sont essentiellement dirigés vers la diminution du poids de ces derniers ?    
̶ Parce que c'est le but de la technologie : soulager le quotidien des humains…
̶  En partie, créature callipyge. La légèreté du fer à repasser s'accroît dans un but bien précis, celui de s'adapter au peu de force que la femme a dans les bras.  
̶  Pff…
̶  Et le catch dans tout ça, eh bien il entretient les antagonismes politiques classiques. Pourquoi ?  Parce qu'il en reprend les codes et les exacerbe. Et quand un employé atomise son patron avec un Stunner, c'est toute une caste d'électeurs qui jubile, qui se libère, par le biais d'une procuration montée de toutes pièces. Mais le summum, c'est qu'un gars du nom de Jesse « Le Corps » Ventura est devenu gouverneur de l'état du Minnesota. Ça date un peu, mais il l'a fait.
̶  Oh mon Dieu !
̶  Hé ouais baby, j'en sais des choses, n'est-ce pas ?
̶  Je me suis cassé un ongle, fit-elle sans prêter attention à ma bouche en coeur.
– Il n'y a qu'en faisant l'amour qu'on se comprend, remarquai-je. File donc, et fais un bisou à ton prof' d'éducation civique de ma part… J'irai au boulot sans repasser ma chemise.

 

 

Mon programme, plus de cantonniers dans l'état du Minnesota.

 

 

Moralité : l'Ultimate Georges Michaels n'a aucune chance de séduire une femme de son âge ni d'être maire de la bourgade qui l'a vu naître.

À Trina
                                                                                                                                          
                                                                                                                                                            

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