Catch

Du pétrole, du fric et des idées

L’argent est la religion du sage.

Euripide

 

Agence Thesz Press — Stamford, 14 mars 2013.

Lors d’une conférence de presse tenue cet après-midi à 16h00 dans les locaux de la compagnie de catch World Wrestling Entertainment (WWE) à Stamford, Massachussetts, le cheikh Faarooq Al-Armbar, directeur exécutif de Qatar Investment Authority (le fonds d’investissement étatique du Qatar) et Vincent « Vince » McMahon, actionnaire majoritaire de la WWE, ont annoncé le rachat de la célèbre fédération de divertissement sportif par le petit émirat du Golfe.

 

 

D’après des sources anonymes au sein de l’émirat, cet achat serait destiné en partie à contenter les 283 enfants de l’émir, qui souhaitaient que le catcheur star John Cena participe à leurs fêtes d’anniversaire.

 

 

Le Qatar achète la WWE

 

Le montant de la transaction n’a pas été révélé, mais la valeur de la compagnie était évaluée, dans son rapport d’activité publié en décembre 2012,  à plus de  650 millions de dollars (500 millions d’euros). M. McMahon, visiblement ému, a déclaré que les représentants de l’émirat — qui possède les deuxièmes réserves de gaz du monde — lui avaient fait « une offre impossible à refuser ». Le cheikh Al-Armbar a précisé que QIA avait acquis 100% du capital de la WWE, rachetant aussi bien les parts détenues par M. McMahon et sa famille que celles aux mains des actionnaires minoritaires. « Nous rendons hommage à M. McMahon, qui a créé une compagnie universellement reconnue dans le domaine du divertissement. Nous souhaitons désormais amener la WWE à un autre niveau, conformément à la devise du Qatar : Rêvons plus grand. », a déclaré le dignitaire qatarien.

 

 

Vince McMahon devrait être en tête du classement des personnes les plus riches du monde que publiera Forbes le mois prochain.

 

 

L’acquisition de la WWE s’inscrit dans une stratégie globale enclenchée par Doha depuis l’accession au pouvoir de l’émir Hamad ben Khalifa Al Thani, en 1995. Cette stratégie, souvent qualifiée par les observateurs de « diplomatie sportive », consiste à développer le soft power de l’émirat en l’associant aux manifestations sportives les plus prestigieuses. Doha, qui organise annuellement des tournois richement dotés de tennis et de golf, des tours cyclistes du Qatar masculin et féminin ou encore un Grand Prix moto, a également accueilli les Jeux asiatiques (2006) et les championnats du monde d'athlétisme en salle (2010), avant le championnat du monde de handball (2015) et la Coupe du Monde de football (2022). Parallèlement, l’émirat, qui abrite Al-Jazeera, principale chaîne d’informations du monde arabe, s’est installé dans le paysage médiatique européen en créant la chaîne sportive BeIn Sport. Enfin, il a récemment acheté, en France, le club de football du Paris Saint-Germain.

 

Jusqu’ici, malgré plusieurs approches, le Qatar n’avait pas réussi à s’implanter aux États-Unis. Les propriétaires de plusieurs franchises des fédérations nationales de basket-ball (NBA), football américain (NFL) et base-ball (MLB) ont été sondés au cours de ces dernières années, mais se seraient montrés réticents à céder leur club à des investisseurs qataris. L’achat de la WWE, dont les programmes pluri-hebdomadaires sont visionnés par près de 15 millions de foyers américains, constitue donc une première dans l’histoire du développement international de l’émirat. 

 

« C’est la bonne décision pour moi, pour ma famille que je peux enfin mettre à l’abri du besoin, pour la WWE, dont l’avenir est désormais garanti, et pour l’Amérique, qui doit apprendre à s’appuyer sur ce que le reste du monde peut lui apporter, quoi qu’en disent les soi-disant patriotes du Tea Party », a déclaré M. McMahon.

 

 

La WWE est en froid avec Tea Party depuis que celui-ci a critiqué la candidature de Linda McMahon au Sénat du Massachussetts, et ne perd pas une occasion de se moquer de ce mouvement.

 

 

Le cheikh Al-Armbar a ensuite répondu à plusieurs questions de journalistes pour expliciter les projets de l’émirat concernant la fédération. La totalité des employés actuellement liés à la compagnie seront conservés, et un renforcement sensible des effectifs est à prévoir, les émissions devenant à présent bi-quotidiennes. À cette fin, le cheikh Al-Armbar a déclaré avoir parallèlement acheté « plusieurs autres fédérations aux États-Unis et ailleurs », dont il s’est excusé d’avoir oublié le nom. D’autres employés de structures aux mains des fonds qataris seront également mis à contribution, à commencer par le footballeur suédois Zlatan Ibrahimovic, qui débutera « au lendemain de la finale de Ligue des Champions contre Malaga », a assuré le cheikh. Le célèbre avant-centre du Paris Saint-Germain, ceinture noire de taekwondo, a déjà déclaré sur Twitter avoir l’intention de « zlataner John Cena » et de marquer la WWE de son empreinte — ce qui, selon lui, sera d’autant plus aisé que « avant Zlatan, la WWE, c’était rien ».

 

 

Le footballeur a également déclaré s’être « entraîné comme jamais depuis quelques mois » en vue de ses débuts dans le ring.

 

 

Les catcheurs seront installés dans l’émirat, dans un complexe hôtelier de luxe, et les émissions seront tournées dans les installations sportives ayant accueilli les Jeux Asiatiques de 2006, dans l’attente de la finalisation des dix stades en passe d’être construits en vue de la Coupe du Monde de football de 2022. Afin d’assurer une ambiance aussi électrique qu’à l’époque où la WWE se produisait aux États-Unis, cent mille travailleurs philippins présents au Qatar seront affectés au rôle de public, et divisés à parts égales entre supporters des gentils (hallal) et des méchants (haram). Les supporters seront acheminés de stade en stade, nourris, logés, dotés d’éléments vestimentaires signifiant leur soutien à leur camp, et défrayés à hauteur de 1 dollar par mois, soit trois fois le salaire mensuel moyen des travailleurs étrangers. « De cette façon, les catcheurs bénéficieront à coup sûr des réactions souhaitées de la part du public », a indiqué le cheikh Al-Armbar.

 

 

John Cena, emblème de la WWE, est très populaire au Qatar, où il est connu sous le nom de Hassan Lolti-Rispeuk.

 

 

Le patron de QIA a également tenu à rassurer les spectateurs de longue date : le spectacle, dans son ensemble, ne sera que peu affecté par le changement de propriétaire. Il consistera toujours en une série de querelles opposant divers personnages et réglées dans un ring. Les principales modifications concerneront les stipulations, avec l’ajout de plusieurs innovations comme le Lapidation Match, le Amputation Match, ou encore le Decapitation Match — « des stipulations dont je m’étonne que les propriétaires précédents n’y aient pas pensé », a ajouté M. Al-Armbar, qui a également promis d’autres nouveautés, comme des rodéos sur chameaux mécaniques et la présence de lions dans la cage des combats « Hell in a Cell ». Le célèbre Kane, connu pour générer de spectaculaires explosions pyrotechniques aux quatre coins du ring à chaque apparition, mettra désormais le feu à quatre puits de pétrole spécialement installés. Quant aux mallettes des très populaires matchs « Money in the Bank », elles seront « garnies d’un million de dollars, afin de stimuler davantage les compétiteurs ».

 

Le responsable qatari a également annoncé le retour de « plusieurs grandes stars du passé » comme Muhammad Hassan, le général Adnan et le Iron Sheik, lequel pour correspondre à l’air du temps jouera un Noir converti à l’islam et amateur de danse, et prendra le nom de « Harlem Sheik ». Il conservera sa prise favorite, la Camel Clutch. Le catcheur connu sous le nom de MVP aura pour sa part droit à un traitement de faveur : sous son vrai nom de Hassan Hamin Assad, il sera présenté comme un fin lettré accompagné en toutes circonstance de ses deux épouses, les jumelles connues sous le nom de Bella Twins, rebaptisées Khadija et Fatiha. Le catch féminin sera d’ailleurs relancé, a garanti M. Al-Armbar, « avec Raisha Saeed en figure de proue ; mais ces affrontements seront désormais marqués par la décence, et tenus devant un public exclusivement féminin, qui aura donc la primeur d’assister au moment où cette petite catin d’AJ aura le nez coupé. »

 

 

Raisha Saeed, « la femme moderne par excellence » selon le cheikh Al-Armbar.

 

 

« Le Qatar vise à asseoir sa popularité mondiale en mettant la main sur l’une des principales sources de divertissement de la planète. C’est un investissement qui peut sembler important, mais qui pourrait lui rapporter bien plus en termes de soutien à l’international. Si l’Iran, qui lui fait face de l’autre côté du golfe Persique, venait à attaquer l’émirat pour prendre le contrôle de ses réserves énergétiques, les opinions publiques du monde entier exigeront que leurs autorités défendent le Qatar, de crainte de ne plus pouvoir voir leurs catcheurs favoris en action », explique le géodiploécopolitologue Pascal Boniheel, de l’Institut International d’Informations Importantes (IIII).

 

Les réactions n’ont pas manqué à l’issue de l’officialisation de la nouvelle. Sur Twitter, le catcheur star John Cena, qui jouera le rôle-titre dans le prochain film produit par les studios WWE, The Mudjaheed, a déclaré : « C’est un grand moment pour la WWE et spécialement pour moi, qui suis né au Qatar et ai toujours rêvé de pouvoir défendre les couleurs de ma patrie. » Son collègue Jack Swagger a pour sa part tweeté : « Jack Swagger n’est que mon personnage. Mon vrai nom est Qatar al-Qatari, et j’entends bien bouter hors du pays ces hordes de travailleurs étrangers qui y prolifèrent. » Quant au champion WWE en exercice, le Rock, il a lancé à tous ses fans ce message sur Facebook : « If you smeeeeell what the Kaaba is cookin! » L’état d’esprit des autres employés de la fédération paraît plus perplexe, comme en témoigne ce tweet du vétéran Ron Simmons : « Hamdullah! »

 

 

Dans The Mudjaheed, John Cena incarnera un moudjahidine se lançant, dans le désert d’Arabie, à la poursuite d’une tribu ennemie ayant kidnappé son chameau favori.

 

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