Catch

Grand guignol et booking à la petite semaine

– Allons, laissons tomber les feuilles de platane…

– Et racontez un peu ce qu'il y a de neuf.

– Ma gazette ?

Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac

 

Aujourd'hui, je devrais vous parler de ce Raw qui marque la fin de la Road To Wrestlemania, vous livrer quelques impressions sur ces dernières semaines passées, la manière dont elles ont permis d'aboutir à ce show capital pour la WWE et vous donner quelques feelings sur les quatre heures de show de ce dimanche. C'est un peu le principe d'une nalyse aux CDC et en général, on s'y tient. Mais, hélas, aujourd'hui, je me sens un peu dépressif – et je ne pense pas que cette bien terne perspective de Wrestlemania y soit étrangère donc, à la place de faire tout ça, je vais tenter de vous expliquer pourquoi Fandango est peut-être à l'heure actuelle la chose la plus intéressante sur nos écrans de fans de catch.

 

 

Jaune Cena.

 

 

Nalyse du RAW du 1er avril

 

Or donc, Fan… Dan… Gawwww…. Ouais, alors, pour vous expliquer pourquoi ce personnage est fascinant et intéressant, il va quand même falloir que je commence par détailler un ou deux trucs en prenant le show de lundi comme illustration.

 

Allez, c'est parti, accrochez-vous, le raisonnement va être un peu long mais je pense qu'il en vaut la peine. Prenons le match annoncé pour Mania entre les Rhodes Scholars / Bella Twins et les Tons of Funk / Funkadactyls. Le match de lundi (un tag team qui opposait les filles) a fait la démonstration de deux choses intéressantes à mon avis : la première est que les Bellas sont à peu près au même niveau de catch que quand elles ont quitté la fédération et la seconde est que leurs adversaires forment une équipe très hétérogène où Naomi est à peu près aussi impressionnante dans un ring que sa partenaire est horrible à regarder.

 

A cet instant précis, la pauvre Cameron comprend qu'il y a encore énormément de chemin à parcourir avant de pouvoir réaliser un wrestling clinic du niveau d'un Melina vs Alicia Fox.

 

 

Mine de rien, ça dit pas mal de choses sur le niveau actuel de la division féminine, tout ça, puisque ce seront probablement les quatre seules filles sur la carte, en tout cas les seuls noms féminins que la WWE a jugé bon d'y inscrire pour vendre Mania. Pas besoin de titre, de talent ou de même de présence régulière dans le roster pour être dans la card du Grandest Stage, il suffit juste d'être incorporé dans le canevas scénaristique du moment.

 

D'ailleurs, ce que j'écris là s'applique assez bien aussi aux participants masculins à ce match de Mania : l'association entre Rhodes et Sandow est assez étrange quand on y pense en terme de scénario, les deux gars étaient ensemble, puis ont perdu un match de championnat, puis sont revenus ensemble mais ça n'a certainement pas été très développé à l'écran. C'est pas bien grave, remarquez, parce que les personnages de Damien Sandow et de Cody Rhodes vont naturellement bien ensemble : tous deux sont prétentieux, imbus d'eux-mêmes et leur association va de soi si on applique le bon vieil adage « Qui se ressemble s'assemble ». D'ailleurs, inutile de faire semblant de croire que c'est autre chose qui a présidé à la formation d'une tag-team entre Brodus Clay et l'ex-Lord Tensaï. Ils avaient à peu près le même physique mais évoluaient dans des camps différents et il n'a finalement suffi que de costumes assortis pour qu'on les considère comme une vraie équipe solide.

 

Allez, je vous résume tout ça en une seule phrase, l'idée n'est pas nouvelle, on en a déjà causé dans les Cahiers Du Catch :

 

 

Règle numéro un : Le catch, c'est avant tout le slip.

 

– Copain de bob ?

– Ouais, copain de bob …

– Copain de survet' ?

– Copain de survet.

– Copain de slip ?

– Ouais, copain de slip.

 

 

La deuxième leçon de lundi soir sur ce qu'est le catch, elle nous a été donnée par John Cena, au milieu du ring, par sa promo inaugurale. Le catch, c'est une déformation de la réalité, une convention scénique qu'on accepte : celle qui consiste à suspendre son incrédulité pour adhérer aux actes d'un homme ou d'une femme qui interprète un personnage qui se bat ou explique pourquoi il va combattre. Et ce soir, John Cena était là pour expliquer pourquoi son match contre le Rock dimanche était si important pour lui. Et malheureusement, le catch, ce n'est pas du théâtre et si le public a décidé de ne pas adhérer à la convention du « suspend disbelief », il a le droit de se le permettre. Et John Cena entre, donc, dans une salle entièrement contre lui et c'est là que le problème va se poser.

 

Il n'y a rien de grave à ça en soi, vu le personnage qu'il incarne, celui d'un héros trop propret pour faire l'unanimité.

 

 

Depuis des années, je fais du rap et aujourd'hui, je vous invite donc à découvrir ma collection de disques vyniles. Il y en a des bleus, des verts, des jaunes, toutes les couleurs, quoi…

 

 

J'irais même encore plus loin en disant que c'était – a priori – plutôt une bonne chose, parce que cette longue promo, pas très brillante sur le fond, qui ne développait pas de nouveaux arguments, ne convainquait que les fans déjà membres de la Cenation. Cette promo, donc, était surtout très longue, presque fastidieuse sur le contenu et ce rabâchage était à mon sens, un dernier étalonnage du personnage de Cena avant son match de Mania. Avec ce discours, la WWE cherchait à le présenter sous un jour où il est loin d'être le plus populaire par rapport à son adversaire. Le but de la manœuvre était double : d'une part donner à Cena le rôle de l'outsider par rapport au Rock (ce qui permettra de donner plus de valeur à sa victoire, le costume de l'Underdog n'ayant que peu été endossé par lui) et surtout d'autre part, en montrant un Cena pas forcément brillant au micro et face à une salle contre lui à la fin de la promo, on lui permettait d'endosser pour dimanche le costume du Heel, celui du bad guy.

 

Attention, je ne suis pas là en train de vous prédire que dimanche John Cena va radicalement changer. Non. C'est juste que dans la dynamique d'un match de catch, dans le ring, il faut toujours un gentil et un méchant et que dimanche ce sera John Cena, le méchant.

 

 

Attention, cet article est interrompu par une pause tango, vous avez le droit d'aller vous beurrer des tartines (ou autre chose) si vous connaissez déjà les danses de salon.

 

 

Histoire de bien me faire comprendre, je vais utiliser une analogie qui ne déplairait pas à Fandango, grand expert en danses de salon. On va donc causer deux minutes de tango. Dans le tango, il y a deux personnes qui dansent et chacune à un répertoire différent : il y a une personne qui conduit la danse et une autre qui la subit. Chacune a un rôle bien précis et des pas qu'elle peut ou doit faire pour que ce soit du tango. Et la convention générale veut que ce soit l'homme qui ait un rôle précis et la femme l'autre (vu que c'est une danse réalisée en couple). Ceci dit, deux hommes ou deux femmes peuvent très bien danser le tango ensemble. Il suffit qu'auparavant ils conviennent et décident de qui conduira la danse et jouera le rôle de l'homme.

 

Un match de catch, c'est un peu comme du tango. Il faut que l'un des protagonistes soit le méchant et l'autre le gentil pour que ça fonctionne. Et chacun jouera alors sa partie, réalisera certains mouvements, dominera certains moments du match pour donner à ce qui se passe dans le ring l'aspect d'une histoire cohérente. Et quand une fédération met en place un match de catch entre deux good guys, même si à la fin tout le monde reste dans le camp des gentils, il faut aussi qu'il y ait un méchant et un gentil dans le ring, tout comme il faut toujours quelqu'un qui joue le rôle de l'homme quand deux femmes font du tango. Et dimanche, ce rôle du méchant dans le ring (avec ses moments précis de domination pour donner du piment au match) sera dévolu à John Cena et la WWE avait l'objectif d'anticiper en insinuant doucement cette idée dans l'esprit des fans.

 

 

– Merci, Spanishannouncetable, de nous avoir appris à danser le tango.

– Tu as d'autres idées de trucs qu'on pourrait faire même si on est que deux femmes ?

 

 

C'était plutôt une bonne idée, de faire cela : faire parler John Cena pour segmenter le public : il s'adresse à lui, au départ divisé, et renforcer le clan des suiveurs du Marine dans leur conviction sans pour autant convaincre le public incertain. Ainsi le segment du Rock, prévu après, permet à celui-ci d'avoir le dernier mot et de convaincre plus facilement les indécis qu'il a plus d'aisance, plus de charisme et donc est le meilleur.

 

Je vous ai dit que ce n'était qu'une bonne idée a priori mais il y a eu un souci, vous l'avez tous entendu en regardant RAW : c'est que le public n'était pas divisé du tout au départ mais déjà très majoritairement contre Cena. Et notre Johnny Boy a commencé son speech en niant totalement cette réalité en parlant de deux camps dans l'assistance et en débutant par quelques blagues sur cette arène coupée en deux qui ressemblait aux amphithéâtres politiques de Washington DC où se déroulait le show (et il pouvait difficilement faire autrement puisque la métaphore politique sera filée dans la promo du Rock, prévue pour plus tard dans la soirée, preuve que cette entrée en matière était écrite). Et tout ce qui n'a pas marché dans la promo de Cena se résume à cela : un problème de conviction. Cena n'était pas convaincant mais comment aurait-il pu l'être quand les premières lignes de son script commencent par nier la réalité, brute et qui saute aux oreilles? Il peut bien raconter une histoire après cette introduction, elle ne pourra pas être convaincante puisque celui qui la narre a commencé par nier une réalité tangible.

 

Cet immense aparté sur le marine et les danses de salon terminé, on peut en tirer une conclusion assez simple :

 

 

 

Règle numéro deux : Le catch, c'est surtout le public.

 

 

Et il est toujours plus facile d'anticiper ses réactions à la volée quand on est dans une situation un peu complexe où les personnages ne sont pas 100 % héros ou 100 salauds plutôt que de vouloir à tout prix lui donner un scénario tout fait qui peut assez facilement se heurter aux réticences de la foule.

 

La troisième et dernière grand leçon de la soirée, elle nous a été donnée par la confrontation via Santino entre Ryback et Mark Henry. Ce qui est intéressant dans la rivalité entre Henry et Ryback, c'est que la WWE l'a très peu écrite et dépeinte à l'antenne. Elle a dû démarrer juste sur un échange de regards un peu appuyés et depuis, évidemment, tout le monde a compris où la WWE voulait aller : un match au biggest of them all pour les deux types qui se considérent comme les strongest of them all. Pas besoin de beaucoup au niveau du scénario, juste une petite clause où on leur interdit de se toucher histoire de réserver ça au PPV.

 

En gros, je pense que vous voyez où je veux en venir, c'est une histoire qui marche parce qu'elle s'écrit toute seule : on regarde Mark Henry, on se dit qu'il est fort, on voit Ryback, on se dit que la confrontation va forcément être titanesque, ce qui nous amène à une troisième conclusion :

 

 

Règle numéro trois : Le catch, c'est essentiellement basé sur la faculté des catcheurs à avoir le physique de leur emploi.

 

Quand Mark Henry parle, même les caméras tremblent.

 

 

Au passage et avant de disserter sur le reste de la carte, ces trois règles d'or et Fandango, remarquez juste que Henry et Ryback sont deux versions physiques très différentes de la force : le premier est l'incarnation de la force pure, une sorte de version brute de la puissance taillée dans la masse d'une manière presque animale (ce n'est pas un hasard si Mark Henry fait un bear-hug) et le second est l'incarnation physique de la force artificielle, bodybuildée, travaillée avec des muscles plus apparents. On a donc une confrontation entre deux incarnations de la force physique, l'une très naturelle, probablement typique de ce qu'est la force physique dans la réalité, et l'autre très artificielle mais bien plus conforme à ce que la WWE aime présenter comme la représentation de la force physique dans ses programmes. Inutile de vous dire que poser le problème en ces termes donne un bon pronostic sur l'issue du match pour Mania.

 

Voilà, une fois posées ces trois règles, celles qui consistent à dire que le catch, c'est une activité où des types qui ont la gueule de l'emploi, dans des costumes qui correspondent à leur emploi, font des trucs dans un ring en jouant avec les réactions du public, on va pouvoir analyser le reste du show la carte de Wrestlemania et bien évidemment notre ami : Fan… Dan… Gawwww….

 

 

Ah, je vais prendre des notes pour comprendre pourquoi je suis génial, ça peut toujours servir.

 

 

Parce que le secret du personnage de danseur mondain tient exactement aux trois règles que j'ai énoncées : Fan… Dan… Gawwww… est un putain de personnage qui marche pour trois raisons : l'ex-Johnny Curtis avec sa barbe de trois jours et des pots de brillantine s'est fait une vraie gueule de danseur mondain à moitié tronche patibulaire, à moitié tête à claques. Son costume, riche de paillettes dorées, est d'un mauvais goût sans nom, probablement acheté d'occase à l'équipe d'Ukraine de patinage artistique. Il est de plus soigneusement rembourré au niveau de l'entre-jambes, ce qui ne gâche rien car le plus ridicule dans le costume d'un homme pratiquant la danse, c'est, bien évidemment, les vêtements beaucoup trop moulants.

 

Et, en plus, de tout ça, notre danseur de salon des rings a réussi à se faire détester du public. Certains fans, assez premier degré, le détestent parce que son personnage est détestable. Les autres le huent parce qu'ils estiment qu'avec un tel gimmick des débuts à Mania contre Jericho sont bien trop d'honneur fait à son endroit. Peu importent les raisons, au final, il fait l'unanimité contre lui. La preuve en est avec les « You Can't Wrestle » qui n'ont pas manqué d'émailler son intervention dans le match Jericho/Cesaro et auxquels il a magnifiquement répondu en ne catchant surtout pas mais en continuant d'évoluer dans le ring comme un danseur mondain, avec une démarche chaloupée et un finisher vraiment bien trouvé qui résume bien le personnage. Cettte sorte de saut carpé torsadé/descente de la cuisse est un truc bien adpaté à son personnage et je pense réellement qu'à Wrestlemania, on va avoir un match fun et rafraichissant entre un très bon catcheur aguerri, Chris Jericho, et un catcheur plus jeune mais totalement impliqué dans l'interprétation de son personnage.

 

 

Bien expliqué, mais ça mérite pas la moyenne. Trois, pas plus. T'as pas assez insisté sur la taille de mon anatomie moulée dans mon collant.

 

 

Bon, on arrête de se mentir, le but de ce papier, ce n'est pas de chanter les louanges de Fandango qu'on n'a pas encore vu catcher. Non. Je pense que vous m'avez vu venir, en posant dès le départ les trois régles que j'ai énoncées aujourd'hui, je tente de vous démontrer qu'un bon vieux gimmick old-school, un peu ridicule, vaut bien mieux qu'un personnage plus complexe avec des aspérités et des nuances de gris. Ce qui fait que Fandango et son personnage marchent, c'est qu'immédiatement le public sait dans quel camp il est et peut donc s'impliquer entièrement émotionnellement dans ses apparitions (ici contre lui), alors que si on prend le Miz, par exemple, c'est beaucoup moins clair.

 

En termes de scénario, le type est passé en peu de temps du statut de heel à celui de babyface, sans véritable motivation, juste parce que les circonstances, celles de la promotion de son film, l'exigeaient. On a tenté après, sans réel succès d'ailleurs, de lui donner le parrainage de Ric Flair et même son signature move mais au final, le Miz n'a pas changé. C'est toujours le Miz, c'est toujours le même type que celui qui était il y a deux ans en main-event de Wrestlemania. Il est actuellement dans le camp des gentils parce que son adversaire pour le titre intercontinental, Barrett, est dans celui des méchants mais rien ne nous dit que l'an prochain, à Mania, on n'aura pas droit à un rematch entre les deux avec des rôles inversés selon les circonstances.

 

 

Comment savoir que le Miz est devenu gentil s'il n'a pas changé de slip ni de personnage ?

 

 

Le résultat, c'est que le match Miz-Barrett est sur le papier bien moins enthousiasmant que celui de Fandango et Jericho. Il est relégué au pre-show et voyons les choses en face : s'il est en pre-show et pas dans le show principal, c'est que la WWE a dû consacrer le peu de temps qu'elle avait de disponible pour la promotion du match à renforcer l'idée que le Miz était bien un babyface (via ces horriblement longs épisodes de Miz Tv) plutôt que de se focaliser sur les antagonismes entre Miz et Barrett. L'avantage énorme de ces personnages tout faits comme Fandango, c'est qu'on n'a pas à perdre de temps à l'antenne pour établir le personnage, il est stéréotypé, caricatural, cartoonesque et s'appréhende donc immédiatement, en un clin d'oeil, ce qui permet de libérer de l'espace à l'antenne pour construire une rivalité intéressante.

 

Et cette dynamique du personnage stéréotypé fonctionne plutôt bien pour le moment.

 

 

– C'est vrai ?

– On avait pas remarqué … Merci de nous le signaler.

 

 

Commençons par la rivalité la plus stéréotypée de toutes : celle autour du championnat du monde poids lourds. Vous avez un bel hidalgo latino, athlétique de surcroît, accompagné de son fidèle serviteur et face à eux un vieillard plutôt acariâtre accompagné d'un jeune homme ambitieux qui convoite ce qui semble légitimement dû à son rival.

 

Imaginons un instant que ce qu'il convoite n'est pas le titre de champion du monde mais une jolie jeune fille qu'on appelera, allez disons, Isabella, pour prendre le prénom d'une jeune héroïne de théatre populaire italien du XVème siècle. Oublions un instant qu'il s'agit là d'Alberto Del Rio, Ricardo Rodriguez, Jack Swagger et Zeb Colter dont on parle. Et jouons avec Wikipedia sur les pages consacrées à la Comeddia Del Arte.

 

On trouvera alors très facilement des similtudes frappantes.

 

Zeb Colter, vétéran du vietnam réac, a une bonne tête de Géronte « Dur, (…) entêté, d'un esprit borné (…) ses velléités de méchanceté – ou du moins de sévérité – ne servent qu’à le faire bafouer davantage » Alberto Del Rio dans le rôle du jeune premier ferait un bien beau Lelio tandis que Ricardo Rodriguez, bedonnant, facétieux et attachant, fait partie de la famille des valet de comédie, les Zannis. Il n'y a plus qu'à donner à Jack Swagger, le rôle du rival amoureux de Lelio qui est promis à sa dulcinée et le casting est complet.

 

 

Fais gaffe, Jack, c'est un retors. Il veut nous embrouiller en parlant de trucs pas de chez nous ! Vermine cosmopolite, va !

 

 

En clair, ce ne sont même plus des stéréotypes, ces quatre là, ce sont carrément des archétypes qui trainent dans notre littérature, dans des versions plus ou moins modifiées, depuis environ six siècles. Et le combat de lundi soir, qui voyait l'oppostion théorique de Del Rio à Zeb Colter, s'est très vite terminé en un non-match suivi d'une longue séance de bastonnade à coups de béquilles, histoire de continuer à recycler les grands moments classiques de la comédie.

 

D'ailleurs, même si le style est différent et pas aussi directement inspiré de la comédie italienne, toutes les péripéties de la Team Hell No sont exactement du même ordre, presques cartoonesques. Personnages ultra-stéréotypés, réactions dans et hors des rings complétement exagérées, c'est ça qui permet à l'équipe championne du monde d'avoir obtenu un tel succès depuis six mois. Tiens, d'ailleurs pour construire leur rivalité avec Ziggler et Big E Langston qui débouchera sur un match à Mania, on a eu droit à un Ziggler vs Bryan. Il n'y a pas grand chose à dire sur le match des deux et peu à écrire sur la division tag-team de la WWE qui a beaucoup souffert – en apparence, on verra dans un paragraphe suivant que c'est une illusion soigneusement entretenue – de la suprématie des Hell No.

 

Par contre, on va pouvoir discuter un instant du cas Ziggler et de sa mallette qui est, je l'avoue une source de trouble pour moi. Posons le problème simplement, c'est presque un syllogisme.

 

 

-Syllogisme ?

– T'abuses là … T'as déjà causé de tango et de théatre italien. T'es au courant que Lanny Poffo a appelé pour se plaindre du pillage de son gimmick ?

 

 

– Dolph Ziggler a dit qu'il casherait sa mallette à Mania.

– Dolph Ziggler est un heel, un méchant.

– La caractéristique principale du heel est d'être malhonnête, de mentir et de tricher.

 

La conclusion semble s'imposer d'elle même : Dolph Ziggler ne cashera pas sa mallette à Wrestlemania.

 

S'il le fait, surtout à Wrestemania, face à un public « très smart », composé essentiellement de fans éclairés du monde entier qui vont au grandest of them all comme d'autres en pélerinage religieux et dont il est déjà plus ou moins l'idole, il est immédiatement acclamé et a un comportement de gentil qui fait ce qu'il dit. Et ça pose évidemment un problème parce que l'identité de son adversaire ne doit pas être troublée par ce changement d'alignement. Et surtout, dans ce cas là, l'équipe qu'il compose avec Big E Langston est immédiatement désintégrée, puisque Big E semble pour le moment se comporter comme un bad boy. Un cash in de Dolph Ziggler à Wrestlemania correspondrait donc à la destruction de tout ce qui a pu être fait en termes de construction du personnage de Big E. J'avoue que ça me semble assez peu probable que la WWE jette à la poubelle le personnage de Big E qu'elle construit patiemment depuis deux mois alors qu'il n'a même pas livré un match.

 

 

Sinon, on peut toujours lui trouver un nouveau personnage à ce bon vieux Big E.

 

 

Voilà donc presque toute notre undercard traitée, à l'exception du match qui opposera le Shield à l'attelage improbable de Sheamus, Orton et du Big Show. Le Shield, même s'il n'est pas axé sur des personnages comme la majorité des exemples que j'ai cités plus haut, est incontestablement une réussite : la WWE a réussi à nous présenter comme une menace réelle une équipe qui n'est que finalement assez ordinaire et certainement pas aussi brillante que ses fans le pensent. Plutôt que d'essayer d'analyser leur performance de lundi, assez banale au micro, à l'exception de celle de Roman Reigns, clairement un ton au dessous des autres, essayons de comprendre pourquoi The Shield est un succès.

 

Honnêtement, en termes de scénario, l'histoire du Shield a été écrite avec les pieds. C'est un angle d'invasion où des types débarquent, sans qu'on sache vraiment pourquoi, et se réclament d'un truc assez flou, la justice. Leur motivation n'est pas claire du tout, elle n'a jamais été expliquée autrement que par ce mot de justice, elle a parfois été au service du plus offrant (ils ont un temps travaillé pour Paul Heymann), s'est parfois focalisée sur un individu sans motif apparent (Ryback a été longtemps l'une de leur cibles) avant de s'en désintéresser sans plus de raisons que ça. Il n'y a aucune raison logique de s'impliquer émotionnellement pour ces types là. Ce n'est donc clairement pas pour ça que le Shield paraît cool. Pourquoi donc, alors ?

 

 

Merci de cette réponse, Sheamus, on va pouvoir continuer.

 

 

Evidemment, en utilisant la première règle d'or que j'ai énoncée dans cet article : « Le catch, c'est le slip » on a déjà une réponse. Leur costume assorti joue pour beaucoup dans l'impression de cohésion qu'on a du groupe et dans le sentiment de synchronicité qu'ils dégagent dans un ring. Mais ce qui leur donne leur vraie force vis-à-vis du public, cette cohésion que la WWE met en avant comme enjeu du match, c'est un artifice que la WWE a construit de toutes pièces.

 

Le Shield est une bonne équipe de trois types, ce n'est pas une excellente équipe non plus mais leur cohésion dans le ring est renforcée par le fait qu'on ne voit plus jamais de six man tag-team match à la WWE – et c'est ça qui fait que le Shield a l'air si cool pour tous ceux qui ne regardent pas les DVDs du King Of Trios, le tournoi actuel de 3 contre 3 de la Chikara – et l'attrait de la rareté joue en leur faveur. Si l'on ajoute à cet attrait un vrai travail d'équipe, conforme à ce qu'on attend d'une vraie équipe de catch, le tour est joué. Et si ce tour est joué, c'est simple c'est qu'il contraste avec celui effectué dans la division tag-team à deux contre deux, où les champions du monde sont, de par leurs personnages, une équipe profondément dysfonctionnelle (et qui va donc ne pas jouer volontairement et inconditionnellement la carte de la solidarité dans le ring) : le Shield apparaît comme une vraie réussite parce que c'est la seule tag-team que la WWE met en avant ou presque depuis six mois. L'illusion ne durera plus très longtemps et s'estompera si la WWE ne s'attelle pas à vite trouver un mobile à leurs actions, mais, pour le moment, le coup est assez bien joué et devrait donner encore deux ou trois apparitions avant qu'on se demande comment le public va recevoir la chose.

 

 

– Believe in the Shield !

– Et surtout croyez y aveuglément, sans essayer de comprendre, réfléchir ou analyser le pourquoi ou le comment de nos motivations, les auteurs n'y ont pas encore pensé.

 

 

Passons enfin à l'upcard et expédions rapidement son cas. Rock vs John Cena, Triple H with Shawn Michaels vs Brock Lesnar et CM Punk vs The Undertaker. Je ne sais pas vous mais moi il y a deux choses qui m'inquiètent beaucoup dans cette carte. La première tient en une question simple : Pourquoi la WWE continue d'appeler sa tournée européenne d'Avril « Wrestlemania Revenge Tour » alors que sur les sept types impliqués dans ces trois matchs majeurs, seuls deux seront présents ?

 

Il y a un moment où, sérieusement, il va falloir débaptiser cette tournée de house shows avant de se faire condamner pour publicité mensongère. Certes, j'ai bien compris l'intérêt de proposer une telle carte, qui ressemble à celles qu'on peut faire dans un jeu vidéo en mode « légendes » une fois terminé le mode carrière. En plus du fun proposé, il n'y a là pas de nécessité de construire les personnages qui sont tous établis et construits sur le long terme depuis une éternité (à peu près 6 ans pour CM Punk, 8 ans pour John Cena, 13 ans pour Brock Lesnar, 16 pour le Rock, 18 pour Triple H, 23 pour le Taker, 25 pour HBK). La WWE assume donc que les personnages sont établis et peut essayer de consacrer du temps à construire les différents antagonismes. Le problème c'est que le boulot a été fait à la va-vite rapport aux plannings du Rock, de Brock, de Shawn et du Taker qui se sont faits très rares.

 

 

Règle numéro Un : Le catch, c'est le slip.

Illustration

Ce type est déguisé en paramilitaire. C'est un méchant raciste.

 

 

La seconde chose qui me perturbe et que je suis impatient de voir dimanche, ce sont les réactions du public de Wrestlemania. La WWE n'est pas totalement idiote, elle sait d'expérience que le public de Wrestlemania peut être parfois frondeur et par tradition que le public new yorkais n'est pas non plus le plus tendre. Un Wrestlemania à New York est donc toujours un pari difficile, d'ailleurs Brock Lesnar en avait fait l'expérience douloureuse il y a neuf ans. Et ce qui minquiète, c'est que la WWE a pas forcément l'air d'en avoir pris la mesure, on l'a vu avec la promo inaugurale de John Cena ce lundi qui a démontré que la WWE avait un mal fou à prévoir les réactions de son public.

 

Et, avec ce haut de carte là pour Wrestlemania, on se dirige tout droit vers un truc expérimental qui pourrait très bien voir un public bruyant et frondeur voler la lumière aux catcheurs. La rencontre Triple H/Lesnar, déjà assez peu alléchante sur le papier (c'est un rematch), pourrait bien être perturbée par un public qui n'adhérerait pas au truc. Ce serait d'ailleurs moins étonnant que la pseudo annonce de la retraite de HHH il y a six mois ne s'est pas vraiment passée comme la WWE l'avait prévu, ni juste après la fin de son match de Summerslam, ni au RAW suivant. Rajouter Shawn Michaels – pour qui le public a le plus grand respect  – dans l'équation était donc indispensable mais est-ce que ce sera suffisant ?

 

 

Règle numéro Un : Le catch, c'est le slip.

Illustration

Ce type habillé comme le précédent (juste avec du camouflage en plus pour faire plus paramilitaire) est un gentil et même une légende.

 

 

Je ne m'étendrai pas non plus sur le match Rock/Cena qui oppose la personnalité la plus controversée aux yeux des fans à un champion à temps partiel pour le rematch d'un événement qui avait été vendu l'an dernier comme « Once in a lifetime ». Là encore, tout comme Triple H qui sort de sa retraite pour mettre sa carrière en jeu, on fait confiance au Suspend disbelief du spectateur pour lui faire oublier une incohérence scénaristique majeure. A mon avis, c'est un excès de confiance et il pourrait bien avoir été pris un peu trop à la légère.

 

Ce n'est d'ailleurs pas très étonnant au final que le RAW de ce lundi se soit terminé sur la confrontation entre Punk et l'Undertaker. Là, on est dans la formule éprouvée qui marche toujours avec des personnages bien stéréotypés, définis en un clin d'oeil et presque cartoonesques dans leurs actes. C'était grand guignolesque mais c'était sans contestation la meilleure séquence de ce RAW. Le méchant qui utilise son valet en le déguisant pour attirer le gentil dans un piège et lui donner une bonne bastonnade (à coups d'urne funéraire) c'est vieux comme le monde mais toujours efficace. D'ailleurs, c'est à peu de choses près la même dynamique que celle qui a présidé à l'agression de Del Rio moins de deux heures plus tôt.

 

 

Règle numéro Un : Le catch, c'est le slip.

Illustration

Ce type est habillé comme une légende. Pourtant, c'est lui le méchant.

 

 

Alors que s'approche le "season finale" de cette année de catch, il ne reste plus qu'à espérer que, pour l'année suivante, la WWE ouvre enfin les yeux et regarde vraiment en face ce qui marche réellement et implique systématiquement le public dans l'histoire qu'elle raconte. Et le constat c'est que la solution à un produit peu attrayant semble être pour le moment plus du côté des Fandango et autres personnages bien caricaturaux que de celui des personnages avec de multiples nuances de gris et autres parts d'ombre.

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