Catch

Pour toi, Public !

Si je fais de le catch, c’est pour trois, poublic.

John Cena, Palais Omnisports de Paris-Bercy, 20 avril 2013

 

Oubliez ces prétentiards de Yerem et Coy qui font les malins parce qu’ils ont assisté à Wrestlemania. Nous autres, à la Rédaction des Cahiers du Catch, quand on a envie de voir les superstars de la WWE, on les fait venir directement chez nous. Il suffit de passer quelques coups de fil et hop, les voilà tous à Bercy.

 

 

De toute façon, on était déjà dans le coin pour le goûter d’anniversaire de Flying Panda.

 

 

Nalyse du house show de la WWE à Paris-Bercy le 20 avril

 

 

C’est en fin d’après-midi ce riant samedi que je garai ma voiture dans un parking aussi souterrain qu’onéreux. Quelques minutes de marche sous le chaud soleil parisien plus tard, je retrouvai, affalés comme des merdes sur les marches de Bercy, notre leader charismatique Silvernights, l’activiste de droite TDS, le barbu Dexter I-T (les photos nettes qui illustrent cet article sont de lui, qu’il en soit remercié un milliard de fois ; les photos floues et moches, c’est les miennes) et un jeune clone de John Cena (mais tout maigre) qui avait sympathisé un peu plus tôt avec mes camarades, car ce sont des gens très avenants. Nous fûmes bien vite rejoints par l’homme au pseudo imprononçable, the Great Calikrillimero, l’électrisant Major Tom (qui, comme à son habitude, annonça son arrivée par un violent spear sur TDS), la charmante et très colorée bb.lu, l’élégant Jyskal et enfin, celui que nous attendions le plus fébrilement (non parce que nous l’aimons bien, mais parce que c’est lui qui avait les places), le riant Didi. L’équipe enfin au complet, une question se posa : où allions-nous grailler ?

 

 

Feed us more !

(Ouais, parce que sur la photo, on ne voit pas bien mais  c’est Ryback. Du coup, la légende elle est marrante. Ah ah ah.)

 

 

Mais ce problème passa bien vite au second plan. En effet, c’est avec des étoiles d’émerveillement enfantin dans les yeux que nous nous rendîmes compte que trois marches en contrebas se trouvait nul autre que l’inénarrable Christophe Agius ! Encouragés par notre éducation irréprochable, nous décidâmes de ne point le déranger, au grand dam de TDS, qui est d’un sans-gêne à même de lui faire honte.

 

Et puis tout soudain, les événements s’enchainèrent avec la rapidité d’une boule de neige au galop. Une jeune femme nous aborda, nous expliquant qu’elle cherchait des fans pour tourner une séquence avec maître Agius pour le prochain épisode de la célèbre série Catch Off ! Et c’est ainsi que notre fine équipe se retrouva à donner la réplique au gars Christophe dans un dialogue qui, bien que fort court, n’a rien à envier aux meilleurs passages de Molière. Fidèle à sa réputation, Monsieur Agius se montra très sympathique avec nous, serra chaleureusement la pogne aux garçons et fit œuvrer son charme avec retenue, classe et distinction sur le seul élément féminin du groupe. Surveillez bien le web et la télé, nous en serons les prochaines stars.

 

 

J’ai rencontré Henri Death en personne ! Je suis trop heureux !

 

 

Mais entrons dans le vif du sujet et intéressons-nous au spectacle. Bien qu’amateur de catch depuis plus de vingt ans (avec certes une longue pause), votre serviteur n’avait jamais eu l’occasion d’assister à un show en vrai ! C’est donc avec un regard tout à la fois émerveillé et analytique que j’abordai cette soirée.

 

 

Un regard un peu comme ça, quoi.

 

 

Dès notre entrée dans la salle, force est de constater que le taux de remplissage est plutôt rassurant : ce Bercy quasi-plein est le signe que l’engouement pour le catch n’est pas encore près de s’éteindre en France, et que la WWE devrait encore nous proposer encore un bon paquet de house shows par chez nous.

 

C’est pile à l’heure annoncée sur les billets que les lumières s’éteignent. Après quelques recommandations d’ordre légal (on peut prendre des photos, mais si on se fait choper à diffuser le show en streaming, on se fera foutre dehors à grands coups de pompe dans le fondement), le générique de Raw est diffusé sur les écrans géants de la salle. D’après les divers avis que j’ai pu lire ça et là sur le web, il semble que plusieurs spectateurs ont regretté le manque d’ambiance ce soir ; cet état de fait semble dû à l’acoustique très perfectible de Bercy : les différentes parties du public s’entendent mal entre elles. Mais c’est avec une absolue certitude que je puis vous affirmer que dans le coin de la Team CDC, l’ambiance était assez extraordinaire. Il faut dire que nous avons un don pour trouver des chants à la con qui mettent une ambiance de ouf guedin. Mais nous y reviendrons plus tard.

 

Le premier combat de la soirée, annoncé par l’excellent Justin Roberts, oppose R-Truth au sosie officiel de Bourvil à la WWE, j’ai nommé Heath Slater. Je dois bien vous l’avouer, bienveillants lecteurs, je n’éprouve qu’une passion modérée pour ces deux catcheurs. Et pourtant, il faut bien reconnaître que le charme opère. Le public se prend au jeu sans chipoter, reprend les « what’s up » de Truth en chœur et hue de bon cœur le leader des 3MB. C’est d’ailleurs à son intention que Silvernights crie un sonore « tocard » qui sera bien vite repris par les petits jeunes du rang devant nous tout au long de la soirée. Si ça devient la prochaine insulte à la mode dans les cours de récréation, vous saurez d’où ça vient. Bref, il faut bien reconnaître que la mayonnaise prend et que ces deux-là s’y entendent pour chauffer le public. C’est au terme d’un match plutôt correct que Slater, perdant, prend la direction des coulisses en claudiquant, pendant que son adversaire célèbre sa victoire en communiant avec un public conquis.

 

 

L’un de ces hommes a l’air bête, l’autre a l’air trousse.

 

 

Justin Roberts nous annonce ensuite la tenue d’un match de championnat entre la Team Hell No et Dolph Ziggler et son comparse Big E. Langston, et nous invite à choisir via Twitter si AJ sera autorisée ou non à rester près du ring. Ce gros geek de Jyskal saisit alors son téléphone portatif d’une main alerte et précise. Tout le monde se demande qui serait assez con pour demander qu’AJ reste en coulisses…

 

Le combat suivant est un affrontement féminin qui apparaît un peu trop tôt dans la soirée pour qu’on puisse le mettre à profit pour aller pisser. C’est donc avec une résignation mêlée de curiosité que l’on s’apprête à le regarder. Heureusement, l’intérêt du spectateur circonspect se réveille lorsque l’on entend un « excuse me » bien familier… Eh oui, Vickie Guerrero est là en personne pour annoncer le combat ! Une Vickie tellement huée que je n’ai même pas réussi à entendre ce qu’elle disait… En tout cas, cette intervention fait encore monter la température d’un cran et c’est finalement d’un œil bienveillant que je regarde ce match qui voit Tamina et les Bella Twins affronter Kaitlyn et les danseuses de Brodus Clay. Le match, bien qu’un peu botché sur la fin, est plutôt satisfaisant et se laisse regarder sans déplaisir. La présence de Kaitlyn nous fait scander le nom de notre ami Kovax, amoureux transi de la blonde championne, mais le chant est étonnamment très peu repris par la foule. Sa popularité au sein du grand public serait-elle moindre que ce que nous pensions ?

 

 

Et je dédie cette victoire à mon mari, Kovax.

 

 

Enchaînons avec un match assez déroutant. En effet, lorsque retentit la musique de William Regal, tout le monde est un peu perdu. L’Anglais apparaît en effet tellement peu dans les shows principaux de la WWE que personne n’est capable de dire s’il est heel ou face, et c’est donc dans une relative indifférence qu’il se dirige sur le ring… Qu’à cela ne tienne, nous sommes-nous dit ! Il suffit d’attendre quelques secondes pour voir qui est son adversaire, et nous connaîtrons alors l’alignement de William Regal sur la balance du Bien et du Mal. Sauf que ledit adversaire n’est autre que Michael McGillicuty, qu’on ne le voit pas plus à Raw ou Smackdown, et qu’on ne sait pas non plus de quel côté il est ! Il va donc falloir donc attendre de voir comment chacun se comporte, et le début du match en souffre un peu au niveau de l’ambiance. Bien vite, il apparaît que le heel est le fils du regretté Mr Perfect, et que l’Anglais, malgré son âge respectable, est encore dans une forme olympique. On s’y attendait peu de la part de ces deux-là, mais c’est bel et bien à un comedy match que nous assistons ! McGillicuty joue les Pierre Richard du ring en se cassant la gueule et en se prenant les pieds dans les cordes, Regal joue à merveille les hypocrites quand il fait mine de vouloir serrer la main de son adversaire, et s’attire ainsi la sympathie d’un public qui finit par se prendre au jeu et prend fait et cause pour l’aîné lorsqu’il remporte le combat.

 

 

Un Anglais qui applaudit un drapeau français. C’est pas chez les fachos footeux qu’on verrait ça !

 

 

Il est temps de passer à ce qui est probablement le meilleur match de la soirée, le combat pour les ceintures par équipe. Curieusement placé très tôt dans la soirée, alors qu’il met en scène tout de même le champion WHC et les champions par équipe (tous deux par ailleurs anciens détenteurs de ceintures majeures à la WWE), l’ambiance est déjà monstrueuse dès l’entrée des protagonistes. Si Ziggler a son lot de fans enthousiastes, ce n’est rien face à la pop énorme que récoltent Daniel Bryan et Kane, qui font d’ailleurs leur entrée séparément et chacun sous son propre thème. Le match est très bon et déchaîne l’enthousiasme de la foule. Remporté lui aussi par les faces, sa fin ne voit cependant pas celle du spectacle : les champions continuent en effet à assurer le show bien après que la cloche a retenti. Le thème est désormais classique : le grand mec rouge et le petit mec barbu miment une engueulade pour s’approprier les deux ceintures. Le public est aux anges lorsque Bryan prend le micro pour protester contre les cris « goatface » qui s’élèvent dans le public, fait mine d’être au bord des larmes, puis mime un taureau qui charge pendant que Kane s’improvise torero, avec les ceintures en guise de muleta ! Et c’est finalement sous les acclamations d’une foule exaltée que les deux compères laissent choir les ceintures au sol pour s’étreindre dans un câlinou fraternel et émouvant. Disons-le encore une fois : ces mecs-là sont vraiment énormes. Daniel Bryan en particulier, aussi brillant catcheur que talentueux showman, sera à n’en pas douter dans quelques années une véritable légende de la profession.

 

 

Un match complètement flou !

 

 

Après un court entracte, la soirée peut reprendre avec un nouveau match par équipe opposant les éléphantesques Tons of Funk aux prétentieux Rhodes Scholars. Les faces font bien réagir la foule, les heels sont insupportables à souhait, et le match est encore une fois plutôt agréable, même s’il souffre tout de même de la comparaison avec celui qui l’a précédé. C'est l'occasion d'entendre un savoureux dialogue entre une maman et son fiston, un peu plus haut dans les gradins, au moment où Brodus Clay écrase l'un de ses adversaires de son impressionnant popotin :

« Il lui a pété dessus ?

– Ah ben probablement. »

 

 

On va tout péter ce soir !

 

 

Pour rester dans le thème (de la danse, pas du pet), après la victoire des funky pachydermes, notre ami personnel Christophe Agius monte sur le ring pour annoncer la finale d’un concours de danse qui s’est tenu sous les auspices de la chaîne RTL9. Il s’agissait en fait de voir deux personnes s’agiter maladroitement sur la musique de Brodus Clay en espérant récolter plus d’applaudissements que l’autre. La fille a été huée (la sensation d’être détestée par dix mille personne doit être bien grisante) et le gars, dont la prestation a été un peu plus appréciée, a gagné une superbe réplique de l’ancienne ceinture WWE (la fédération écoule probablement ses stocks pour laisser de la place dans ses entrepôts au nouveau modèle). 

 

C’est ensuite un proche voisin de la France qui s’en vient vers le ring en la personne de l’impressionnant Antonio Cesaro, opposé au falot Zack Ryder. L’Américain (dont Major Tom regrette encore qu’il ait abandonné son célèbre pantaslip) ne fait pas le poids face au Suisse, tant en popularité (Cesaro a sans doute été, avec Ziggler, le heel le plus encouragé de la soirée) qu’en niveau catchesque, ni même en position hiérarchique dans la carte de la WWE. C’est donc logiquement que Cesaro s’offre la seule victoire heel de la soirée, au terme d’un match qui met bien en valeur son talent et sa puissance. Notons que, toujours spirituelle, la Team CDC s’offre le plaisir de scander pendant le combat le nom de notre ancien ministre Jérôme Cahuzac pour rendre hommage au pays de Cesaro, patrie du chocolat et du blé. Il semble toutefois, au vu de divers messages postés sur différents forums, que nous n’ayons pas été les seuls à avoir eu cette idée. D’autres aimables plaisantins ont choisi pour leur part de hurler « Ricola ! ». On a bien ri.

 

 

Je danse, donc j’suis suisse.

 

 

Le temps passant plus vite lorsque l’on ne s’ennuie pas, c’est déjà la presque fin du spectacle puisque Justin Roberts nous annonce le main event de la soirée : un tables match entre Ryback et John Cena pour le titre WWE. Les fins spécialistes que nous sommes s’interrogent : la plèbe répugnante et méprisable qui regarde la WWE à la télévision française, avec le décalage que cela implique, est-elle au courant du heel turn de Ryback ? Au vu des « bouuuuuu » qui l’accueillent, il semble que oui, même si la brutasse chauve se retient de trop en faire dans le registre heel. L’ex Skip Sheffield se permet même de haranguer la foule, et un nombre non négligeable de fans lui répond par des « feed me more » vigoureux. Alors que l'entrée du challenger a déjà fait considérablement monter la température, celle du champion ébranle Bercy du sol au plafond. C’est une véritable explosion qui accueille John Cena, reçu en héros par la majorité de la foule, malgré les inévitables « Cena sucks » repris par quelques personnes.

 

Le combat nous réserve quelques moments de rigolade inattendus lorsque les catcheurs cherchent pendant de longues secondes des tables qui n’ont visiblement pas été rangées là où elles devraient, ou quand Ryback déplie une table déjà cassée ! L’on se demande alors si le match va pouvoir se finir comme prévu, et l’on en profite pour lancer des chants « Conforama » sur l’air de « let’s go Cena », auxquels d’autres spectateurs tout aussi spirituels que nous répondent par des « Ikea » désopilants. Ah ah ah que nous sommes amusants ! Les petits jeunes devant nous lancent même des « made in China » pour souligner la faible qualité du matériel.

 

Malgré ces petits problèmes techniques, le match est plutôt correct, bien que son final soit par trop prévisible : Cena est à côté de la table, Ryback se précipite vers lui… et se fait cueillir comme un débutant avant de traverser l’innocent meuble. Et c’est sous les vivats de la foule que le Marine conclut le show de fort belle manière en tenant un discours probablement très démagogique, mais auquel nous n’avons rien compris parce qu’il a essayé de parler français. En ce qui concerne la fine équipe des CDC, c’est évidemment au bistrot qu’elle se retrouva après le spectacle, pour parler philosophie devant une tasse de thé vert à la menthe. Je n’en dirai pas plus, c’est notre petit jardin secret à nous.

 

 

N'écoutez pas Arnaud Montebourg : n'achetez pas français !

 

 

Que retenir finalement de cette soirée ? Ce qui frappe le plus, en dehors de l’ambiance incomparable du live, c’est que les matchs sont assez différents de ceux que l’on peut voir à la télévision. Il est difficile de dire si c’est à cause de l’ambiance qui change la perception des choses, du montage télévisuel ou si les catcheurs agissent vraiment différemment, mais tout m’est apparu comme exagéré. Les heels m’ont semblé en faire des tonnes pour se faire détester, les mouvements davantage téléphonés, les combats avaient tous un peu la même structure et, pour tout dire, ce que j’ai vu me semblait correspondre à l’idée que je me fais du vieux catch qui fit les grandes heures des salles parisiennes à la grande époque de l’Ange Blanc, du Petit Prince et du Bourreau de Béthune. Comme si le contexte du house show, éloigné des feuds en cours, permettait aux catcheurs de revenir à l’essence même du catch. Tout m’a donc semblé bien plus stéréotypé qu’à la télé, mais donc plus épuré, comme si l’on atteignait en quelque sorte l’essence fondamentale du catch.

 

Assister à un house show, c’est toucher du doigt une certaine forme d’absolu.

 

Même si certains ont plutôt touché du dos.

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