Catch

Catch dell’Arte

Plus l'émission m'abrutit, plus j'ai envie de la regarder,

Ça me poserait pas de problème que Direct 8 remplace Arte.

Orelsan, Plus rien ne m'étonne

 

Depuis que le reformatage de NT1 par TF1, qui a relégué le catch à la troisième partie de soirée, il est devenu compliqué d'assouvir notre passion pour cet art grâce à la TNT. Aujourd'hui, ce qu'on en voit à la télé, ce sont quelques fans un peu stupides exhibés dans Confessions Intimes.

Heureusement, il y a Arte.

Le catch y était mercredi. The Wrestler, le film avec Mickey Rourke, puis Yes We Catch, un documentaire. De quoi y passer sa soirée.

 

 

Whatcha ya gonna do brother, when Artemania runs wild on you!?

 

 

Nalyse d'une soirée catch sur Arte

 

Sans publicité (et donc sans dépendance financière) et sans réelles contraintes d'audience, la chaîne culturelle peut se permettre des choix éditoriaux courageux, à travers ses soirées Thema. Je pense notamment aux documentaires, comme ceux de Marie-Monique Robin (Le monde selon Monsanto, Notre poison quotidien, etc.).

 

C'est ainsi que, mercredi 24 avril, le média franco-allemand avait décidé d'aborder le catch. Les anciens nous ont alors rappelé que c'était déjà arrivé, il y a de nombreuses années, avec la diffusion de Wrestling With Shadows, le documentaire sur Bret Hart tourné en 1997, notamment pendant le Survivor Series et son fameux Montreal Screwjob.

 

Cette fois encore, Arte a fait les choses bien, éditant même un mini-site sur la soirée : http://arte.tv/catch

 

 

Premier programme, en prime-time : le film The Wrestler, de Darren Aronofsky. Je n'avais encore jamais vu ce film. J'étais un peu méfiant : laissez-moi vous expliquer pourquoi.

 

Je me suis mis à suivre le catch à la fin de l'été 2008, d'abord de manière occasionnelle, mais cet acrobate de Jeff Hardy me donnait de plus en plus envie de rallumer NT1 la semaine suivante.

 

Jusqu'à un soir d'insomnie, en janvier 2009. Une nouvelle de FNLutte.com affirme que Matt Hardy va trahir son frère, je comprends que le PPV est en train d'avoir lieu, je fouille leur forum et je trouve un stream pirate juste au moment du match entre Jeff et Edge.

 

Matt trahit bel et bien Jeff, Edge devient champion du monde, Randy Orton gagne le Rumble. Je deviens accro au catch (et je découvre les Cahiers du Catch à la même période).

 

Mon premier souvenir de fan assidu de catch, c'était la Route vers Wrestlemania 25. Une histoire géniale entre Orton et Triple H (conclue malheureusement par un match raté), une autre très bonne entre Edge, Cena et Big Show (qui avait pour cela pécho le boule de Vickie, plus imposant qu'aujourd'hui).

 

Et puis Chris Jericho contre les vieux. Il avait défié Mickey Rourke, mais ce dernier, après avoir hésité, s'était défilé après avoir été nominé aux Oscars, de peur qu'un match à Wrestlemania nuise à son image auprès des votants.

 

Donc, The Wrestler, c'était pour moi le film avec le mec qui avait snobé Wrestlemania, tout ça pour rater la statuette et finalement venir quand même à Wrestlemania filer un coup de poing immonde à Jericho.

 

 

Quand Ric Flair parait en meilleur état que toi sur une photo, ce n'est pas bon signe, mec.

 

 

J'avais donc un a priori négatif, et j'ai pourtant aimé ce film.

 

Randy « The Ram » Robinson, le personnage de Mickey Rourke (qui rappelle physiquement Billy Gunn), est une ancienne gloire du catch, aujourd'hui réduit aux galas médiocres et aux pilules, mais qui se délecte toujours de son succès passé.

 

L'histoire de Randy est touchante. Parce qu'elle est vraie.

 

Son addiction à l'alcool et aux drogues, rechute après rechute, évoque nécessairement celles de Jake Roberts ou de Scott Hall (aujourd'hui repris en main par DDP).

 

Les séances d'autographes, dans une salle miteuse avec d'autres ringards, rappellent toutes les histoires de Virgil (l'ancien garde du corps de Ted DiBiase, Sr), seul au fond de la pièce, tentant agressivement de vendre photos dédicacées ou Polaroïds.

 

Quand Randy reçoit un pontage, cela fait écho à tous ces anciens catcheurs morts de crise cardiaque après des années d'abus, comme Davey Boy Smith (British Bulldog), Eddie Guerrero, ou plus récemment Umaga ou Lance Cade.

 

On pense aussi à tous ceux tellement attachés au bonheur d'être sur le ring, acclamés par la foule, qu'ils seraient prêts à y mourir, comme Ric Flair ou Jerry Lawler.

 

Enfin, quand Randy fuit lorsqu'il est reconnu par un client du stand boucherie où il travaille, on pense à la très embarrassante anecdote de Taylor Wilde, elle aussi vendeuse reconnue par un client… alors qu'elle était championne knockout (féminine) de la TNA. Car oui, cette fédération a toujours payé ses employées au lance-pierres (sauf si elles viennent de la WWE).

 

 

On n'avait pas vu Mickey Rourke pendant longtemps en tête d'affiche au cinéma, il s'tait caché, hohohoho.

 

 

Le film en lui-même est très classique. L'histoire d'une rédemption, l'amie qui encourage, le succès puis l'échec de la réconciliation du héros avec sa fille. Il échoue dans la vie normale et en revient au catch.

 

De quoi être surpris par la quasiunanimité critique. La stature « réalisateur culte » qu'a Darren Aronofsky depuis Requiem for a Dream a dû beaucoup jouer…

 

Mais le film fonctionne vraiment bien. Parce que Mickey Rourke est convaincant. Il faut dire que l'acteur, après tant d'errements, de l'alcool à la drogue en passant par la chirurgie esthétique, est sur la voie de rédemption.

 

On dira qu'il a une certaine prédisposition naturelle pour se glisser dans la peau du ringard qui veut se racheter.

 

Et puis, le second rôle est tenu par Marisa Tomei d'une manière admirable (elle a d'ailleurs elle aussi été nommée aux Oscars pour sa performance).

 

Pas facile de jouer une strip-teaseuse. J'adore Natalie Portman, de Léon à V pour Vendetta… mais Marisa Tomei se dandinant en string ficelle à 43 ans dans The Wrestler est décidément beaucoup plus sensuelle et envoûtante que Natalie à 23 ans dans Closer : entre adultes consentants.

 

Enfin, on prend plaisir à reconnaître logos et catcheurs. CZW, Ring of Honor, R-Truth (il paraît qu'il y bat Antonio Cesaro), Necro Butcher.

Oui, Necro Butcher.

 

Lui, là :

 

 

Si toi aussi tu sais identifier Necro Butcher, tu as vraiment regardé trop de catch.

 

 

En parcourant les infos sur le film, j'ai lu qu'Hulk Hogan avait prétendu avoir été approché pour jouer le rôle de Randy. Et qu'il l'avait décliné. Bullshit. Hogan est certainement le plus grand mythomane du monde du catch, et l'un des plus ridicules. À l'entendre, il aurait pu jouer dans de nombreux chefs d'oeuvre et être une immense rockstar (Metallica lui aurait demandé d'être le bassiste du groupe). Or sa carrière artistique, Rocky III mis à part, se résume à un enchaînement de navets (à tel point que la WWE promouvait récemment la sortie en DVD de No Holds Barred, en se moquant ouvertement du film pour capitaliser sur son côté nanar).

 

Puisque je m'adresse à des fans de catch : regardez The Wrestler, car c'est plutôt un bon film, mais surtout parce qu'il décrit bien les « à côtés » du catch, la fin de carrière. Pour une nalyse plus détaillée, vous pouvez vous reporter au papier que les CDC lui avaient consacré à sa sortie.

 

 

Ensuite, à 22h30, Arte enchaînait avec Yes We Catch, un documentaire de 52 minutes produit par Camera Lucida.

 

Un programme qui débute bien, avec la Chevauchée des Walkyries, la musique de Daniel Bryan et des images d'un spectacle de la WWE en France.

 

Par contre, les mecs, on s'entend bien que les jeux de mots avec « Yes We Can » c'est ringard depuis 2009, hein ?

 

 

 

 

On continue par une évocation du catch français et de ses vieilles gloires, avec des images d'archives de l'INA (quand il était télévisé et commenté par Roger Couderc) et des témoignages de rescapés. Et La Môme Catch-catch de Fréhel. Très intéressant pour notre génération, qui ignore toute cette période. On sourit quand un vieux du catch français nous explique qu'il était un « bon », un « babyface » comme disent les Anglais (mais prononcé avec le pire accent français qui soit).

 

On passe rapidement sur quelques scènes de catch français actuel (dont un gamin bien trop jeune pour s'entraîner), et le documentaire part aux États-Unis. Et c'est là que ça se gâte !

 

On y découvre un apprenti catcheur français en visite, Canonball, qui nous explique que son personnage est hué par la foule, que c'est un « heelface ».

 

Voilà.

 

Cela fait quatre ans que je suis de près le catch, que ce soit en français ou en anglais. Un méchant est un « heel », un « bad guy », un « antagonist », un « villain » : je n'ai jamais vu un site, un journaliste, un ancien catcheur parler de « heelface ».

 

Je ne dis pas que ce terme est incorrect : après tout, nous ne connaissons qu'une partie du jargon employé dans l'industrie du catch. Je trouve en revanche singulier qu'un documentaire, dont on peut attendre pédagogie et rigueur, nous présente un concept (la gimmick du méchant) en la désignant par un terme que personne n'emploie.

 

Passons… Notre aspirant catcheur s'entraîne avec un certain Ric Draisin. Vous ne le connaissez pas ? Moi non plus.

 

Un body-builder qui a tâté un peu du catch, sans grand succès, et qui consacre des sites web à sa propre gloire. Voilà la gueule de celui qui va nous éclairer sur le catch américain.

 

Passe encore la tonalité « c'était mieux avant », elle est toujours fréquente chez les anciens. Mais lorsqu'il critique le côté spectacle de la WWE en affirmant que les scénarios y sont prévus six mois à l'avance (ou que les matchs sont totalement écrits), il se décrédibilise totalement.

 

Car nous le savons bien, c'est plutôt d'un manque de cohérence que souffrent les histoires de la WWE, Pour un Rock-Cena prévu un an à l'avance, combien de storylines écrites à vue, improvisées d'une semaine sur l'autre ?

 

Après un trop court passage sur "New York Knockout" Nikki, que vous avez peut-être déjà vue à la TNA (Roxxi Laveaux), à Wrestlicious (Toni The Top) ou à SHIMMER, on repart dans une petite fédération indépendante.

 

Au détour d'une comparaison entre celle-ci et la WWE, le narrateur (Canonball) nous explique :

 

« C'est un petit théâtre survolté, où les catcheurs se donnent à fond, avec des combats où l'histoire se raconte en dix minutes, où l'image de la star compte moins que le plaisir donné au public, c'est le catch que j'aime ».

 

N'importe quoi.

 

Je veux bien qu'on défende les petits face aux puissants, mais pas qu'on raconte n'importe quoi. Prétendre que le catch serait meilleur dans la petite féd du coin, c'est de la pignolade de snob.

 

Le scénariste Max Landis (Chronicle) affirmait récemment que le catch est le « dernier bastion commercial de l'art-performance ». Le catch est un art, dans les petites salles de banlieue comme dans les grandes arènes. Faire croire que le succès de la WWE ne repose que sur sa puissance médiatique et sa science du marketing est malhonnête.

 

C'est une erreur fondamentale du documentaire, qui préfère boire les paroles d'un body-builder ringard et d'un catcheur inconnu. Et ignorer superbement la TNA et Ring of Honor.

 

On file ensuite au Mexique, voir un peu de Lucha Libre, un luchador qui fait de la couture en gardant son masque. CMLL, AAA…

 

 

Un nouveau super-héros est en ville : le couturier masqué. Il combat le mal en réparant les trous de vos pantalons.

 

 

Et c'est déjà fini.

 

On aura parlé de la France, des États-Unis (mal), du Mexique, et pas du tout du Japon.

 

Même s'il est très appréciable qu'un documentaire soit consacré au divertissement que nous aimons, on ressort plutôt déçu.

 

J'y ai vu trois approches du catch, décrites avec plus ou moins de réussite, avec approximations et clichés.

 

Cela aurait pu être une mini-série de trois documentaires, c'est malheureusement un programme qui ne parvient pas à se trouver un fil rouge.

 

Si la partie américaine est assez faible, les sections française et mexicaine sont instructives. Pour cela, le documentaire reste globalement intéressant.

 

De toute façon, il est si rare de voir un documentaire consacré au catch qu'il faut le regarder tant qu'il est encore temps. Il restera en effet visionnable sur le service Arte+7 pendant une semaine après sa diffusion télévisuelle, c'est à dire jusqu'au mercredi 1er mai.

 

 

N'hésitez pas à visionner cette émission, décérébrés que vous êtes. Voilà qui vous permettra de vous enorgueillir jusqu'à la fin de vos jours d'avoir, une fois dans votre misérable existence, regardé ARTE.

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