Catch

Ici c’est Philly!

I was bruised and battered and I couldnt tell what I felt

I was unrecognizable to myself.

Bruce Springsteen, Strees of Philadelphia

 

Dans une enceinte philadelphienne en ébullition, nos musclors favoris se sont mis une sacrée peignée ce dimanche, démontrant brillamment qu’il n’est nul besoin de recourir au blading pour s’ouvrir le cuir chevelu bien comme il faut. Le sang a coulé, les larmes aussi, sous les vivats d’un public qui a revécu, des années après, une soirée digne des grandes heures de l’ECW.

 

 

If you want blood, you’ve got it!

 

 

Nalyse de Money in the Bank

 

 

Le Money in the Bank Ladder Match est sans doute l’un des gimmick matchs les plus enthousiasmants et les plus attendus de la WWE, à l’instar du Royal Rumble. Comme le Rumble, l’événement ne se produit qu’une fois par an (certes deux fois dans la même soirée pour ce qui concerne le MITB) et suscite toujours le même engouement, quels que soient les participants. L’explication tient à la fois à la simplicité du concept, au nombre élevé de superstars engagées et à l’enjeu, similaire dans les deux cas : un Title Shot pour un titre de champion du monde, carotte suffisamment appétissante pour que chacun se décarcasse, prenne des risques insensés et sacrifie amitié, devoir et soumission à son ambition personnelle.

 

Devenu le cœur d’un ppv éponyme depuis 2010, le MITB s’est déjà imposé, en quatre éditions depuis dimanche, comme l’un des rendez-vous incontournables de la saison. Le fait que le détenteur d’une mallette dispose d’une année entière pour l’utiliser quand bon lui semblera ajoute encore à l’aura de cette stipulation : alors que les résultats d’un ppv normal s’estompent rapidement, ceux du MITB étendent leur ombre sur de longs mois. Qu’on se rappelle d’Edge, vainqueur en 2005, ou de Dolph Ziggler, vainqueur en 2012, qui ne cashèrent que près de dix mois après leur victoire… Ce ppv est unique, d’autant plus qu’il a été l’écrin, en 2011, de l’inoubliable victoire de CM Punk sur John Cena pour le titre WWE, ce qui en fait un show d’ores et déjà doté de sa propre légende et cher au cœur de tous les suiveurs.

 

 

Criminalité : pour des raisons que la police ne s’explique pas, les braqueurs de banque sont depuis quelques années de plus en plus nombreux à essayer d’utiliser des échelles sur les lieux de leurs méfaits.

 

 

Les attentes étaient donc élevées pour la quatrième édition du ppv, tenue dimanche dernier.  Surtout que les bookers avaient bien fait les choses en amont. Dans sa très pertinente nalyse du go-home Raw, l’ami TDS a justement mis en évidence les multiples erreurs de la creative team concernant cet épisode en particulier; il n’empêche que globalement, grâce au travail effectué dans les semaines précédentes, le ppv avait été bien buildé, une multiplicité de storylines s’entremêlant harmonieusement pour nous plonger dans l’incertitude et l’excitation.

 

 

Pour ajouter un peu d’incertitude et d’excitation en ces lieux que je connais si bien, j’ai proposé à Vince d’incorporer Sabu au MITB All Stars, et de lui donner une tronçonneuse, mais ce lâche a dit non.

 

 

On voulait, bien sûr, assister à deux grands MITB Ladder Matchs, chacun se trouvant sous la menace de diverses interventions extérieures; un grand suspense planait sur le match pour le World Heavyweight Championship entre Ziggler et Del Rio (les participants à notre concours de pronos ont d’ailleurs très équitablement réparti leurs votes, 55% annonçant une victoire du champion mexicain et 45% optant pour son challenger péroxydé); on se demandait si Mark Henry, revenu au meilleur de sa forme et déterminé comme jamais, n’allait pas arracher le titre suprême à Cena; et même le match féminin, qui avait bénéficié d’un buildup bien plus long et élaboré qu’à l’accoutumée, était pour une fois réellement attendu. Or c’est précisément cela qui fait tout le sel du catch : les histoires qu’on nous raconte, la façon dont les personnages les font vivre, l’évolution des caractères et des associations, c’est tout cet ensemble qui crée l’envie. C’est pour cette raison que la plupart d’entre nous n’ont presque jamais la curiosité d’aller regarder ce qui se fait du côté des fédérations dont nous ne suivons pas les storylines et ne connaissons pas les codes et les héros. Il nous faut pouvoir entrer dans le récit, être happés, sursauter au moindre indice de trahison ou de transformation, pour pouvoir réellement apprécier un show. Le build solide de MITB garantissait, avant même le début des hostilités, la moitié du succès du show. Restait à transférer ces anticipations en combats saisissants, et pour l’essentiel, le contrat a été rempli.

 

 

– Mais où il est passé ce con?

Bwahaha, you can’t see me!

 

 

Un seul combat avait été très mal préparé : celui opposant Ryback à Chris Jericho. Dans son exceptionnelle nalyse en images du Raw du 24 juin, Big Botch Man, entre deux saillies humoristiques dont seuls lui et John Waters ont le secret, soulignait la stupidité profonde de l’origine de la feud : furieux de ne pas avoir été inclus dans le MITB Ladder Match, et donc de ne pas pouvoir concourir pour un title shot au titre suprême, les deux hommes s’étaient précipités dans le bureau de Vickie Guerrero, s’étaient retrouvés face à face, et après une petite montée de testostérone, avaient été bombardés dans un match en un contre un au ppv, dénué du moindre enjeu… à leur grande satisfaction réciproque. La suite n’allait pas rattraper ce départ foireux, puisque le buildup allait tenir sur le curieux principe de la fragilité d’un Ryback blessé à la jambe et vanné par Jericho pour sa faiblesse nouvelle. Pas le meilleur moyen de nous faire craindre le monster heel, pas le meilleur moyen non plus de nous inciter à soutenir le gentil face…

 

 

Hé, je vois un soldat à qui il manque un bras au premier rang! Alors vieux, tu veux pas applaudir ce bon vieux Y2J? Ca va, je décooooonne!

 

 

Le monster heel en question était également un sacré loser pour une supposée machine à détruire. Curieusement, le colosse restait sur une losing streak interminable en ppv, enregistrée dans une période qui a justement correspondu à son push supersonique! On parle là d’un type qui a concouru plusieurs fois pour le titre WWE, qui a fait des main events de ppv, et qui, depuis qu’il a cessé de se coltiner de pauvres jobbers… n’a jamais gagné le dimanche. Les chiffres sont plus qu’éloquents. A Money in the Bank 2012, il y a un an, donc, Ryback triomphait de Curt Hawkins et Tyler Reks. Ensuite, voici ses participations à des ppv, avec les adversaires et les résultats. Vous allez voir, c’est saisissant.

 

Hell in a Cell / CM Punk (titre WWE) / défaite

Survivor Series / CM Punk & John Cena (titre WWE) / défaite

TLC / Avec Hell No, contre le Shield / défaite

Royal Rumble / 29 autres mecs / défaite

Elimination Chamber / Avec John Cena & Sheamus, contre le Shield / défaite

Wrestlemania / Mark Henry / défaite

Extreme Rules / John Cena (titre WWE, Last Man Standing) / match nul

Payback / John Cena (titre WWE, Three Stages of Hell) / défaite

 

 

Si je gagne ce soir un an après ma victoire contre Reks et Hawkins à MITB 2012, je pourrai prétendre au titre de Mister Money in the Bank, non?

 

 

Et donc, face à ce loser congénital doublé d’un pleurnichard (Jericho ne l’appelle pas autrement que Cryback), on avait un vétéran de très haut niveau, certes, mais promis à un nouveau départ en tournée avec son groupe moisi. Leur affrontement, calé au milieu du show, ne partait pas donc pas sur de très bonnes bases et n’a pas réussi à surmonter ce manque d’entrain initial.

 

Dans ce contexte maussade, il aurait fallu que les deux hommes nous sortent un match dément, basé sur l’unique élément de leur storyline, à savoir la blessure à la jambe du titan, mais cet aspect n’a pratiquement pas été abordé… Il y a eu, bien sûr, quelques beaux mouvements, dont une impressionnante Northern Lights Suplex de Y2J, mais ça ne suffit pas à lever nos doutes initiaux. On pouvait espérer, au moins, que le jeune heel appelé à rester dans les parages allait profiter de cette occasion pour pasteuriser le face promis au Hall of Fame, histoire d’accroître une heat quelque peu éteinte, mais si Ryback l’a bel et bien emporté, mettant fin dans l’indifférence à une losing streak en ppv qui n’avait jamais été abordée dans le buldup, ce fut par… rollup. Ouais, comme une gonzesse. Pas vraiment de quoi pavoiser, et pas vraiment de quoi applaudir les bookers. Première fausse note d’une soirée qui en connaîtrait une ou deux autres un peu plus tard.

 

 

Misérable nabot! Je vais te massacrer, te réduire en bouillie, piétiner ton corps inanimé, et quand tu ne seras plus qu’un pantin désarticulé, JE TE BATTRAI PAR ROLLUP!

 

 

Et pourtant, malgré tout ce qui grevait ce match, il ne s’est certainement pas déroulé devant une foule amorphe. Parce que ce public, mes aïeux! A l’instar de Chicago ou de New York, le peuple de Philly connaît son catch, sait apprécier ses héros, et va aux shows avec la ferme intention d’en être un acteur notable. Ici, Y2J a reçu une pop tonitruante et des encouragements tout au long du match, tandis que son adversaire avait droit aux traditionnels chants « Goldberg » qui, à ce stade, sont plutôt positifs pour lui dans la mesure où ils attestent qu’au moins, les gens réagissent à sa présence…

 

 

Arrêtez avec ça maintenant! Goldberg, il a jamais gagné un combat par rollup de toute sa vie!

 

 

Les spectateurs n’ont pas sauvé Jericho-Ryback, mais ils ont électrisé toute la soirée comme peu de foules en sont capables. Ils étaient venus pour s’éclater, et n’ont raté aucune occasion de faire entendre la voix, quelque peu discordante, des smarts qui peuplent l’Internet. Dès le départ officiel (j’ai malheureusement raté le match de préshow opposant le Shield aux Uso, paraît-il excellent et évidemment remporté par les champions), les philadelphiens (philadelfiottes, me souffle BBM) ont réservé un bel accueil aux sept midcarders venus en découdre dans ce qui allait être le meilleur match de la soirée. Ce MITB de seconde zone, regroupant des heels plus accoutumés aux feuds pour les titres secondaires qu’au lustre des ceintures WWE et WHC, revenait aux origines du concept : ce match doit être un créateur de stars, et non pas une énième ligne sur un CV déjà bien rempli. Les sept mercenaires avaient donc une chance unique de défoncer le plafond de verre à coups d’échelle, et réussirent à nous faire croire à leur détermination absolue tout au long d’un gros quart d’heure disputé à cent à l’heure. Chacun eut bien sûr son heure de gloire, de beaux spots furent réalisés sans que les préparatifs ne semblent trop grossiers et il y eut quelques bijoux cachés comme ce regard de filou jeté par Ambrose vers la mallette, alors qu’il venait de se hisser sur une échelle portée par Swagger et Cesaro…

 

 

A rebours de l’abolitionnisme qui gagne du terrain partout sur la planète, les États-Unis continuent d’explorer de nouvelles façons d’appliquer la peine de mort.

 

 

Je m’arrête un instant sur cette séquence, car c’est typiquement ce que j’aime, et qu’on aime probablement tous, dans le catch. La seconde qui valide tout un récit préalable. Cesaro et Swagger, entrés ensemble sous une promo de Colter qui essaya de rappeler que cette ville n’est pas connue seulement pour Allen Iverson et les Roots mais aussi pour avoir été le lieu de la naissance de la république américaine, avaient réussi à bloquer Ambrose la tête au milieu d’une échelle, à le soulever dans un visuel impressionnant, et s’apprêtaient probablement à l’éjecter du ring quand le champion US parvint, en deux temps, à réaliser une traction digne d’un yamakasi et à se retrouver accroupi sur ladite échelle. Evidemment, l’échelle étant portée par deux de ses ennemis, le meilleur choix aurait été d’en sauter prestement pour éviter un triste sort, mais la scène se produisait juste en-dessous de la mallette, et Ambrose, en un instant, oublia tout instinct de conservation et tendit le bras vers l’inaccessible étoile… magique seconde illustrant parfaitement à quel point chacun était obsédé par le Graal pendouillant au-dessus du ring, au risque de se faire défoncer la couenne, ce qui ne manqua d’ailleurs pas d’arriver dans la seconde suivante, le leader du Shield se retrouvant projeté comme une merde en ringside.

 

 

Merde, j'y arrive pas. Seth, Roman, envoyez l'hélico.

 

 

Mais ces regards-là, ces instants où le temps s’arrête et le souffle se coupe, sont le cœur même du catch, du storytelling, c’est pour ça qu’on regarde! Pour ça, et aussi bien sûr pour voir des amitiés se briser. Il semblait couru d’avance que les deux duos engagés dans le combat n’allaient pas faire cause commune jusqu’au bout. La surprise, en réalité, c’est que les deux vrais Américains n’en soient jamais venus aux mains et aient collaboré efficacement d’un bout à l’autre, au point de nous faire une Big Show – Jericho en essayant de décrocher la mallette sans se servir d’une échelle.

 

 

Le rêve américain est en marche, mais il titube un peu.

 

 

Cette unité n’aura pas été partagée par l’autre association impliquée dans le match, à savoir les Rhodes Scholars. Cody Rhodes aura été le MVP du combat, et peut-être de la soirée, gratifiant le public d’une série de manœuvres spectaculaires, se trouvant toujours au cœur de l’action, multipliant les Cross Rhodes, et résistant même à l’intervention attendue de Reigns et Rollins, venus offrir la mallette à leur psychopathe de copain. C’est précisément l’arrivée des deux affreux qui déclencha la séquence finale. Alors qu’ils avaient fait le ménage et, tels des équipiers dans une course cycliste, placé leur leader sur une voie royale, les hommes en noir furent attaqués par les Uso, mauvais perdants du kickoff match, tout ce beau monde se retrouva en ringside, Cody balança le bumpeur fou Ambrose sur la meute agglutinée là, plaça l’échelle, l’escalada et… … tout son monde s’effondra.

 

 

Aujourd’hui, le sauveur intellectuel des masses nous apprend la première lettre de l’alphabet. De rien.

 

 

On ne savait pas exactement si tous les participants étaient out, et effectivement, il en restait un qui ne l’était pas. Sandow se matérialisa derrière son compère, le blackboula sans hésiter du haut de son échelle, et monta lui-même décrocher la Lune. Excellente issue, inattendue (6% de bons pronos seulement!) et porteuse, dans l’immédiat, d’une feud justifiée entre les Scholars et, à plus long terme, d’une série de belles promos de la part de l’un des meilleurs orateurs de la fédération. Ceux qui avaient annoncé que la série de matchs de Sandow contre Sheamus constituait une sorte de test visant à déterminer s’il était capable de tenir le coup contre les stars avaient raison : l’ancien Maharaja of the Ménage à Trois-jah (si cette formule ne vous dit rien, je vous conjure de cliquer sur ce lien!) a convaincu les sommités de la WWE de lui confier un rôle éminent, et on a hâte de le voir à l’œuvre. Quant à Rhodes, la gueule en sang (il ne serait pas le seul de la soirée à finir avec quelques points de suture), il lui lança un regard hébété qui, une fois de plus, nous ancra dans l’histoire et en dit plus long que toutes les promos. D’autant que Sandow répondit par un regard méprisant et supérieur tout à fait approprié à la situation.

 

 

Si les regards pouvaient tuer, Damien Sandow serait mort de honte.

 

 

Ce feu d’artifice passé, on put tranquillement se remettre de nos émotions grâce à un petit discours de Maddox, venu rendre un hommage vénéneux à Vickie Guerrero. Le cip retraçant les moments les plus embarrassants de la carrière de la grande Vickie valait son pesant d’or, et je vous invite cordialement à lire ou relire la biographie en quatre volumes que notre McOcee nationale a consacrée à cette géniale et émouvante héroïne qui a élevé la formule « Excuse Me » au rang des plus grandes catchphrases de l’histoire (parties 1, 2, 3 et 4).

 

 

Elle a été trompée par tous ses mecs, elle a pris vingt-sept tartes à la crème dans la figure, un nain lui a mordu les fesses huit fois, elle a roulé dans la fange avec les porcs, elle a été piétinée, humiliée, ridiculisée, traitée d’obèse et de laideron par tout ce que la WWE compte de stars… Mesdames et messieurs, voici la plus grande dame de l’histoire du catch!

 

 

Suivait Axel-Miz, le genre de match qui ne promet pas grand-chose sur le papier mais qui, pour le coup, valut par quelques moments sympas. Le Miz commença par faire exclure Heyman du ringside par une simulation que n’aurait pas reniée Eddie Guerrero, ce qui permit à Axel de l’emporter clean, et sans aide, issue toujours appréciable pour un jeune catcheur en quête de crédibilité. La séquence principale fut un renversement du Figure Four réussi par Axel, sous les rugissements d’un public ayant pris fait et cause pour le fils de l’adoré Mr Perfect contre ce Miz que personne ne peut piffrer tant qu’il est face. Pour une fois, le panel de spécialistes réunis autour de Josh Mathews servit à quelque chose, le Big Show — décidément excellent parleur, que j’adorerais voir devenir GM de Raw une fois sa carrière terminée — expliquant qu’en tant qu’enfant de la balle, Axel savait exactement comment se défaire d’un Figure Four. Bon, l’argument en soi est assez bidon, mais si l’idée était de montrer qu’Axel était capable de se démerder par lui-même et qu’en tant que Pefect Junior, il avait un rayon d’avance sur les autres en matière de maîtrise des fondamentaux, c’est réussi. Match passable, mais honorable, et l’ex-McGillicutty monte en puissance. Dommage tout de même que son Perfect Plex ne soit pas un finisher efficace, surtout que le Neckbreaker qui lui offre ses victoires ne semble pas spécialement létal… Quant au Miz, sa friponnerie face à Heyman a montré le face qu’il devait être, à savoir un petit escroc rigolard, espérons que c’est ce qui l'attend pour la suite.

 

 

Putain mais prenez un chewing-gum, Emile!

 

 

Les gonzesses investirent ensuite le ring, et livrèrent très exactement le match que je voulais voir. Une Kaitlyn furieuse, plus puissante, mais simplement moins bonne catcheuse qu’AJ, toujours parfaite dans ses expressions sadiques et qui parvient à l’enfermer de façon spectaculaire dans son Octopus Hold pour la gagne. Au passage, saluons l’instant où AJ, projetée vers l’extérieur du ring, fut proprement attrapée au vol par Langston. Je me suis toujours demandé pourquoi ils ne faisaient pas ce spot au Rumble…

 

 

On a essayé une fois, mais Hornswoggle n’avait pas réussi à attraper le Big Show.

 

 

Quoi qu’il en soit, avec cette deuxième victoire par soumission consécutive, la championne semble avoir définitivement assis sa supériorité sur sa musculeuse Némésis, et il est probablement temps que Kaitlyn sombre en dépression et qu’une autre nana se dresse sur la trajectoire sautillante de Mlle « Love Bites ». Allez, Nattie, il est temps de rentrer de ta lune de miel!

 

 

– Tiens, Kaitlyn, tu sais que y a un mec qui m’a demandé de te passer son numéro?

Ah ouais? Qui ça?

Le voisin de mon grand-père, au village. Son cheval de trait est mort et il voulait connaître tes tarifs pour labourer un champ de deux hectares.

– Donne toujours, au point où j’en suis…

 

 

Ces dames laissèrent la place à Jericho et Ryback. AJ mit à profit ce combat sans intérêt pour elle pour gambader jusqu’aux vestiaires, satisfaire au contrôle anti-dopage, se repasser du rouge à lèvres et un peu de déo quand même, et revint vers le ring, toute radieuse, pour assister à la suite, car son homme était en action! Ziggler, depuis dix minutes à ce moment-là, livrait un match d’une sacrée intensité à un Del Rio qui semble décidément châtré quand Rodriguez ne l’annonce pas. Les commentateurs avaient prévenu que les deux hommes étant d'éminents lutteurs amateurs, on aurait plein de phases au sol : raté, heureusement! Ce fut un enchaînement assez magistral d’attaques et de contres, à un rythme très soutenu, entre deux des meilleurs workers de la fédération. Mais évidemment, AJ allait causer la perte de son mec.

 

 

– Oh merde, voilà ma nana, ça sent les embrouilles…

Tou devré faire comme moi, perro. Enferme vingt poutas dans la cave de ton hacienda et ne les laisse sortir que pour les fourrer.

Tu parles d’or, Alberto.

 

 

Voyant arriver AJ, Ziggler eut une drôle de réaction. Je vais me mettre un instant dans sa peau. C’est facile, on est déjà bâtis exactement pareil. Je suis en lice pour gagner le championnat du monde poids lourds. Ma copine — que je n’ai pas daigné accompagner en ringside pendant son match de championnat à elle, parce que je suis un gros égoïste qui ne pense qu’à ma g parce que je me concentrais sur la préparation de mon propre combat — débarque pour me soutenir, tout sourire. Merci chérie! Ca me fait plaisir que tu sois là! Regarde bien comment je vais gagner le championnat sous tes beaux yeux, et commence ton échauffement tantrique en vue de la Live Sex Celebration qui va suivre!

 

 

Chérie… Si j’ai mis ta culotte pour ce combat, c’est parce que je t’aime.

 

 

Mais ça, c’est moi, qui suis face dans la vraie vie. Ziggler, qui n’est face qu’à l’écran, se met à lui hurler de se casser, comme à une stalkeuse tarée qui lui casserait les burnes. Barre-toi AJ! N’assiste pas à mon triomphe, après tout t’es que ma meuf, c’est pas comme si nous avions uni nos destins en mêlant nos fluides corporels, s’écrie-t-il. La pauvrette, dont on ne dira jamais assez qu’on a affaire en sa personne à la plus grande tragédienne de sa génération, se décompose littéralement. Elle que les hommes ont tant fait souffrir venait, joyeuse et bondissante, apporter de bonnes ondes à son blondin, et voilà comment elle est reçue? N’importe quelle nana lambda aurait tourné les talons, fâchée à mort, et Dolph aurait dormi sur la béquille pendant trois mois histoire d’apprendre à se montrer gentleman.

 

Mais pas AJ.

 

 

– Je te vois pas, je t’entends pas, tu n’existes pas.

Mais chouchou…

–  J’aurais dû écouter ma mère, elle m’a toujours dit de me faire pédé.

 

 

AJ, femme aimante, reste au bord du ring. Car en face de son Dolph, ce n’est pas n’importe qui. C’est le champion du monde poids lourds, certes, mais ce n’est pas ce qui préoccupe la geekette à cet instant précis. Ce qui la terrifie, c’est que ce salopard de Mexicain de merde dangereux combattant est l’un des types les plus vicieux du business, qui n’a pas hésité, à Payback, à cibler la tête de Dolph alors que celui-ci revenait à peine d’une commotion cérébrale! Et il semble bien décidé à remettre ça, l’ordure! On ne quitte pas les lieux quand son amour est confronté à un tel danger. Surtout quand Del Rio enlève sa genouillère, révélant une deuxième protection, EN ADAMANTIUM! Il s’apprête à frapper Dolph à la tête avec son genou adamantiumisé! Non! AJ saute sur le ring, le champion, surpris, se retourne vers elle, et elle l’allonge d’un coup de sa ceinture de championne en pleine poire! Dolph est sauvé!!!

 

Il est sauvé, mais il a pas l’air super radieux, par contre. Ouais, la scène s’est passée sous le nez de l’arbitre et, curieusement puisqu’on est à la WWE, qui n’embauche que des arbitres aveugles de naissance, il a tout vu! Et il disqualifie Dolph!

 

 

– Chouchou?

Putain c’est pire que le jour où t’as mis de la sauce tomate dans le gâteau au chocolat que j’étais en train de préparer parce que tu croyais que c’était une pizza.

– Dis pas ça Dolph! DIS PAS CA!

 

 

Suit une scène terrible où AJ, éplorée, tente de faire comprendre à un Ziggler fou de rage qu’elle ne voulait que son bien, mais comme tous les hommes de sa vie, il se détourne d’elle, et s’en va vers le vestiaire. Et se retourne pour lui jeter l’un de ces lourds regards qui ont fait une bonne partie du charme de ce ppv.

 

 

AJ, t’es tellement conne que je me demande si t’es pas une fausse brune.

 

 

Alors forcément, il se trouvera des gens pour déplorer qu’un championnat du monde en ppv s’achève par une DQ due à une gonzesse. Mais bon sang, ils en verront des millions, des matchs pour une ceintures qui se solderont par un beau tombé au milieu du ring. Ici, l’histoire fait sens, Ziggler en sort protégé, et Del Rio prolonge un règne qui avait commencé il y a un mois, et ne devait donc pas s’achever aussi vite. Rendez-vous sans doute à Summerslam pour ces deux-là, et rendez-vous à Raw pour la probable officialisation de la fin de la cinquième histoire d’amour télévisée d’AJ, plus que jamais soleil noir de la WWE, véritable aspirateur à passions et à storylines, et dont j’aimerais qu’enfin le gros Ben s’amourache pour de bon, ça fait des mois qu’elle secoue son petit cul sous ses yeux inexpressifs, il serait temps qu’elle ait un homme qui l’aime vraiment, cette malheureuse!

 

 

Hmm, quand AJ bouge comme ça, ça me donne envie de… de… D’ALLER A LA SALLE ET DE POUSSER DE LA FONTE COMME UN GROS GOLIO PENDANT CINQ HEURES DE SUITE, OUAIS!

 

 

A peine le match pour le WHC expédié,  on enchaîne directement avec l’autre championnat du monde! Eh ouais, à Money in the Bank, c’est un MITB Ladder Match qui clôt la soirée, du moins cette année, et tant mieux! Inverser l’ordre des deux derniers combats aurait fait peser l’attente d’un cash-in sur le match WWE, et l’attente devant être déçue, la soirée se serait terminée sous les sifflets. De plus, les philadelfions, biberonnés àl’ECW, étaient venus acclamer l’idole de l’Ici-deub Rob Van Dam, et il n’était dès lors que logique d’envoyer Mister Main Event directement en main event.

 

 

CM Punk, alors champion WWE, a échoué pendant plusieurs mois à obtenir le main event des ppv au détriment de John Cena. Ce type, qui revient après sept ans d’absence et sans le moindre build pour un combat à six, y arrive immédiatement. Alors, c’est qui le best in the world?

 

 

Résultat, le WWE Title Match et John Cena se retrouvent en avant-dernière position, et c’est tant mieux parce que l’issue de ce combat est de nature à faire balancer des chaises dans ce putain de ring. Il est là, le gros point noir de la soirée. Pour la millième fois, on a vu le match habituel de SuperCena contre le monster heel de service. On connaît la rengaine : le monster heel déboîte le bouffeur de corn flakes pendant 95% du match, ne parvient pas à le pinner, s’énerve, triche, le cogne dans les burnes, mais SuperCena survit à tout et finit par faire abandonner le mastodonte au milieu du ring avec son affreux STF. Tout ça pour ça. Cette promo magique de Henry qui a lancé la feud, ces vidéos retraçant sa vie et sa carrière, cette nouvelle rage qui brûlait en lui… Tout ça pour être donné à manger à Cena, comme le premier Ryback venu. Ouais, une fois de plus, Cena se dépêtre d’un ennemi longuement buildé, sous les lazzis d’un public dégoûté. Au vu du désastre qu’a constitué ce finish ultra clean qui ramène Henry au rang de jobber to the stars obligé de repartir en s’appuyant sur un arbitre, même les quelques regards puissants du World’s Strongest Mark et les œillades inquiètes de Cena, mon mantra de la soirée, ne suffisent pas à sauver ce match profondément irritant.

 

 

– Hé Mark! Mark! J’ai un truc à te dire!

Quoi?

That’s what I do!

 

 

Je ne demandais pas forcément qu’Henry remporte le combat, encore que c’eût été à mon avis la meilleure solution. En 2011, dans une configuration quasi identique, il avait bien battu Orton ultra clean pour devenir un admirable champion poids lourds. On aurait alors vu Cena devoir plonger dans les tréfonds de lui-même pour trouver la force de revenir à la charge et de relever le défi du monstre à Summerslam, en plus sous la menace d’un éventuel cash-in… J’aurais carrément signé pour un tel scénario. Mais s’il fallait absolument que Cena reparte avec la ceinture, alors on aurait dû tout de même protéger davantage Henry. Qu’il se prenne le pin après la séquence « coup de tête dans le turnbuckle exposé – AA » aurait été plus acceptable. Qu’il perde connaissance dans le STF sans taper aussi. Mais abandonner comme ça, c’est clairement admettre la supériorité de l’autre, et donc priver Henry de toute munition pour l’avenir. Or c’est un personnage formidable, sous-exploité tout au long de sa carrière, et qui va bientôt définitivement raccrocher son justaucorps au clou…

 

 

PEUH!

 

 

Tragédie : aspergés par de la sueur de John Cena, ces trois spectateurs se muent dans la semaine en insupportables boyscouts. Et le monsieur à gauche jette son tshirt Cena sucks et le remplace par la panoplie totale des Husle, Loyalty, Respect.

 

 

Du coup, quel que soit le vainqueur du MITB All fucking stars, on n’a hâte que d’une chose. Qu’il vienne casher son bien sur ce Cena revenu à son époque la plus insupportable. Et ça tombe bien, le vainqueur n’est pas du genre à se la jouer héros noble et fairplay, puisqu’il s’agit du plus heel des faces, cette vieille raclure de Randy Orton! Mais procédons dans l’ordre des événements.

 

La présentation des participants, déjà, fut un grand concours d’applaudimètre, où le régional de l’étape et revenant RVD fit grande impression et jeu égal avec Punk et Bryan, Orton se situant juste derrière, Christian et Sheamus fermant la marche de ce point de vue.

 

 

– Heu… y a de sacrés morceaux dans le ring là!

Ah mais Christian, kesstufoula? Le MITB des midcarders, c’était en opener!

 

 

Le match en lui-même ne fut sans doute pas aussi spectaculaire que celui qui ouvrit la soirée, malgré les efforts louables de RVD, qui servit d’abord de punching ball avant d’éparpiller les autres à grands coups de high kicks que n’aurait pas reniés son inspirateur JCVD. C’est d’ailleurs une réelle gageure que d’organiser deux MITB Ladder Matchs dans la même soirée. Si les bookers ont été bien inspirés de les tenir aussi loin l’un de l’autre que possible (le MITB bleu démarrant le ppv et le MITB rouge faisant la fermeture), il fallait aussi que le rythme et les spots soient variés. Et ce fut le cas, jusqu’à la caricature. Là où le MITB bleu fut un sprint échevelé, une mêlée sans foi ni loi, le rouge fut méthodique, carré, les séquences opposant le plus souvent deux types, les autres reprenant leur souffle en ringside.

 

 

Sheamus a beau essayer, son selling n’est pas au niveau de celui des échelles.

 

 

Si on se doutait bien que le Shield interviendrait dans le match bleu, les interrogations étaient plus nombreuses sur le rouge. Dans la semaine, on avait appris que l’agression des Wyatt avait blessé Kane au point de lui interdire de participer, réduisant le nombre de candidats à six. Les rednecks allaient-ils en profiter pour tenter de s’incruster dans le combat, au nom du principe « j’ai buté ce mec, donc je peux prendre sa place » cher au catch, à la politique et aux tribus de lions? Si non, interviendraient-ils de toute façon, histoire de marquer encore plus leur territoire? Et Lesnar, pouvait-on raisonnablement espérer qu’il se pointerait pour un ppv où il n’était pas annoncé à l’avance? Mais il fallait bien un prolongement à son début de feud avec Punk, et quel meilleur moment pour cela?

 

Finalement, on ne vit ni la secte d’enculeurs de poules, ni le gorille albinos, mais… Curtis Axel. Tain, on l’avait oublié dans la liste des Usual Suspects, alors qu’a posteriori son immixtion apparaît évidente! C’est un Heyman Guy, il est dans la place, donc naturellement, il se pointe pour aider Punk, et défonce pour le compte un Bryan qui venait de passer la surmultipliée à la Chris Froome dans le Ventoux. Sauf que Punk ne l’entend pas de cette oreille, lui ne veut devoir ses succès à personne, y a pas écrit Dean Ambrose là, donc boum, GTS sur Perfect Junor, qui se fait dans la foulée copieusement enguirlander par Heyman, sur le thème « Punk n’a pas besoin de toi, boulet! ». Punk, pendant ce temps, se traîne jusqu’à l’échelle, mais il est si lent, Heyman est dans le ring pour l’aider et…

 

 

Ch’suis plus ton copain!

 

 

Ouais.

 

Dire qu’on avait pensé qu’il fallait qu’arrive Lesnar pour empêcher Punk de gagner. Paul Heyman, cinquante balais bien tassés, pas un combat de catch dans sa vie, suffit largement à lui tout seul non seulement à exploser Punk mais aussi à lui ouvrir méchamment le cuir chevelu!

 

 

Sur WWE.app, ne ratez rien de la transplantation du cerveau de CM Punk dans le corps de Brock Lesnar.

 

 

 Le champion straight edge à terre contemple alors son mentor avec une stupéfaction consternée qui clôt en beauté la série de regards intenses dont le show nous aura gratifiés. Il reste à conclure la soirée en beauté : RVD saute sur l’échelle, la salle rugit, mais Orton le fait trébucher, l’intercepte « in mid air » d’un RKO, grimpe et décroche la timbale avec la tranquillité d’un retraité qui s’ouvre un jus d’orange devant sa télé, seul dans son salon.

 

 

Et comment je redescends avec ce truc dans les mains, moi?

 

 

Le choix d’Orton peut sembler logique : le MITB était tout ce qui lui manquait pour compléter un palmarès déjà riche d’innombrables titres individuels et en équipe, ainsi que d’un Rumble. Reste à savoir si, comme l’anneau maléfique de Sauron, la mallette va le ramener du mauvais côté de la force, à l’instar de ce qui était arrivé à CM Punk en 2009 et à Daniel Bryan deux ans plus tard. Ces deux-là sont les deux grands perdants du jour, eux que le public soutient plus que tout, et s’il n’y a guère de raisons de s’inquiéter pour l’avenir de Punk, promis à une rencontre avec Lesnar à Summerslam, on espère que Bryan ne se retrouvera pas de son côté embarqué dans une feud avec Curtis Axel, qui lui a coûté la victoire ce dimanche. Cet homme-là a trop le feu sacré en ce moment pour être rétrogradé en midcard, il lui faut le main event, vite!

 

 

Ah ouais, Bryan déconnait pas quand il disait qu’il maîtrisait bien la surfboard.

 

 

On sort donc de ce MITB avec le sentiment d’avoir visionné un sacré show. Une foule au top y a joué un rôle non négligeable, et même si nous n’avons pas assisté à un moment aussi immense que le triomphe de Punk en 2011, le retour réussi de RVD, la tragédie Zigglero-AJienne et les trahisons dont ont été les victimes Punk et Rhodes resteront à coup sûr dans les mémoires.

 

 

En tout cas, la presse française fait déjà sa une sur Heyman et Sandow.

 

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