Catch

Le chassé-croisé des vacanciers

Quand on attaque Daniel Bryan, il faut un in-ring solide.

Fabrice "Meltzer" Luchini

 

Alors, il était comment, ce show du lundi soir ? À la bourre ? Oui, désolé, je déménageais, j'ai pas pu le mater avant jeudi midi, alors pensez, pour le rendre avant Smackdown, on était pas sorti des ronces. En espérant que les patrons m'en veulent pas trop.

 

 

– Mais non Tonio, je vois pas bien ce qui peut te faire penser ça !

– Merci Axl, mais c'est un peu bizarre de chinlocker les gens pour les mettre en confiance, non ?

 

 

Nalyse de Raw du 29 juillet

 

 

Toujours est-il que c'était plein de promesses, tout ça. Des rivalités plutôt alléchantes et assez bien promenées. Pas de bouleversement majeur, mais le genre d'émissions qui se laisse déguster tout frais en terrasse, bien à l'ombre avec quinze ventilos autour de soi.

 

Le coup d'envoi a été donné par Brad Maddox et Vince McMahon. Le jeunot a commencé par présenter ses excuses pour avoir autorisé John Cena à choisir son adversaire pour le titre de la WWE, en la personne de Daniel Bryan qui, d'après lui (en fait, d'après le vieux croulant) n'a pas les épaules pour revêtir la veste du poster boy de la fédé. Je vais ouvrir une parenthèse rapidement, si vous le permettez.

 

Je serais toi, j'y penserais pas une seconde…

 

 

Qu'est-ce que c'est que cette connerie de vouloir foutre des bâtons dans les roues de la star la plus over de la fédération ? Tout GM et Chairman qu'ils sont, Maddox et McMahon sont à côté de la plaque. Même en kayfabe, ça tient pas ! Bryan est bouillant de chez bouillant, il a les fans de son côté, un charisme qui détonne, ce qui signifie pas mal de perspectives réjouissantes d'un point de vue merchandising et achat de PPV, deux choses souvent mises en avant dans les storylines. De tous les côtés (pas besoin d'évoquer ses prouesses sur le ring et ses qualités au micro), le mec au t-shirt le plus cool du roster est gagnant, point barre et fin de la parenthèse. Et c'est pas de le traiter de troll qui va y changer quoi que ce soit.

 

D'ailleurs, qui voilà ? Le prétendant au titre, pardi ! Il reconnaît à Vince d'avoir toujours été franc avec lui, mais lui fait gentiment savoir que tout ce qu'il dit est bien à côté de la plaque et que d'ailleurs, hein, hein, rien à foutre de ce que tu penses, que ça sorte de ta bouche ou de celle de Maddox (que j'aime à la folie), c'est rien que le public qui a raison et on s'en cogne de ce que tu dis.

 

 

Tu te souviens de ce qu'il s'est passé la dernière fois que tu m'as piqué une catchphrase, Daniel ?

 

 

 

 

On a aussi parlé de John Cena dans ce segment, surtout pour en dire du mal, d'ailleurs. Vince l'a traité de manipulateur qui ne pensait pas un mot du respect qu'il avait montré à Bryan. La cuisine habituelle, quoi. Je sais pas pourquoi McMahon peut pas blairer Cena, toujours est-il qu'il le hait à un tel point qu'il se verrait mieux, lui, le septuagénaire recoloré jusqu'aux poils pubiens, champion à la place du champ. Ou alors son beau-fils, mais vingt ans plus jeune.

 

Et oui, imprévisible comme je suis, on a fait un saut de quelques dizaines de minutes dans le show, où la bisbille McMahon-Tripeulaïtch poursuit son petit bonhomme de chemin. Comme d'hab, les deux se regardent jouer, comme d'hab, Stephanie se ramène et vient semer le trouble en proposant de relooker Daniel Bryan plus "corporate" (les vrais saisiront la référence), comme d'hab ni son père ni son mari ne sont d'accord avec elle. OKAY ! Toujours est-il que je sais vraiment pas comment ça va se passer à Summerslam. Petit indice, ça commence à se tendre entre Cena et Bryan, le Marine estimant que le Barbu le traite de menteur en faisant d'avantage confiance à McMahon qu'à lui.

 

On passe maintenant au premier match de la soirée, redite du dernier Smackdown qui voit les frangins peinturlurés s'allier au grand méchant gentil Mark Henry face aux trois fourbes du Shield. Et bé mes aïeux, le match a pas piqué les yeux. Henry est en train de la jouer comme Orton, en mode face qui se laisse pas piétiner la gueule pour rien, voire l'inverse, ce qui s'ancre dans cette logique très bien ficelée par la WWE de cesser de faire passer ses bon gars pour des abrutis notoires. The Shield l'a emporté après un contre d'Ambrose sur un croise-corps d'un des jumeaux, avant que le trio se fasse maraver la trogne par le gros méchant Marko.

 

La suite ? Un segment qui s'est passé plus tôt dans la journée. Avec gros méchant n°2, Ryback, qui réussit l'exploit d'être une PUTAIN de tête-à-claques en plus d'être un bourrin notoire (je vous ai déjà dit que j'avais jamais aimé Jack Swagger?). Môssieur a donc joué les gros cons violents en s'attaquant à des mecs en train de bouffer. Voilà. Y a un objectif derrière tout ça ? Non, mais dites-le, qu'y en a pas, on perdra moins de temps…

 

Ryback est tellement balèze qu'il vomit des Daniel Bryan et éjacule par hectolitres.

 

 

Backstage toujours, mais cette fois en live, où l'on vit Maddox se faire alpaguer par le revenant Kane, bien furax de s'être fait démolir par la Wyatt Family et qui voulait rendre des comptes à qui de droit. Manque de bol, on lui a prévu un match contre son  pote Daniel Bryan (le sont-ils toujours, d'ailleurs ?) Il est fort sympathique de se voir teaser la vengeance ou le retour du mauvais côté de la force du Devil's favorite demon, et c'est encore mieux de le voir se battre contre ses propres démons en affrontant un mec qu'il est supposé bien aimer. Purée, psychologie à deux balles de la WWE, te voilà mon ultime référence !

 

Par la suite, Fandango a enfoncé le clou qui lui figure son nouveau statut de jobber to the stars en paumant contre Rob Van Dam par décompte à l'extérieur. Le boulot lui va plutôt bien, je pense pas qu'il soit capable de beaucoup mieux que ce rôle de tête-à-claques droit dans ses bottes mais à côté.

 

On est ensuite arrivé au premier segment féminin de la soirée, avec ce qui semble être une poursuite plutôt bien foutue de la feud Kaitlyn-AJ. Je suis content qu'elles aient abandonné les grosses ficelles du type "je te copie, je te grossis sur photo", ça donne l'impression d'avancer. On a vu une AJ dominant aussi bien ses adversaires que sa folie, la voilà qui commence à perdre le contrôle. Le match était… honnête, dirons-nous. La façon dont AJ polarise trois membres du roster à elle seule est fascinante. D'un côté, elle doit gérer la volonté de vengeance de Kaitlyn, de l'autre elle provoque aussi bien qu'elle subit l'attitude de Big E, enfin elle doit faire avec son ex, qui ne perd pas une occasion de se foutre de sa trogne. Ce qui donne généralement une AJ pleurant de rage au milieu du ring.

 

Délaissée par son garde du corps, déboîtée par son ex-meilleure amie et harcelée par son ex-boyfriend, AJ est à deux doigts de porter un chinlock à son adversaire.

 

 

Un ring qu'elle a dû évacuer vite fait puisque Dolph était pas vraiment là pour beurrer des tartines. Il a challengé Big E pour un match, right now, et s'est beaucoup fait ratonner la tronche. Logique, vu le gabarit des deux bonhommes. Mais évidemment, dès qu'il a un peu pris le dessus, AJ a pas pu s'empêcher de laisser courir sa rage en tentant d'arracher ses cheveux, provoquant la disqualification de son enforcer. Lequel ne cesse de voir son personnage prendre de l'épaisseur. Après avoir failli emballer son amour inavouable il y a quelques jours, il l'a salement engueulée pour ce qu'elle venait de faire. Pas si mal pour un mec qui se fait d'abord remarquer pour son physique de triple déménageur.

 

On en arrive à ce que j'ai considéré comme étant le match de la soirée entre Christian et Alberto Del Rio. On va la faire courte, le Canadien l'a emporté et se positionne très très bien dans la liste des prétendants au titre WHC, malgré un enthousiasme assez minime de la foule (c'est moi où y a eu des "Mexico" de partout à ce moment là?). Mais nom de dieu de nom de dieu, que ce fut bon ! On parle d'un mec (Christian) qui a quarante ans et dont les tornado DDT sont toujours des délices, les claques des caresses qu'on bénirait pour dormir et les roll-ups toujours inventifs. Quant à Del Rio, on ne peut regretter qu'une chose, c'est de le voir booké aussi faiblard. À Smackdown, il s'est fait dématé par RVD, cette semaine par Christian, celle d'avant par Randy Orton… Dommage pour le détenteur d'un titre avec autant de back-up historique, dommage pour ce mec si solide sur le ring qui sait faire preuve d'un réel talent pour se faire détester.

 

 

Christian et l'attaque des couilles tueuses, hardcore version.

 

 

Tant qu'à être sur du Smackdown, la WWE a voulu y rester, histoire d'expédier les affaires courantes poliment. On en est arrivé à la feud des Rhodes Scholars, passé le récapitulatif remontrant les images de la perte de la mallette de Sandow par la faute de son dandy d'ex-BFF.

 

Sur le ring, l'histoire se poursuit avec Cody contre Wade Barrett (si ses plus grands fans veulent un soin, j'ai de bonnes adresses du côté de Dijon). Un bon p'tit match, sympa à regarder. À l'instar des big guys de 411, j'ai bien remarqué que le moveset de Cody s'était épuré de ses roueries. Mais la transformation se fait finalement sans trop de risque, tant le jeune homme était déjà spectaculaire à regarder (oh, ce Disaster kick…). Bref, une victoire contre l'infortuné britannique et s'en va. Mais… Qui qui vient là ? OH ! C'est le sauveteur intellectuel des masses pas lavées ! Lequel explique, son micro/verre de cognac à la main, que pendant leur association, lui avait éclairé le monde, tandis que Cody s'était fait pousser une moustache. Pff ce mec est génial, le scénar bien troussé malgré une base classique… Mais ils ont quoi les bookers en ce moment à plutôt bien faire leur taf ?

 

– You're wel…

– Oh ta gueule.

 

 

Ah pardon, on me dit qu'il y a un match entre Natalya et l'une des Bellas, celle qui a montré un téton en live. Pour promouvoir Total Divas, le reality show de la WWE diffusé sur E!. Après tout, pourquoi pas ? Non mais oh ça va bien, oui ! Si Bryan peut faire un five-stars match avec un Ryback ou un balai, les deux jumelles sont foutues de faire passer les meilleures pour des tringles à rideaux. Et on parle juste de Natalya, qui n'a tellement rien à foutre avec ces deux blairines adeptes du chinlock à tout va. Non mais quelle tristesse. Le scénar du match ? Pas compliqué. Natalya a bien tenté d'élever le niveau en se montrant bien colérique (elle s'était faite traiter de duckface peu de temps avant par les deux copies conformes), mais la brune qui tire la gueule répond à que dalle. Et vous voulez connaître le finish ? La siliconée des deux s'amène devant le titantron avec un appeau qu'on suppose être celui imitant un canard tout en ânonnant de son insupportable voix : "Kwak, kwak, Natty, kwak, kwak !" L'héritière des Hart est déconcentrée et se faire roll-uper comme il faut et pan, victoire. Purée, quelle tristesse.

 

Heureusement, le segment précédent nous avait suffisamment marqué pour ne pas garder trop en mémoire ce malheureux incident. On en arrivait au match Kane/Daniel Bryan. Pas de cérémonie entre les deux, après un regard bien intense, le petit nerveux s'est mis à cogner comme un damné sur son ancien pote (ben ouais, les faces, ça serre pas nécessairement les mains), avec notamment un coup de genou dans les dents. Le match fut court, bien senti, chacun donnant l'impression de pouvoir choper la victoire à tour de rôle. Ce fut finalement la logique qui l'emporta avec la défaite du vilain monstre rouge, qui après avoir contré un coup de pied dévastateur dont Bryan a le secret, a vu son chokeslam contré en roll-up par ce dernier. Victoire et hop, c'est un Kane vexé qui a fini le boulot en étalant son poto de tout son long via chokeslam. Les faces du roster deviennent de plus en plus tweener, c'est vraiment plaisant.

 

 

Ouais, enfin pas pour tout le monde.

 

 

D'autant plus dans le cas du gros monstre rouge qu'il s'est à nouveau fait agresser par la Wyatt Family du bayou juste après. J'ai été convaincu dès le départ par les trois tarés du bayou, tout en regrettant les "What ?" et les "Husky Harris" qui accompagnaient les promos de Bray Wyatt. Là, les persos semblent bien prendre auprès du public, et si la violence crasse de Harper et Rowan m'ennuyait au départ, elle leur colle finalement très bien à la peau.

 

La suite n'a pas été des plus marquantes. Curtis Axel a fait face très rapidement à R-Truth, qui a pris un sacré coup de vieux depuis qu'il a viré ses tresses mais qui est toujours très agile sur le ring malgré ses quarante et quelques balais au compteur. Ce qui devait probablement être un squash s'est finalement terminé en no-contest ou en disqualification avec l'arrivée de CM Punk très peu de temps après le début du match et qui s'est acharné sur le fils de Mr Perfect. La cible n'était évidemment pas l'ancien McGuiliguili mais Paul Heyman, qui a frisé la correctionnelle en évitant les foudres de l'ancien WWE Champion, dont le regard à moitié démentiel m'a bien fait marré. Il a fini par prendre la fuite, bien lâchement, comme on s'y attend, et il apparaît désormais certain qu'il mangera sévère à Summerslam. Ca ne préjuge pas du nom du vainqueur au pay-per-view entre Punk et Lesnar, mais Heyman n'en sortira pas indemne.

 

 

Insécurité ordinaire : un honnête avocat new-yorkais victime de la misère dans les quartiers de Chicago.

 

 

On en arrive à la dernière séquence de la soirée, avec le tables match entre Cena et Ryback pour un Tables match. J'ai vu le match en accéléré, les deux compétiteurs ne m'intéressant pas tellement. Le moment du contest se résume probablement au choc des deux combattants, munis chacun de l'escalier à trois marches du ring, ou alors à la tentative un peu vaine du Champ pour balancer une table (c'est vraiment du carton, c'est machins-là) sur Ryback qui se cachait sur le ring. Dans l'ensemble, Cena m'a encore donné l'impression d'avoir gagné out of nowhere, avec un AA contrant une énième offensive de la human wrecking ball pour l'envoyer à travers une table accolée au turnbuckle. Victoire du Champ, D-Bry l'interrompt en pleine récupération et récupère la ceinture à sa place. S'en va pour lui redonner et lui met un vent, avant que Cena ne la lui prenne d'autorité. D-Bry fait du "Yes, yes, yes" et nous conclut le show.

 

L'émission ne nous a pas tenu en haleine du début à la fin (le second match des divas est là pour nous montrer combien les trois heures sont inutiles), mais a eu le mérite de poursuivre le build du Summerslam avec cohérence. Heyman/Punk, AJ-Big E/Kaytlin-Dolph, Cena/D-Bry, Kane/Wyatts, Rhodes/Sandow… Tout ça prend une belle forme et annonce une carte prometteuse. Reste juste à savoir ce qu'on va faire des titres mineurs. Leurs porteurs sont mis en avant, mais rien n'émerge pour ce qui est des ceintures. Je vois assez mal Mark Henry s'attaquer au titre de Sandow, d'autant qu'il se murmure une alliance avec le Big Show pour s'allier à lui face au Shield. Tout ça laisse un peu de frustration, un genre de cliffhanger plutôt sympa qui donne envie d'arriver vite à la suite, un peu comme la veille d'un départ en vacances, aussi excitant que frustrant.

 

C'est vrai, qu'est-ce qu'on donnerait pas pour regoûter à l'humour exquis des Bellas…

 

 

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