Catch

Soyons réalistes, exigeons l’impossible !

Il faut être cohérent. Surtout quand on invente.

Éric Fottorino

 

Grande était la déception, et nombreuses les interrogations après un Night of Champions qui aura laissé dubitatif plus d’un amateur de catch et dont plusieurs passages pourraient être qualifiés par un esprit audacieux de « complètement cons ». Nous comptions donc sur ce Raw pour relever le niveau, pour retrouver un peu de cohérence et pour voir les méchants retrouver le goût du sang. Les bookers ont-ils ouvert les fenêtres pour dissiper les vapeurs hallucinogènes dans lesquelles ils baignaient lorsqu’ils écrivirent le déroulement du dernier PPV ? Ont-ils au contraire chu dans un semi-coma dont ils ne sortent en titubant que pour coucher sur le papier leurs idées les plus délirantes ? Lisez, bienveillants lecteurs, et vous saurez.

 

 

 

Indice : l’auteur de cette nalyse fit à peu près cette tête-là en regardant le show.

 

 

Nalyse de Raw du 16 septembre

 

 

Il faut bien meubler entre les pubs.

 

Bien entendu, l’essentiel de ce Raw fut une nouvelle fois consacré à la grosse stoyline qui occupe la WWE depuis Summerslam. Évacuons d’emblée les quelques matchs du show qui n’étaient pas directement liés à celle-ci.

 

Il y eut un combat féminin. Pour protester contre le peu d’intérêt de la division féminine, je refuse de vous en dire plus. Sachez seulement que Natalya et AJ Lee se sont affrontées du regard.

 

 

 

Je suis déterminée.

 

 

Les Usos ont remporté un match à trois équipes contre les Tons of Funk et les All Americans et sont désormais les prochains aspirants au titre.

 

 

Nous sommes contents.

 

 

Fandango a battu un adversaire de médiocre valeur en la personne de R-Truth, et il n’en apparaît donc lui-même pas moins médiocre qu’avant.

 

 

 

Je suis mauvais.

 

 

Tiens ? Damien Sandow a perdu.

 

Cette fois, c’était contre Rob Van Dam. Difficile d’imaginer que le barbu robe-de-chambru puisse avoir un règne de champion sérieux lorsqu’il se décidera à faire jouer son contrat (à moins qu’il ne fasse semblant d’être nul pour endormir la méfiance de ses adversaires). La WWE est tellement décidée à l’installer dans son personnage de loser qu’on ne serait pas étonné de le voir perdre le combat auquel la mallette lui donne droit, voire, pourquoi pas, oublier bêtement de profiter de la dite mallette avant la date limite.

 

Il se pourrait bien que les relations entre Paul Heyman et Ryback ne soient pas purement professionnelles.

 

Désormais en chaise roulante, Paul Heyman (qui a enfin trouvé le temps de se raser), vaguement accompagné d’un Curtis Axel réduit au simple rôle de pousseur de chaise (il s’est barré juste après avoir déposé Paulo sous le Titantron) et beaucoup plus accompagné de son nouvel ami Ryback, a affirmé que l’intervention de ce dernier à Night of Champions n’avait pas été prévue. Cette information tendrait à confirmer, si elle est vraie, que Paul Heyman le génie n’avait réellement préparé aucun plan pour se défendre contre Punk. Ce serait donc poussé par l’altruisme et la haine de la violence que la brute aurait décidé de prendre l’initiative personnelle de secourir le volumineux manager. Ryback prit ensuite le micro pour hurler à qui voulait l'entendre qu’il était bien décidé à protéger Heyman. L’impotent bedonnant le remercia d’un… euh… d’un bisou. Oui. Un tout mignon petit bisou sur la joue suivi d’un regard langoureux lourd de sensualité homosexuelle. Si.

 

 

 

Mais ?

 

 

MAIS !?

 

 

 

MAIS ENFIN !!!

 

 

Voilà. Si l’on pouvait déjà s’interroger sur la pertinence d’associer Heyman à Ryback pour lutter contre Punk, sachant que l’ex Skip Sheffield a affronté l’ancien champion plusieurs fois dans un passé pas si lointain, et qu’il n’en sortit pas grandi, c’est dans la stupéfaction interrogative la plus interloquée que nous plonge ce geste d’affection… Geste de la WWE envers les gays dans la lignée du push offert à Darren Young après son coming out ? Abus de boisson chez les bookers ? Défi lancé à Paul Heyman par un ami facétieux lui disant qu'il n'était même pas cap ? L’avenir ne nous le dira peut-être pas, mais en tout cas ce moment devrait figurer en bonne place dans notre classement des moments les plus what the fuck (si vous me passez l’expression) de l'année.

 

Dolph Ziggler est entré dans le livre Guinness des Records pour être officiellement devenu le premier catcheur à avoir montré son cul deux soirs de suite à la télévision.

 

Premier indice d’un affaiblissement du Shield qui ne fut pas le dernier de la soirée : Dolph Ziggler a vaincu Dean Ambrose. Mais comme le titre n’était pas en jeu, ça ne compte pas. Et donc Ambrose a tiré son slip et on a vu sa raie. Après Randy Orton, Ziggler devient le deuxième catcheur à porter un surnom d'animal. On dit en effet que ses collègues l'appellent « La Grenouille ». Car il a la raie nette.

 

 

 

Moi, on croit souvent que ça m'arrive aussi. Mais en fait, c'est parce que j'ai une tête de cul.

 

 

 

La storyline impliquant le titre suprême de la compagnie a connu des développements inattendus.

 

C’est un Daniel Bryan rendu tout hilare par sa ceinture de champion nouvellement acquise qui fut interrompu en début d’émission par un Triple H à la mine aussi sombre que son costume. Le patron demanda à l’arbitre Scott Armstrong (que l’on devrait plutôt appeler Armfast, ah ah ah !) de s’expliquer sur la rapidité de son compte de trois la veille au soir. Vidéo à l’appui, il prouva que ledit compte, qui avait permis le couronnement Daniel Bryan, avait indéniablement été plus rapide qu’à l'accoutumée. Résumons quelques mots les explications de celui qui est censé faire respecter les règles :

 

 

Eh bien, c’est-à-dire que, euh… enfin… euh… voilà, quoi, voyez.

 

 

L’air contrit, l’officiel reconnut vaguement avoir commis une erreur mais peina en effet à trouver une explication convaincante et se contenta de dire « they got us, Daniel », reconnaissant ainsi implicitement que ce compte n’était pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une machination dont la complexité aurait poussé Machiavel au suicide. Le champion, lui, ne semblait pas comprendre et nia de toute ses forces toute implication dans cette sinistre histoire. Plus tard, Triple H annonça à Armstrong sa décision de le foutre à la porte, nouvelle qu’il sembla accueillir avec la plus grande stupéfaction.

 

Résumons-nous. In kayfabe, ce garçon fait un compte de trois exagérément rapide au milieu d’une salle de vingt-mille spectateurs, dans le main event d’un événement diffusé dans le monde entier. N’envisageant pas une seule seconde que quelqu’un puisse s’en apercevoir, il ne prépare aucune explication. Le lendemain, mis devant le fait accompli, il ne trouve à dire que « mince alors, ils nous ont eus ». Enfin, il est étonné au plus haut point lorsque cette énorme faute professionnelle provoque son licenciement. Je veux bien que le catch prenne parfois des libertés avec la crédibilité des situations, mais là, tout de même, le personnage se comporte vraiment comme un gros crétin ! Franchement, est-ce qu’il était vraiment impossible de gérer cette histoire avec un tout petit peu plus de véracité ? Entre se permettre des écarts de réalisme de temps en temps et prendre le public pour des abrutis, n’existe-t-il pas une lignée médiane ? Zut alors ! Mince. Chier.

 

Mais retournons sur le ring. Ce qui devait arriver arriva : Bryan fut dépossédé de son titre par Triplache en attendant que l’on tire au clair cette affaire. Il n’y a donc plus de champion officiel à l’heure où j’écris ces quelques lignes. Malgré les protestations de la foule, il est toutefois objectivement difficile de donner tort à Triple H : même si Bryan n’est in kayfabe pas responsable de ce qui s’est passé, il faut bien admettre que le compte a bien été peu réglementaire, que la victoire de l'homme à la barbe est très discutable, et que le COO a pris une décision finalement assez honnête.

 

 

La même ceinture remportée deux fois en un mois ! À ce rythme-là, dans six mois, j'explose le record de Cena !

 

 

Et c’est sous les protestations de Bryan qui rechignait à rendre la ceinture au patron que survint Randy Orton, énervé comme une Nadine Morano. Il nous prouva que le RKO est toujours une méthode efficace lorsque l’on souhaite récupérer un bien injustement accaparé par autrui ; ainsi vîmes-nous, pendant que HHH s’en allait en coulisses le titre sous le bras, l’image désormais classique d’un Randy Orton debout et d’un Daniel Bryan gisant.

 

S’ensuivit peu après une séquence pour le moins curieuse : Stephanie McMahon affirma à l’ancien champion qu’il méritait de perdre. Ses arguments valaient le détour : selon elle, Orton avait perdu le feu sacré et ne pouvait plus prétendre être le visage de la WWE tant qu’il ne serait pas redevenu le vicieux salopard qui n’hésita pas par le passé à administrer un DDT à… elle-même !

 

 

 

Non, Randy, tant que tu ne m’auras pas prouvé ta détermination en tuant mes enfants et en violant ma mère, je ne pourrai pas te refaire confiance !

 

 

Curieux booking. Triple H et sa femme sont donc des heels qui prennent des décisions justes mais reprochent au top heel de ne pas être assez heel.
 

De son côté, HHH n'a pas l’air de vouloir creuser la question plus que ça. On imagine bien que la storyline continuera, mais, encore une fois, serait-ce trop demander que de voir de temps en temps des réactions un peu plus crédibles ? Dans un cas similaire dans la réalité, le patron n’aurait-il pas questionné bien davantage les personnes impliquées ? Si !

 

Mais revenons à nos vipères. Très énervé, Randy Orton passa ses nerfs sur le Miz contre lequel il avait un match un peu plus tard dans la soirée et réalisa le rêve de beaucoup d’entre nous en lui éclatant la couenne avec une chaise sous les yeux de ses parents. Ouf, Randy est toujours méchant ! Voilà nos doutes levés ! Sans méchanceté aucune, il faut d’ailleurs bien avouer au passage que la tête de M. et Mme Miz vaut le coup d’œil. Il paraît que ce sont ses vrais géniteurs, et non des comédiens engagés pour l’occasion. Regardons-les ensemble, et rions.

 

 

 

Télévision : Amanda Lear jouera un zombie dans la prochaine saison de The Walking Dead

 

 

 

Papa Miz (à gauche, avec les cheveux bizarres). Aucune légende ne saurait être aussi amusante que sa tête.

 

 

Mais l’histoire n’était pas finie. Venu plaider la cause de son fiston Cody, injuste victime du règne (autrefois) despotique de Triple H et désormais obligé de survivre en touchant le RSA, le légendaire Dusty Rhodes se vit proposer une offre généreuse par Mme McMahon : elle acceptait d’engager l’un de ses fils : Cody ou Goldust, le patriarche n’avait qu’à choisir. Choix cornélien s’il en est, que le Rêve Américain refusa bien entendu de faire, car il n’est pas homme à afficher sa préférence pour l’un de ses enfants.

 

 

 

Mais Dusty, ce que je sens là dans votre pantalon… Ne serait-ce pas le colosse de Rhodes ?

 

 

Drapé dans sa dignité, Dusty voulut quitter les lieux mais en fut empêché par l’arrivée impromptue du Shield et celle du Big Show, toujours forcé bien malgré lui d’obéir à la sinistre harpie. Puisque Dusty refusait de faire un choix, l’abjecte Stephanie lui en imposa un autre : se faire péter la gueule par le Shield ou par le Big Show. Ce nouveau dilemme lui déplaisant autant que le premier, il refusa de nouveau et derechef. Nous assistâmes donc à la scène suivante : Stephanie demande au Big Show d’assommer Dusty, le Big Show refuse, Stephanie demande au Shield, le Shield accepte, le Big Show change d’avis, le Big Show pleure, le Big Show assomme Dusty Rhodes, Stephanie est contente, Dusty Rhodes est évacué en ambulance.

 

 

 

Tristesse.

 

 

Désespoir.

 

 

 

Compassion.

 

 

 

Bobo.

 

 

Après ce segment, un seul mot vient à l’esprit : Pourquoi ? Eh ben on ne sait pas trop. Il est difficile de comprendre la raison pour laquelle Stephanie a tenu absolument à torturer psychologiquement puis à faire casser la gueule à un vieil homme sans défense, ni pourquoi elle voulait impliquer le Big Show dans cette histoire. Alors certes, Dusty a lancé quelques piques à Triple H, mais, même pour une heel, la réaction de l'épouse du COO semble quelque peu disproportionnée. On a un peu l’impression que la WWE a brusquement réalisé que ses méchants n’étaient plus assez méchants et a essayé de rattraper le coup en faisant faire à Stephanie les pires saloperies, histoire qu’on n’oublie pas qu’elle est heel.

 

 

 

Mais pourquoi êtes-vous aussi méchante ?

– Parce que.

 

 

Le couple Helmsley / McMahon semble se scinder en deux : l’homme est un dirigeant un peu mégalo mais qui sait être juste quand il le faut (enfin, depuis deux jours…) et la femme une boule de haine aux réactions totalement imprévisibles, dont le seul but est de faire du mal aux gens, juste parce qu’elle aime faire souffrir. La storyline pourrait peut-être d'ailleurs bien évoluer vers une querelle conjugale.

 

Suite et fin pour ce soir de l’histoire : le main event opposa Daniel Bryan à Roman Reigns dans un fort bon combat qui se déroula sous l’œil de Randy Orton, installé aux abords du ring.

 

 

 

Et on ne m’ôtera pas de l’idée que ça ne doit pas être agréable de s’asseoir en slip dans un siège en cuir.

 

 

Notons qu’avant le match, Daniel Bryan fut chaleureusement encouragé par plusieurs collègues dans les coulisses. Oui, les gens qui tremblaient il y a encore une semaine à l’idée de laisser vaguement entendre qu’ils pourraient éventuellement envisager d'avoir de la sympathie pour le champion aujourd’hui déchu n’en ont maintenant plus rien à foutre. Pire, lorsque Bryan fut, comme l’on pouvait s’y attendre, attaqué par Orton et les deux autres tiers du Shield, plusieurs faces ont carrément accouru pour lui prêter main forte et s’engager sur le terrain de la confrontation physique, avant de porter en triomphe leur héros ! Sans qu’à aucune explication ne soit donnée par aucun d’entre eux, voilà que la perspective de perdre leur emploi ne les effraie plus du tout !

 

 

 

Vous inquiétez pas, les gars. Scott Armstrong dit que Triple H ne risque pas de nous voir.

 

 

Alors certes, on pourra objecter plusieurs arguments :

 

« Randy Orton a perdu la confiance de Triple H. »

Oui, mais le Shield l’a toujours, et le Roi des Rois a retiré à Bryan un titre qu’il a obtenue de façon pas très claire. Aucune raison de penser donc que le gars Daniel soit désormais en odeur de sainteté auprès des instances dirigeantes. Au contraire, il est vraiment sur la sellette.

 

« Trop, c’est trop ! Les gentils catcheurs en ont eu vraiment assez et ont décidé de venir en aide à Bryan, quelles qu’en soient les conséquences. »

Peut-être, mais une petite phrase de l'un d'eux pour nous le dire n'aurait pas pris beaucoup de temps d'antenne. Tout le monde est resté les bras croisés pendant les innombrables beatdowns précédents de Bryan , qu'est-ce qui fait qu'ajourd'hui ce n'est plus supportable ?

 

« Triple H ne peut pas virer tout le monde »

Oui, mais il ne le pouvait pas non plus avant. D’ailleurs, ceux qui sont intervenus ce lundi ne sont pas « tout le monde », mais quelques catcheurs de milieu voire de bas de carte qui sont moyennement indispensables à la fédération. Que Triple H hésite à virer des habitués du main event comme CM Punk ou le Big Show serait logique, mais R-Truth ou Rob Van Dam se croient donc si indispensables qu’ils sont absolument intouchables ? Même si des sanctions sont prises la semaine prochaine contre eux, leur prise de position paraît tout de même bien brutale et artificielle.

 

Bref, voici un Raw qui laisse un goût d’inachevé. Après un PPV où les méchants étaient trop gentils, après une période où les gentils tremblaient de peur à l’idée de défendre un Daniel Bryan opprimé, voilà que Stephanie devient outrageusement méchante et que les gentils se décident enfin à sortir de leur réserve sans qu'on sache vraiment pourquoi. On connaît la fâcheuse tendance qu’a la WWE à gâcher ses meilleures idées, mais, pour une fois, ne pourrait-on pas trouver un juste milieu et avoir un tout petit peu de réalisme ?

 

 

Même les nichons de ta soeur ne sont pas réalistes !

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