Catch

Interview de Marc Mercier, première partie

Le meilleur interviewer est celui qui dit que j’ai un œil d’aigle et une crinière de lion.

Jules Renard

 

La langue de bois est d’après Wikipédia une forme d'expression qui, notamment en matière politique, vise à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu'aux faits. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Marc Mercier en est complètement dépourvu.

 

 

Je viens de lire l’interview et c’est décidé : je veux signer à la FFCP. J’espère que monsieur Mercier voudra bien de moi. J’ai déjà pensé à un nouveau nom de scène : CM Musette.

 

 

Interview de Marc Mercier, président de la FFCP (1/2)

 

 

Marc Mercier, ancienne gloire des rings français et internationaux a eu la gentillesse de nous accorder une interview-fleuve à son domicile. N’écoutant que sa passion, notre rédacteur de poche Major Tom a passé une paire d’heures en compagnie du fantasque président de la FFCP et nous rapporte ici le contenu de leur conversation. Comme d’habitude avec Marc Mercier, ça dépote et la langue de bois n’est pas de mise. Et comme d’habitude, il faut également savoir le lire entre les lignes. Car ce saltimbanque né n’a pas son pareil pour brouiller les pistes et se mettre en scène, à la manière d’un artiste naviguant dans les eaux troubles du show-business.

 

 

Je suis fier d’être interviewé par le plus grand site de catch au monde.

 

 

Major Tom : Marc Mercier bonjour, vous êtes président de la FFCP, une fédération née en 1931, et donc l'une des plus vieilles au monde à être encore active. Pouvez-vous nous parler des débuts de la promotion, et du catch en France ?

 

Marc Mercier : Il faut remonter au siècle d'avant, les années 1800. Le catch en France se rapprochait plus du cirque et se jouait dans les foires, ce qu'on appelle aujourd'hui les fêtes foraines. Aux USA – il faut voir le film de Stallone La taverne de l'enfer, le catch correspondait aux combats de coqs, ou de chiens, et se déroulait dans des hangars, des caves, des milieux très fermés. Voilà où en était en gros le catch au début du 20e siècle. En France, il représentait jusqu'à mon époque le professionnalisme de la lutte amateur. Le champion olympique de lutte gréco-romaine de 1924, Deglane, a parcouru le monde avec sa médaille et découvert le catch aux États-Unis, plus populaire qu'il ne l'était en France à l'époque. Et il a parlé de la discipline à un homme nommé Raoul Paoli, qui deviendra le premier organisateur de galas de catch dans l'Hexagone. Paoli, Deglane et d'autres athlètes de haut niveau, issus de la lutte, de l’haltérophilie… ont lancé la première ère du catch français, avec des combats très statiques : clés de bras, de jambe, prise de cou. Avec succès, puisqu'ils ont rempli rapidement les plus grandes salles parisiennes de l'époque, comme le Palais des Sports ou le Cirque d'hiver.

 

La deuxième génération est arrivée vers 1955 et avec elle, les "match-makers", qu'on appelle aujourd'hui promoteurs, une dizaine en France. Des hommes d'affaires comme Roger Delaporte, Maurice Durand ou Goldstein se partageaient un monde du catch réellement structuré : un seul champion pour l'ensemble du pays, et pas par fédération comme aujourd'hui. Pour revenir à la FFCP, celle-ci était devenue fédérale grâce à Paoli, et était la branche professionnelle de la Fédération Française de Lutte. Mais dans les années 1950, l'État a compris en voyant tous ces managers millionnaires, voire milliardaires, qu'il s'agissait de business et a cassé les accords : la FFCP est devenue associative et sociétaire, propriété exclusive de Delaporte. Elle n'est plus jamais redevenue fédérale, malgré mes efforts il y a quelques années, avec Bernard Laporte, alors ministre des Sports de Nicolas Sarkozy. Mais le projet était trop compliqué, car il fallait l'accord de tous les pays européens.

 

 

– Roger, je ne respire plus…

– Je sais bien mon vieux, mais on est dans les années 50 et le catch est toujours la branche pro de la lutte amateur. Désolé.

– Ah OK.

 

 

Et ensuite ?

 

Avec la deuxième génération de catcheurs français, le catch est devenu plus aérien, puis une troisième ère est arrivée, à la fin des années 60, représentée par des catcheurs comme le Petit Prince, avec du catch encore un peu plus spectaculaire. À l'époque, il fallait gagner toujours plus de pognon et 4 000 galas étaient organisés par an en France ! C'est à ce moment qu'ont été créés les personnages, les gentils et les méchants, dont les premiers représentants ont été le Bourreau de Béthune et l'Ange Blanc, qui appartenaient alors à deux managers différents, respectivement Durand et Goldstein. La troisième génération apparaît à ce moment-là, qui est également celui où je fais mon arrivée. Et c'est le début de la fin : les catcheurs deviennent, à la fin des années 1970, de plus en plus difficiles à trouver.

 

À quoi ressemblait le milieu du catch à l'époque ?

 

La période 1950-1970 représente vraiment l'âge d'or. On parle beaucoup de l'Élysée Montmartre, mais sept salles à Paris programmaient des galas de catch : la salle Wagram, le Cirque d'hiver (spécialisé dans les personnages), le Palais des Sports de la porte de Versailles (où il n'y avait que des poids lourds)… Les catcheurs de l'époque gagnaient plus que Johnny Hallyday et certains avaient leurs propres jets privés ! Tous sont alors issus de la lutte, mais le catch commence à verser dans le grand guignol. Les Américains, à l'époque, n'avaient que dalle : je disputais des championnats du monde contre des Américains qui venaient en Europe par manque de recettes chez eux. Ça ne marchait pas aux États-Unis, mais ça marchait en France. Pour donner une idée de la mentalité des promoteurs américains à cette époque, j'ai travaillé avec le Géant Ferré (André the Giant). C'était une grosse merde. Il bossait comme videur en bas de l'Élysée Montmartre, au café de Roger Delaporte « Le rendez-vous des catcheurs », et faisait un match de temps en temps, mais était très mal considéré en France : un handicapé sans popularité, voilà ce qu’il était. Il est devenu aux États-Unis l'un des deux plus gros catcheurs du début des années 80.

 

 

Comme je n’étais pas au niveau, je suis parti dans une petite fédération inconnue pour y devenir tête d’affiche et combattre devant 95 000 personnes.

 

 

Mon père, lui-même catcheur, a mené un combat de dix ans pour que les catcheurs soient reconnus fiscalement, ce qui a été fait en 1976 avec notre rattachement au ministère de la Culture : les catcheurs étaient considérés comme des intermittents du spectacle, touchaient les assedics ; on s'est bien gavés. Ensuite est arrivée la tournée Ricard, pendant douze ans et jusqu'à la loi Évin : 10 000 personnes par soir. Je suis devenu une méga star et j'ai bénéficié du fait qu'il n'y avait à l'époque que trois chaînes de télévision, où le catch était retransmis. C'était pourtant le début de la fin : mon père a fait des référés auprès des chaînes, qui ont dit en substance « ils nous font chier avec leur catch, on arrête tout. » Les Américains sont arrivés en 1980, avec leur concept hollywoodien, et quand aujourd'hui je discute avec Dechavanne, Laroche-Joubert ou Foucault, on me dit « Marc, on prend ton produit. Tu nous enregistres une cassette, on te l'achète au même prix que les Américains, 1 000 euros la cassette. » Sauf que là où les Américains vendent dans le monde entier, moi ça me coûte 120 000 euros pour produire une émission hebdomadaire. Mais les grosses maisons de production avec qui mon fils est en rapport disent clairement que le catch est fini en France et que les contrats ne seront pas renouvelés.

 

Pour revenir à votre carrière, vous arrivez à la FFCP à peu près au plus haut niveau de popularité de la fédération. En ayant commencé par la lutte. D'où est venu le choix de devenir catcheur et pas lutteur ?

 

C'est une histoire de môme. J'étais un gamin instable, mais j'étais un sportif de haut niveau : lutte, athlétisme… J'ai même failli intégrer l’équipe de France de ski. J'avais le physique d'un athlète de haut niveau, léger (80 kg), et j’admirais mon père, super vedette à l'époque, à la télévision. « Mon père ce héros », forcément, et je voyais son train de vie. Il venait me chercher à l'époque avec des voitures rutilantes, et les pères de mes copains, médecins, arrivaient en 2 CV ! « Putain, je vais me faire chier à faire des études pour ne pas gagner ma vie ? Je veux gagner ma vie, je veux être bronzé comme mon père, aller au soleil ! » Un peu premier degré, mais j'étais un enfant. Et surtout, en sortant du milieu de la lutte amateur, que faire d'autre si on n’a pas fait d'études ? J'ai eu beaucoup de chance, et sans prétention, les patrons avaient aussi beaucoup de chance de m'avoir : j'étais le meilleur à l'époque, j'avais d'énormes qualités athlétiques, je me suis mis en danger pendant vingt ans – c'est pour ça que je suis handicapé aujourd'hui – et mes patrons ont vu en moi un physique atypique, par rapport aux catcheurs lambda qui étaient gros. J'étais très fin, j'avais une belle gueule, et Delaporte voulait que je lui amène une clientèle féminine, ce qui est arrivé. À partir de là, j'étais une vedette, mais je le dois aussi à mon boss qui a bien voulu que j'en sois une.

 

 

Le propre d’une vedette, c’est d’avoir la classe malgré les tendances vestimentaires des années 80.

 

 

Justement, quelles relations entreteniez-vous alors avec Delaporte ?

 

Excessivement bonnes et respectueuses. J'en ai pris dans la gueule deux, trois fois, mais je ressentais en lui une générosité assez poussée à mon égard. Et puis c'était un business. Des gens comme Léon Zitrone ou Roger Couderc me voulaient à l'affiche des galas télévisés, et donc Delaporte s'est intéressé à moi, et j'ai travaillé tous les jours en France, puis en Europe : Allemagne, Autriche, Angleterre… J'ai commencé à avoir une carrière internationale, six mois de l'année en Europe, six mois en France. J'étais un catcheur mondial.

 

Quel est votre palmarès ?

 

Trois championnats de France, cinq championnats d'Europe, sept championnats du monde, et un de plus à ma reprise, en 2006.

 

Votre père était catcheur, vous aussi. Quelles différences entre vous deux ?

 

Mon père était plus petit, plus trapu, j'étais grand, longiligne. Mais j'ai souvent catché avec lui, en matchs à quatre par équipes !

 

Existait-il des différences entre le style européen et américain à votre époque ?

 

Bien sûr ! Nous sommes les seuls en France à nous mettre en garde à droite, là où tous les autres le font à gauche. En Allemagne, en Autriche ou dans les pays de l'Est, le catch était disputé par rounds de trois minutes – c'était un peu chiant pour raconter l'histoire du combat ! Et les championnats existaient pour de vrai : j'ai fait les vrais championnats du monde, où je ne savais pas à l'avance que j'allais gagner. On nous ne nous donnait pas la décision.

 

Les combats étaient donc complètement improvisés ?

 

Oui. En Angleterre, j'ai affronté Marty Jones, une méga star de l'époque, et on m'a interdit de le rencontrer avant. Ensuite, on improvise, et on se rentre dedans. Et les matchs étaient quand même bons, pour l'époque ! C'est impensable aujourd'hui. Les matchs étaient également trop longs : je suis incapable de voir un de mes affrontements de cette période en entier aujourd'hui, une heure de combat c'est trop. J'ai affronté au Palais des Sports pour un de mes championnats du monde Gilbert Leduc, grosse star d'après-guerre. Le secrétaire de Delaporte nous a dit « que le meilleur gagne ». À la moitié du combat, Delaporte a fait un signe avec le pouce en l'air. Il pensait que je méritais d'être champion du monde, et a fait un signe « Mercier, debout ». Je suis devenu champion du monde. C'était tout de même un spectacle, mais très physique. En 1989, j'ai eu un grave accident, Delaporte a vendu la fédération, et le catch s'est effondré complètement. N'est resté qu'un seul mec en France, tout seul, Flesh Gordon. Il a repris l'agenda des dix organisateurs qui avaient arrêté, et est resté seul pendant une quinzaine d'années.

 

 

 

C'est comme cela que ça passait à l’époque de Marc Mercier.

 

 

En 1989, c'est la fermeture de la fédération, alors que ça marche fort aux États-Unis…

 

Oui. Je tiens d'ailleurs à dire que j'ai été viré des tabloïds, mais j'ai pourtant participé à la tournée de WrestleMania I, à Bercy en 1981. J'ai les articles de presse qui le prouvent ! Mais les Américains sont très sectaires, et m'ont viré de la bande.

 

Qu'est-ce que vous voulez dire exactement ?

 

Y avait Hulk Hogan, tout ça, c'était un gala de catch à Bercy. Pour moi, un gala comme un autre, mais eux appelaient ça « WrestleMania ». Avec les accords fiscaux négociés par mon père, ils étaient obligés de prendre des gars de chez nous. Mais c'est un milieu fermé, et écoutez bien ce que je vous dis : ils ne prendront JAMAIS de Français à la WWE. La Ruffa n'est pas à la WWE, il est dans une filiale de la WWE où il n'est pas catcheur ; il est manager. Et tous ceux qui y vont se font casser par les Américains, on appelle ça des barreurs. Mon père était un barreur ! Quand ils sont sur un mec, ils lui prennent 15 000 dollars pour venir s'entraîner là-bas, c'est un business. Et comme ce con de Di Léo, ils lui pètent l'épaule et le renvoient chez lui. Les autres disent « oh non, moi, je ne vais pas travailler aux États-Unis ». De toute façon ils ne peuvent pas. Là-bas c'est sept heures d'entraînement par jour et les mecs en France en sont incapables. Il n'y aura jamais de catcheur français là-bas, et de toute façon le syndicat des routiers est derrière et refuse qu'il y ait des catcheurs étrangers qui travaillent aux USA.

 

Vous avez donc rencontré Hulk Hogan ?

 

Oui, deux fois, dont effectivement cette soirée à Bercy. Je ne l'ai jamais battu, contrairement à ce qu'un journaliste du Parisien avait dit à l'époque – j'avais publié un démenti, mais ça y est, j'étais mythomane -, mais j'aurais pu cent fois parce que c'était une grosse merde. Il ne savait faire que deux trucs : rentrer sur scène, car c'était un gabarit exceptionnel, et faire une descente de cuisse. Mais ce n'était pas un lutteur, c'était un culturiste californien qui ne savait pas catcher ! Le meilleur pour moi à l'époque, c'était Macho Man. Qui était physiquement impeccable jusqu’à sa  mort. C'était un très beau mec ! C'est normal qu'ils meurent, ils sont tellement shootés…

 

 

Hogan après son combat contre Mercier

 

 

Et Ric Flair ?

 

Ah Ric Flair… mon père a catché avec lui, il le faisait travailler dans sa société. C'était un bon lutteur.

 

 

Revenons à votre blessure en 1989. Vous pensiez vraiment à ce moment-là que votre carrière était terminée ?

 

Ah oui, clairement. Accident, prothèse totale de cheville… Ils devaient m'amputer, quand j'ai été transféré par hélicoptère, j'ai refusé. Heureusement d'ailleurs.

 

Vous vous consacrez ensuite à votre carrière au cinéma comme doubleur/cascadeur ?

 

Oui. J'avais déjà bossé un peu au cinéma, avec Delon, Belmondo, j'ai fait tous les films à cette époque-là. Mais d'abord, pendant six ans je me suis barré avec ma femme, j'ai acheté des baraques à droite à gauche, je me suis fait une retraite. Puis, par manque de fonds, je suis revenu au cinéma. En l'occurrence, je suis allé voir mon pote Gérard Depardieu, et j'ai tourné avec lui. C'est moi qui ai fait le premier film Astérix, puisque lui était à l'hôpital. J'ai joué le rôle d'Obélix, et ils ont rajouté sa tête sur fond vert. J'ai aussi tourné avec De Niro, j'ai fait quelques films comme ça. C'était vraiment du gros alimentaire pour moi ! Aujourd'hui, j'ai toujours de bonnes relations avec le milieu, mais je refuse de travailler pour le ciné, ça me fait chier, ça m'emmerde. J'ai eu des demandes pendant dix-huit mois, puis à force de dire non… Ou alors je prends très cher et ils n'acceptent pas.

 

 

La première scène d’Astérix. Sans les effets spéciaux, ça en jette vachement moins.

 

 

En 2002, vous revenez sur le ring… malgré l'avis des médecins ?

 

Pendant ma carrière de catcheur, les médecins m'avaient déjà dit d'arrêter. J'avais déjà de grosses blessures et ils m'avaient dit « au train où tu vas, tu finiras sur une chaise roulante ». Il était donc inutile qu'ils me le rappellent, même s’ils l'ont souligné au moment où j'ai repris. Mon médecin, un de mes amis, est venu me voir lors de mon combat de reprise chez Flesh Gordon et m'a dit « t'es un grand malade. »

 

Ça ne vous faisait pas peur ?

 

Non. Je m’entraînais pour le faire, je voyais bien que je n'avais plus les mêmes réflexes qu'avant. Je ne pouvais plus faire ce que je faisais avant, mais j'avais une autre structure corporelle : j'étais beaucoup plus lourd, et donc davantage dans le combat de poids lourds, qui bougeait moins. Je me sentais capable de le faire.

 

Qu'est-ce qui vous a poussé à reprendre ? L'argent ?

 

Non, non, j'avais beaucoup d'argent à cette époque, 20 à 30 000 euros par mois. Tout allait bien pour moi, je gagnais des royalties contrairement à toutes ces merdes (NDLR : du milieu du catch français), car certaines de mes cassettes étaient diffusées à l'étranger – elles sont aujourd'hui dans le domaine public, car elles ont plus de trente ans – et je touchais des droits de rediffusion grâce aux téléfilms et aux séries policières que je faisais pour la télévision. Tout ça additionné aux assedics, pensions d'accident de travail… Ça me permettait de vivre très convenablement. Et puis mon vieux copain Flesh Gordon, avec qui j'ai commencé, me contacte et me dit « il faut que tu reviennes, on n'a plus rien dans les médias. Si tu reviens, les médias reviendront », étant donné que j'étais quand même une grosse personnalité des années 80. Effectivement, je suis revenu, et je m'emploie avec mes interventions médiatiques depuis 2002 à relever le catch en France, que je casserai d'ailleurs dans les médias. Je dirai exactement ce que je pense du catch français.

 

 

C’est de la merde.

 

 

En 2002 vous catchez donc à la Wrestling Stars de Gordon, avant de quitter la fédération…

 

Oui, je ne m'entends pas avec l'organisation qui entoure Flesh. Je suis copain avec lui, mais pas d'accord avec sa façon de faire. Sur le fond je n'ai rien à lui reprocher, c'est un vrai professionnel, il a été un vrai catcheur pendant des années – même si pour moi, à 57 ans, toujours sur un ring… enfin c'est son problème, on est en démocratie – mais tout son entourage… C'est quand même un grand manipulateur : il ramasse des mecs dans la rue qui sont complètement crétins, il leur fait signer des papiers, il joue les patrons et les mecs sont des gros cons. 

 

L'après-Wrestling Stars, c'était quoi ?

 

Je me retrouve à un moment donné où je dis à Flesh : « il faut faire quelque chose. T'es tout seul, t'as formé des jeunes et ils deviennent des patrons, attention, ça va devenir dangereux et handicapant pour des mecs comme toi et pour le métier. On doit se la jouer politique et se faire une concurrence loyale tous les deux. J'aurai mon entreprise, toi la tienne et on va bloquer tous les mômes qui arrivent là-dedans et n'y connaissent rien. » Il n'a jamais voulu. « Non, non, moi je veux être le patron chez moi… » Ils sont très cons dans ce métier, ils veulent tous le rôle de patron. J'ai racheté la FFCP de Delaporte, encore vivant à l'époque, et j'ai monté mon entreprise.

 

C'est à ce moment-là qu'ont commencé vos premiers contacts avec la ICWA ?

 

Oui. À ce moment-là, un mec m'appelle, dont je n'ai jamais entendu parler de ma vie, qui s'appelle Pierre « Booster » Fontaine. « Bonjour, pourquoi vous voulez me tuer ? » Je ne comprenais pas bien. « Vous voulez me tuer, j'ai un contrat sur ma tête et c'est vous le tueur. » Je lui raccroche au nez. Le mec me rappelle, je lui demande qui il est exactement, et il me répond qu'il est le patron de la ICWA. Je ne connais pas, je n'avais même pas internet à l'époque. Il me dit « J'ai eu un problème avec Flesh Gordon, il m'a envoyé des gens chez moi, deux catcheurs » – l'un était Zéfy, que je connais très bien, l'autre Scott Rider, envoyés pour lui foutre des claques dans la gueule à son domicile. Flesh Gordon, je cite, lui aurait dit « Ça, c'est le premier avertissement, ensuite j'appelle Mercier pour te flinguer. » J'appelle donc Gordon, qui me confirme l'info : « Ouais, Fontaine, ça va lui apprendre à cette merde ». Je lui ai demandé de ne pas me mêler à ses affaires personnelles, et de régler ses problèmes tout seul.

 

 

À cette époque, je vivais dans la peur.

 

 

C'est de là que viennent vos embrouilles avec Booster ?

 

Même pas. Je vais vous dire ce mec-là, il est… il aurait fallu qu'il aille à l'école ce mec. C'est une merde, il n’a rien là-dedans. Je rappelle donc Booster, je lui dis « effectivement Flesh a confirmé, mais ne vous inquiétez pas, je n'ai rien à voir là-dedans, je ne suis ni un tueur ni un voyou. » Il était tout de même embêté. Je lui ai dit que le mieux que je pouvais faire, c'était de venir catcher chez lui. Il a tout de suite accepté. Vu les sommes d'argent que je lui demandais, ça m'a étonné. Je suis donc allé catcher chez lui, quelques combats et puis terminé. Mais quand je vois qu'aujourd'hui il balance au public ou aux journalistes avant le combat ce qui va se dérouler, qui va gagner… C'est un traître, comme les magiciens qui expliquent leurs trucs.

 

Quel est votre projet à ce moment-là ?

 

Je lance en 2007 le Catch Academy Tour. Beaucoup m'ont reproché de ne pas avoir de stars, mais n'ont pas compris qu'en anglais ça voulait dire « l'école de catch en tournée. » Je suis un mec intelligent, ma famille a fait des études, chez nous on réfléchit, on fréquente des hommes politiques, des grands hommes d'affaires et on sait comment notre société capitaliste fonctionne. J'avais compris qu'en ouvrant des écoles avec des rebeus et des noirs à 90 %, je faisais du social, je les mettais en bleu blanc rouge et je montrais à mon ami Nicolas Sarkozy qu'on pouvait gérer les gamins des cités, du moment qu'on leur offrait une identité et une reconnaissance. À partir de là, je suis parti sur les routes avec ces mômes-là, ce qui m'a apporté une publicité énorme – toutes les semaines un spot TV sur les grandes chaînes, ce que je n'aurais jamais pu me payer à l'époque.

 

Parfois, il me fallait d'autres mecs. J'appelais Booster ou Flesh, j'ai eu certains de leurs mecs. Ils m'ont charrié, Flesh, Booster et toutes ces merdes, parce qu'on était en bleu blanc rouge, Fédération Française de Catch. Regardez-les aujourd'hui : Catchorama, ICWA, tous en bleu blanc rouge. Ils ont mes logos, déposés, qu'ils utilisent ouvertement. Ils n'ont même pas honte de ce qu'ils font. Je suis un très grand professionnel, si un abruti de la banlieue nord va dans un karaoké se saouler la gueule, se prend pour un chanteur et critique Mick Jagger, ce dernier va lui dire « mais t'es qui, espèce de merde ? » Je suis Mick Jagger, et j'ai contre-braqué toutes ces merdes. Booster avait un réseau de fans de 150 abrutis, de douze, quinze ans, ça ne m'a pas du tout impressionné. Je n'ai jamais attaqué personne, je me suis toujours défendu.

 

 

Faut dire que tirer la langue à Mercier, c’était un peu violent.

 

 

La Catch Academy avait donc autant une mission de formation qu'une mission sociale ?

 

Je suis un citoyen français. Comme tout le monde, j'en ai marre de voir des jeunes cramer des bagnoles dans les cités, foutre la zone, agresser des gens… Je me dis qu'il faudrait peut-être leur faire connaître d'autres choses. On sait bien que des mômes qui vont vendre de la drogue et gagner 15 000 euros par semaine refuseront de travailler à l'usine. En revanche, ils accepteront peut-être – j'en ai fait le constat avec la musique comme le rap, où il y a des talents comme Joey Starr, que je connais bien et qui est un mec très intelligent – de se lancer dans le catch. Je me suis aperçu que des mômes d'origine maghrébine, des enfants de la République et donc des Français, étaient très bons, et j'ai voulu monter un plan social là-dessus. Ç’a fonctionné.

 

Finalement, ce n'est pas plus simple de bosser avec des gamins des cités qu'avec des catcheurs semi-professionnels ?

 

Si, car je les formatais. Je devenais leur père, ils arrivaient là-dedans, je les bloquais contre le mur pour leur montrer que j'étais là et d'ailleurs mes répliques ont été diffusées maintes fois à la radio ou à la télé – « c'est de la merde/c'est bien »-. Et ils aimaient ça, ils venaient s'inscrire pour entendre « c'est de la merde », et ils rigolaient tous. J'ai fait de très bons catcheurs de ces mecs-là.

 

 

Ne manquez pas la suite de l’interview qui sera publiée dès demain.

6 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut