Catch

La pourritude du système

La gauche et la droite ne sont plus que des détaillants vendant le même produit acheté au même grossiste, l'Union Européenne.

Philippe Séguin

 

Je n'ai pas regardé de catch depuis longtemps. La dernière fois, les Wyatt étaient un flop, John Cena n'était plus là, Daniel Bryan venait de perdre son titre face à Randy Orton et le reste, je ne m'en souviens plus (raison pour laquelle j'ai arrêté de regarder la WWE, ça devenait vraiment trop chiant). Donc quand le grand gourou de la secte des CDC m'a proposé de rédiger cet article, j'ai accepté pour deux raisons. Tout d'abord, je veux voir si les choses ont changé ; ensuite, je n'ai pas de vie sociale et donc rien de prévu pour ce réveillon du 31 décembre.

 

 

Et bonne année !

 

 

Nalyse de Raw du 30 décembre

 

 

Commençons avec ZE grosse révolution de depuis que je suis parti : l'unification des tittres WWE et World Heavyweight Champion, ce qui donne le WWE World Heavyweight championship. 

 

Cette unification représente absolument tout ce qui ne va pas à la WWE, et explique le pourquoi de cette citation d'intro.

 

Il y a déjà quelques années maintenant, la WWE a décidé d'unifier les shows Smackdown et Raw. Conséquence : plus de titre appartenant à une seule brand, plus de catcheur appartenant à une seule brand, plus d'identité propre des brands. Smackdown est devenu une version cheap de Raw et cette impression se ressent grandement dans les ratings, en baisse depuis des mois à Raw et surtout à Smackdown.

 

On aurait pu imaginer que la WWE allait exposer certains catcheurs exclusivement à Smackdown, qu'elle allait remettre en place des frontières entre Raw et Smackdown et rendre aux brands leurs identités propres. Eh bien non, la globalisation de la WWE est la cause des baisses d'audience, c'est clair pour tout le monde, et que fait la WWE ? Encore plus de globalisation ! C'est une politique absurde qui m'a fait arrêter le visionnage de Raw et Smackdown.

 

En fait, la WWE actuelle me fait penser à l'Union Européenne : un machin supranational mettant à mal les politiques intérieures de pays anciennement souverains et tout à fait indépendants. On sait que l'UE est la raison de beaucoup de nos problèmes, et que fait-on depuis des années ? Encore plus d'UE ! Ouvrons nos frontières ! Tuons notre industrie et nos commerces !

 

Pour l'UE comme pour la WWE, la seule solution pour sortir du marasme consiste à quitter ce système globalisant et rendre leur souveraineté aux brands/nations.

 

Revenons à Orton : j'aurais bien voulu vous dire que la prestation de Randy Orton était géniale mais il n'était pas là ce soir, Stephanie (toujours aussi bonnasse la milf) a seulement passé une vidéo montrant tous ses exploits. Je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où se trouvait le WWEWHC mais en tous cas, s'il était en vacances, je trouve ça plutôt positif : les gars bossent toute l'année et les autoriser à se reposer même avec un titre est assez encourageant pour le combat du droit des travailleurs. 

 

 

Elle est mieux qu'avant Arlette Laguiller.

 

 

Au début du show, CM Punk est intervenu dans un segment que j'appellerai avec la poésie d'un enfant de huit ans un "segment caca boudin".  Dans mon souvenir, CM Punk avait un gimmick d'égocentrique : qu'il soit heel ou face, il ne pouvait pas être qualifié de gentil et ne pensait qu'à son intérêt personnel sans tomber dans des travers de gendre idéal. Le CM Punk que j'ai vu aujourd'hui (qui ressemble à Wolverine de Montmiraille) est gentil, il fait de la cheap pop et, pire, il s'adresse directement au public en multipliant les banalités dans lesquelles les spectateurs peuvent se reconnaître, tout en cherchant à être consensuellement drôle. Ses qualités de badass subversif ont laissé place à une version parodique de John Cena, probablement parce que "tu comprends, si tu veux devenir le top guy, il faut que tu deviennes plus mainstream et que tu plaises aux parents et aux enfants comme aux adolescents" (imaginez ça avec la voix d'un des larbins de Vince McMahon). 

 

Bref, John CeM Punk nous raconte que l'année 2013 n'a pas été son année (ce qui ne lui ressemble pas je le répète, il est beaucoup trop fier pour ça), mais que c'était l'année de trois hommes. Donc, trois hommes, probablement, Daniel Bryan qui a explosé, et Orton aussi qui a unifié… 

 

Ah bah non, The Shield… Ils ont eu une bonne année mais bon, de là… Bon ! Suspends ton incrédulité Teddy, suspends ton incrédulité. Donc, CM Punk dit que c'était l'année du Shield et là, le Shield arrive (toujours par le public, je pensais qu'ils auraient laissé tomber depuis longtemps). Le leader Dean Ambrose demande à Punk de lui donner une raison de pas lui niquer sa race et lui propose de l'affronter. Punk refuse parce qu'il estime qu'Ambrose n'est pas le meilleur de son trio — et là, incompréhension, au lieu de lui niquer sa race en groupe, les deux compères retiennent Ambrose (du genre, "retenez-moi les gars, retenez-moi"), alors qu'une minute plus tôt, ils menaçaient Punk de le défoncer. Passons. Rollins accepte d'affronter Punk parce qu'il est le meilleur du Shield, Reigns, Ambrose et lui se disputent un peu, puis Brad Maddox, le très mauvais GM de Raw, arrive et annonce un match right now : CM Punk vs Seth Rollins.

 

Match digne d'un bon opener de PPV (on pouvait se l'imaginer vu les deux hommes) et victoire de Punk. À partir de là, plusieurs possibilités :

 

1) Soit, l'année prochaine (haha, c'est demain) Reigns bat Punk : dans ce cas, deux possibilités :

          a) Les cartes sont rebattues à l'intérieur du Shield avec Reigns en mâle alpha, mais je n'y crois pas trop.

          b) Séparation définitive du Shield avec une bonne feud à trois qui pourrait être un beau bordel bien sympa.

 

2) Soit l'année prochaine (haha, c'est demain (le comique de répétition, c'est drôle)), Punk bat aussi Reigns et dans ce cas, sa feud avec le Bouclier aura juste été un bouche-trou avant un retour vers le titre suprême. Le Shield reviendrait bien entendu vaquer à ses occupations après cet ersatz de feud. 

 

 

Non mec l'attaque pas ! C'est juste notre ennemi et nous on est les méchants !

 

 

Dans la série "matchs de remplissage qui prennent du temps d'antenne et qui me font chier", je vous présente : le match des divas, Brodus Clay vs R-Truth et The Great Khali vs Damien Sandow. Ces matchs sont la Bulgarie et la Roumanie de la WWE, ils ne servent à rien, ils ne sont pas agréables et donnent uniquement envie de s'arrêter. Je n'en parlerai pas parce que je m'en foutais déjà à l'époque et ça n'a pas changé. 

 

 

Dans quelques mois, entrée de l'Albanie dans l'Union européenne. De son côté, la WWE a décidé de mettre un Iron Man match d'une heure entre Hornswoggle et une chaise en main event de Wrestlemania.

 

 

Dans la série des matchs dont on se fout, Ziggler a battu Curtis Axel. Déjà à l'époque où je regardais, Axel était un pétard mouillé et Ziggler en pleine déchéance, les choses n'ont absolument pas changé. Axel perd des matchs et le méritant Ziggler continue d'être traîté comme de la merde par le management. Je sais pas la femme de qui il s'est tapé, mais il se fait violemment cracher dessus par un patronat injuste. Axel, quant à lui, reste banal dans le ring, avec un charisme existant mais pas transcendant, un pur produit de la WWE quoi.

 

 

"Worse than awful" n'était pas disponible ?

 

 

Dans la série "on se fout de votre gueule en casant un match de merde alors qu'on avait prévu un truc sympa", je vous présente… Fandango vs Big E Langston. Vers le début du show, on voyait Maddox discuter avec un arbitre concernant le match intercontinental et annoncer qu'il fallait offrir la meilleure prestation au public. Le fait de créer un peu d'attente pour finalement amener un random jobber en face du très populaire Langston s'appelle du foutage de gueule. 

 

"Random jobber, il exagère quand même un peu" pensez-vous : eh bien vous avez tort. Il est en train de se produire pour Fandango la même chose qui s'est produite pour Zack Ryder. La WWE lui enlève tout l'attrait de son personnage afin de le rendre tout à fait banal. Remettons dans le contexte : la ECW venait de fermer et Zack Ryder était l'un de ses meileurs heels, avec un gimmick très prononcé. Un slipalong et des vêtements customisés le rendaient très reconnaissable, mais la WWE ne l'a pas entendu de cette oreille et lui a retiré tous ses attraits pour que ses apparitions ne laissent aucun souvenir au téléspectateur lambda. Il va se produire la même chose pour Fandango.

 

 


Moment clé du match, la réaction de Langston à la prise de finition de Fandango : le Fellator. 

 

Oh et puis zut, vous savez quoi ? Je vais passer mon coup de gueule envers la WWE qui oppresse des catcheurs de talent et je parle de Ryder. Dans le monde du catch, le but est de faire des ratings, d'être populaire ou détesté, peu importe le talent dans le ring ou au micro tant que les ratings suivent. Ryder l'a bien compris, et s'est fait connaître de lui-même, le Rock lui-même a été interrompu par les fans de Ryder. Au lieu de capitaliser là-dessus, la WWE a fait quoi ? Elle a fait rentrer Zack dans le système pour mieux l'y noyer. Je suis vraiment dégoûté du traitement de ce gars et j'espère vraiment qu'il aura un meilleur sort à l'avenir. 

 

En fait c'est un problème de fond à la WWE : les catcheurs ne sont absolument pas traités à leur juste valeur, les plus méritants peuvent rester dans leur fange pour toujours alors que les main eventers profitent de leur pouvoir pour ne jamais quitter le main event. On peut comparer ce statu quo aux entreprises du CAC40 imposées à peine à 8% alors que les PME et leurs patrons qui se trouent le bide au boulot sont imposés à plus de 30%, avantage attribué aux grandes entreprises pour éviter qu'elles ne fuient ailleurs dans l'UE. Enfin bon, la différence, c'est que la WWE n'a jamais prétendu être une démocratie où la justice règne, contrairement à l'UE.

 

 

Le saviez-vous ? Cet homme est Herman Van Rompuy, chef du conseil européen, il n'a pas été élu et il ne peut être destitué. Vive la démocratie européenne ! Vince McMahon likes that.

 

 

Autre chose intéressante dans ce show : Brock Lesnar a fait son grand retour. C'était très très instructicf, ce segment m'a enseigné qu'absolument rien n'avait changé depuis la dernière fois où j'ai regardé. Lesnar est revenu parce que c'est good for business, il serre la main de HHH parce qu'il n'avait pas d'antipathie particulière pour lui excepté l'envie de le détruire. Apparemment, il est number one contender autodéclaré parce que c'est lui le meilleur et que donc voilà (je vous jure, il n'y avait pas grand chose de plus). D'après les règles du catch habituel, un gentil assez haut placé sur la carte mais pas assez pour battre le méchant arrive, oppose un peu de résistance puis se fait maraver la tronche et sert de faire-valoir au méchant. Cette semaine, le faire-valoir, c'est Mark Henry, et logiquement, d'après les règles non écrites du catch, Henry va demander un rematch la semaine prochaine où il va opposer un poil plus de résistance que cette semaine mais il va quand même se faire défoncer la gueule. 

 

Au final, Lesnar sera quand même le number one contender après un petit temps de transition pour laisser passer le match entre Cena et Orton. 

 

Là encore, je pense que nous touchons à l'un des problèmes de fond du catch en général : c'est beaucoup trop répétitif. La promo de Heyman et Lesnar par exemple n'était pas mauvaise, elle était même plutôt bonne mais combien de fois l'a-t-on déjà entendue ? Pareil pour le schéma du gentil qui interrompt le méchant pour se faire défoncer. Pareil pour la cohérence avec laquelle se torche la WWE depuis des années. 

 

 

Ah si, une chose a changé ! Mark Henry a la boule à zéro.

 

 

Passons maintenant à quelque chose de presque incommentable par mes soins : le main event. Comme je le disais en début de nalyse, quand j'ai arrêté le catch, à l'époque où j'ai arrêté de regarder la WWE, les Wyatt étaient vraiment une catastrophe. Ils avaient eu droit à un début en fanfare, puis un match minable en PPV face à Kane, puis, ils se dirigeaient petit à petit vers le très bas de carte, ce qui m'arrangeait bien parce qu'ils m'emmerdaient. J'admets sans problème que Bray Wyatt était charismatique et que les matchs de Daniel Bryan étaient bons, mais j'ai quand même eu la désagréable impression d'avoir un main event de low card. C'est très personnel, j'en conviens, mais je vais quand même essayer de vous dire pourquoi ça a pu plaire. De mon côté, j'ai trouvé très cool l'ambiguité que laisse planer Daniel Bryan à la fin en rejoignant Bray Wyatt alors qu'il est top face : ça change de ce qu'on voit d'habitude et ça laisse de l'imprévu pour le prochain Raw sans que les cartes soient redistribuées. En revanche, je pense que ça n'a pas dû plaire au fan de catch moyen pour la simple raison qu'il est un gros bourrin. Il ne s'attend pas à de la subtilité, il veut une storyline simple à sensations fortes. Quand on se fout de leur gueule, les gens le voient et n'apprécient pas, mais quand c'est trop subtil, la réaction est la même. Comme le disaient les Inconnus, faut pas prendre les gens pour des cons mais il faut pas oublier qu'ils le sont.

 

Bref, cette partie du show peut laisser place à pas mal de possibilités, et pour être tout à fait honnête, je n'ai pas la moindre idée de ce que va faire Bryan la semaine prochaine, peut-être un revirement définitif du coté obscur de la force, peut-être qu'il va revenir la queue entre les jambes pour se faire pardonner par le public. Je ne demande qu'à être surpris. 

 

 

Cette image servant de main event de Raw, personne n'y aurait cru il y a trois mois. 

 

Pour conclure, je dirais qu'avant, il y avait un réel clivage entre les suiveurs préférant le show à l'américaine proposé par Raw et le catch plus techniqué proposé à Smackdown. Aujourd'hui, le clivage entre ces deux groupes de personnes n'existe plus, mais réside entre les personnes préférant ce système globalisant permettant de surexposer un catcheur, et ceux préférant un système avec des frontières permettant d'avoir une identité propre à chaque brand.

 

Je pense que cette comparaison vaut aussi dans le domaine de la politique, le clivage gauche/droite n'existe plus, il réside seulement entre les mondialistes (UMP, PS, UDI, MoDem, EELV) et les nationaux (FN, FDG et Debout La République).
 

Voilà, cette nalyse est terminée, vous pouvez retourner à votre fichier Excel et arrêter de faire semblant de travailler.

 

 

Passez une joyeuse année 2014, et n'oubliez pas, aux élections européennes, votez (debout la république) !

 

 

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