Catch

Le vrai catch selon l’Ultimate Georges Michaels

Je suis riche des biens dont je sais me passer.

Louis Vigée

Nous avions laissé l'UGM et son désormais fidèle Sébastien aux portes d'une banque, dans la ferme intention de vider le compte du disciple pour assouvir l'envie de son maître. Créer une fédé de catch et révolutionner l'industrie? C'est tout l'enjeu de cet épisode 7 qui lève le voile sur les intentions de l'Ultimate Georges Michaels.

TNA, trois lettres bien choisies pour désigner le plus beau des sports !

 

          

Le vrai catch selon l’Ultimate Georges Michaels, épisode 7

Pour une poignée de dolls'

 

9 h 30

J’attendais dans la R5 depuis 9 h. Devant le Crédit Mutuel. Sébastien avait téléphoné à son conseiller financier pour que celui-ci lui prépare une mallette bourrée de fric. 50 000 € en petites coupures. L’échafaudage en biftons de notre gloire sur la scène du spectacle populaire, mondial et intersidéral. Le flouze qui nous permettrait de monter notre fédération à nous. À moi, et un peu à Sébastien.

Ce que j’ignorais, c’est que les banques françaises n’étaient pas aussi classes que leurs homologues américaines. On n’était pas dans Hooker, dans Rick Hunter ou dans n’importe quelle série US. On n’était pas dans un épisode de l’Agence tous risques. Tendre la main au guichet pour palper un million de dollars n’était possible qu’aux États-Unis. En France,  le système bancaire se calquait sur le rythme de Plus Belle la Vie : procédures à rallonge, rebondissements insensés, clichés disproportionnés. En France, c’était pas bien d’avoir de l’argent, puisqu’on n’avait pas le droit de s’en servir. Quand je réalisai à quel point le Crédit Mutuel risquait de foutre mon projet catch dans la merde, il m’apparut clairement qu’à l’opposé de tous les nababs de ce pays, j’étais fichtrement chanceux : je n’avais pas une thune sur mon compte. Hell, j’avais même pas de compte !

– J’ai changé de banque ma belle. Le Crédit Mutuel, c’est de l’histoire ancienne.

– Ce soir, je mets ma tenue de « hooker* » !      

Derrière le sas d’entrée du Cred’ Mut’, Sébastien attendait lui aussi. J’aurais parié 10 000 dolls que son conseiller prenait les velléités de retrait de son client à la rigolade. L’argent avait assez dormi, pensais-je. Pourquoi cet enculé de banquier rechignait-il à réveiller nos roubles ? J’avais les nerfs. Sébastien ne mouftait pas. Il ne comprenait même pas toutes les cabrioles de sa banque pour le dissuader de récupérer son blé.        

Notre projet prenait déjà du retard. Nous voulions déboulonner Vince McMahon au plus vite. On commençait mal. Très mal. Tout était une question de minutes. Peu de gens le savaient. La vie était un Beat the Clock Challenge. Il fallait agir dans le temps imparti, sinon, c’était l’élimination. Le public, masse ingrate de vauriens critiqueurs incapables (et pas finis), vous oubliait aussitôt. Pourquoi vouloir lui plaire, d’ailleurs ? Réponse évidente : pour lui soutirer son pèze, pardi !        

– Je voudrais retirer 50 dolls, siou plaît !

– Ah… Bien… Alors… Patientez une minute, je vous sors un formulaire à remplir !   

 

Prenant mon mal en patience comme on prend une cuite à la 8-6 (c’est-à-dire avec peine), je commençai à tuer le temps en cherchant la meilleure formule, le blaze le plus percutant qui soit pour ma fédération. J’avais conscience que l’identité d’un groupement de catch dépendait en grande partie de son appellation. Par exemple, Chikara Pro-Wrestling… Ça sonnait horriblement mal ! Comment prendre les mecs au sérieux avec un titre pareil cousu sur leur tablier de ring ? J’avais beau chercher, je ne trouvais pas. C’était injouable. Pourtant, la musicalité du mot Chikara respectait à la lettre l’esprit de cette troupe : des gimmicks décalés, des matchs colorés et des mecs épais comme des tiges de coquelicot mexicain. À supposer qu’il existe des coquelicots au Mexique. Bref, Sébastien et moi avions formulé le vœu d’être mainstream, worldwide, global. Tout ça, tout ça quoi ! Pas des Mike Quackenbush bleu blanc rouge. Mike, le fameux inventeur de la régression pugilistique appelée par ignorance sémantique « Evolve ». C’est pourquoi il me fallait trouver un nom percutant. « Que les fans prendraient dans la gueule comme une météorite », dixit le chanteur MC Blini, adepte du tarama. Dans ma réflexion, j’écartais les calamités du milieu une à une. Les exemples à ne pas suivre. Comme TNA.

Tits’&’Ass Federation. Nichons et culs Consortium. Action totale, non-stop éjac’, gang bang et hop, avec tous ces raccourcis faciles pour néophytes, c’est ce que j’appellerais un bukkake sur la pièce maîtresse du business : les parents.  « —Maman, je veux regarder un match sur Youtube. — Oui, mon chéri, dis-moi ce que je dois taper dans la barre de recherche. —Mes initiales favorites, maman : TNA ! » La suite, c’est bim bam boum, puis leçon de morale version 7 à la maison. Quel nom à la con !!! Était-ce réellement une idée de Jeff Jarrett ? Mais d’où sortait-elle ? D’un délire né sur un podium en discothèque, d’un pari perdu à Fifa, j’en savais rien. Franchement, Double J me paraissait bien trop intelligent pour avoir lancé ces trois lettres innocemment. J’étais convaincu qu’il riait dans sa barbe chaque fois qu’il voyait un ado prépubère porter une casquette ou un t-shirt floqués du logo TNA.      

Parce que, contrairement au chanteur de Nashville, Vince McMahon avait tout compris, lui. C’était les gamins qui faisaient cracher leurs darons au bassinet. C’était eux qui voulaient un couvre-lit avec des motifs WWE imprimés partout, un oreiller avec les pecs de Cena en relief…       

Éviter l’écueil analytique jarrettien était mon mot d’ordre. Notre fédération devait revêtir un caractère familial. Pour traire les vaches à lait adultes, il fallait de la main-d’œuvre enfantine. L’appât, c’était le merchandising. Un Kévin de huit ans tombait facilement dans le panneau des collections de cartes bidons, des services à vaisselle SmackDown et des bermudas « Suck It ! ».      

Partant de ce postulat, le nom « UGMWE » n’avait pas le sex appeal requis pour toucher notre cible. Enfin non, c’était plutôt qu’il en avait trop. Ultimate George Michaels Wrestling Entertainment, ça m’évoquait un truc gay. Des mecs qui essayaient à tout prix de s’enfiler sur un tatami, victoire par soumission… Un truc affreux, dirais-je plus justement. J’admis qu’il nous fallait aussi éviter les noms à connotation religieuse, genre Noah. Un poil trop secte islamo-catho-juive. En fondant cette troupe avec une colonie de fugitifs, Misawa s’était mis à dos tous les athées. Et « Dieu » sait qu’il y en avait. Pas autant qu’aujourd’hui, mais presque. Cela dit, Mitsu avait de belles idées : clairement, il avait compris que le peuple terrien avait besoin de prophètes. Du moins, d’un prophète. Dommage qu’il se soit planté sur la marchandise. Le vrai prophète du catch ne pouvait pas se trimballer en barque le long des fleuves, ni être une invention de l’Antiquité. Il fallait qu’il soit réel. Tout autant que je l’étais.

 

Dans ma vision périphérique, Sébastien se levait pour serrer la main de son conseiller. Ils disparurent ensemble derrière une porte. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer l’enfoiré du Cred' Mut' en train de poser des questions à mon poulain. « Pourquoi emprunter une telle somme aussi soudainement ? Êtes-vous sûr de ne pas être victime d’une manipulation ? Êtes-vous certain de ne plus vouloir rouler en R5 ? » J’hésitais à rentrer dans les bureaux et à mettre mon couteau suisse sous la gorge du banquier. Je trépignais, je trépignais et puis hop, une étoile filante. L’inspiration dans ma tronche en biais : Prophetic Wrestling Harmony ! Le blaze de notre fédération, je le tenais.          

Le logo me semble bien. Juste une modif’ à faire en dessous, car bien évidemment je suis un homme de cœur.   

 

 

Prophetic pour prophète, Wrestling pour le port du slip obligatoire, et Harmony pour avoir la cote auprès du plus grand nombre, y compris les hippies et toutes les fiottes d’extrême gauche. Le concept était là, dans les initiales. La PWH serait… Oh oui ! serait… Oh !… La fédération de l’amour. Un roster de couples, des histoires de cœur en croisillon et des duels pour l’honneur. Cordes et tapis pour remplacer les pistolets. Compte de trois pour remplacer les pas de réglage de distance. Public massif en guise de témoin. Du Dostoïevski dans le squared circle. La noblesse du catch vous salue. Son gentilhomme, Ultimate George Michaels accompagné de son valet Sébastien forment sous vos yeux ébahis le nouveau visage du divertissement moderne.       

Oh punaise, je me voyais déjà sur le plateau de Claire Chazal à raconter que ce concept révolutionnaire était né dans une R5. Je sentais vibrer mon téléphone à cause des appels incessants de mon sponsor Renault. Vince McMahon m’envoyait une Swatch chaque fois que je repoussais les records de vente de PPV et IPPV. J’étais un génie. Un programme à cheval entre la série Dallas et la lutte professionnelle. Wahou ! J’allais pouvoir épater Alexia Laroche-Joubert et peut-être même flirter avec !            

Je jubilais.      

           

Il s’appelle Ultimate Georges Michaels, il est français et gagne aujourd’hui près de 3 000 000 de dolls par semaine. Promoteur de catch, l’UGM raconte à notre envoyé spécial comment il a bâti un empire à partir du siège passager d’une R5, quelques heures seulement avant que son meilleur ami Sébastien – qui venait de lui prêter 50 000 dolls – ne meure d’une terrible chute sous les roues d’un bus scolaire. Le parcours bouleversant d’un iconoclaste au grand cœur.    

Sébastien demeurait dans le blockhaus. Pas le moindre mouvement. Pas de client au Crédit Mutuel. Je trépignais quand soudain, la question de la composition du roster se posa.   

D’après les journaux, l’agent libre du moment était AJ Styles… AJ Styles ! Un superbe athlète. Une bonne gueule depuis qu’il se laissait pousser la barbe et se servait du Calf Killer. Sans parler de l’expérience. Je le voyais bien en couple avec Kaitlyn, partie de la WWE pour prétendument élever des félidés. Les deux loulous faisaient la même taille. L’intrigue du premier show aurait pu tourner autour de ces tourtereaux. Je montais le film dans ma tête. Même plus besoin de réfléchir. Kaitlyn entamait sa 87e série de 200 pompes dans une salle de sport et un mec l’accostait. Un free agent comme… Carlito ! Oh non ! Carlito c’est du flan, de la compote de pommes. Ted DiBiase, c’est gold ! Ouais, donc Ted DiBiase arrivait, en costard. Il s’installait au développé couché et craquait sa chemise à 12 000 dolls. Blasé, je l’imaginais appeler son majordome Virgil pour que celui-ci répare les dégâts. Mais Virgil étant aussi nul en couture qu’en self-estime, Ted DiBiase osait alors confier la tâche à sa voisine aux gros biceps  :         

– Hé Xena, tu sais te servir d’une aiguille et d’un fil ?   

Caméra en gros plan sur la donzelle. Index, majeur et annulaire de Kaitlyn se figeaient devant l’objectif. La réponse fusait :    

– Lis entre les lignes, bouffon !     

S’ensuivait une baston. Ted prenait une barre chargée de 35 kg et la balançait sur la Diva qui, d’un revers de la main, écartait le projectile. Désemparé, Ted lui choppait la tignasse tout en encaissant un remarquable penalty kick dans les bourses. Dans sa chute, il arrachait une mèche à l’ex-Championne des Divas qui se retrouvait avec un trou dans la tignasse. Un coup de téléphone à AJ Styles. Des pleurs. Et le Phenomenal One jurait vengeance en se lançant dans une tirade commençant par cette phrase inoubliable : « Ted, je vais te plier le mollet comme on plie un billet de 10 dolls ».

Bim, dans ta face Vince.       

J’aurais pu écrire des scénarios à Stamford. Mon talent était flagrant. Le premier show de PWH allait casser toutes les barrières. J’innovais grave, pas comme Dixie Carter et son baltringue de Spud, star plus Musette que Rock.       

Title vs Girlfriend, la stipulation phare de la PWH dans laquelle AJ Styles gagnera toujours. Le catch, c’est que de l’amour !      

Confortablement blotti dans mes rêveries, je ne vis pas l’horloge tourner.  Sébastien bataillait toujours. Pour 50 000 malheureux euros, il fallait perdre une matinée à la banque. Quelle honte ! J’actionnai le contact de la R5 pour lancer le chauffage. Ça caillait grave chez nous. J’allumai une clope puis la jetai aussitôt par la fenêtre. Je trouvais que j’avais la classe en allumant mes Marlboro, mais pas en les fumant. Le clocher de l’église voisine se mit à teinter douze fois. Deux vieilles entraient dans une boucherie. Carneries ! N’avaient-elles pas le temps d’aller faire leurs courses avant ?  Étaient-elles toutes habituées à faire la grâce matinée comme Geneviève, ma dernière conquête septuagénaire ? Pfff. Fripées ou de la rosée du matin, les femmes n’arrivaient pas à la cheville de ma passion pour le catch. C’est à ce sport que je dédiais ma vie sans m’en rendre compte. Mes tribulations d’esthète valaient mieux qu’un frotti-frotta avec des pubis de tous les âges. J’allumai une nouvelle clope pour commémorer tous les coups tirés en vain avec ces femmes qui n’avaient su m’atteindre. Un panache de fumée s’écrasa lentement sur le plafond en moquette de la R5. La porte du Crédit Mutuel s’ouvrit. Sébastien descendait les marches avec sa valise à la main.     

Ses lacets étaient défaits.    

Sa mine aussi…         

*En langage absolument pas familier, « hooker » se traduit par autre chose que William Shatner !

Avant cette chronique, Sébastien et moi étions comme ça!        

 

 

 

Après cette chronique, Sébastien et moi risquons de terminer comme ça!     

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