Catch

Comme deux gouttes d’eau

Oops, I dit it again…

Britney « Mako » Spears

 

Il y avait longtemps que les Cahiers du Catch ne s’étaient pas aventurés sur le terrain glissant de la comparaison entre la vie politique française et les tribulations des stars de la WWE. Trop longtemps. N’écoutant que sa haine du « camp d’en face », McOcee a trempé sa plume dans le fiel et l’acide et nous livre son dernier petit jeu des ressemblances capilotractées. Par avance, nous adressons nos plus plates excuses aux électeurs de l’UMP.

 

 

Le futur de CM Punk est placé sous scellés dans un vestiaire fermé à clé et contrôlé par un huissier. La porte n’en sera ouverte que quand le WWE Universe sera enfin d’accord : Let’s go Cena ou Cena sucks ?

 

 

Jean-François Paul Copeyman

 

 

Dans la vie, y a trois trucs que j’aime bien faire : rien foutre, mater du catch et assister en direct à la mort de vraies gens. Et c’est dans le cadre de cette troisième passion, un tantinet morbide je vous le concède, que je me suis retrouvée scotchée devant mon écran, le lundi 3 mars dernier sur les coups de onze heures. Et alors que je me délectais avec gourmandise du suicide politique de Jean-François Copé et de sa désormais fameuse « déclaration solennelle » puant la panique, la fuite en avant et le formol, la vérité m’est apparue. Nue et cruelle. Ce visage rond aux traits tendus par le désespoir, ce sourire hypocrite, cette capacité à l’enfumage, ce goût pour la magouille, le verbiage et l’entourloupe… Avec trente kilos et un catogan en plus, j’avais sous les yeux la doublure du plus célèbre manager heel de l’histoire du catch, l’infâme Paul Heyman. Comparaison capilotractée et politiquement orientée ? Pas le moins du monde. Passons sur les ressemblances physiques des deux fielleux qui manient la traîtrise avec la facilité d’un Édouard Balladur crucifiant un ami de trente ans ; et penchons-nous plutôt sur les traits de caractère communs de ces deux truands patentés. Car les similitudes entre les deux hommes confinent à la gémellité. 

 

 

Mon inspiration pour les élections interne de l'UMP? Le screwjob de Montreal.

 

 

Lorsqu’il s’agit de résumer l’avocat de Brock Lesnar en quelques mots, les termes qui nous viennent immédiatement à l’esprit sont le mensonge, la tricherie et une capacité étonnante à contourner les problèmes en se jouant des règlements les plus élémentaires. Pas besoin d’avoir fréquenté le célèbre institut de la rue Saint-Guillaume à Paris pour comprendre que le Président autoproclamé et contesté de l’UMP ne fonctionne pas autrement. La preuve en quelques exemples.

 

Le génie du détournement des règles

 

Quand Paul Heyman est en difficulté, il parvient le plus souvent à sortir de son chapeau un lapin lui permettant d’embrouiller tout son monde et de fuir ses responsabilités. Un exemple parmi tant d’autres : alors qu’il doit affronter CM Punk dans l’enfer de la cage à Hell in a Cell, le voilà qui contourne habilement le règlement en se réfugiant sur le toit de la lourde structure de métal. Le 3 mars dernier, l’ami Copé n’a pas agi autrement. Gravement mis en cause par les journalistes de ce dangereux repère de gauchistes qu’est le Point, sommé de répondre à des accusations de favoritisme, l’ex-Petit Prince de la politique française fait lui aussi le choix de se planquer sur le « toit ». En un tour de passe-passe, voici la controversée comptabilité de son parti mise sous scellés dans une pièce dont il a probablement avalé la clé pour plus de sécurité. Quand la vérité sera-t-elle enfin accessible, y compris et surtout à ses « amis » politiques ? Lorsque le parlement aura voté ses deux fumeuses propositions de loi sur la transparence des grands partis et des médias. Autant dire jamais. À l’instar des magouilles de Paul Heyman, la ficelle est grosse et ne trompe personne. Mais offre un répit et assez temps pour penser à la prochaine truanderie. Mais que Jeff se méfie : CM Punk a finalement rejoint Paulo sur le toit de la cage ; Fillon pourrait bien trouver le moyen d’ouvrir la porte de la vérité pour infliger un sérieux beatdown à son meilleur ennemi.

 

 

Un petit joueur votre Copé. Cette élection interne, je la gagnais avec 90 % des suffrages exprimés.

 

 

L’art de la triche porté à son paroxysme

 

Paul Heyman a toujours triché. Cela fait partie de son personnage de manager heel peu regardant sur la manière. Aussi est-il capable du pire lorsque l’un de ses poulains évolue sur un ring. Sa philosophie ? Peu importe les moyens pour parvenir à ses fins, seule la victoire est belle. Soit le credo de l’animal politique pressé et aux dents rayant le parquet qu’est le bandit en chef de l’Union pour le Mouvement Populaire. Ainsi, alors que son double catchesque est capable de se placer sur le chemin du Taker pour empêcher un Suicide Dive fatal à CM Punk, Jean-François Copé, lui, n’hésite pas non plus à gruger de façon éhontée pour s’emparer d’un parti qui, croit-il, le mènera jusqu’au perron du palais de l’Élysée. Rappelez-vous ou renseignez-vous : malgré une très belle campagne et une fort jolie remontée, qui le conduisent à mordiller les mollets de son adversaire aux larges sourcils, le fourbe maire de Meaux comprend le dimanche 18 novembre 2012 au soir qu’il a perdu les élections internes. D’un cheveu, certes, mais c’est bel et bien Fillon qui rassemble le plus de suffrages. Mais la vérité du vote est un point de détail pour ce voleur certifié, pour cet autre voyou de la République : son rival le dépasse de peu ? Empressons-nous d’écarter quelques fédérations, autoproclamons-nous Président de l’UMP sous les vivats de sa kliq et le tour est joué. La triche est parfaite, le coup d’État interne magnifique de roublardise : mis devant le fait accompli, son principal opposant n’aura d’autres choix que de rendre les armes. Tout en continuant à aiguiser ses couteaux, ce qui n’est pas le dernier des paradoxes.

 

 

À mon époque, il y avait des règles dans le milieu.

On n'y allait jamais au couteau…

 

 

La science du mensonge

 

Il faut reconnaître à Paul Heyman et à Jean-François Copé un don qui n’est pas à la portée du premier venu : cette capacité à mentir en vous regardant droit dans la rétine, main sur le cœur, juré craché, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer. Le manager de Brock Lesnar est passé maître en la matière, il suffit de se remémorer sa trahison de CM Punk pour s’en convaincre. Les yeux dans les yeux, il lui hurlait son amour éternel, avant de le planter en beauté à Money in the Bank. Jean-François le filou n’est pas en reste et ferait un concurrent de taille au grand concours du Pinocchio d’or, capable qu’il est de distordre la vérité tout en affichant l’air outré de celui qui se sent injustement mis en cause.

 

 

Oui, toi aussi tu serais un concurrent redoutable. On ne t’a pas oublié, va.

 

 

Le mensonge le plus récent à mettre à l’actif du magouilleur en chef de l’UMP apporte d’ailleurs de l’eau au moulin d’une comparaison qui gagne en consistance à mesure que mes petits doigts virevoltent sur le clavier de mon ordinateur. Ainsi, c’est avec l’assurance des meilleurs arracheurs de dents que Jean-François jure ses grands dieux n’avoir jamais eu connaissance de la vente de deux joyaux de France Domaine au Qatar, une transaction dans laquelle on retrouve comme intermédiaire Emmanuel Limido, l’un des mystérieux actionnaires de Bygmalion, la tristement célèbre société de communication qui s’engraisse sur le dos des adhérents de la grande formation de la droite et du centre. Pourtant, malgré ses dénégations farouches, le hasard fait merveilleusement bien les choses dans le monde sans scrupules de Jean-François, puisque Guy Alves, membre influent du premier cercle de Copé, faisait partie de Centuria, un fond largement abondé par les Qataris et dirigé par… l’inévitable Emmanuel Limido, et a lui aussi œuvré comme intermédiaire lors de la transaction. Ces deux ventes (38 M€ et 404 M€) s’inscrivent dans le cadre de la stratégie de désendettement de l’État et de la cession de certains de ses actifs immobiliers, une stratégie mise en œuvre par le ministre du Budget de l’époque, un certain… Jean-François Copé. Son action sera même louée par Jacques Chirac, alors président de la République. Mais en 2014, c’est l’amnésie la plus complète. Notre manieur professionnel de la langue de bois et du démenti indigné n’aurait jamais eu connaissance de la vente de ces deux joyaux de France Domaine, alors même qu’un de ses proches est à la manœuvre. « Menteur », c’est ce qu’affirment en chœur et en substance tous les spécialistes du dossier.

 

 

Moi ça me va bien ce qui se passe à l’UMP. Pendant ce temps là, on ne parle pas de ma plongée abyssale dans l’océan de l’impopularité.

 

 

Et l’Oscar du meilleur acteur est attribué à…

 

Nous pourrions aller plus loin, les forfaitures de Paul Heyman et de Jean-François Copé sont légion et nous occuperaient probablement pendant des heures si nous nous mettions en tête de toutes les recenser. Mais à l’impossible, nul n’est tenu. Alors, avant de rendre l’antenne, soulignons rapidement les quelques autres traits de caractère qui unissent ces deux forbans professionnels, notamment l’art consommé de la promo. À la fédération de Stamford, personne ne maîtrise aussi bien le micro que ce vieux filou de manager. Reconnaissons à son clone le don de la rhétorique, lui qui n’a que peu d’égaux dès lors qu’il s’agit de porter la contradiction ou de déstabiliser un adversaire sur un plateau TV. Ces deux acteurs nés sont tout aussi bien capable de vous faire croire que Curtis Axel a du talent, que des hordes musulmanes en veulent aux pains au chocolat de nos chères têtes blondes, que Brock Lesnar va battre l’Undertaker à WrestleMania XXX ou qu’un innocent livre pour enfant est en réalité un brûlot trotskiste destiné à pervertir la jeunesse sous les vivats d’une gauche portant aux nues une homosexualité galopante qui ravage notre prude pays. Cette force de persuasion n’est pas donnée à tout le monde, même si là encore, la science du mensonge est nécessaire pour parvenir à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

 

 

Il me plait ce petit. Je lui ai tout appris. Et en plus, il me chauffe la place.

 

 

Les plus malins d’entre vous m’objecteront probablement qu’une différence de taille vient mettre à mal cette brillante comparaison entre deux escrocs de la pire espèce : l’un aspire aux récompenses individuelles et tuerait père et mère pour les décrocher, tandis que l’autre se satisfait d’un rôle de l’ombre dans lequel il excelle. En effet, Jean-François n’a pas vocation à jouer les seconds rôles, lui dont le gâteau d’anniversaire annuel n’est autre qu’une réplique en chocolat et à la crème du… palais de l’Élysée. Mais c’est oublier que Paul Heyman est tout autant attiré par le spotlight que son jumeau, qu’il aspire la lumière des catcheurs dont il défend les intérêts. Et que finalement, ce qui lui importe le plus, c’est sa propre image. Jeff Copé n’agit pas différemment lorsqu’il met ses pas dans ceux de Jacques Chirac ou quand il affirme à qui veut l’entendre qu’il rendra les clés de l’UMP au premier claquement de doigts de Nicolas Sarkozy. À défaut de briller seul, choisir le bon cheval est une capacité que les deux brigands dominent sur le bout des doigts. Quitte à l’assassiner le moment venu.

 

 

Dommage que Copé soit mort. Mes dizaines d’heures d’enregistrement du bureau politique de l’UMP ne serviront jamais à rien…

 

 

L’avenir nous dira si Jean-François dispose d’une autre des « qualités » essentielles de Paul : cette aptitude à se relever en permanence, malgré la violence des coups. À la WWE, Heyman est mort à plusieurs reprises, mais tels un chat ou Catwoman, les sept vies dont il bénéficie lui permettent toujours de revenir au centre du jeu et de se jouer de la haine que lui voue ou vouait Vince McMahon. Pour Copé, dont la heel heat n’a rien à envier à celle de l’avocat (tiens, tiens, un point commun supplémentaire…), le défi est de taille, vu l’étiquette qu’il se trimballe et son niveau abyssal dans les sondages d’opinion. C’est à l’aune de sa capacité à répondre aux attaques dont il sera l’objet de la part de ses « amis » sitôt la page des élections municipales tournée que nous jugerons si Jean-François Copé est fait du même bois increvable que celui de Paul Heyman.

 

 

– Daniel, si tu déconnes encore, à Mania, ce sera handicap match contre Jean-François « Cheap Shot » Copé, Nadine « The Beast » Morano et Valérie « The Freak » Rosso-Debord.

– Ok, j’accepte de t’affronter avec Randy, HBK, Kane, Stephanie et la Wyatt Family dans ton coin. Au moins, j’ai une petite chance de gagner.

 

 

La vraie limite de cet exercice comparatif réside finalement dans la trace que laisseront les deux siamois dans les livres d’histoire. Tandis que Paul Heyman marquera de son empreinte les annales de la fédération de Stamford, Jean-François devrait être au grand ouvrage de l’Histoire de France ce qu’une crotte de chien est à un cossu boulevard de 7e arrondissement de Paris : un mauvais souvenir malodorant que l’on s’empresse d’oublier et de faire disparaître. Et puis au fond, Paul Heyman, on l’aime bien, lui.

 

 

Moi aussi je vous aime, les Cahiers. D’ailleurs, quand l’avocat de Copé vous tombera dessus, je vous ferai un prix.

 

 

NDLR : À ceux qui trouveraient cet article excessif ou uniquement à charge, en plus de la lecture des liens qui parsèment ces quelques lignes, nous recommandons chaudement ces vingt minutes d’interview de Franz-Olivier Giesbert, ce dangereux gauchiste.

 

 

– Tu sais quoi, McOcee? You still got it!

– I never lost it, Axl. Pas comme ce pédé de Charentais.

 

 

 

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