Catch

L’île aux enfants

Laissez venir à moi les petits enfants.

Jésus, Matthieu 19:14

 

Ce n'est pas nouveau : trois heures de Raw c'est trop long, surtout pour un go home show. L'épisode de lundi n'a pas failli à la règle : les bookers ont eu de l'inspiration (et quelle inspiration !) pour vingt minutes, les vingt premières. Pour le reste on a eu du sympa, du pas mal, mais toujours du très oubliable. Ça donne envie non ? C'est parti !

 

 

Les rituels des francs-maçons ont beaucoup dégénéré au cours des années.

 

 

Nalyse de Raw du 28 avril

 

 

« Si vous avez manqué le début… » eh bien désolé, vous avez manqué tout ce qu'il y avait à voir dans ce show. Retournez à votre vidéo et matez-moi ça : ce segment d'ouverture, oh my god ! Même à la fin de l'année ce sera sans doute un des moments forts de 2014, ce serait dommage de rater ça.

 

Si vous avez manqué la suite, pas de souci, il y a eu de bonnes choses mais rien d'immanquable. Comme je suis gentil je vous donne la liste des neuf (neuf !) matchs du soir, histoire de fixer les choses :

 

* Tag Team Championship : les Usos battent Rybaxel

* Sheamus bat Titus O'Neil

* Cesaro bat Jack Swagger

* Alberto Del Rio bat Cody Rhodes

* Rusev bat Xavier Woods

* 3MB (Slater & McIntyre) battent Los Matadores

* Divas Championship : Paige bat Brie Bella par DQ

* Finale du tournoi pour le challenger au titre IC : Wade Barrett bat RVD

* Randy Orton vs Roman Reigns, no contest

 

 

Même sans combattre il finit le cul par terre. C'est dommage, il avait un beau costume.

 

 

Si vous ne devez en voir qu'un ? Prenez le premier, le match pour le titre par équipes. Il a été long et étonnamment bien foutu – étonnamment au regard de la présence des sieurs Ryback et Axel, habituelles tanches qui incitent régulièrement l'esthète à passer en vitesse rapide. Sans aller jusqu'à dire qu'ils ont fait un grand match, ils ont été tout à fait au niveau ; bien aidés en fait par leurs adversaires, les toujours excellents frères Uso. Ces derniers ont dominé le match mais sur un excellent rythme, ce fut une belle défense de titre.

 

Pour le reste en revanche, je ne vais pas vous mentir, c'était surtout du remplissage. Et quand on regarde la liste des gars concernés, ça fait mal. Sheamus par exemple : il arrive, Titus l'attaque en traître, le gong sonne avec l'Irlandais en mauvaise posture mais qui place un Brogue Kick décisif après trente secondes de « combat » – et c'est tout. Quant à ce Del Rio contre Rhodes ça aurait pu être un gros match d'un quart d'heure mais ce fut un match de trois minutes qui n'avait aucun, mais vraiment aucun enjeu. Bordel, mais ils ont fait quoi les Rhodes ?

 

 

– La lettre d'insulte à Vince signée Rhodes Bros. c'était une bonne idée hein ?

– Yep. J'en ai préparé dix autres, on devrait être tranquille pour un moment.

 

 

Il y a aussi ceux qui n'ont même pas eu de match ; en l’occurrence, et ce n'est pas une surprise hélas, Dolph Ziggler et Damien Sandow. Hugh Jackman venait faire coucou et promouvoir le nouveau X-Men, et nos deux amis ont été chargés de l'accueillir. C'était plutôt rigolo : Sandow portait un déguisement pourri de Magneto et le trio a honorablement fait le show quelques minutes.

 

Mais c'est toujours pareil avec ce genre de scène et c'est ce qui en gâche le plaisir, on sait comment ça va se passer et donc comment ça s'est passé ce soir encore : la célébrité et le face se moquent du heel qui finit par se prendre des baffes. Comme disent les conjurés après le putsch raté contre Arthur dans Kaamelott : « heureusement qu'on n'a aucune dignité, sinon on serait bien dans la merde ». Les choses peuvent changer bien sûr, mais on a de plus en plus l'impression que d'excellents catcheurs sont en train de rater le train des « nouvelles stars » de la WWE et c'est bien triste.

 

 

Leur vrai rêve ça a toujours été le music-hall !

 

 

Cesaro heureusement n'en est pas là, pour lui l'avenir semble encore prometteur. Mais en ce moment il participe aux expériences d'apprenti-sorcier de la WWE sur les alignements, et le résultat est étrange. Il est face, puisqu'il affronte des heels (c'est le meilleur élément de définition je pense), mais il est cornaqué par le plus heel des managers ! Qui au passage a sorti une excellente blague « toc toc qui est là » ce soir : « Mike… lient conquered the streak » !

 

Pour Cesaro par contre, il a certes battu Swagger mais devant un public qui ne savait pas trop sur quel pied danser ; et la même chose devrait se passer dimanche quand ils seront rejoints par RVD pour un match à trois. Nuances de gris OK, mais le catch c'est quand même la foule qui encourage un type et qui conchie l'autre, ça va être dur d'installer un autre schéma.

 

 

Mais ça peut être rigolo.

 

 

Chronologiquement après ce match on a donc eu le Cody-Beberto, le Rusev-Woods et le Matadores-MB. Sacré triplette de la lose ! Rusev par exemple, bon OK il a un manager canon, il a un physique impressionnant, mais qu'est-ce que c'est que cette idée que d'installer un soi-disant monster heel en le faisant combattre Woods, qui n'a rien fait depuis son arrivée, et Truth qui n'a rien fait depuis longtemps ? Il va battre les deux hommes en match à handicap dimanche mais il y avait vraiment mieux à faire, et il faudra faire mieux très vite pour que Rusev ne glisse pas dans la catégorie des « costauds qu'on ne veut plus voir à l'antenne ». Oui, comme Mason Ryan qui a été viré cette semaine.

 

Quant à la feud épique entre Tororigolo, Hornswoggle et leurs copains, ai-je besoin de développer ? À la limite mieux vaut se concentrer sur les deux nains, au moins ça change de l'ordinaire. Ce sont d'ailleurs eux qui vont s'affronter en preshow du PPV ! Et le pire c'est qu'on a eu des dark matchs qui donnaient moins envie.

 

 

Ah tiens, filmés comme ça ils font presque peur.

 

 

Bref, sortons un peu de ces matchs sans saveur pour un des moments importants de la soirée, annoncé plusieurs fois en teaser en tout cas : les excuses de Stephanie McMahon à Daniel Bryan pour avoir laissé Kane le désosser la semaine passée. Le champion, en minerve, est venue avec sa chère moitié Brie mais sans quitter le haut de la rampe, alors que Steph occupait le ring. Dialogue de sourds : Steph a fait preuve de toute l'hypocrisie dont elle est capable, et ce n'est pas peu dire ; Bryan lui a répété qu'il ne la croyait plus.

 

Stephanie a donc débloqué la situation en offrant au couple un beau cadeau : un title shot pour Brie, là tout de suite ! Kane n'était visiblement pas là, et son masque de démon à l'abri – jusqu'au début du match au moins. Quel suspense ! Boum : après deux minutes voilà les flammes et la musique du Big Red, D-Bry regarde le titantron mais Kane surgit à travers le ring et tente d'emporter la pauvre Brie dans les profondeurs infernales. Classique, mais je l'avoue, je suis client de cet effet, ça a quand même du style !

 

 

La clé à molette, crucifix des temps modernes !

 

 

D'ailleurs je suis client de cette évolution des pouvoirs démoniaques de Kane, dont la nature a varié au cours des années ; c'est maintenant un humain normal, mais qui se transforme en démon invincible quand il revêt son masque magique. L'Undertaker n'est plus là mais le catch a besoin d'irrationnel, par Belzébuth ! D'ailleurs j'espère, sans y croire complètement, que la WWE va accentuer la chose.

 

Fantasy booking : dimanche, Kane vient avec son masque et explose Bryan, qui ne peut absolument rien faire ; il parvient néanmoins à arracher le masque, qui révèle un Kane troublé : il reconnaît son ancien ami, tente de lutter contre le démon qui veut le contrôler, il remet son masque, Bryan le retire encore, HHH qui a compris le truc remet le masque… Ça peut être intéressant pour le personnage de Kane : face au naturel, super heel avec son masque ! Un coup allié de Bryan, un coup son pire ennemi.

 

 

Un coup gros nounours.

 

 

Bref, une bonne vieille scène pour faire monter la sauce, c'était pas mal. Mais il y avait un gros défaut, et c'est Paige qui en a fait les frais. Que Steph offre un match de championnat à Brie, c'était logique ; mais la nouvelle championne n'avait vraiment pas besoin de se retrouver en simple figurante pour la défense de son titre. Elle a conquis le titre sans préparation, elle manque d'opposition parmi les divas en attendant qu'AJ revienne : il faut maintenant que dès qu'elle apparaît elle soit mise en valeur, que son personnage soit développé. Hélas ce n'était pas le cas avec ce match de circonstance, et ça ne risque pas non plus d'être le cas dimanche contre Tamina. Bon sang, Paige est annoncée depuis ses débuts comme le grand espoir du catch féminin, j'espère vraiment que la WWE ne va pas gâcher un tel talent.

 

Elle peut toujours se dire que la roue finit par tourner – elle devrait en parler à Wade Barrett. Après avoir été sous-utilisé après l'aventure du Nexus il avait fini par toucher le fond avec son gimmick improbable de « Bad News » qui ressemblait à un enterrement de première classe. Et bam ! le voilà challenger au titre Intercontinental et sans doute champion dimanche soir. Et en plus le public est de son côté ! Comme Cesaro on touche au mélange des alignements, Barrett est toujours heel (puisqu'il affronte des faces) mais le public est de son côté (il sera sans doute plus encouragé que Big E à Extreme Rules). Que deviendra-t-il une fois champion, dans une WWE qui n'aime plus ses ceintures mineures ? Je n'en sais rien, mais en tant que fan je suis content de voir Wade revenir sur le devant de la scène, c'est toujours ça de pris.

 

 

I'M BACK!

 

 

On en arrive à la dernière scène – je ne dis pas main event, ça n'en avait pas l'ampleur. Au programme, Orton contre Reigns dans le ring et quatre gars énervé tout autour ; comment tout ça allait-il finir, on se le demande – enfin, si on n'a jamais vu de show de catch. Il y eut par contre une surprise avant le match : Ric Flair est venu rejoindre les six hommes. Pourtant les plus grands spécialistes avaient bien dit que cette histoire n'avait pas besoin de lui… Bref, le Nature Boy a vanté les mérites des trois stars présentes dans le ring – le Shield, ce qu'on sentait un peu venir soyons francs.

 

Comme en plus Flair s'est contenté de serrer la main des trois compères avant de partir tout simplement, tout ça ne servait pas à grand chose. À l'image du match : il n'a fallu que quelques minutes pour que tout le monde se mette joyeusement sur la tronche, pour une fin de show façon « baston bordélique ». Peu importe : maintenant qu'on a fait le tour de l'accessoire nous pouvons maintenant revenir à l'essentiel de la soirée, le segment d'ouverture !

 

 

– Bravo, vous êtes un grand champion !

– Ric ? Ric, tu parles au turnbuckle là.

 

 

Le décor : un ring recouvert d'une cage ; le premier intervenant : John Cena. Le Marine était en proie à un terrible questionnement existentiel : pourquoi ? Pourquoi le WWE Universe l'avait-il, huit jours plus tôt, offert en pâture à la famille Wyatt toute entière, lui qui était tellement encouragé dans le passé et qui n'a jamais abandonné ni les fans ni la WWE ? Une première information donc : Johnny n'a visiblement pas Internet. Il n'a peut-être pas le temps : il visite régulièrement les enfants malades, comme une vidéo nous l'a rappelé un peu plus tard dans l'émission.

 

Et en plus il aime tout le monde ! Il adore tous ces jeunes catcheurs de la WWE, si brillants, si déterminés, qui lui rappellent tellement ce qu'il était il y a dix ans. Oui, il aime tout le monde – sauf Bray Wyatt. Et ça le désole donc d'autant plus que nous autres fans n'arrivions pas à voir que ce sale type qui ne pense qu'à lui nous manipule semaine après semaine ! Dur moment pour le Champ.

 

 

Jusqu'ici tout va bien…

 

 

Et soudain : les Wyatt (of course). Mais quelle est donc cette petite voix qui entonne le « he's got… » ? Ce n'est pas Bray, et sûrement pas non plus ses deux acolytes. Non, c'est un enfant, et même plusieurs ; une chorale ! Bray Wyatt a fait venir toute une chorale sous le titantron. Pour Cena c'est bien sûr un choc ; il n'y a pas si longtemps c'est lui, l'idole des petits et des grands, qui entrait sous les chants à Wrestlemania. Cette fois les bambins finissent par entourer le ring, masque de chèvre sur le visage, sous le rire diabolique de Wyatt ; Cena est seul dans le ring, la tête dans les mains. Seul dans l'univers.

 

Instant classic ! Cette scène était géniale. Cette année elle rivalise avec Occupy Raw, mais elle était peut-être plus marquante encore car elle avait pour elle l'effet de surprise, le choc. Occupy Raw était une grande idée mais aussi, techniquement, une ficelle pour mettre Bryan dans la title picture. Là cette scène ne venait de nulle part, ne ressemblait à aucune autre. Elle était surtout vraiment dérangeante, ces enfants qui chantent avec leur gourou, cet enfant sur les genoux du « monstre » Bray Wyatt…

 

 

La famille y a que ça de vrai.

 

 

La seule réserve à apporter, c'est la suite : un peu plus tard dans l'émission Cena a été incapable de répondre à Renee Young, trop ému ; mais encore un peu plus tard il a réussi à répondre, pour une promo cenaesque en diable, never give up et tout le toutim – visiblement il avait déjà surmonté le choc. Attendons maintenant de voir ce qui va arriver dimanche ; mais avec cette histoire il serait vraiment dommage que la WWE ne fasse pas évoluer le personnage de Cena. C'est en tout cas la meilleure occasion de le faire depuis des années. Je ne parle pas d'un turn, mais d'un Cena qui ne serait plus le Marine invincible, qui aurait des faiblesses, des doutes. S'il bat Wyatt une fois de plus la feud n'aura pas servi à grand chose, ni pour lui ni pour Bray.

 

Finalement, si ce go home show n'a pas fait avancer grand chose, il révèle que la WWE doit faire des choix ; elle est à un moment charnière et une partie du paysage de ces prochaines années se décide maintenant. Qui va réussir à briser le plafond de verre, qui va s'y heurter encore et encore ? Est-il possible, et souhaitable, de sortir du modèle face-heel classique ? La WWE est-elle prête à faire évoluer ses piliers, Cena en tête ? Beaucoup de questions auxquelles le PPV « de transition » de dimanche commencera néanmoins à répondre.

 

 

En même temps les fans ont des idées bizarres des fois.

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