Catch

Pas terrible, mais pas mauvais, mais pas terrible.

Sérendipité : Capacité, aptitude à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l'utilité

Le Robert

 

Faut pas déconner ! Après avoir lu les propos inondés de glucose de Jyskal le mois dernier après WrestleMania, lecharentais a senti l’odeur du sang monter à ses narines dilatées par la rage. Cet Extreme Rules devait être l’occasion de vider un sac rempli du fiel du suiveur de plus en plus déçu par le produit qu'on lui propose ! Et pourtant, pourtant, force est d’admettre que ce PPV, qui ne restera probablement pas dans les annales, a soufflé le chaud et le froid, avec même quelques moments très réussis. Les enculés. Ils avaient tout prévu.

 

 

Achève-moi, ça va me détendre.

Merci Luis Rego

 

 

Nalyse d'Extreme Rules

 

WrestleMania m’a laissé assez froid. Bien sûr, Bryan a brillé. Bien sûr, la Streak du Taker s’est interrompue, dans des circonstances sur lesquelles je ne reviens pas, mais qui ne me paraissent guère reluisantes, en ce qu’elles annihilent le mythe sans effet secondaire utile. Bref, quand j’y repense, à peu près rien ne me revient, et surtout, je n’ai pas le sentiment que la WWE ait évolué favorablement : trop de temps perdu sur des axes ou des catcheurs sans intérêt ou hors d’âge, comme Fandango ou les Outlaws, trop de divisions et de titres abandonnés, trop de points noirs.

 

Cet Extreme Rules arrive donc dans une situation délicate, et la carte m’inspirait une érection très limitée, à base de demi-molle. Et puis bon, le New Jersey…

 

Il faut dire que pour se faire cueillir à froid, ce n’est pas facile de trouver pire que le combat de nains du pré-show. En France, ce genre de plaisir coupable nous est refusé, mais manifestement, aux États-Unis, qu’un grand show se moque des handicapés, ça ne dérange personne. Bon, moi non plus, j’avoue, mais ça ne m’a pas empêché d’être consterné. Situons : Hornswoggle avec le 3MB affrontait El Torito et Los Matadores. Le lilliputien contre le nain. Mais cela ne s’arrêtait pas là, puisque l’arbitre était nain aussi, et une table de commentateurs spéciale avait aussi été montée pour des commentateurs qui étaient des versions miniatures des originaux. Classe et délicatesse.

 

 

– AH AH AH T'ES UN NAIN ! Regardez les gens ! UN NAIN ! UN NAIN ! Une petite personne ridicule ! UN NAIN ! Vous avez bien vu hein ? Un NAIN !

– C'est nul un nain ! Pire qu'un roux !

– Et n'oubliez pas : don't be a bully, be a star !
 

 

Et le pire, c’est que ce qui s’est passé entre les cordes n’était pas si mauvais, mais cette impression de version miniature d’un vrai match, avec trop peu de respect pour les protagonistes pour éviter le passage obligé du coup de boule dans les roupettes et les caricatures, imposait une forme de réserve naturelle qui empêchait de prendre du plaisir devant ce match, beaucoup trop dérangeant et malsain. Pour ne rien vous cacher, et puisque ma vie vous passionne, j’ai visionné le PPV avec deux comparses, qui ont été consternés également. J’en conclus donc que cette gêne n’a pas dû être ressentie que par trois bourrins avinés… On retiendra quand même quelques moves athlétiquement intéressants d’El Torito, dont on sent que le passé de catcheur a été un poil (mais alors un poil) plus sérieux que celui de Horny.

 

Bref, sans vouloir verser dans le politiquement correct, il y avait un sentiment constant d’ « à côté de la plaque » dans ce pré-show…

 

Le + : Rire aux dépens de handicapés, les gens n’ont été voir Intouchables que pour ça, alors ne soyez pas hypocrites !

Le – : On dépasse le putassier…

 

 

Début des hostilités, après le tunnel syndical d’excellentes vidéos pour hyper des matchs qui le sont moins, avec le Triple Threat Elimination entre RVD, Swagger et Cesaro. Difficile de faire la fine bouche devant la qualité des intervenants : pour un petit gros qui prend de l’âge, RVD a encore de beaux restes et une sacrée agilité, Swagger est et reste un excellent combattant, quant à Cesaro… Je suis dépourvu de toute objectivité : associer celui que je considère comme le meilleur catcheur de la WWE à un manager génial comme Heyman (même si celui-ci n'a que Lesnar à la bouche) ne peut que provoquer de ma part une éruption spermeuse du plus bel effet. RVD met toujours un peu trop de fioritures dans son catch, mais il faut admettre que ce trio, confrontant trois gaillards techniques dont l’un est puissant, l’autre agile, et le dernier un mix des deux, a offert une très belle prestation, ou au moins un match très solide. On pourra gloser sur le manque d’enjeu réel, le match semblant un peu bâti sur un socle argileux, mais si tous les socles argileux lors des PPV pouvaient soutenir des matchs de ce genre, la WWE en sortirait grandie. Et il fallait bien ça pour oublier les nains. Calembour.

 

 

Le moment me parait opportun pour vous signaler que mon client a interrompu la streak ! Quoi Cesaro ? C'est qui ça Cesaro ?

 

 

Le + : Cesaro

Le – : Combien de temps faudra-t-il pour que Cesaro atteigne enfin le main event et nous offre des matchs de rêve contre Bryan ?

 

 

Difficile en revanche de trouver le moindre intérêt au match entre R-Truth, Woods et Rusev. D’abord, le match n’avait aucun intérêt, et le pauvre Woods doit bien se demander pourquoi on lui accorde les honneurs du roster principal, question que ne tardera pas à se poser Adam Rose lui aussi. D’autre part on a assisté à un squash sans substance, Rusev étant plutôt intéressant et rappelant énormément Kozlov, mais on se doute bien qu’il n’ira pas bien haut et on préférerait voir de temps en temps des voltigeurs en pleine action plutôt que se faire écraser par des gros messieurs.

 

Et puis objectivement j’ai suivi le match d’un œil distrait puisque j’étais un peu trop occupé à contempler Lana en ringside, laquelle nous a quand même gratifiés d’une ôde à Poutine avec photo du président russe sur le titantron. Très inattendu, très subversif, et pour tout dire franchement cool ! De la heat à peu de frais, mais force est d’admettre que c’était très inattendu de la part de la WWE dans un événement de cette ampleur, eu égard à la situation actuelle…

 

Le + : Poutine

Le – : Le match

 

Il y a des moments pour l'analyse. Et il y en a pour d'autres activités.
/bruit de reniflement angoissant

 

 

Grande nouvelle ! Bad News Barrett a encore le droit de catcher ! On le savait déjà depuis le tournoi pour désigner le contender pour le titre IC, et c’était heureux, car on pouvait tout de même nourrir quelques inquiétudes quant à l’avenir de ce talentueux garçon quand on l’a vu ne plus servir qu’à balancer des vannes de PMU. Or donc, ce soir, il affrontait Big E et malgré la sympathie que m’inspire le Face, on ne peut pas dire que le match ait été d’un haut niveau, le gimmick de boxeur bridant qui pis est le réel potentiel de Wade.

 

Le match a donc été très terne, ceci d’autant plus qu’il a été relativement long, un peu moins de dix minutes, et c’est Barrett qui l’emporte. Un peu de build en amont pour en faire un champion crédible n’aurait pas été superflu, mais il fera certainement un champion plus crédible que Big E, lequel rejoint la cohorte de big men de la fédération qui n’en finit plus de grandir.

 

Le + : Barrett va enfin revenir un peu plus sur le devant de la scène

Le – : Big E a beaucoup trop de poitrine, ça en devient inquiétant

 

 

Pour rester dans la thématique, Wade et Big E ont encore été remplacés par des nains. DES NAINS !

 

 

D’ailleurs, et plus généralement, cette défense du titre IC rappelle que le titre US n’avait plus été défendu depuis des lustres avant le SmackDown précédent, et à l’instar de ce que Jericho déclarait dans une interview il y a peu : à quoi bon ces titres ? Si la WWE ne croit plus en le titre US, le WHC voire le Tag Team, les supprimer, comme le WHC, peut être une solution, et redorerait le blason des restants.

 

Pourtant, on ne peut s’empêcher de se dire qu’une ou deux ceintures périphériques, comme le fameux titre qui était remis en jeu toutes les semaines, le titre hardcore, ou le Cruiserweight, parce qu’ils portent des modèles et des enjeux forts et qui se suffisent à eux-mêmes, pourraient être d’excellentes créations, ou plutôt résurrections, qui donneraient des matchs intéressants et du boulot à des catcheurs talentueux et/ou désœuvrés, comme par exemple des Tyson Kidd ou des Kofi…

 

 

Un calembour raffiné se cache dans cette image, sauras-tu le retrouver ?

 

 

Las, la WWE préfère miser sur des ancêtres, comme les pathétiques NAO, ou comme les protagonistes du match suivant. Habile transition, je sais, merci. Evolution ? Sérieusement ? Welcome back il y a dix ans. Ou la preuve par A+B que HHH, l’idole de Jyskal qui choisit vraiment des idoles bizarres, pense toujours qu’il est indispensable au business et qu’il peut lui apporter quelque chose. Pourtant, ça s’organise, les accidents ! Les catcheurs ne pourraient pas s’arranger pour lui coller une petite commotion, histoire qu’il débarrasse le plancher quelques temps ?

 

Et qui est ce type que l’on essaie de faire passer pour Batista ? Bon, déjà, il a tellement changé qu’on ne le reconnaît plus, mais en plus, il n’a plus du tout le rythme de la compétition. Du coup, Evolution ressemble au caprice d’un mégalomane qui s’offre pour adversaires ce qui se fait de mieux à l’exception de Cesaro dans la WWE actuellement… Et ça n’a pas loupé : autant Evolution a été en dessous de tout, autant le Shield a livré quelques moves spectaculaires, avec une mention particulière pour le jump depuis les tribunes de Rollins en mode « le filtre du bon sens et de la peur sont désactivés chez moi ». Un dive tellement épique que j’ai vraiment trépigné devant mon écran, craignant franchement pour une blessure. Le match n’a pas vraiment été homérique par ailleurs, Reigns récoltant une nouvelle fois les lauriers et le tombé de la victoire, mais quelques moves sont quasiment des classiques instantanés que l’on reverra à l’envi comme le match entre Razor et HBK. Le problème, c’est donc qu’Evolution n’a pas brillé dans ce match, et que HHH donne toujours autant l’impression de chercher le match qui le fera entrer dans la légende depuis qu’il a réalisé, comme le relevait un auteur qui ne me revient pas en mémoire à l’instant où j’écris, que l’histoire du catch pouvait s’écrire sans lui.

 

Le + : Les moves de Rollins et d'Ambrose

Le – : C’est encore Reigns qui retire les marrons du feu du boulot de ses comparses, et Evolution n’est vraiment qu’une vaste blague.

 

 

– Mais qu'est-ce qu'il fout ce type ?

– De la voltige.

– De la QUOI ?

 

 

Le match suivant est l’exemple-type du match qui tient davantage pour ce qui l’entoure que pour ce qui se passe dans le ring, puisqu’il oppose Cena à Wyatt. Ceux qui nous suivent depuis un moment savent tout le bien que je pense de Cena… En revanche, j’ai beaucoup de sympathie pour Wyatt, qui me rappelle beaucoup les catcheurs des années 80 ou 90 : des personnages outranciers, parfois glauques, un peu grotesques.

 

Et il faut admettre que le soin mis par la WWE à « l’habillage » de la Wyatt Family est impressionnant : vidéos au cordeau, identité visuelle très forte, jusqu’au dernier Raw où des gosses avec des masques de mouton sont venus chanter à la gloire de Bray Wyatt. Image dérangeante s’il en est, et bien vue, puisque le seul public qui tolère encore Cena, ce sont probablement les enfants, et Cena se pose ici en défenseur de l’innocence des enfants, nouvelle étape dans son parcours d’insupportable chevalier blanc. Toujours est-il que le match en lui-même n’a donc pas eu grand intérêt, si ce n’est par les interventions de Rowan et Harper pour empêcher Cena de sortir de la cage : Harper qui grimpe pour prendre Cena sur ses épaules et le remettre à l’intérieur, Rowan qui frappe le grillage pendant l’ascension, et quelques autres. On regrettera simplement le passage grotesque où Cena, seul contre deux, parvient à pousser la porte…

 

Mais finalement, pour une fois, Cena a perdu. Pas clean, hein, faut pas déconner, encore une fois, mais sur une intervention particulièrement bien vue parce que cohérente : il s’agissait d’un enfant possédé, avec une voix particulièrement basse comme dans un vieux film d’épouvante. Cela colle à la thématique, à la Wyatt Family, la place de plus en plus dans cette atmosphère d’épouvante sur un créneau délaissé depuis le départ du Taker, et bien évidemment, c’est tout à fait dérangeant, aussi chiqué que ce soit. La WWE semble décidée à respecter le concept même de la Wyatt Family jusqu’au bout, et on ne peut que se réjouir de voir apparaître des personnages aussi rugueux, qui changent des crétins danseurs ou noceurs…

 

Le + : La Wyatt Family, un modèle de construction

Le – : Tout cela manque un peu de porn zoophile

 

 

Cette photo vous est offerte par Emile Louis.
Quant à moi, suite à cette vanne, je me retire dans un monastère.

 

 

Nous passerons rapidement, comme vous l’avez fait durant le PPV, sur le match des Divas. Paige a du talent, en plus d’être agréable à regarder, mais les adversaires au niveau, en dehors de Natalya, AJ ou Naomi, ne sont pas légion à la WWE. Aussi, quand elle affronte Tamina, difficile d’exulter plus que de raison…

 

Le + : Paige a un art de la pose lascive qui l’honore

Le – : Tamina, très mauvaise pour la stimulation sexuelle

 

 

PRENDS MOIIIIIIIIIIIIII !

 

 

Enfin, last but not least, vient le main event. En très mauvais reporter, allons directement à la fin : Bryan a gagné, mais le match laisse une impression douce-amère. On nous a vendu un match extrême, et dans un sens, il l’a été. Et en plus, il a été plutôt long, avec plus de vingt minutes au compteur. On a eu du combat en coulisse, des accessoires, une télé plongée dans la flotte, bref, quelques petites idées brillantes.

 

Le problème, c’est surtout, en fait, le rythme du match. Le niveau des participants n’est pas à remettre en question, puisque l’un comme l’autre, même s’ils ont déjà montré mieux, ont livré une prestation correcte. Le problème, c’est qu’il y a eu de nombreuses chutes de rythme, donc, notamment une où, après avoir à moitié assommé Kane, Bryan l’a chargé sur un transpalette, puis conduit vers le ring, avant de le « verser » dedans pour finalement sauter dessus. D’une part, cette séquence a été beaucoup trop longue. D’autre part, avec toute cette mise en scène, on s’attendait à une victoire de Bryan immédiate et à une communion avec la foule. Problème : en permettant à Kane d’échapper au tombé, après ce climax, tout le reste du match a paru mou, léthargique… On ne prolonge pas, artificiellement, la durée d’un match après une séquence de ce genre. Je dédie cette analogie à BBM : c’est comme continuer à limer dans une capote après évacuation, ça peut paraître sympa mais ça n’a plus du tout la même saveur (c’est toi qui m’a dit d’être vulgaire BBM, là tu es servi). Pourtant, les intentions étaient là, Kane allant jusqu’à foutre le feu à une table pour tenter d’y encastrer Bryan, ce qui renforçait le retour de Kane en tant que psychopathe intégral. Mais à titre personnel, je me suis senti anesthésié…

 

 

Arrête de te plaindre, on a utilisé le même pour ton frère à Wrestlemania !

 

 

À l’issue du PPV, j’étais plutôt déçu, et la vérité c’est qu’il n’y a pas grand-chose à en dire. Peu d’images fortes, peu de grands moments. Finalement, la nuit portant conseil, il n’était pas si calamiteux que ça. Le match des Wyatt, les moves de Rollins, Cesaro, quelques éléments surnagent un peu et classent tout de même ce PPV un peu au-dessus de la norme de ces derniers mois. Espérons qu’il faille y voir un signe de ce que la WWE veut voir son produit évoluer, mais hélas les vieux travers perdurent : les fossiles que l’on met en avant, les jeunes que l’on gâche les uns après les autres, les beaux talents que l’on n’exploite pas. Il reste, là encore comme l’a dit Jericho, que la WWE connaît ses gammes et arrive tout de même à offrir un spectacle convenable, peut-être pas le meilleur pour les connaisseurs les plus puristes, mais sans doute ce qui se fait de mieux pour l’écrasante majorité de l’IWC . Et c’est ce qu’il faut retenir de ce PPV : il y a beaucoup mieux, mais faute de grives…

 

 

Voilà ! C'est ça qu'il manque !

 

 

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