Catch

Sous le Signe du football

Étrange bizarrerie de l'esprit humain, on peut convaincre un homme de ses erreurs et ne pas le convertir.

Rivarol

Vous savez ce qu'on dit des émissions la semaine précédant un PPV (car oui, la nuit des champions est pour dimanche soir) : c'est fréquemment dispensable. Eh bien rassurez-vous, le RAW de cette semaine ne se contente pas de se conformer à la règle, non mieux, il la magnifie, il la glorifie, il l'érige en dogme ! N'ayons pas peur des mots, la WWE nous a offert un nouveau prétendant au titre d'étron de l'année. Avec en plus la grande idée d'annoncer dès l'ouverture qu'il n'y aura qu'une mi-temps à sauver sur les trois heures de désastre. Un terme footballistique, une fantaisie de nalyste ? Oh non, la métaphore n'a rien de fine, et c'est la WWE qui la file…

 

 

Cool, je vais pouvoir arrêter de faire semblant d'être un catcheur !

 

 

Nalyse de Raw du 15 septembre

 

 

Rappelez-vous, la semaine dernière mon éminent collègue Rapha-Hell vous narrait la première de la saison. Mais ce que ce chenapan oubliait de vous préciser, c'est que cette appellation marketing n'était pas entièrement issue de la cuisse de Jupiter : elle avait une raison simple, pour la première fois depuis la pause estivale, RAW se trouvait confronté à son vieil ennemi des Monday Night Wars. Quoi, la WCW serait revenue des limbes sans qu'on ne vous en pipe mot ? Non, le vieil ennemi de la WWE, les lundis, n'est plus Nitro depuis belle lurette, mais Monday Night Football. Or ce lundi, l'affiche était plutôt prometteuse, avec un Philadelphia Eagles vs Indianapolis Colts, dont je laisse les spécialistes nous expliquer la saveur, mais qui surtout opposait deux équipes du Nord-Est des Etats-Unis, terreau historique de catch, et par extension de la WWE.

 

Du coup, du côté de Stamford on s'est creusé la nénette pour savoir comment limiter l'hémorragie, maintenir un semblant de dynamique avant dimanche, et surtout inciter les gens à rejoindre la secte du Network, à la grâce de la prestigieuse nuit des champions.

 

Ils ont commencé par faire des statistiques :

 

 

 

 

Et ensuite, ils ont fait en sorte de coller au plus près des centres d'intérêt de cette écrasante majorité, en commençant par se documenter :

 

 

 

 

Ceci posé, la WWE a décidé de se mobiliser, de dégainer ses meilleurs créatifs, d'améliorer tous ses arcs narratifs, d'offrir un spectacle inoubliable, de ceux qui vous font zapper de Nitro à Foley pour ne plus jamais quitter la Terre Promise, bref : de se sortir les doigts du cul !

 

Enfin non, ça, c'est ce que j'aurais aimé qu'elle fasse. À la place, les bookers et leurs patrons ont dégainé deux contre-stratégies bien moins ambitieuses : placer toute la substantifique moelle de RAW sur le quart d'heure de mi-temps du match de football, et faire passer le message qu'ils souhaitaient embaucher des stars NFL pour en faire des catcheurs.

 

 

 

 

Première étape de ce plan machiavélique, la WWE a consulté le programme télé, et constaté qu'avant le début du match à 20h30, elle avait une demi-heure d'antenne pour être plus racoleuse qu'une prostituée albanaise passée d'âge et accro au crack.

 

RAW s'ouvrit donc sur Paul Heyman, pour une version remixée et réchauffée de sa promo de la semaine précédente, l'enjeu du jour étant de savoir si oui ou non John Cena allait lui écraser son poing sur la gueule, ou si Brock allait venir traîner ses guêtres de millionaire dans un vulgaire show télévisé gratuit. Sauf que l'ami John, plutôt que de tataner la tête à claques portées aux nues par l'IWC, il préférait garder ça pour la mi-temps, en répétant autant de fois que possible le mot mi-temps. Mi-temps.

 

 

 

 

 

 

Pain-heure ? Oh oui, mon Johnny, un pineur ça c'est tout toi !

 

 

Bref, le marine emmena le manageur des stars dans son vestiaire pour lui apprendre le respect, vestiaire où il l'enferma en compagnie d'un cameraman, sous la bonne garde de Khali. Sérieusement.

 

 

– Tu as la peau si douce, viens donc faire un tour dans mon vestiaire !

– John… tu… ne fais pas très rappeur là…

– Non, maintenant je suis "In The Navy"

 

 

Depuis ce vestiaire, le running gag du show sera Heyman cherchant à s'en extraire afin de s'assurer la présence de Brock Lesnar, histoire de ne pas finir en pièces détachées au milieu d'un ring. Bien sur, il échouera et nous voilà à la mi-temps du match de football, avec enfin la conclusion de cet arc palpitant. Il est à noter que la WWE aura offert près de vingt minutes sans catch avant ce segment de la mi-temps, à grands renforts de coupures publicitaires, scènes en coulisses et autres vignettes. Oui, il fallait vraiment cadrer pile poil avec l'instant fatidique où des milliers de beaufs allaient se saisir de leur télécommande…

 

Mais voici l'instant tant attendu. Heyman semble sans ressources, abandonné qu'il est aux paluches du Marine. Celui-ci s'apprête à le fracasser en deux, quand le quinqua bedonnant commence à expliquer que s'il agit ainsi, Heyman aura gagné, John Cena passant de facto du côté obscur de la force. Il ponctue sa tirade en affirmant qu'ainsi, Johnny boy deviendra un Heyman Guy, sous les vivas du public. Sauf que non, c'est pas ça qu'il voulait Cena, il préfère abandonner ce has been de Heyman, et se retirer puisque Brock s'est déballonné. Il a des valeurs, et il ne s'abaissera pas à entrer dans ce jeu pervers. Heyman lui dit qu'il n'a pas de couilles : cet argument change indubitablement tout, Cena revient et balance Paulo au sol. Et comme de bien entendu, voilà que retentit la musique de Lesnar.

 

L'homme à la bite tatouée sur le torse fait des tours autour du ring, file sa ceinture à Heyman et rentre… coller une German Suplex au Marine. Sauf que cette fois celui-ci se relève, et colle plein de trempes à la bête, l'envoie hors du ring, la balance dans les barricades et va pour la frapper avec force et détermination quand les hommes de la sécurité interviennent pour les séparer. Fort bien, on se revoit dimanche. J'en palpite.

 

 

– Je sais pas ce qui me retient de te foutre une beigne…

– La trouille peut-être ?

– Euh non, c'est juste que je m'en prends jamais aux vieillards sans défense !

 

 

 

 

 

 

– Jamais jamais jamais !

– T'as raison va, un redneck c'est bien assez con pour gober ça…

 

 

Sinon, lundi, on a aussi eu droit à un match pour le titre de roi des jobbeurs vétérans, la ceinture ayant été laissée vacante par RVD à la fin de son dernier run. À ma gauche, Kane, qui restait avant le match de ce lundi sur 17 défaites consécutives depuis sa victoire dans un handicap match avec Seth Rollins contre Dean Ambrose à SmackDown le 29 juillet. À ma droite, Chris Jericho, l'homme qui perd toutes ses feuds, même quand c'est contre Fandango. La tendance est claire : Kane va perdre un match de plus, Jericho l'emporter une fois encore au sprint intermédiaire, pour mieux perdre sa feud dimanche contre Randy Orton. Même s'il faut reconnaître que le match ne fut pas déplaisant, l'issue cousue de fil blanc enlève une bonne partie de la saveur…

 

Au rayon des (rares) bonnes surprise du soir, on notera un match Jack Swagger/Bo Dallas qui, s'il ne fut pas intéressant en lui-même, offrit une claire séparation au sein d'un public plutôt impliqué entre les "We the people" et les "We BO-lieve". C'est suffisamment rare pour être relevé, et assez flatteur pour une feud de lowcard !

 

 

Mon Dieu, mais ils ont des réactions eux, comment font-ils ?

– C'est simple Paige, pendant qu'ils combattent, eux, les gens ne vont pas pisser.

– Balaise…

 

 

Continuons dans ce qui ne fut pas complètement raté au cours de ce RAW, avec un match en trois contre trois entre les Usos et Sheamus d'un côté, les Dust Brothers et Cesaro de l'autre. Les croisements de feud autour des ceintures secondaires se poursuivent, et cette paresse de booker est à moitié pardonnée par la prestation offerte par les six gaillards dans le ring. Si vous ne devez regarder qu'une dizaine de minutes de ce show, zappez la prétendue source unique d'intérêt Brock/Cena et faites vous plaisir devant ce match et la victoire des gentils.

 

Il y eut aussi ce lundi un Ziggler/Miz moyennement palpitant, agrémenté par le fait qu'il se faisait en équipe de sosies, le Miz étant épaulé par Damien Sandow, tandis que Dolph Ziggler nous présentait sa nouvelle doublure… R-Truth. Fallait la trouver celle-là. Match passable, victoire de Dolph et R-Ziggler : grand naïf que je suis, j'attends du bon de cette feud pour dimanche, faites-nous rêver !

 

 

– Haha, regarde, il croit en toi ce con !

– Que veux-tu Damien, ce fou est sans doute mon seul fan sur Internet !

 

 

Il y eut aussi deux matchs passables, le premier opposant le Big Show à Bray Wyatt. Si le contenu entre les cordes n'eut rien ni de trop positif, ni de trop négatif, la conclusion en revanche avec un Bray sauvé par ses sbires pour la disqualification, avant que ceux-ci ne soient envoyés ad patres d'un double Chokeslam par le Big Show, sous le rire sardonique du gourou, réfugié dans son fauteuil à bascule… Voilà qui avait de quoi laisser dubitatif, et pousser le plus fervent fanatique des buses à relire et méditer le papier de mon estimé confrère Kovax.

 

Second match passable, celui mettant aux prises Seth Rollins et Roman Reigns. Ah certes, le contenu fut de qualité, sans doute même le meilleur match de la soirée. Alors pourquoi "passable" ? Tout simplement, parce qu'à mon sens c'était là un choix de booking consternant que d'offrir le lundi le même match que le dimanche, avec une conclusion claire et propre (victoire de Reigns) et un contenu qui eût fort bien pu conclure la feud.

 

Alors oui, Rollins a fait de l'over-acting en coulisses, assimilant Reigns à un primate à grand renforts de mime, mais ça ne suffit pas à raviver l'intérêt partiellement assouvi pour leur match de dimanche. Or ça n'était pas ça, le but à la base ?

 

 

Non, je voulais avoir l'occasion d'imiter Axl après trois bouteilles de vodka, en direct à la télé américaine.

 

 

Il nous reste trois segments à aborder, commençons par le pire. Soyons honnêtes, félicitons la WWE. Merci les gars, c'est bien, ça fait des années qu'on réclame des feuds pour les Divas, qu'on vous demande de ne pas faire disparaître comme par magie les catcheuses qui ne sont pas incluses dans la title picture, pour les faire réapparaître ensuite dans des concours de danse et autres Battle Royales pour déterminer qui aura l'honneur d'aller faire une cravate de notaire à un guest host. Alors oui, on se doute que vous ne nous avez jamais entendus ou lus, et que vous vous fiez simplement à la courbe d'audience de Total Divas, mais bon, la fin justifie les moyens.

 

Bravo donc, de poursuivre cet arc narratif de la séparation des Funkadactyls du regretté Funkausaurus. Merci de donner du temps d'antenne à Naomi. Mais sérieusement, il faut faire quelque chose, expliquez à Cameron ce qu'est son boulot… Cette semaine la belle a tenté de faire un tombé sur son adversaire, alors que celle-ci était couchée sur le ventre.

 

Bref, plutôt que de vous parler de ce match, je préfère vous expliquer que la culture betteravière est pratiquée dans de nombreux département de métropole, principalement répartie entre le Nord, le Nord-Est, l'Ile de France, la Normandie et le Centre. Dans cette dernière région, on dénombre pas moins de 4212 hectares cultivés, principalement agglomérés autour de sucreries – à une distance moyenne de 30 km de ces dernières – afin de préserver le potentiel de sucre des légumes avant extraction. Et croyez-moi c'est bien plus intéressant.

 

 

Salut !

 

 

Salut !

 

 

Aaaaaaaah, une patate qui parle !

 

 

Second segment de divas, seconde déception : les semaines passent, et la feud Paige/AJ persiste à renier toutes les promesses qu'elle avait fait naitre dans les rêves humides d'une bonne partie de l'IWC. Ces deux-là auront une nouvelle occasion de faire taire les critiques dimanche, mais mélanger leur rivalité à celle des Bella n'était pas un service à leur rendre. Parce qu'autant je veux bien croire que les talents d'acting d'AJ et ceux de catcheuse de Paige peuvent trouver l'ultime harmonie chère à Andreï Filipov, autant les frangines Bella sont depuis toujours du "ceinture de plomb" material à mes yeux. J'ai d'ailleurs bon espoir avec leur exposition accrue cette année de les voir enfin toucher au titre ! Bref, lundi les gentilles affrontaient les méchantes, Paige et Nikki l'emportant d'un tombé de la championne sur la femme de Dany the Goat.

 

Nous approchons à présent du Main Event – puisque la WWE avait si astucieusement placé son Cena/Brock à une heure plus propice de l'émission. Ledit Main Event, opposant Rusev à Mark Henry, fut promu tout au long de la soirée par des vignettes rappelant le passé sportif de l'homme le plus fort du monde, Lana se faisant au passage un plaisir de rappeler que si Henry avait fini dixième du concours d'haltérophilie poids lourds des Jeux Olympiques de Barcelone, c'est bel et bien un russe qui avait décroché l'or, en la personne du redoutable Aleksandr Kurlovich.

 

 

Здравствуйте, вы хотите увидеть мой член?

 

 

Mais puisque nous parlons sport et hommes forts, permettez-moi une digression, en dissertant un instant sur la rumeur de la semaine, tout droit sortie d'un entretien paru ce mercredi dans Sport Bild. Celui-ci est donné par Tim Wiese, ancien gardien de but de Kaiserslautern, Brême et Hoffenheim – en vrai football, soccer comme disent ils disent en Murica.

 

Ce dernier fut d'abord connu comme goal fantasque, notamment du Werder, sélectionné à six reprises en équipe d'Allemagne, dans l'époque de transition entre Oliver Kahn et Manuel Neuer, concurrent des Jens Lehmann, René Adler et autres regrettés Robert Enke.

 

 

À l'époque il ressemblait à ça

 

 

Sauf que le gaillard, on ne sait pas trop quelle mouche l'a piqué quand il a signé à Hoffenheim, mais d'un coup il a arrêté de se nourrir de Curry-Wurst comme tout Allemand qui se respecte, et il s'est mis aux shakers protéinés et à la douzaine d'oeufs six fois par jour.

 

 

Du coup, il s'est mis à ressembler à ça

 

 

Et autant à la ville, ça ne choque pas plus que ça un suiveur de catch…

 

 

… autant dans sa profession, ça commençait à lui donner une drôle de dégaine

 

 

Bilan des courses, son club a commencé à en avoir marre de trimballer un bestiau de foire qui avait tendance à faire des boulettes plus souvent qu'à son tour, son entraîneur l'a relégué sur le banc, puis en tribunes, et il a fini remplaçant du gardien de l'équipe réserve. Une autre théorie à son sujet voudrait que pour atteindre sa plastique, il eût fallu avoir recours à certains produits incompatibles avec les contrôles anti-dopages inhérents au sport de haut niveau, et que la fin de son contrat en janvier dernier pouvait s'apparenter à une jurisprudence André Agassi – contrôle positif dissimulé.

 

Toujours est-il que le gaillard annonce avoir rompu à l'amiable son contrat avec son club contre la coquette somme de six millions d'euros, avant que l'on apprenne qu'en réalité cette somme était un dédommagement assorti d'une dispense d'entraînements et de matchs, alors que le joueur restait contractuellement lié avec Hoffenheim jusqu'en juillet 2016.

 

Vous me direz, jusqu'ici, ce fait divers n'a rien à foutre dans une nalyse de catch, et vous n'avez pas tort. Sauf que le cocasse de la situation, c'est que HHH, qui annonçait récemment chercher des joueurs de football de premier rang pour venir gonfler le roster de la WWE ne pensait visiblement pas qu'à la NFL, puisque Wiese ("prairie" en allemand) se serait vu offrir un contrat d'un an dans les territoires de développement de la fédération de Stamford. Si l'info doit être prise avec des pincettes, les journaux l'ayant reprise (de Bild au Guardian) sont un peu plus fiables que le Sun, Ooops ou le New York Post : pas probable, mais au moins possible !

 

 

Après Mason Ryan en Batistwo, bientôt Tim Wiese en Ach, Patista !

 

FIN DE LA DIGRESSION

 

Revenons à nos moutons, et au main event de ce lundi. Si j'ai autant dépassé le cadre, c'est qu'il y a aussi peu à en dire : les deux hommes s'affrontèrent par micro interposé, avant de se retrouver furtivement placés l'un et l'autre dans leurs signature moves respectifs, l'essentiel du développement de la feud étant réservé à Night of Champions ou, je le crains, à SmackDown.

 

Voici en tout cas qui concluait un RAW oubliable, que l'on ne demanderait justement qu'à effacer de nos mémoires au cours du PPV de dimanche, encore faudrait-il avoir envie de replonger dans trois heures de WWE ce week-end, après une invitation si médiocre.

 

 

22 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut