Catch

Lucha Underground: des débuts en fanfare!

A lot of people ask me

Where the fuck I've been at the last few years

Shit I don't know

But I do know – I'm back now.

Eminem, Underground

 

Quelque part dans l’underground californien, nous raconte notre lecteur Little-Goomba, une nouvelle fédération vient de naître. Et elle mérite carrément le coup d’œil. Ne serait-ce que parce qu’elle compte dans son roster un homme qu’on a longtemps adoré ici, qu’on a perdu de vue et qu’on est plus qu’heureux de retrouver sur un ring!

 

 

La delicia des Mercoles Noche!

 

 

Présentation de Lucha Underground et nalyse du show du 29 octobre 2014

 

 

Si l’hégémonie de la WWE sur le nouveau continent est incontestable et incontestée, d’autres fédérations plus modestes se livrent une bataille acharnée pour obtenir une place honorable dans le paysage du catch américain. C’est dans cette lutte, qui semble très ouverte, que la Lucha Underground a décidé de rentrer ce 29 octobre 2014. Bien qu’il soit trop tôt pour trancher sur l’avenir de cette nouvelle fédé, le produit et son potentiel m’ont largement interpellé (ainsi que d’autres CDCistes), et méritent d’après moi d’être mis à l’honneur dans les Cahiers du Catch.

 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, un point rapide sur la Lucha Undeground s’impose. Pour ceux d’entre vous n’ayant jamais entendu ce nouveau nom, il s’agit en fait d’une franchise de la AAA (Asistencia Asesoría y Administración), célèbre fédération de lucha libre mexicaine. Annoncée en début d’année, Lucha Underground a pour vocation d’apporter au public américain « la voltige et les prises explosives de la Lucha Libre ».

 

 

On a hâte de découvrir des stipulations locales ayant fait la fierté du Mexique, à commencer par le Human Sacrifice Match.

 

 

Les émissions sont enregistrées depuis Boyle Heights, Californie, dans un format de 60 minutes hebdomadaires et diffusées le mercredi sur El Rey Network, une chaîne américaine dont le cœur de cible est le public latino, certainement plus sensibilisé à cette forme de catch. Bien que El Rey Network soit une chaîne nationale, je doute fort que le potentiel en termes d’audience soit énorme. C’est un obstacle qu’il faudra savoir dépasser à terme selon les ambitions de la fédération. En tout cas, cette « season premiere » a été suivie par plus de 18 000 téléspectateurs, un chiffre resté plutôt stable sur les épisodes suivants. Si ces chiffres laissent dubitatifs, sachez que cela représente quand même la deuxième meilleure audience de la chaîne depuis sa création en 2013.

 

 

Si vous passez dans le coin, c’est par là que ça se passe. Charmant, non?

 

 

Du côté de la table des commentateurs, on retrouve un certain Vampiro, star de la lucha des années 1990 bien qu’il soit canadien. Il est ensuite passé par de très nombreuses promotions au Japon, aux États-Unis (WCW, TNA), au Mexique et en Europe. Il est accompagné de Matt Striker que la plupart des CDCistes connaissent bien pour son activité passée à WWE SmackDown, NXT et ECW. Quant au roster de LU, celui-ci porte haut la marque du Mexique avec de nombreux catcheurs ayant gravité autour de la AAA ou de l’indy mexicain, mais pas seulement. Vous trouverez en effet des combattants ayant fait leurs armes au Japon ou sur la scène américaine et parmi ces derniers, deux noms devraient particulièrement retenir l’attention des suiveurs de la WWE : Johnny Mundo (ex-John Morrison) et Big Ryck (ex-Ezekiel Jackson).

 

 

Haha, grâce à ma connaissance sans égale de l’univers du catch, je vais pouvoir révéler au public que ces catcheurs inconnus ont en fait déjà quelques faits d’armes à leur actif!

 

 

Le roster est complété par cinq stars en provenance de la AAA (en tout cas j’ai cru comprendre que leurs noms étaient assez importants sur la scène mexicaine, personnellement je ne les connais pas du tout) : Blue Demon Jr, Fenix, Drago, Pentagon Jr, ainsi que la lutteuse Sexy Star.

 

C’est donc dans la Lucha Underground Arena, alias le Temple, que tout ce beau monde va se donner à fond devant un public bruyant que j’estimerai ma foi à environ 200 personnes. Le show commence par une vidéo d’introduction qui dégage une ambiance insolite à mi-chemin entre combat de rue et lucha libre, renforcée par différents segments tournées dans des locaux un peu glauques.

 

 

Comme on est un peu ricrac niveau budget, on partage les frais avec des étudiants en cinéma qui tournent un slasher movie.

 

 

C‘est le propriétaire de la fédération, un certain Dario Cueto qui transpire l’honnêteté et la sympathie, qui monte sur le ring le premier. On nous explique qu’il est espagnol et non mexicain et de ce fait ne fait pas l’unanimité auprès de ses employés. Exposant une mallette pleine de fric, Cueto annonce que le luchador qui saura l’impressionner recevra un bonus de 100 000 $ dès ce soir. Il attend de ses combattants qu’ils démontrent courage, honneur et violence.

 

 

J’avais pensé à « Hustle, Loyalty, Respect » comme slogan, mais ça faisait trop nunuche.

 

 

Le premier match oppose Blue Demon Jr. à Chavo Guerrero. Le premier est un luchador de 48 ans dans le business depuis les années 1980. Il est le fils adoptif du « légendaire » Blue Demon et a travaillé pour de nombreuses fédérations sur le continent américain, devenant notamment le premier catcheur mexicain à remporter le NWA World Heavyweight Championship en 2008. Il fit son retour à la AAA, qu’il avait connue à la fin des années 1990, l’année dernière, et remporta son dernier titre à Triplemania XXI, le AAA Latin American Championship. Chavo est quant à lui bien connu de tous les suiveurs de la WWE pour la décennie passée à la fédération de Stamford. Sa carrière n’ayant jamais atteint des sommets, elle sombra même dans la comédie lors de ses dernières rivalités contre Hornswoggle et Soaring Eagle. Passé brièvement par la TNA, le voilà sur le ring de Lucha Underground pour que le prénom de Chavo compte enfin dans la famille des Guerrero.

 

Malheureusement pour lui, le combat tourne court, et après quelques mouvements aériens, Chavo se fait soumettre par Blue Demon. Cinq petites minutes ne suffiront pas à se faire une opinion des deux lutteurs (même si la technique de Chavo n’est plus à démontrer et que beaucoup ont regretté sa sous-exploitation à la WWE), d’autant que le match a souffert de quelques ratés. Je n’ai pas non plus constaté une alchimie particulière entre ces deux-là, qui se sont contentés chacun leur tour de réaliser quelques prises, assez plaisantes certes. Leur alignement semble pencher du bon côté de la force puisque aucun mauvais geste n’est venu entacher leur performance, sans qu’un respect mutuel ne saute non plus aux yeux. Bref, on devrait voir une évolution de l’un ou l’autre de ces personnages assez rapidement.

 

 

Vous me reconnaissez? Le mec qui perd partout, tout le temps, contre tout le monde? Mais oui, c’est moi, super jobber!

 

 

On retrouve d’ailleurs Chavo, plus tard au cours de la soirée, dans un segment backstage. Très affecté par sa défaite, il reçoit la visite de Dario Cueto. Ce dernier se moque de façon méprisante de son abandon. Il fait honte au nom Guerrero. Que penseraient son grand-père ou son oncle ? Une chose est sûre, il ne touchera pas les 100 000 dollars. En outre, Chavo n’ayant pas fait le job ce soir, il annonce l’arrivée la semaine prochaine de quelqu’un d’autre qui le fera et que personne ne pourra arrêter.

 

 

Hé Brock? Comme tu fais rien en ce moment, je me suis dit que ça pourrait peut-être t’intéresser!

 

 

 

Avant le prochain match de la soirée, nous faisons connaissance avec un autre personnage qui prendra semble-t-il une part importante au sein de Lucha Underground : Konan. Star au Mexique dans les années 1990 lors de ses passages à la CMLL et la AAA, il est connu du public américain par ses contrats à la WCW comme membre de la NWO ainsi qu’à la TNA jusqu’en 2007. Face au patron de la fédération, dans son bureau, il lui indique qu’il n’est pas là pour travailler pour lui mais plutôt pour profiter de l’argent que générera la compagnie. Dans ce but, il lui apporte le meilleur combattant du monde, son protégé, Prince Puma. Dario Cueto lui apprend qu’il vient de signer un des plus grands « free agents » du business, Johnny Mundo. Celui-ci est arrogant et ne respecte pas le Temple car il est ici pour l’argent et la célébrité. En fait, si Cueto l’a signé à Lucha Underground, c’est pour faire de lui un exemple. Ainsi, si Prince Puma est si fort que Konan veut bien le dire, alors il détruira Mundo et les 100 000 $ leurs reviendront.

 

 

Je t’amène l’incroyable homme puma!

 

 

De retour sur le ring, avec un match sacrément insolite pour un spectateur comme moi de la WWE : un match mixte. Ce soir Sexy Star, multiple Mixed Tag Team Champion et Reina de Reinas à la AAA, doit affronter Son of Havoc, passé par de très nombreuses fédération y compris la ROH et aperçu dans WWE Tough Enough en 2011 sous le nom de Matt Capiccioni. Le fils de la destruction prend le micro et dit qu’affronter une femme ne l’intéresse pas. Il lui conseille de quitter le ring pour se faire décompter à l’extérieur. Sexy Star s’exécute avant de remonter sur le ring et prendre son adversaire par surprise. Malgré quelques jolis mouvements explosifs, Son of Havoc reprend le dessus et achève la demoiselle d’un Backbreacker. Le match est encore une fois très rapide, dû bien entendu au format court des épisodes, mais a suffi à attiser ma curiosité sur cette stipulation. J’attends avec impatience d’autres combats de ce style. Sexy Star a l’air tout à fait douée dans un ring mais ses difficultés en anglais risquent d’être un gros obstacle. Sa vidéo promo, où elle raconte comment le sport de combat et son masque de luchadora l’ont extirpée d’une vie dominée par la peur, a même été sous-titrée !

 

 

Me voici maintenant dans un environnement paisible et épanouissant, ouf!

 

 

Et c’est l’heure du Main Event ! L’ancien John Morrison fait son entrée sur le ring et nous ramène des années en arrière. Son look n’a pas changé et son entrée est exactement la même, les pyros en moins. Il nous gratifie également de tous les signatures moves qu’on lui connaissait, du Moonsault Side Slam au Moonlight Drive en passant par le Starship Pain rebaptisé pour l’occasion The End of the World.

 

Son adversaire, Prince Puma, bien que masqué, n’est pas vraiment un luchador. Ce natif du Kentucky a été formé à la CHIKARA sous le nom de Ricochet. On l’a vu ensuite évoluer à la Dragon Gate (US et Japon) puis à la New Japan Pro Wrestling. Présenté à Lucha Underground comme le descendant des Aztèques, je l’ai trouvé très impressionnant. En fait, au-delà du match qui a été très bon et sans temps mort, c’est la perfection de la partition jouée par les deux protagonistes qui m’a le plus bluffé. Il semblait n’y avoir aucune fausse note. Tout était extrêmement fluide malgré la vélocité du combat. D’autre part, le selling de l’un comme de l’autre m’a laissé sans voix. La démesure des prises de Lucha Libre peut effectivement vite tourner au cirque. Cependant, elles étaient portées ici avec une telle précision et vendues avec une telle crédibilité que je suis entré à fond dans la confrontation, retenant mon souffle jusqu’au bout.

 

 

Ouh là, on vient de faire une seconde de pause! Vite, lançons une série de contres de powerbombs en Slingshot Planchas pour faire oublier ce moment d’égarement!

 

 

Et finalement, après un enchaînement de prises plus aériennes les unes que les autres, c’est Johnny Mundo qui rafle la victoire après un End of the World. Les deux lutteurs se congratulent sous l’ovation de la foule. Dario Cueto fait son apparition et annonce à Mundo qu’il a bien mérité les 100 000 $. Il fait mine de lui donner mais ne veut pas lâcher sa mallette. À ce moment, deux hommes surgissent sur le ring et passent à tabac Mundo et Puma. Il s’agit des dénommés Cisco et Cortez Castro. Ils sont bientôt rejoints par Big Ryck (Ezekiel Jackson) qui finit proprement le travail. Tandis que le show prend fin, Cueto nous apprend que ce trio heel, alias The Crenshaw Crew (Crenshaw est un quartier « black » de Los Angeles), travaille pour lui. Et moi, j'ai hâte de voir la paire Mundo/Puma travailler en équipe !

 

 

Allez-y les crevettes, faites des saltos que je rigole.

 

 

Finalement, que retenir de ce premier épisode ? D’abord, que cette fédération donne accès à la lucha libre à un public non averti (comme moi), et j’ai trouvé cela fort rafraîchissant. De plus, les membres du roster ayant combattu ce soir me semblent de qualité et des gabarits comme Son of Havoc et Big Rick nous rappellent qu’il ne s’agit pas que d’une grande foire aux voltigeurs. Enfin, le format très court des épisodes (45 minutes effectives) permet de suivre facilement le spectacle chaque semaine sans se demander si l’on trouvera le temps. J’ai été aussi surpris par les segments, filmés en mode cinéma, avec une musique de fond entre Le Parrain et Il était une fois dans l’Ouest.

 

 

Je vais te faire une proposition que tu ne pourras pas refuser.

 

 

Je leurs recommanderais par ailleurs d'améliorer la prise de son. En effet, tous les sons résonnent beaucoup dans le Temple, et le ring fait un bruit monstre — tout cela ne gâche cependant pas beaucoup le plaisir du visionnage. Je serai par contre plus sévère envers la réalisation que j’ai trouvée assez mauvaise. Excepté le plan large classique sur le ring, les images filmées caméra sur l’épaule suivent assez mal l’action. De plus la caméra qui surplombe le ring me fait mal à la tête et ces plans filmés « du dessus » sont à bannir.

 

 

La Spidercam, aussi utile dans le catch que dans le foot.

 

 

Enfin, cette caméra fixe type bocal qui filme la table des commentateurs (qui ont fait le job) fait vraiment production de seconde zone. Pour finir, un mot sur Dario Cueto qui va vraisemblablement tenir une place prépondérante. Le mec a suffisamment de charisme malgré un talent au micro juste correct. Par contre, le coup du patron heel, de la figure d’autorité vicelarde, voilà qui n’est pas très original. À voir comment tout cela va évoluer. Moi en tout cas, ça m’a donné envie de voir la suite…

 

 

Et toi, mec?

 

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