Catch

D’El Generico à Sami Zayn

Je suis défriché pas défroqué
En dessous de mes cheveux j'ai ma tête
Un Québec love ça c'est mon bag

Robert Charlebois, Québec love

 

Où l'on présentera un aperçu de la carrière de Sami Zayn, sa vie, son oeuvre, l'on parlera de l'époque où il portait un masque, s'appelait El Generico et se bagarrait avec un dodu québécois, enfin l'on dédicacera cette biographie non exhaustive à la douce Super Cena, copine de chopine qui a bien du mérite.

 

 

Olé !

 

 

Aperçu de la carrière d'El Generico a.k.a. Sami Zayn

 

 

Né sous le signe du démon

 

 

Z'avez vu comme il pète le feu ?

 

 

Toi jeune godelureau à l'existence morne et aux passions inavouables. Toi qui hantes ta chambre misérable au milieu de détritus remplis de matières fécales et de slips à l'odeur douteuse. Toi dont le hobby principal consiste à te curer le nez devant un épisode du Trône de Fer. Toi qui reste avachi pendant des heures devant ton écran dont la lumière éclaire ton visage blafard, viens donc écouter le récit de la légende du plus grand catcheur francophone de ces quinze dernières années. Enlève cette matière brune qui recouvre tes oreilles et ouvre bien grand tes yeux, jeune fat, car pour la première fois dans ta morne existence tu vas enfin apprendre ce qu'est la vie.

 

Né le 12 juillet 1984 (une sacrée cuvée diront certains, une année exceptionnelle diront les autres), Rami Sebei fut frappé dès sa naissance d'une double tare. Premièrement, le destin voulut qu'il naquit dans la sombre ville d'Hill Valley dans la province du Québec. Il n'est déjà pas facile d'être canadien mais lorsque l'on naît québécois, il est légitime de se demander si la vie ne se fout pas un peu de nous.

 

Mais non content d'être originaire de la même patrie que Courtemanche, le pauvre Sebei se vit affliger d'une rouquinitude aiguë. Ce qui, selon l'éminent Eric Cartman, traduit une absence d'âme et une similitude avec les vampires. Néanmoins ce pauvre Rami Sebei serait plus proche du genre diurnambule que du vrai rouquin. Il n'en reste pas moins que le Destin s'est montré quelque peu vache avec lui dès son arrivée en ce bas monde.

 

Rami eut visiblement beaucoup de mal à assumer cet héritage puisqu'il revêtit un masque de luchador afin de cacher sa difformité et prit le nom d'El Generico. Il n'en resta pas là puisqu'il poussa le vice, dès son arrivée dans le catch en 2002, à prétendre venir de Tijuana au Mexique, ville du célèbre Bender B. Rodriguez.

 

Ses débuts justement, il les fit à la International Wrestling Syndicate, fédération montréalaise fondée en 1999 et disparue depuis 2010. Ce nom ne vous dit sans doute rien et pourtant c'était l'une des fédérations québécoises les plus importantes puisque, outre El Generico, elle vit passer des légendes comme Player Uno, Scott Parker ou encore Franck le Truand.

 

Pour son premier match, celui qui se faisait maintenant appeler El Generico vint à bout d'un dénommé TNT par décompte à l’extérieur. Au sein de cette fédération, il remporta le titre principal à deux reprises et fut champion par équipes une fois avec Twiggy. Mais l'élément qu'il faut retenir de cette période est que c'est là-bas qu'il affronta pour la première fois un certain Kevin Steen, un sympathique bonhomme dont nous aurons l'occasion de reparler.

 

 

Un pilier de l'indy

 

 

Et un pro du merchandising.

 

 

La fin des Monday Night Wars en 2001 voit la chute conjointe de la World Championship Wrestling et de la Extreme Championship Wrestling. Ces deux grosses fédérations laissèrent derrière elles un espace béant. Les États-Unis étant un pays trop grand pour une seule fédération de catch, n'en déplaise à Vincent Kennedy McMahon, plein d'opportunistes profitèrent de la situation pour lancer leur propre fédération. Ce qui provoqua un véritable boom qui fut salutaire pour bon nombre de catcheurs ne parvenant pas à s'imposer à la WWE.

 

Ainsi, 2002 vit notamment la création de la Chikara, de la Ring of Honor (ROH) et de la Total Non-stop Action (TNA). Et l'année suivante, ce fut la Pro Wrestling Guerilla (PWG) qui fit son apparition. Quant à la Combat Zone Wrestling (CZW), bien que fondée en 1999, elle profita de la fin de la ECW pour reprendre à son compte le flambeau du catch hardcore.

 

Et comme la plupart de ses contemporains, El Generico écuma ces différentes fédérations comme on écume les bars un samedi soir. Il fit ainsi ses débuts à la CZW en 2004 au cours du show CZW High Stakes II dans un match à quatre contre Sexxxy Eddy, eXceSs 69 et Kevin Steen, match qu'il perdit. Un peu plus tard dans l'année, il disputa son premier affrontement à la PWG, au cours du PWG Uncanny X-Mas, dans un match par équipes en compagnie du même Kevin Steen. Les deux québécois perdirent contre les Aerials Express (Quicksilver et Scorpio Sky) mais ce match marqua le début d'une des plus grandes associations du catch indy.

 

Il est en effet difficile de parler d'El Generico sans évoquer Kevin Steen. Et leur relation ne se limite pas uniquement à la terrible feud qu'ils eurent quelques années plus tard. Une rivalité qui commença en 2009 à la Ring of Honor et qui perdura jusqu'en janvier 2013 à la Pro Wrestling Guerilla avant le départ du luchador pour la WWE.

 

Non, la relation qui lie Steen au luchador est bien plus qu'une simple association, c'est carrément l'essence même du catch québécois des années 2000. C'est quelque chose de très fort qui a durablement marqué le petit monde de l'indy. 

 

Mais avant que les deux lutteurs n'en viennent à croiser le fer, El Generico poursuivit sa carrière au sein de la scène indépendante. Aussi bien au Japon qu'aux USA.

 

 

Le roi sans couronne

 

 

Toujours placer de bonnes références les enfants, c'est la clef pour qu'un article soit réussi.

 

 

Un titre évocateur et qui n'est pas choisi au hasard quand on est un fan de GUNNM. Car oui, El Generico possède un talent énorme mais ce qui lui a longtemps fait défaut, c'est la conquête du titre ultime (c'est pour cela que la phrase d'Adrian Neville prononcée il y a quelques mois : « We all know you can't win the Big One » fut lourde de sens, même s'il ne parlait que du Nxt Championship).

 

Et à part quelques titres principaux glanés dans des fédés indys mineures, il ne s'est jamais réellement imposé au sein d'une grosse fédération comme étant le catcheur principal. Bien sûr il a connu le succès au Japon, notamment à la Dramatic Dream Team (DDT) où il remporta les titres principaux en simple et en équipe, il conquis le titre principal de la PWG à deux reprises (en 2007 et 2011), a remporté la bataille de Los Angeles en 2011 (tournoi de la PWG) mais on ne peut pas dire que c'est ce qu'on retient en premier lieu de sa carrière. Tout comme l'unique titre TV qu'il a gagné à la ROH. Pour finir, il a échoué à sept reprises dans sa conquête du titre principal de la ROH. Ça fait quand même un sacré chiffre.

 

 

Pour situer celles et ceux qui ne sont guère familiers avec le monde indy, la PWG est la plus grosse fédé indépendante avec la ROH. Ce qui la place facilement dans le top cinq des fédérations américaines tous types confondus.

 

 

En bref, le brave Canadien n'a jamais réellement incarné la figure de proue qui emmène le reste du roster dans son sillage. Il a surtout fallu attendre l'issue de la première partie de sa feud avec Kevin Steen en 2010 pour que sa carrière solo décolle véritablement. Était-ce parce qu'il était québécois ? Était-ce parce qu'il était roux ? Nous ne le saurons jamais. Et il faut noter qu'il est certes difficile d'emmener tout un roster derrière soi quand on combat dans des fédérations qui n'ont pas de roster fixe. El Generico n'en est pas moins un catcheur marquant du monde indy (en témoignent les nombreuses pops qui précèdent chacune de ses arrivées), mais il reste encore un cran en dessous des Austin Aries, Bryan Danielson, Nigel McGuinness, Samoa Joe ou autre CM Punk.

 

Disons, pour simplifier, qu'il fait partie de cette catégorie de catcheurs qui se trouvent dans une zone un peu bâtarde entre l'uppercard et le main event. Cela vient surtout du fait que ce n'est pas, dans un premier temps, avec sa carrière solo qu'il a marqué les esprits.

 

Néanmoins, il était assez over auprès du public qui reprenait sans cesse les « Olé Olé Olé » de son thème d’entrée. Encore maintenant, alors qu’il est à Nxt, ce chant continue de résonner dans les travées. Et à chaque fois que la WWE passe par Montréal, le public ne manque jamais une occasion de rendre hommage au héros de la nation aux quatre fleurs de lys.

 

 

Le Québec contre le reste du monde

 

 

Encore plus fort que le Canadien de Montréal : SteenErico !

 

 

En équipe, le brave luchador masqué a connu davantage de succès avec cinq titres à la PWG (1 avec Human Tornado, Quicskilver et Paul London, deux avec Kevin Steen) et un titre à la Ring of Honor. Un seul diriez-vous ? Oui mais c'était en 2009, à l'époque où la division par équipes comptait entre autres les Kings of Wrestling (Chris Hero et l'homme qui faisait swinguer les géants, Claudio Castagnoli), The American Wolves (Eddie Edwards et Davey Richards qui sont actuellement à la TNA), les Young Bucks (Matt et Nick Jackson, ex Generation Me à la TNA) ainsi que les frères Jay et Mark Briscoe (recordmen des titres tag teams à la ROH avec huit titres). Pour simplifier, la concurrence était féroce.

 

Comme nous l'avons vu, El Generico avait déjà catché avec Kevin Steen à la PWG quelques années avant, mais aussi à la Chikara en 2005. Et vu comme ce nom revient souvent dans cet article, vous devez commencer à comprendre à quel point les carrières des deux hommes sont liées. Ensemble, ils remportèrent les titres par équipes de la PWG contre Roderick Strong (Mr. ROH) et PAC (que quelques-uns doivent connaître sous le nom d'Adrian Neville).

 

Ils conservèrent les ceintures pendant trois mois avant de les perdre contre Davey Richards et le mythique Super Dragon (les fans de Botchamania comprendront). Par la suite, ils les récupérèrent en mars 2008 pour deux petits mois de règne.

 

Après ce passage dans la fédération à la tête de gorille, les deux compères débarquèrent à la ROH en tant qu'équipe en février 2007 (la première apparition d'El Generico à la ROH remonte à 2005). Il leur fallut attendre un an et demi pour remporter les ceintures de la fédération à Driven le 19 septembre 2008 des mains de Age of Fall (Jimmy Jacobs et Tyler Black que vous connaissez certainement sous le nom de Seth Rollins) et ne les perdirent que 203 jours plus tard, le 10 avril 2009, contre les American Wolves dans un table match.

 

 

Cette fois mon bichon, c'est la bonne !

 

 

La rivalité qu'ils eurent avec les American Wolves et les frangins Briscoe comptent parmi les plus marquantes et les plus violentes de l'histoire du catch indépendant. Et tout ceux qui pensent que le catch par équipes est une sous-catégorie du catch devraient sérieusement se pencher là-dessus.

 

Un gimmick match fut même mis en place pour régler le différend entre les Briscoe et SteenErico : le Ladder War. Dans les faits, ça reste un TLC mais en un poil plus violent, surtout quand Jay et Mark (véritables têtes brûlées venues du fin fond du sud des États-Unis pour en découdre avec la Terre entière) s'en mêlent.

 

À ce jour, il n'y a eu que cinq Ladder War à la Ring of Honor. Et quand on sait que la fédération existe depuis douze ans, cette rareté confère à la stipulation un petit côté événementiel. En gros, quand deux équipes (sur les cinq matchs, quatre sont des matchs par équipe) en viennent à vouloir se mettre des échelles dans le pif, c'est qu'elles se haïssent cordialement.

 

Le premier match du genre se déroula en 2007 à Man Up et vit les frères Briscoe conserver les ceintures face à Kevin Steen et El Generico. Encore aujourd'hui cet affrontement reste parmi les références des matchs par équipes sur la scène indépendante. Il a bien failli être rattrapé par le deuxième Ladder War qui opposa toujours Kevin Steen et son ami masqué aux American Wolves en 2009. Une sacrée performance de la part des Wolves qund on sait qu'Eddie Edwards disputa ce match avec un bras en miettes qui l'obligea à se batte avec un plâtre. Le brave Eddie y gagna son surnom de « Die hard », ainsi que les ceintures.

 

Car oui il faut noter que Kevin Steen et El Generico ont disputé et perdu les deux premiers Ladders Wars de l'Histoire. C'est peut-être pour cela qu'ils furent les seuls à disputer le quatrième. Afin d'être sûrs qu'il y en ait au moins un des deux qui gagne.

 

 

La bataille finale de 2009

 

 

Ouh ka chaka Ouh ka chaka Yeah !

 

 

Final Battle est le dernier show de l'année de la ROH. Ce n’est pas l'équivalent de Wrestlemania (qui est Glory by Honor qui se déroule à l'automne) mais c'est au moins du niveau de Summerslam. C'est un show clé car c'est là que les grandes rivalités s'achèvent ou débutent.

 

L'édition de 2009 (la septième du nom) fut importante pour la fédération à plusieurs niveaux. Il s'agissait du premier iPPV (comprenez ppv sur le net) live sur GoFightLive, une plate-forme de vidéo à la demande. La fédération reçut également un apport extérieur puisque quatre catcheurs (Rocky Romero, Alex Koslov, Jack Evans et Teddy Hart) de l'Asistencia Aesoria y Administration (AAA) participèrent au show.

 

Les frères Briscoe vinrent à bout des American Wolves pour reprendre les titres par équipes, et Austin Aries défendit vaillamment le ROH World Championship dans un marathon d'une heure contre Tyler Black.

 

Entre-temps, peu avant l’entracte, les deux québécois affrontèrent les maîtres du superkick : les Young Bucks. Après plus d'un quart d'heure d'une lutte acharnée, les deux frères vinrent à bout de leurs adversaires. Malgré une blessure au genou, Kevin Steen résista vaillamment (il se releva même du finisher des Bucks, le More Bang For You Bucks) avant de céder suite à une série de Superkicks malgré le retour tardif de son partenaire, qui était étalé un peu plus tôt en ringside après avoir été jeté contre une barrière,

 

Peu rancunier dans un premier temps d’avoir été abandonné ainsi, Steen prit la parole afin de remercier les fans et de rendre hommage à son coéquipier et ami de toujours. Il gratifia l'assistance d'un discours poignant pouvant faire croire à un discours d'adieu annonçant la retraite de Mr. Wrestling.

 

Mais cela paraissait trop simple. Et dans un twist dont seul le catch à le secret, et alors qu'il avait pris son compère masqué dans les bras, il affirma contre toute attente qu'il détestait El Generico avant de lui administrer un coup de genou dans les valseuses puis l'acheva avec un chair shot en pleine poire. Le rouquin masqué ne dut son salut qu'à l'arrivée impromptue de Colt Cabana qui s'interposa courageusement. Pour toute réponse, le Canadien replet lui fit signe de s'approcher et fit un bisou tout doux sur la bouche du meilleur ami de Punk avant de quitter la salle en ricanant.

 

La gimmick du mastard psychopathe de Steen naquit. Son discours et son jeu d’acteur devinrent plus provocateurs, plus sombres. Et il s’affubla d’un t-shirt représentant la tête ensanglantée du luchador canadien sur une chaise.

 

Cet événement fut donc fondateur aussi bien pour Steen que pour El Generico car c'est ce qui lança réellement leur carrière. La rivalité qui oppose deux anciens membres d'une même équipe est un classique dans le catch (la WWE est très friande de ça). Mais pour vous donner une idée de la qualité de la rivalité entre Kevin Steen et El Generico, elle fut élue feud de l'année par le Wrestling Observer en 2010.

 

De plus, elle installa le personnage de Kevin Steen comme quelqu'un de très violent et n'ayant aucune considération, aucun respect pour son adversaire ou l'autorité (oui, le parallèle avec Punk est valable, surtout à cette époque). Quant à El Generico il passait pour la personne dont l'honneur avait été sauvagement bafoué et piétiné.

 

 

Carrière vs Masque

 

 

Kevin Steen est un mauvais garçon au point de voler la gimmick de Che Guevara.

 

 

L'année 2010 d'El Generico allait donc être principalement consacrée à batailler face à son ancien collègue. Mais quelles raisons pouvaient bien justifier qu'une personne puisse se retourner ainsi contre son copain de chambrée ? Eh bien la réponse est toute simple : Kevin Steen reprochait à son ancien ami d'être tout simplement trop faible et d'être, par conséquent, le responsable de leur défaite. Et vu la performance de Steen pendant le match face aux Young Bucks, il était difficile de lui donner tort tant il avait brillé.

 

Mais l'élément le plus important était l'homme derrière la trahison de Steen : Steve Corino, soit une des pires raclures que compte le milieu. C'est lui qui avait encouragé Steen à abandonner son partenaire et d'en finir avec lui.

 

De son côté, complètement désemparé, El Generico était sur le point d'abandonner tout espoir en la vie lorsque Colt Cabana parvint à le convaincre de faire face à l'adversité. Aussi les deux hommes s'associèrent-ils afin d'affronter Steen et Corino. L'histoire commença ainsi à monter en intensité à mesure que les matchs devinrent de plus en plus violents.

 

Le début de la rivalité fut globalement à l'avantage des faces qui remportèrent une victoire marquante dans un Chicago Street Fight à Bitter Friends, Stiffer Ennemies 2, tenu le 24 avril 2010 à Chicago. Un match hyper violent qui fit comprendre au public que cette rivalité allait durablement marquer les esprits.

 

Néanmoins, leurs adversaires reprirent rapidement le dessus. D'abord en weekly un mois plus tard dans un Anything goes (en gros c'est une stipulation axée sur le hardcore) puis dans un match en cage, toujours en weekly, le 21 août.

 

Entre-temps, au mois de juin à Death Before Dishonor, Kevin Steen triompha du Canadien masqué en un contre un. Ce jour-là, El Generico était apparu dès l’entame du show afin de réclamer que son match débute tout de suite. Il lui en coûta puisqu’il perdit lourdement. Le combat apporta une preuve supplémentaire de la haine qui opposait les anciens coéquipiers.

 

 

Si ça ne vous suffit pas , voici la preuve en image.

 

 

Ce qui marqua principalement le public, en dehors de la violence des coups échangés, c'est la haine passionnelle exprimée par les belligérants. Chacun n'hésitait pas à tout donner pour venir à bout de son adversaire et leurs forces décuplèrent à mesure qu'ils emmagasinaient de la rage.

 

La qualité des matchs était également due au fait que les quatre catcheurs se connaissaient bien. Surtout Steen et El Generico qui catchaient ensemble depuis quelques années déjà. Et puis ils savaient tous catcher, ce qui est la base dans ce métier. En clair, ce n'était pas quatre bourrins qu'on envoyait à la boucherie pour faire plaisir au public mais bien quatre types entraînés qui connaissaient leur sujet.

 

Tout cela mena au Double Chain match de Glory by Honor IX du 11 septembre 2010 à New York. Chaque adversaire était attaché à un opposant via une chaîne, Corino a Cabana et Steen à El Generico. Sachant que cela faisait des mois que les quatre hommes s'échangeaient des coups de parpaings dans la figure, vous pouvez aisément imaginer à quel point cette stipulation put laisser libre cour à leurs pulsions les plus malsaines.

 

Les faces remportèrent la victoire grâce à une soumission de Cabana sur Corino. Mais son coéquipier commit un péché d'orgueil. El Generico voulut en finir une bonne fois pour toutes avec l'autre Canadien. Mais tout ne se passa pas comme prévu. Alors que Steen et El Generico se trouvaient sur le turnbuckle, Corino poussa le rouquin masqué qui lui administra un coup de pied au visage afin de lui apprendre à respecter les Canadiens roux. Steen profita alors de la confusion pour arracher le masque de son adversaire qui se mit aussitôt en position fœtale en tentant de cacher son visage et sa rouquinité.

 

 

Même dans un moment aussi important, il faut que Colt Cabana fasse le malin.

 

 

Dès lors, dans les semaines qui suivirent, Steen moqua El Generico en faisant subir diverses humiliations à son masque. Comme cracher dessus, s'en servir comme sous-vêtement ou tenter de le vendre sur Ebay. Sachant que pour un luchador le masque représente une extension de lui-même, Steen pensait avoir dérobé ce qui faisait l’identité du Canadien de Tijuana. Mais c’était mal le connaître car un luchador a toujours un masque en réserve. Ce que démontra El Generico en réapparaissant avec un nouveau masque. Il avait d’ailleurs entretenu le suspense sur la question en conservant pendant un temps une serviette sur sa tête afin de masquer son visage.

 

Devant tant d’effronterie, Steen proposa le 15 novembre de régler définitivement leurs comptes à Final Battle. Il mit également son contrat avec la ROH dans la balance si El Generico acceptait de mettre son masque en jeu. Quelques jours plus tard, il fut décidé par Cary Silkin, le président de la fédération, que ce match serait un Fight without Honor. Cette stipulation s’apparente à un Extreme rules. Il faut savoir que la ROH disposait alors d’un code de l‘honneur obligeant par exemple les adversaires à se serrer la main avant le match ou interdisant l’usage d’armes (sauf cas particuliers). Le choix de cette stipulation n’était donc pas anodin d’autant que, de toute manière, Steen ne respectait plus rien, il en était arrivé au point où il s’attaquait à des fans dans le public qui portaient le masque d’El Generico.

 

Et vu leur passé commun, la ROH décida de ne prendre aucune responsabilité dans ce match et annonça qu’il se déroulerait une fois les autres matchs de la carte passés. Le main event officiel devait donc voir Roderick Strong défendre la ceinture de ROH World Champion contre Davey Richards. L’affrontement entre les deux Canadiens étant considéré comme un bonus presque non-officiel. En clair, il s’agissait d’une nouvelle manière de montrer le caractère exceptionnel de la rivalité. Cette feud était beaucoup trop violente pour la ROH. Ce qui n'empêcha pas la fédération de promouvoir le match, bien entendu.

 

Et violent, le match le fut. Tables, échelles et chaises furent utilisées comme il est de coutume dans ce genre de bataille et les deux lutteurs enchaînèrent spots dangereux et vols de finishers. Mention spéciale au suicide dive d’El Generico entre une table et une échelle. Corino et Cabana intervinrent et quatre arbitres furent utilisés pendant le match et donnèrent également de leur personne. Le premier fut assommé par une droite de Steve Corino, le second reçut un big boot involontaire du luchador en pleine tête et le troisième fut victime d’un piledriver de la part de Steen pour avoir été trop long à faire le compte de 3. Quant au dernier, il eut la vie sauve.

 

Finalement, le match se termina par une victoire du luchador après que celui-ci eut mis KO son adversaire grâce à un coup de chaise dans la tête. Juste avant, Steen avait tenté de l’attendrir en le suppliant et en lui tendant son masque mais El Generico, hésitant dans un premier temps, l’exécuta proprement.

 

 

Aftermath

 

 

Ne vous inquiétez pas. Ils n'allaient pas se quitter comme ça.

 

 

Cette victoire sonnait la fin de la première partie de leur rivalité. Steen était banni de la ROH tandis qu’El Generico retournait rapidement en midcard. Il conquit le titre TV à Best in the World le 26 juin 2011 face à Christopher Daniels et le perdit seulement 48 jours plus tard face à Jay Lethal.

 

En parallèle, Steen fit un retour remarqué lors de ce même Best in the World. Steve Corino était d’abord apparu accompagné de Jimmy Jacobs afin de demander pardon au public pour toutes leurs mauvaises actions puis appela Kevin Steen. Ce qui provoqua l’ire de Jim Cornette, qui occupait un poste équivalent au General Manager, qui ordonna qu’on mette le Canadien dehors.

 

Et à raison, car si dans un premier temps Steen semblait vouloir faire amende honorable, il n’en fut finalement rien. Il injuria la fédération et le public puis provoqua une bagarre générale. Il dut être expulsé manu militari par la sécurité et une partie des catcheurs dont El Generico lui-même.

 

Par la suite, Steen monta une stable avec Jimmy Jacobs et Steve Corino intitulée S.C.U.M. puis conquit le ROH World Championship des mains de Davey Richards le 12 mai 2012 à Border Wars.

 

De son côté, El Generico fit quelques tryout à la TNA en janvier. Le 11, il perdit en dark match contre Amazing Red, puis le jour suivant il triompha de TJ Perkins toujours en dark match. Bien qu’il fut remarqué par les officiels lors de ses essais, il ne fut pas retenu.

 

Il catcha également au Japon et en Amérique du Sud ainsi que pour d’autres promotions indépendantes. Il perdit notamment un match pour le CZW World Heavyweight Championship contre Masada le 8 septembre 2012. Il eut un peu plus de succès dans la fédération allemande, et plus importante fédération européenne, la Westide Xtreme Wrestling (WxW) puisqu’il remporta le WxW Unified World Wrestling Title contre Tommy End le 11 août 2012. Toutefois, il perdit la ceinture le lendemain dans un match à quatre l’opposant à Bad Bones, Karsten Beck et Axel Tischer qul l’emporta.

 

Entre-temps, le 30 mars 2012, il retrouva à la ROH sa Némésis à Showdown in the Sun dans un Last Man Standing Match qu’il perdit. Les fans crurent pendant un temps que ce match allait relancer leur feud mais El Generico disparut des écrans de radar.

 

Comme indiqué plus haut, Kevin Steen devenait champion de la ROH cinq semaines plus tard. Un règne de terreur commença. Néanmoins, alors qu’il paraissait plus fort que jamais, et après avoir battu Michael Elgin à Glory by Honor XI le 13 octobre, il reçut un colis juste après son match. Intrigué il ouvrit le paquet et son expression passa de l’interrogation à l’horreur lorsqu’il vit ce qu’il contenait : un masque d’El Generico.

 

Deux ans après leur match dantesque, il était donc temps d’en finir une bonne fois pour toutes. Et ce coup-ci, le titre mondial était en jeu. Là aussi le choix de la stipulation se porta sur un match brutal à savoir le Ladder War. Et la guerre fut une nouvelle fois totale entre les deux mais cette fois-ci ce fut Kevin Steen qui l’emporta. Et on peut dire qu’il y mit le paquet :

 

 

 

 

Ce match fut le dernier d’El Generico à la ROH.  Quelques semaines plus tard, le 9 janvier, sa signature à la WWE était annoncée et, en février, il débutait (sans combattre) à Nxt. Entre-temps, il participa le 12  janvier à un dernier tournoi tag team pour le PWG World Tag Team Championship lors du show DDT4. Pour l’occasion il s’allia avec son meilleur ennemi. Le duo SteenErico fut ainsi reformé l’espace d’un soir. Ensemble les deux Canadiens se frayèrent un chemin jusqu’à la finale après avoir éliminé les frères Briscoe et les Future Shock (Adam Cole et Kyle O’Reilly).

 

En finale, ils perdirent contre les Young Bucks. Défaite pouvant potentiellement raviver les vieux démons de Final Battle 2009. Mais cette fois-ci Kevin Steen  prit son camarade dans les bras en larmes au grand étonnement de ce dernier, scellant ainsi leur réconciliation. La foule lui rendit également un vibrant hommage et le remercia pour tout ce qu’il avait pu leur apporter ces dernières années.

 

Dans les jours qui suivirent, El Generico termina ses derniers engagements sur le circuit indépendant (il eut un match à la Battlewar Pro Wrestling et deux à la Hart Legacy Wrestling) puis put enfin se consacrer pleinement à la WWE.

 

 

The N(e)xt Ginger Thing

 

 

Bonjour. Je suis le réparateur de la photocopieuse.

 

 

La signature dans la plus prestigieuse des fédérations mondiales ne fut pas sans conséquences pour Rami Sebei. Premièrement il dut abandonner le personnage d'El Generico pour celui de Sami Zayn. Ce choix se justifia par le fait qu'El Generico était officiellement retourné au Mexique s'occuper d'un orphelinat.

 

Autre changement notable, la perte de son masque. Sa première apparition au cours d'un live event de Nxt en Floride avait laissé apparaître qu'il n'en serait rien. Il était alors apparu dans le coin de Brodus Clay portant les attributs classiques d'El Generico (masque donc, mais aussi la cape et le pantalon noir et rouge). Mais finalement, lorsqu'il commença réellement dans le show jaune, non seulement il avait perdu son masque mais aussi son nom (il catcha d'abord sous son vrai nom avant de prendre celui de Sami Zayn) et même son pantalon qu'il troqua pour un slip rouge de mauvais goût. El Generico devint ainsi un catcheur générique. Un brin ironique n'est-ce pas.

 

Dernière modification: l'adaptation de son moveset au style de la WWE. Comme la plupart des catcheurs indy débarquant dans la fédération de Vincent Kennedy McMahon, il a dû opérer quelques changements dans sa façon de catcher. Par exemple il ne peut plus utiliser le Brainbusthaaa comme finisher et il lui fut demandé d'être moins rapide dans ses exécutions afin que le rythme du match soit meilleur (ce qui fit dire à FN Lutte, toujours en place lorsqu'il s'agit de traduire des news en anglais, qu'il était trop fort pour la WWE. Non il fallait juste qu'il ne catche pas comme un bourrin mais qu'il repense sa manière d'aborder les matchs). Car il ne sert à rien d'exécuter rapidement différents spots jusqu'à la nausée, ce qui est un des principaux problèmes du catch indépendant (pour plus de détails vous pouvez jeter un œil à l'affrontement entre les Young Bucks et The Addiction lors du dernier Final Battle).

 

Les débuts télévisés du désormais Sami Zayn se firent le 22 mai 2013. Il battit d'abord Curt Hawkins en ouverture du show, puis vainquit Cesaro au cours du même épisode. Des débuts fracassants qui le placèrent rapidement parmi les valeurs sûres de Nxt.

 

Sa première véritable feud fut contre Cesaro qui avait peu goûté de perdre face à un débutant. C'était une idée logique que de mettre Rami Sebei face à l'ancien Claudio Castagnoli puisque ce dernier avait également catché pendant longtemps sur la scène indépendante. Les deux hommes avaient même parfois croisé le fer. Surtout, c'était deux francophones qui pouvaient donc s'invectiver dans la langue de Molière devant des mangeurs de burgers éberlués.

 

 

Sur cette image un barbu assume son handicap. Sauras-tu le trouver ?

 

 

Leur feud s'acheva au mois d'août après un two-out-of-three-falls qui vit la victoire du Suisse. Quelques jours plus tard Zayn catcha pour la première fois lors d'un house show de la WWE à Montréal où il put enfin prendre sa revanche contre Cesaro.

 

Cette rivalité permit de mettre le Canadien en avant grâce, notamment, à un excellent adversaire. La suite fut cependant moins rose puisqu'il dut faire le job pour Bo Dallas alors champion Nxt. Une hérésie du niveau du crime de félonie que commirent les bookers en choisissant le Miz comme mentor de Daniel Bryan lors de la première saison de Nxt. D'autant que Zayn perdit la feud et mit sa conquête du titre entre parenthèses afin de venir à bout de Tyson Kidd durant le printemps 2014.

 

Une conquête mise entre parenthèse également parce qu'entre-temps Adrian Neville avait pris la ceinture des mains boudinées de Bo Dallas dan un ladder match à Nxt Arrival, le premier ppv du show jaune. Or le natif de Newcastle était le meilleur ami de Zayn. Du coup il était délicat de vouloir aller chercher la ceinture, surtout lorsque l'on sait les rapports délicats qu'il a entretenus à une époque avec son autre meilleur ami.

 

Tout changea lors du troisième ppv de Nxt intitulé Fatal Fourway le 11 septembre. Adrian Neville devait défendre sa ceinture contre Tyler Breeze, Tyson Kidd et Sami Zayn. Et le Canadien était en mesure de l'emporter lorsque l'Anglais attrapa l'arbitre pour l'envoyer dehors. Cette distraction coûta la victoire à l'ancien luchador qui mit du temps à se relever d'une pareille trahison. Il perdit même contre Titus O'Neil à Nxt puis contre Tyson Kidd par deux fois à Main Event tellement il fut perturbé.

 

Bien décidé à devenir le prochain Nxt champion et se sachant dans une mauvaise position il entama une route vers la Rédemption qui le vit battre successivement Tyson Kidd, l'inarrêtable Titus O'Neil puis Tyler Breeze. Cette dernier victoire lui permit d'obtenir un title shot pour le Nxt Championship.

 

Malheureusement il gâcha cette chance lorsqu'il fut victime de la roublardise d'Adrian Neville. Pendant leur match de championnat, Neville feignit une blessure qui perturba l'ancien luchador. Ce dernier s'approcha de son adversaire qui l'attira vers lui pour l'emporter via un petit paquet. Une victoire pleine de malice qui faillit entamer le moral de Zayn.

 

Mais malgré cet accroc, malgré l'adversité, le Canadien parvint enfin à vaincre le signe indien lors de Nxt R-Evolution dans un match qui marqua les esprits par son intensité et surtout par l'arrivée de celui-là :

 

 

Ah copain comme c'est bon de te retrouver. Ça serait une honte qu'en un moment pareil il t'arrive…

 

 

…quelque chose.

 

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