Catch

Rumble 2015 : un record de médiocrité

– Mais c’est de la merde ?

– Non, c’est kloug.

Monsieur Poisseau et Preskovitch, Le Père Noël est une ordure

 

Alors bande de petits sacripants ? On s’est gavé pendant les fêtes ? On a été rassasié ? Et vous pensiez sans doute que le père fouettard ne reviendrait jamais ? Que nenni ! Car par l’odeur putride alléché, je viens vous tenir à peu près ce langage : ce Rumble a été vraiment navrant.

 

 

Rassurez-vous, ils n'ont pas osé.

 

 

Nalyse du Royal Rumble 2015

 

 

Oui je sais, comme accroche c’est nul, dès le paragraphe d’intro on a le ton général, c’est contre-productif au possible. Mais quand on a placé de hautes attentes dans un PPV et qu’on reçoit une douche froide sur les parties génitales, il faut parfois qu’un long hurlement rauque et puissant sorte de la cage thoracique pour exorciser la contrariété brutale ressentie.

 

Bon, je pense que vous vous branlez un peu de ma vie, mais pour tout vous dire j’avais pris du recul vis-à-vis du catch depuis quelque temps (du coup pardon si d’éventuelles approximations se glissent dans ces lignes), laissant les Cahiers à des bisounours patentés et à des rédacteurs aviné(e)s, au mieux. D’ailleurs, même eux semblaient s’inquiéter de plus en plus du produit proposé, même Jyskal ayant été surpris en train de prendre des sels minéraux pour entretenir le moral, preuve que les choses étaient graves. Du coup, le Rumble apparaissait comme l’occasion de repartir dans la bonne direction, de taper juste et droit : avec le retour de Bryan, le parfum de mystère qui entoure le Rumble Match et ses entrants et surtout la Road qui s’annonce, il était improbable que la WWE commette à nouveau l’erreur colossale de l’an dernier. Mais si, souvenez-vous, la victoire de Batista, d’une tristesse affligeante. C’était hors de propos.

 

Eh bien, tout se résume en quelques mots : le WWE Network. Ou plutôt l’annulation. Suite à ce PPV, un mouvement sur Twitter a porté le hashtag #CancelWWENetwork au sommet du trending worldwide, et lorsque la WWE a fait un sondage pour connaître le degré de satisfaction du public, celui-ci s'est révélé à 77%… mécontent.

 

 

J'en suis bouche bée, aussi patientons avec un vieux monsieur en fichu vert.

 

 

77% putain de suiveurs qui désapprouvaient le produit fini. Quelle entreprise peut commettre un fiasco de cette dimension ? Quelles sont les raisons de ce naufrage ? Reprenons le train chronologique des événements.

 

Premier match, le fameux kickoff : New Day contre Kidd et Cesaro. New Day, c’est le purgatoire de Kofi, qui n’en finit plus de couler, face à Kidd et Cesaro, dont on se demande toujours ce qu’ils ont fait pour mériter ça. Cesaro est tout de même très over avec le public, livre des prestations ahurissantes en permanence, et se retrouve dans des matchs de merde contre des tocards, là où sa place devrait être a minima l’upper midcard. Soit. Au moins, sur le papier, Kingston, Kidd et Cesaro sur le ring, ça pouvait envoyer de la purée épaisse. Du reste, c’est à peu près ce qui s’est passé, le match enchainant quelques moves vraiment remarquables, malgré les efforts continus de Big E pour casser le rythme. Les trois autres ont fait le boulot, plus qu’honorablement, sans ménager leur peine. Dix minutes qui finalement passèrent toutes seules avec un match très honorable — et en plus une victoire des deux bad guys.

 

 

Oui alors t'es gentil tu laisses les grands travailler, hein Big E ?

 

 

La question est donc : pourquoi avoir mis ce match en kickoff et pas en opener à la place de la sinistre bouse qui nous a été servie ? (la question subsidiaire étant de savoir ce qui a pu passer par la tête des bookers pour avoir ne serait-ce que l'idée d'associer un jour Kidd et Cesaro à ce sinistre tâcheron d'Adam Rose).

 

Résumons : d’un côté, les New Age Outlaws, qu’on sort du formol une fois par an, supposés représenter l’honneur des superstars passées mais de plus en plus décatis, et de l’autre l’Ascension, duo quelconque de NXT qu’on envoie en PPV sans même les roder un peu plus dans le grand bain. Total des opérations, et quelle surprise : un gros match moisi. D’abord, un énorme défaut de rythme, là encore, trop d’actions lentes et peu maîtrisées, des mouvements manquant de folie, bref un match plat et creux. Bon sang, l’opener, c’est quand même LE match qui doit mettre le public télévisuel sur les rails, lui donner la dalle, le maintenir devant le poste. COMMENT peut-on espérer maintenir les gens devant des purges pareilles ? Les NAO n’y perdent pas grand-chose, mais que dire alors d’Ascension, qui se consume avant même d’avoir commencé la sienne, d’ascension ?

 

 

– Mon coeur saigne, Konnor.

– Je sais, Vladivostok, serre moi fort.

 

 

Le match suivant a suivi la même logique pour une raison assez vicelarde : il opposait le Miz et sa doublure aux Usos, pour le titre. Or, le duo, pour le coup, fonctionne relativement bien, à bien y réfléchir. Les occasions d’associer un heel et un face, ou en tous cas un chouchou du public, de manière à peu près astucieuse, ne sont pas légion, et réunir les deux hommes de façon burlesque a été l’une des rares inspirations recevables de la WWE ces dernières semaines. Or, évidemment, plus le temps passe, et plus le Miz prend ombrage de la popularité (par ailleurs étonnante) de son alter ego. Du coup, encore plus que d’habitude, il n’a jamais laissé à l’ex-sauveur l’occasion d’entrer sur le ring, allant jusqu'à perdre ce title shot. Or, ce qui se conçoit bien en termes de création de binôme et de personnage a ici été, vicieusement je le disais, un handicap.

 

 

Damien, il en a une COMME ÇA !

 

 

Je sais, j'ai testé pour vous !

 

 

Le Miz, dans le ring, est véritablement assez nul. Je fais partie de ceux qui l’ont toujours trouvé assez médiocre, même si lorsqu’il a battu Cena à Wrestlemania j’en ai souillé mes chausses d’aise, mais ce n’était pas lié à sa prestation. Dans ce cas, de deux choses l’une : soit le match aurait dû durer deux fois moins longtemps, soit il aurait fallu que Sandow vienne apporter un peu de fraîcheur en entrant. On peut comprendre la démarche, mais il n’y a pas besoin de dix minutes de catch médiocre pour la saisir. En revanche, la WWE est en train de bâtir une belle popularité à Sandow, ce qui serait fort réjouissant si elle n’allait pas, comme d’habitude, ne rien en faire.

 

Ah ? C’est l’heure de l’entracte, autrement dit le match des Divas. Là encore, que dire ? D’un côté, Paige et Natalya, talent et technicité, et de l’autre deux catcheuses beaucoup trop limitées qui ont pour seules particularités d’être les vaisseaux amiraux de Total Divas et les compagnes de Bryan et Cena. J’ai besoin de vous dire qui a gagné ? Eh oui, évidemment, la WWE n’ayant rien d’une méritocratie, ce sont les deux harpies jumelles, beaucoup trop souvent assises sur leur meilleur profil, qui l’emportent face à deux adversaires méritantes qui ont comme il se doit bien plus montré durant le match que les deux pistonnées. D’une tristesse totale.

 

 

Le combat capillaire, c'est vraiment une stipulation de merde.

 

 

Vient ensuite le match pour le titre suprême. Enfin. Enfin Brock consent à défendre son bien. Et s’il bat Cena, selon toute logique, ce dernier sera enfin en dehors de la course au titre. Ce ne sera pas du luxe.

 

Et là, pour le coup, on a eu  un grand, un très grand match. Vraiment. Des tables des commentateurs cassées, des démonstrations de puissance ahurissantes de Lesnar, Cena qui soulève encore une fois deux mecs dans un énorme AA, Rollins et son agilité qui arrive à exister entre deux Goliath dans un registre évidemment empreint de vice. Et il faut admettre que l’ensemble a été fort bien construit : le gros du match, au moins au début, est assuré par Cena et Lesnar qui, de par leur puissance, se taillent forcément la part du lion au détriment d'un Rollins qui opère donc par banderilles successives, le payant régulièrement de quelques branlées solides. Jusqu’à ce moment où Lesnar traverse la table des commentateurs espagnols, récoltant au passage soi-disant une côte cassée. Et là, tout bascule. Cena a dépensé beaucoup d’énergie contre Lesnar, ce qui équilibre les débats face à Rollins, et les deux hommes s’en donnent à cœur joie, dans un ballet de nearfalls pour le coup vraiment haletant : Lesnar peut-il perdre sur un coup du sort, puisqu’il est actuellement hors course ? Rollins peut-il créer l’exploit ? Si oui, on se trouverait face à un champion porteur de la mallette, du jamais vu sauf erreur. Du coup, évidemment, on est inévitablement absorbés par le match et son enjeu, jusqu’au retour en boulet de canon d’un Lesnar déchaîné qui atomise ses deux adversaires avant de conserver son titre.

 

 

Un homme qui mesure mal les conséquences de ses actes se cache sur cette image, sauras-tu le retrouver ?

 

 

Résultat inévitable, mais résultat burné. Résultat burné parce qu’il ne fallait pas faire paraitre Rollins encore plus faible. Il fallait aussi que Cena ait sa chance, par rapport à son statut. Sur ce match, et c’est son grand mérite, Lesnar a détruit ses adversaires, mais aucun des deux n’en sort affaibli, au contraire. Lesnar est tout simplement trop fort. Il était, je pense, impossible de toute façon que la bête perde : après avoir conquis la streak, il est auréolé d’une aura incroyable qui rejaillira sur celui qui le fera tomber. Ce genre de boucle ne peut se boucler qu’à Wrestlemania, au terme d’un match homérique contre un adversaire qui a intérêt à avoir de la bouteille, car ce qui s’y jouera, c’est tout simplement un passage de relais entre les deux hommes. Genre un quickening bien bourrin dans Highlander. Bref, un match bien construit, bien pensé et bien fini, et une belle satisfaction.

 

 

En prison, celui de droite serait l'esclave de celui de gauche.

 

 

Seulement, le problème du Rumble, c’est que finalement le seul match qui compte, le plus souvent, c’est le Rumble lui-même, occultant tout le reste. Du reste, il valide souvent le match précédent, en indiquant qui sera l’adversaire du vainqueur dudit match.

 

Je vous dois une confidence : j’ai fait un acte de foi en votant pour CM Punk. Si d’aventure il était revenu, quel extraordinaire work ç’aurait été ! Quelle façon incroyable de construire un retour et une date mémorable. Mais Punk ou la WWE ou les deux sont des sales cons revanchards, et bien évidemment cela n’arriva pas. Qu’importe ! Les solutions intéressantes ne manquaient pas. Bryan bien sûr. Ziggler ou Cesaro, pour enfin offrir au Universe un champion qu’il réclame. Ambrose, pourquoi pas, même s’il est encore vert pour un main-event de Wrestlemania. Ou une surprise de qualité (lire : pas Batista).

 

Las.

 

Les deux premiers sont The Miz et R-Truth. Tiens, le bon Ron n’est pas mort. Quant au Miz, j’adore voir recatcher un type qui l’a déjà fait le même soir, c’est d’un ridicule…

 

Troisième entrant : Bubba Ray Dudley. Le public a l’air ravi de voir le gaillard revenir de la TNA, et il faut avouer qu’il a encore quelque chose à offrir, peut-être pas dans l’explosivité mais son rapport au public semble très positif, et le public ne tarde évidemment pas à réclamer des tables. Retour gagnant, de plus, puisqu’il élimine les deux médiocres.

 

Numéro 4 : Luke Harper. Ah, enfin un peu de sérieux dans le ring. Les deux hommes font jeu égal, même si on sent bien qu’Harper met le frein à  main pour ne pas détruire son adversaire.

 

Numéro 5 : Bray Wyatt. Belle idée. Le mentor et son disciple éliminent rapidement Bubba, alors que le public réclame le retour du frère de ce dernier.

 

Numéro 6 : Curtis Axel qui se fait démolir proprement par Rowan et ne montera même pas sur le ring. La Wyatt Family est recomposée et contre toute attente les deux disciples s’unissent pour « tuer le père ». Pourtant, Bray parvient à éliminer les deux. Hélas, ce n’est pas un spot qui marquera les esprits, mais la performance est intéressante.

 

 

Bray Wyatt nous explique l'humour. Aujourd'hui: 'cule un mouton.

 

 

Numéro 7 : The Boogeyman, qui se fait proprement massacrer par Bray. C’est gentil d’être revenu, mais ce n’était pas utile.

 

A vrai dire, les numéros 8 et 9, alias Sin Cara et Zack Ryder, passés donner des nouvelles (coucou, on n’est pas morts !), se font exécuter aussi. Le problème, c’est que du coup, on a souvent un lutteur tout seul dans le ring, en l’occurrence Wyatt, et le tempo du match s’en ressent. Pour tout dire, on s’emmerde ferme.

 

ENFIN, le numéro 10, Daniel Bryan ! Apparu affuté pour son retour, il lui faut à présent soigner cette prestation et c’est peu dire que pendant 90 secondes il n’y en a que pour lui. Bryan est en grande forme.

 

Numéro 11 : Fandango. Bryan est débordé mais résiste vaillamment.

 

Kidd entre en douzième position, et comme de juste Bryan et lui s’offrent quelques moves savoureux et plein de panache, comme un double crossbody impressionnant.

 

Numéro 13 : Stardust. Petit jeu de tentative d’élimination croisée avec Fandango, et un effet miroir pas mal négocié par les deux hommes qui ont le grand mérite de secouer un peu le match — dont l’entrée de Bryan n’a finalement que peu affolé le rythme. Bray et Bryan décident de régler leurs comptes dehors un moment.

 

Numéro 14 : si vous nous lisez, vous savez que ce numéro est maudit et attire la poisse à son porteur : licenciement ou pire… Mais cette année, au temps pour la malédiction : Diamond Dallas Page, il est quand même un peu maudit tout seul, pas la peine de le licencier, on ne le voit déjà plus. Cela dit, pour ses soixante piges, le gaillard a de la ressource. Ça conserve, le yoga. DDP distribue les Diamond Cutter à l’envi, s’assurant un petit spot sympathique.

 

 

La WWE, soucieuse de son image auprès des CdC, affiche toujours ce numéro en gros plan. Comme un hommage.

 

 

Numéro 15 : Rusev. On parle donc du gaillard sur lequel tous les gros balaises se sont cassé les dents. Si vous regardez le ring, des gros balaises, il n’y en a plus des caisses, autant dire que Rusev est largement en position de force. Première victime, DDP, prestement foutu dehors. Suit Fandango, enfin. Bryan affronte Rusev et Wyatt, mais ces derniers s’allient pour éliminer la chèvre. Voilà, c’est fait, Bryan n’est plus dans la course, et il y a peu de chances qu’il s’invite dans le main event cette année encore.

 

Du coup, que penser ? McMahon a-t-il décidé de se venger de ce salaud d’Universe qui lui a forcé la main l’an passé, chose qu’il déteste, appuyé en cela par son crétin de gendre qui ne jure que par les gros messieurs (et on a pu constater ce soir à quel point ils sont devenus la norme) ? Bryan va-t-il encore essayer d’utiliser le public ? Ou bien va-t-il revendiquer un title shot pour un titre qu’il a été contraint d'abandonner dans des circonstances étranges ? L’avenir nous le dira, mais Bryan/Lesnar/connard random aurait de la gueule, il faut l’admettre. Si le connard random en question assure quand même entre les cordes.

 

 

Faciale de Lesnar, allégorie

 

 

Bref, Goldust entre en numéro 16. Le public, de son côté, digère mal la sortie de Bryan et le fait savoir. Premier élément de Wrestlemania : Stardust essaie d’éliminer son frère ! Aura-t-on enfin cette feud fraternelle à Mania ? Neuf semaines pour construire ça, c’est faisable. Mais il faudrait alors que l’un des deux élimine l’autre.

 

Kingston porte le dossard 17. Comment va-t-il échapper à l’élimination cette année ?

 

Adam Rose arrive en 18. On avait échappé à ce débris jusqu’à maintenant. Rusev expulse Kingston, qui tombe sur les Rosebuds, lesquels… le reposent bien gentiment. Sur le ring. Heu… Les blaireaux ? Vous savez que c’est un adversaire de votre patron ? Peu importe, du reste, puisque Rusev n’aimant pas laisser son travail en plan, il finit son œuvre en éliminant Double K.

 

 

On t'a pas dit Kofi ? Maintenant on est le KKK Express !

 

 

Arrive Roman Reigns. Première action, il élimine les frères Rhodes. En soi, étant donné son carton l’an dernier, il faut qu’il brille un minimum cette année. Il reste donc, pour que vous suiviez, Reigns, Rusev et Wyatt (eh oui). En revanche, on note que les deux frères sont éliminés en même temps. Dommage, on aurait gagné un peu de temps sur la feud annoncée en faisant éliminer l'un par l'autre.

Big E ne change à peu près rien à l’équilibre du match, qui vire enfin à la grosse mêlée. Pas plus que Mizdow, d’ailleurs, intercepté par The Miz qui entend voler son spot, avant de se faire virer par Reigns, le même sort étant réservé à Mizdow par Rusev. Évidemment, les signes de tension entre les deux hommes croissent. Les Rhodes, les Miz : deux rivalités comparables à Wrestlemania ? Difficile de savoir si c’est une bonne idée.

 

 

Mike l'a miz dowors.

Désolé.

 

 

Un peu de nationalisme bon teint avec Swagger, et c’est à ce moment précis qu’un fait saute aux oreilles : le public est atone. Non seulement il s’emmerde, et il a raison, mais en plus on lui a enlevé son Bryan, donc il est vaguement remonté. Bukkake général dans le ring, mais toujours rien de neuf.

 

Numéro 23, c’est Ryback qui s’y colle, avec pour seul impact de pulvériser Rusev d’une corde à linge qui a dû faire sourire JBL.

 

Kane, aussi appelé l’homme qui a souillé 2014, porte le numéro 24. Alors que sa cible désignée, en tant que chien de l’Autorité, est Reigns, ou Ryback éventuellement, il préfère rapidement tourner son regard sur Rusev. Donc, en gros, au moment où un spécialiste de l’épreuve comme lui peut avoir un impact stratégique énorme pour ses employeurs, il fait n’importe quoi. Là encore, les bookers nous ont servi de la belle et solide bouse, bravo à eux.

 

Notons tout de même qu'à cet instant précis, il n'y a QUE des golgoths sur le ring. Heureusement, Ambrose, lui, arrive à apporter du punch entre les cordes avec son charisme et sa folie. Même si lui non plus n’arrive pas à soulever Rusev : tu m’étonnes, il a le centre de gravité bien bas, le petit verrat aux jambes arquées. Du coup, Dean tente des actions un peu suicidaires et distribue généreusement des mandales. Pourtant, on peine à voir en lui un prétendant sérieux pour la victoire.

 

 

Ce qui en fait moins d'une par année de vie. Et là, soudainement,

on réalise.

 

 

Mais d’ailleurs… Il n’y a aucun prétendant sérieux sur le ring à l’heure actuelle. À part Bryan, il n’y en a d’ailleurs pas eu jusqu’à maintenant. La WWE a réussi son pari : en fusionnant les deux titres et en densifiant le plafond de verre à force de se fixer sur SES choix, souvent discutables, elle a réussi à ne créer aucun vainqueur potentiel, exception éventuellement faite de Reigns qui a surtout pour lui un piston aussi incroyable qu’à mon sens peu mérité.

 

Titus O’Neil, le numéro 26, ira aboyer son désespoir ailleurs, puisqu’il est sorti aussitôt entré.

 

Bad News Barrett est-il un postulant sérieux ? La question se pose puisqu’il arrive, et il est vrai que n’était-ce une fragilité persistante l’Anglais n’a pour ainsi dire jamais réellement déçu, revenant toujours à un niveau très satisfaisant, et étant toujours excellent au micro.

 

Nouveau postulant, cette fois, avec Cesaro. Ou plutôt non, je vais être honnête, j’ai envie d’y croire sans y croire. Cesaro, pour une raison qui m’échappe, est boudé par le staff, alors même qu’il est, à mon sens, ce qui se fait de mieux entre les cordes à l’heure actuelle, même devant Bryan… Cesaro balaie le ring d’uppercuts toujours aussi brutaux, pourtant l’élimination qui vient enfin, celle de Big E, est l’œuvre de Rusev.

 

Big Show fait son entrée. À la Batista, on fait gagner le géant ? Non, a priori, il est là pour appuyer Kane et enfin éliminer les gêneurs. Oui, mais pour favoriser qui ? Qui, parmi les présents, ferait les affaires de l’Autorité ? L’un des deux ? Cesaro ? Barrett, qui a déjà clamé son allégeance ? Wyatt ? En tous cas, l’union des deux monstres fait effet rapidement avec l’élimination de Ryback et Swagger.

 

Enfin, le trentième et dernier entrant est Ziggler. On a actuellement, sur le ring, deux chouchous du public avec Cesaro et Ziggler. L’espoir commence un peu à se faire jour. Toujours déterminé et tenace, le blondinet attaque les géants, se fait repousser, combat Barrett et finit par le virer. Finalement, Cesaro se fait un peu éliminer comme un malpropre, également par Ziggler. Première déception. Sur ce, Show étend Ziggler, et les deux géants le portent et le jettent dehors. Vous avez bien lu : Ziggler se fait sortir comme on sort les poubelles. Récapitulons : sur les trois favoris du WWE Universe (en tous cas je pense), le premier, Bryan, a été viré sans grande gloire, Cesaro sans panache, et Ziggler carrément sorti comme une poubelle. Je suis paranoïaque, hein, mais parfois j’ai l’impression que les bookers me font une petite dédicace en prenant un malin plaisir à se foutre aussi royalement qu’ostensiblement des desiderata du WWE Universe quand ils ont le choix. Bon bon bon.

 

 

C'est bon Gégé, tu peux démarrer le bahut.

 

 

Wyatt finit par gicler à son tour. Du coup, autre problème, les quatre restants : Reigns, Ambrose, Show, et Kane. Sérieusement ? L’un des quatre doit assurer le main event de Wrestlemania ? C’est une plaisanterie ? Le public de Philadelphie, toujours assez rude, ne s’y trompe que peu, et commence à entonner des « bullshit »…

 

Nouvelle victime : Ambrose. Et là, l’issue du match est claire : Reigns va gagner. N’entretenons pas un suspense inutile : suite à une mésentente entre les titans, Reigns en profite et sort les deux. Il a gagné. Dans un silence de cathédrale, qui laisse vite la place à des huées qui tombent des travées comme autant de désaveux.

 

Évidemment, les deux ours blancs se ruent sur le ring pour détruire Reigns, et celui-ci doit son salut à l’arrivée inattendue de son cher cousin (dans la vraie vie, si si) The Rock. Ah tiens, Rusev n’était pas éliminé. Bon, eh bien Reigns le vire aussi.

 

Voilà.

 

L’Autorité apparait en haut de la rampe, mais ce que l’on retient, c’est que le public est tout simplement furieux.

 

Et il a bien raison.

 

D’abord, Reigns pue un peu le « fait du prince ». Il a une forme de charisme, certes, mais il n’a jamais rien prouvé dans le ring. Puissant, certes, mais c’est tout, aucun match de référence, simplement l’impression d’un piston permanent là où même un Cena (et vous savez combien je le hais) a mis du temps à se construire et s’affirmer. Aucune prestation de nature à laisser penser qu’il va assurer à Wrestlemania. Il a même fallu le soutien de son cousin pour faire passer la pilule, c’est dire, et en l’état actuel des choses, il est patent que Reigns n’a aucune chance contre Lesnar. Personne ne peut penser le contraire, ni que la donne peut changer en neuf semaines, à moins que Lesnar ne tombe sur une horde de légionnaires en manque de chèvres. On parle du mec qui a patiné avec une lèvre en sang alors que Lesnar a démoli deux mecs avec une côte cassée…

 

 

Évolution des mœurs : les femmes sont enfin autorisées à porter une cravate, et les hommes une robe. Il était temps, me souffle Axl.

 

 

Et ces huées… Incroyables, lourdes de sens et de déception… La WWE, avec son enquête de satisfaction et la campagne sur Twitter, a dû se lever avec une sacrée gueule de bois. Seulement, depuis un an, on a en face de nous une fédération qui n’est jamais effleurée par le doute et qui, emmenée par un VKM qui a perdu le flair incroyable qui était le sien, bien aidé par une fille et un gendre qui sont de sacrés abrutis, est convaincue que son orientation est la bonne alors même qu’elle ignore une base qui ne cache plus son mécontentement, une fédération qui aligne ad nauseam des gros messieurs au détriment de tous les techniciens et voltigeurs qui ont écrit de belles heures pour elle…

 

Alors oui, il y a de quoi s’inquiéter. Peut-être la perte subite de nombre d’abonnements et ces huées vont-elles inviter les bookers à se sortir les doigts et à renvoyer Reigns à ses chères études. Pourtant, il va quand même falloir que la compagnie commence à mener une réflexion de grande échelle. Car ce Rumble, au bout du compte, laisse une mauvaise impression liée à un main event qui est sans doute le plus mauvais que j’ai vu dans un Rumble.

 

D’abord, revenons non pas aux Superstars traités avec bêtise comme Ziggler par exemple, mais à Reigns, obligé de se faire aider pour s’en sortir, transparent pendant le match, et même pas auteur d’une prestation susceptible de faire croire à une victoire à Wrestlemania, face à un Lesnar qui le même soir a démoli deux sérieux clients en étant très diminué. Et c’est un prétendant moqué : le public a été jusqu’à espérer, en la chantant, une victoire de RUSEV, le Russe honni, celui qu’il devait adorer voir se faire éliminer ! À ce stade-là, il y a un gros, un très gros souci de compréhension entre la WWE et son public. Même The Rock n'a rien pu faire, c'est dire…

 

Ensuite, à une époque où la WWE peine à imposer son Network, ce réseau qui devait être sa manne salutaire, au Canada ou au Royaume-Uni entre autres, particulièrement déterminants en ce qu’ils sont des pays anglophones, peut-elle s’offrir le luxe de mécontenter la base à ce point ? Une base qu’on entend de plus en plus, PPV après PPV ? Et, pire encore, pour le début de la Road ? Comment peut-elle espérer que les acheteurs, puisque c’est de cela qu’il s’agit, se fient à elle pour produire du contenu de qualité, quand elle n’assure pas à un PPV aussi important ? Cela tient à peu de choses : écouter son public. Le respecter. Ce qu’elle ne fait plus depuis un moment.

 

 

Le sang ? Ah ouais j'ai voulu fêter ma victoire avec Rosa Mendes, mais elle était pas prête, je crois. LOL !

 

 

La WWE a fait gagner un candidat que beaucoup voyaient gagner, mais plus par raison que par envie. En le faisant mal, grâce en plus à un coup du sort grotesque. Le Royal Rumble n’a été immersif et impliquant à aucun moment, excepté, heureusement, lors du match pour le titre, même si au bout du compte cela se retourne contre elle puisque Lesnar apparait plus puissant que jamais. C’est difficile de builder un mec qui a détruit la streak sans le rendre invincible. Et bien c’est raté. Elle aurait pu un peu brosser le public dans le sens du poil en gardant ses idoles un peu plus longtemps dans le ring : elle les sort avec mépris. Et il aurait fallu, face à Lesnar, un type de très haut niveau, dont on aurait pu penser qu'il faisait le poids face à la bête, par son vice, sa technique, sa puissance. C'est en cela que Cena était un adversaire valable : personne ne peut affirmer que la puissance lui manque. Et pourtant ça n'a pas suffi. Il faut donc trouver autre chose. Or on envoie quoi ? Un catcheur puissant mais médiocre. CQFD.

 

Un Rumble, ce n’est pourtant pas compliqué : de beaux spots, UNE prestation à retenir parmi toutes, des candidats en ouverture qui soient sexy, de belles surprises. Mais rien de tout ça. Même  le dernier carré a été raté. Et que dire du moment où le vainqueur doit faire réagir le public, un heel en le faisant hurler de rage et un face en le chauffant à blanc. Ce soir, on a eu Reigns se faisant copieusement huer comme si la foule lui hurlait son absence de légitimité au visage, comme si la WWE n’avait rien compris, ou rien écouté après Batista.

 

Alors n’oubliez pas, car vous le savez si vous nous suivez, la WWE n’est pas seule : vous avez le choix. Et 2015 risque fort d’être une année charnière pour elle.

 

 

TOUT est là.

 

 

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