Catch

Samoa Joe is gonna kill you : Première partie

Make a mess dripping crimson and bone

Break your face with a stale ice cream cone

Kill You, Dethklok

 

Où l'on reviendra sur la carrière de Samoa Joe, catcheur débonnaire bedonnant parti se confronter à un autre catcheur à la bedaine bien remplie, l'on racontera avec tendresse sa rencontre avec John Cena, l'on rapportera avec tristesse ses plus hauts faits d'armes face aux mastodontes du catch japonais et l'on contera avec ferveur comment il tint tête à un jeune freluquet blondinet amateur de jus de carottes. 

 

 

Ou comment être une star du catch malgré un léger embonpoint.

 

 

Aperçu de la carrière de Samoa Joe sur la scène indépendante

 

 

L'Antre de la Bête

 

Une fois encore il avait vaincu son éternel adversaire. Une fois encore il avait joué au chat et à la souris avec lui avant de le mettre hors d'état de nuire pour de bon. Plus qu'un combat, ce fut un véritable massacre. Décidément il était écrit que Sami Zayn ne verrait jamais le jour face à Kevin Owens.

 

L'affrontement qui faisait tant rêver les fans de catch se finissait une nouvelle fois dans le chaos et sur une victoire de Kevin Owens, même si techniquement le match s'achevait sur un no-contest puisque tombé il n'y eut jamais. Mais l'essentiel pour le champion n'était pas là. Il avait voulu montrer à son fils comment un homme devait terminer un boulot qu'il avait commencé. Et la leçon fut terrible.

 

Kevin Owens conservait sa ceinture une fois de plus et personne dans le roster de Nxt ne semblait pouvoir être en mesure de venir le lui prendre. Même John Cena, provoqué un peu plus tôt dans la semaine par le Canadien, éprouverait les pires difficultés du monde pour venir à bout de l'autoproclamé Antéchrist de la lutte. Et tandis que, chaise en main, le Québécois s'apprêtait à achever son adversaire, une musique encore jamais entendue à Nxt retentit, provoquant des clameurs dans le public et semant le doute dans l'esprit d'Owens.

 

C'est alors qu'il apparut.

 

 

Je vais lui montrer qui est la véritable terreur des rings.

 

 

Portant son éternelle serviette sur les épaules, la démarche lente et assurée, Samoa Joe se présenta sur la rampe tandis que la foule, ivre de bonheur, entamait des chants à sa gloire dont le fameux « Joe is gonna kill you ».

 

La crainte apparut sur le visage du champion tandis que son nouvel ennemi s'avançait avec confiance. Owens tenta bien de faire face en se confrontant du regard avec le Samoan californien, mais, comme John Cena l'avait dit auparavant, il n'était qu'un gamin apeuré qui savait qu'il allait au devant de graves ennuis.

 

Mais comment un type venu de nulle part et au physique pas facile a-t-il pu être à l'origine d'autant d’effervescence chez les spectateurs que d'effroi chez le champion Nxt en titre ?

 

Pour comprendre cela, il est nécessaire de revenir quelques années en arrière et de se pencher sur le cas Samoa Joe. Un honorable bonhomme qui est tout sauf un inconnu dans le monde du catch indépendant et professionnel. Et avant d'aller plus loin, sachez que Joe compte trois matchs Cinq Étoiles à son actif : contre CM Punk en 2004, Kenta Kobashi en 2005 (si vous ne savez pas qui est Kenta Kobashi priez les Mânes de Tsurugimi, il se fera un plaisir de vous répondre) et le formidable triple-threat match contre Christopher Daniels et AJ Styles toujours en 2005. Ce match est d'ailleurs, encore à ce jour, l'unique match à cinq étoiles que compte la TNA.

 

L'atmosphère est placée.

 

 

Yo tu vas voir comment je vais te mettre la misère !

 

 

Dance with the Samoan

 

Né à Orange County le 17 mars 1979 sous le nom de Nuufolau Joel Seanoa, Samoa Joe est originaire d'une famille de danseurs polynésiens professionnels qui fonda la Polynesian Dance Troupe aux États-Unis. Lui-même pratique cet art, ayant été champion du monde de la discipline. Le public d'Impact avait d'ailleurs pu constater l'étendue de son talent lors de ses premiers mois à la TNA.

 

Il débuta sa carrière dans le catch à la fin de l'année 1999 à l'Ultimate Pro Wrestling, fédération qui était alors le territoire de développement de la WWF. Joe y rencontra notamment Mike Knox, Kazarian mais surtout John Cena avec qui il développa une solide amitié.

 

En 2005, l'ancien Prototype déclarait ainsi dans une interview à Slam Sports : « Je n'ai que des bonnes choses à dire à son sujet et je ne voudrais pas me retrouver contre lui ». Il révéla également que Joe faisait partie des gens à l'origine du « Thuganomics », lui et Cena passant des heures à faire du freestyle. Ils étaient tellement proches que la mère de Joe leur faisait à manger. Enfin la catchphrase « The Champ is here » fut le titre du thème d'entrée de Joe lorsqu'il était champion à la Ring of Honor.

 

 

Ils étaient jeunes. Ils étaient fous. Ils n'avaient pas peur de leur look.

 

 

Mais tout ne fut pas rose pour Joe car il ne parvint pas à convaincre les officiels et ne resta qu'un an à l'UPW. Bruce Pritchard lui jeta au visage qu'il n'était pas fait pour ce milieu et Jim Ross affirma que des gars comme Nathan Jones ou Heidenreich correspondaient davantage au profil recherché, et que c'était ce genre de personnes que les fans voulaient voir.

 

Pour information, le plus haut fait d'armes de Nathan Jones c'est de s'être blessé le jour de WrestleMania XIX alors qu'il était censé faire équipe avec l'Undertaker contre A-Train et le Big Show. Quant à Heindenreich… jugez par vous même.

 

 

Love, exciting and new 
Come Aboard. We're expecting you. 

 

 

C'est à se demander ce que l'ex Brother Love avait bien pu prendre comme substances interdites et si, en plus du visage, Jim Ross n'était pas aussi paralysé des yeux. Cependant, avant de les juger il faut rappeler que Joe était dans la même promo que Cena, qu'Orton et Batista n'étaient pas loin et enfin qu'un certain Brock Lesnar s'apprêtait à faire son apparition à la WWE. En clair il y avait du beau monde devant le Samoan.

 

Néanmoins le bon vieux JR mit de l'eau dans son vin et reconnut qu'avec le temps, il était devenu fan du style du Samoan et qu'à l'époque il estimait simplement que Joe n'était pas encore prêt pour signer à la WWE. Ce à quoi, l'Américano-samoan (il possède les deux nationalités) avait répondu qu'il appréciait l'honnêteté de Ross et qu'il saurait trouver la motivation afin de lui prouver le contraire.

 

Joe n'en a d'ailleurs jamais voulu à Ross et Pritchard. La suite de sa carrière ne se fondait pas sur « Je vais leur prouver qu'ils avaient tort » : pour lui l'affaire était classée. Pour preuve lors de l'arrivée de Pritchard à la TNA en 2010, les deux hommes s'étaient salués et avaient réglé l'histoire en un tour de main.

 

 

Et puis comment éprouver du ressentiment envers un homme pareil ?

 

 

À la conquête du Japon… ou pas

 

Suite à cet échec, le bon Joe franchit le Pacifique et débarqua à la Pro Wrestling Zone en juin 2001. Cette fédération était toute jeune puisqu'elle fut fondée seulement six mois plutôt par Shinya Hashimoto et affiliée à la National Wrestling Alliance (affiliation qui dura jusqu'en 2004). De là à y voir une relation de cause à effet avec le renvoi d'Hashimoto de la New Japan Pro Wrestling en novembre 2000, il n'y a qu'un pas. Toujours est-il que cette fédération existe encore aujourd'hui et qu'elle a notamment vu passer des catcheurs tels que Low-Ki, AJ Styles et les ex-Motor City Machines Guns.

 

Pour sa part, Joe n'y resta qu'un an. Il eut tout de même le temps de remporter les ceintures par équipes avec Keiji Sakoda (règne qui ne fut finalement pas reconnu). Il est à noter que le Samoan replet catcha sous son nom de Samoa Joe mais aussi sous celui de King Joe, bien qu'il n'ait pas remporté le King of the Ring.

 

Il prit part à quelques tournées pour la fédération mais préféra partir après qu'on lui eut proposé d'avoir un personnage plus marqué niveau gimmick. Jugeant préférable de conserver son personnage de bourrin qui vient te péter toutes les dents sans raison si ce n'est pour la rigolade, il retourna aux États-Unis en 2002 vers une fédération qui venait de se créer : la Ring of Honor (ROH).

 

 

Pour cela, il prit quelques précautions.

 

 

Le lecteur notera qu'il est curieux que Samoa Joe préféra conserver un personnage simple plutôt que de bénéficier d'un trait de caractère plus développé. Mais il faut savoir que son style bien stiff se marie très bien avec son personnage de gros bourrin.

 

En clair, ce qui intéresse Joe, c'est de s'imposer par la force et d'aller défier quiconque se prétendrait plus impressionnant que lui. C'est le challenge qui l'intéresse avant tout. Et si défier quelqu'un implique de devoir échanger des bourre-pifs, c'est mieux. C'est pourquoi il est très difficile de déterminer son alignement : lorsqu'il apparaît, le plus souvent c'est juste pour casser la gueule du type d'en face. Ce qui ne l'empêche pas d'être du côté des gentils ou des mauvais garçons selon les storylines. Disons que c'est un électron libre et qu'il vaut mieux ne pas le fâcher.

 

Par exemple, lorsqu'il vient se confronter à Kevin Owens, ça n'est pas parce que ce dernier s'en prend à Sami Zayn. A priori Joe s'en tamponne l'oreille avec une babouche. Non ce qu'il voit, c'est un champion dominant qui écrase au sens propre ses adversaires. Et ça, Joe il aime ! Mais ce qu'il aime encore plus c'est montrer à ces types-là que c'est lui le patron.

 

Il serait cependant injuste de résumer Joe à son côté bourrin. Pour un type de son gabarit, il est très agile et il possède un répertoire de prises très développé. On ne l'appelle pas the Samoan Submission Machine pour rien. Il appartient à la catégorie des Tazz, Chris Benoit, Chris Jericho, Eddie Guerrero et Kurt Angle. Mais avec un peu plus de gras.

 

 

Gras qui ne l'empêche pas de faire des suicide dive, soit dit en passant.

 

 

Joe quitta donc le Japon, un pays où il n'acquit jamais véritablement la popularité qui est la sienne aux États-Unis. Il retourna au pays du Soleil Levant pour deux brefs passage à la Pro Wrestling NOAH en 2007 et 2012 mais reçut au mieux un accueil froid.

 

Pourtant il eut des résultats spectaculaires là-bas puisque, associé à Yoshihiro Takayama, il battit Takeshi Morishima et Mitsuharu Misawa, le 25 octobre 2007, se payant même le luxe de faire le tombé sur ce dernier. Et si vous ne savez pas qui était Mitsuharu Misawa, ni ce qu'il représente dans l'Histoire du catch (et particulièrement au Japon) vous pouvez brûler un cierge, vous le coller dans le fondement et prier pour les Mânes de Tsurugimi.

 

 

Une tenue très populaire dans le quartier de Gerland.

 

 

Cette victoire fut vue comme un affront par le public japonais. Comment un simple gaijin pouvait-il l'emporter contre Dieu ? D'après certaines rumeurs, Joe serait même vu comme un plagieur de Misawa par les Japonais. Il faut dire que les deux catcheurs ont un profil similaire, à la fois technique et très rude. Mais de là à qualifier Joe de plagieur il y a quand même une marge.

 

Misawa put prendre sa revanche deux jours plus tard, quand il défendit le Global Honored Crown Heavyweight Championship (GHC), titre suprême de la fédération. On pourrait reprocher au match son booking un peu cliché. Joe étale une bonne partie de son arsenal, il domine pendant plus d'un quart d'heure mais ne parvient pas à l'emporter. Misawa finit alors par se réveiller et achève son adversaire en le frappant violemment dans la nuque. Évidemment il faut protéger la star locale (surtout quand c'est une star du statut de Misawa) mais ça n'empêchait pas de varier les temps forts. En cela le match contre Kenta Kobashi de 2005 est bien plus intéressant. Mais nous aurons l'occasion d'en reparler.

 

 

Tu m'étonnes que Misawa était vu comme un dieu au Japon. C'est lui qui livrait les cadeaux de Noël. Impossible de rivaliser.

 

 

Son deuxième passage à la Noah eut lieu en 2012. Associé à Magnus (alors son partenaire à la TNA), il remporta le GHC Tag Team Championship contre Akitoshi Saito et Jun Akiyama le 22 juillet. Titre qu'il perdit en octobre contre KENTA (l'actuel Hideo Hitami) et Taniguchi Maybach.

 

Malgré ces passages éclairs, Joe put quand même montrer ce qu'il savait faire à la NOAH. Il n'en fut pas de même du côté de l'autre grande fédération japonaise, la New Japan Pro Wrestling (NJPW). D'après certaines rumeurs, la NJPW aurait été vexée lorsque Joe, alors champion de la Ring of Honor, refusa de perdre le titre en juin 2004 contre Shinya Makabe. La fédération japonaise lui avait pourtant offert une forte somme d'argent, mais Joe préféra conserver son titre. La NJPW refusa dès lors de faire appel à l'incorruptible Samoan.

 

Mentionnons enfin un dernier détail qui n'aide pas à la popularité de Joe au Japon. Okada Kazuchika, sans doute un des meilleurs catcheurs de sa génération, lui servit de sidekick en tant que Sanada à la TNA en 2011. Le pauvre Okada s'était vu affublé d'une gimmick tirée du Frelon Vert et plus particulièrement de l'assistant du Frelon Vert, Kato (un bon point pour celui ou celle qui trouvera qui jouait Kato dans la série tv).

 

 

Certifié pas Samoa Joe compatible.

 

 

Pour conclure la partie japonaise de la carrière de Joe, signalons qu'il fit deux apparitions à la Wrestle-1 dans des matchs inter-promotion avec la TNA en 2014. Il perdit un 6-man Tag Team match associé à Masayuki Kono et René Duprée contre Keiji Muto (aussi connu sous le nom de The Great Muta), Rob Terry et Taiyo Kea.

 

Le second match se déroula lors d'un Bound For Glory tenu exceptionnellement au Japon. Joe défendit victorieusement le titre de la X-Division face à Kaz Hayashi et Low-Ki (ex Kaval à la WWE).

 

Petite précision : ces différents passage à la NOAH et la Wrestle-1 se firent dans le cadre d'échanges ou de tournées de la TNA. Il faut bien avoir conscience qu'il n'est pas rare de voir des catcheurs qui ne sont pas à la WWE lutter dans plusieurs fédérations. En clair, en dehors de son passage à la Pro Wrestling Zero-One, ses apparitions japonaises furent des one shots. Lors de son match contre Misawa il portait même un t-shirt de la TNA afin de montrer son appartenance à la fédération (et sûrement aussi histoire de faire un peu de promo).

 

 

Ne jamais oublier d'où l'on vient les enfants. C'est la base.

 

 

Les sentiers de la Gloire

 

En 2002 Samoa Joe arrive à la Ring of Honor. Il fait alors partie d'une génération talentueuse qui allait animer la scène indépendante et la TNA au cours de la décennie à venir, celle des Bryan Danielson, Nigel Mc Guinness, CM Punk, Low-Ki, Claudio Castagnoli, Chris Hero, AJ Styles, Christopher Daniels, Austin Aries, etc.

 

Dire lequel de ces catcheurs est le plus talentueux sur un ring relève d'une gageure. Il n'y a guère qu'au micro qu'on peut voir une différence, et encore… Si Punk excelle dans l'art de la promo, Austin Aries et Chris Hero, par exemple, n'ont rien à lui envier. Certains ont plus réussi que d'autres, c'est une évidence. Car il ne suffit pas d'avoir du talent, il faut aussi se montrer patient et saisir les occasions au bon moment. Parfois c'est simplement le manque de chance ou les blessures qui font que vous ne percerez pas au haut niveau. Le cas de Nigel Mc Guinness est sans doute le plus représentatif et le plus frustrant.

 

Plus de dix ans après les débuts de cette génération il est possible de dire que les plus emblématiques sont certainement Bryan Danielson, CM Punk, AJ Styles et Samoa Joe. Il est inutile de présenter les deux premiers. Quant au troisième il incarne, avec le brave samoan, le véritable visage de la TNA.

 

 

Après, il y a bien celui-ci qui est le premier double champion du monde de l'histoire de la ROH, mais il faut reconnaître qu'il est un cran en-dessous des quatre cités précédemment.

 

 

Par rapport à ses compères, ce qui caractérise Joe, c'est d'une part sa capacité à détruire son adversaire, et d'autre part son  invincibilité. Physiquement, s'il n'est pas forcément très impressionnant en taille (seulement 1m88) il n'en reste pas moins un monstre de 120kg. Comparé à de « petits » gabarits comme Danielson, Aries ou Punk (qui fait la même taille mais avec 40kg en moins) ça reste correct.

 

Pour résumer, Samoa Joe, c'est la masse qui vient faire le coup de poing dans une bagarre générale. Le mec difficile à bouger qui peut vous mettre K.O. à tout moment. Typiquement le gars contre qui on n'a pas envie de se retrouver. Ses qualités lui permirent d'ailleurs d'être désigné "meilleur brawler" deux années de suite, en 2005 et 2006, par le Wrestling Observer.

 

Un élément qui illustre ce trait, c'est son règne de 21 mois en tant que champion du monde poids lourd de la ROH, titre qu'il capture le 22 mars 2003 pour ne l'abandonner que 645 jours plus tard contre Austin Aries (le 26 décembre 2004). Il détint également le Pure Championship mais c'est principalement son run en tant que champion de la fédération que l'on retient.

 

Joe était alors le troisième champion de l'histoire de la fédération, après Low-Ki et le fade Xavier (honnêtement qui se rappelle ce type ?). La fédération avait alors besoin d'un champion fort et charismatique qui puisse lui permettre de passer un cap. Le choix se porta donc logiquement sur Samoa Joe.

 

 

C'est normal car je suis le plus propre. C'est pour ça que je n'oublie jamais d'emporter une serviette.

 

 

Au cours de ce long règne il aura défendu sa ceinture vingt-neuf fois. C'est au cours de cette période qu'il affronta CM Punk à trois reprises dans une des plus grandes rivalités de la décennie. L'affrontement était si fort qu'un PPV fut appelé Joe vs Punk II, à l'occasion de leur deuxième combat qui reçut cinq étoiles.

 

La rivalité avait pourtant des bases simples. Les deux hommes étaient encore en début de carrière et voulaient montrer à tout le monde qui était le plus fort. Mais c'est justement cette envie de montrer à l'adversaire qu'on est le meilleur qui les poussa dans leurs derniers retranchements. Ceci mena lieu à un défilé de moves et de spots aussi spectaculaires les uns que les autres, mais dégagea aussi une émotion intense comme le catch sait en donner.

 

Joe dut s'y reprendre à trois reprises pour vaincre son adversaire, les deux premiers matchs s'achevant sur un nul après avoir atteint la limite de temps d'une heure. Le résultat et la manière de l'obtenir expliquent pourquoi cette feud fut marquante. Il a fallu trois matchs à un catcheur sur-dominant sa fédération pour venir à bout de son adversaire. Plus de 150 minutes ont été nécessaires pour déterminer un vainqueur entre Joe et Punk !

 

Le champion parvint à conserver sa ceinture mais nul doute que son adversaire en sortit grandi. Punk sera d'ailleurs un des hommes de l'année 2005 à la Ring of Honor, notamment à travers le fameux Summer of Punk mais ceci est une autre histoire. En tout cas, il ne fait aucun doute que l'affrontement entre Punk et Joe aura contribué à la légende des deux catcheurs.

 

 

– T'entends Joe. On va être des légendes.

– Zzz…

 

 

La rivalité fut forte sur les écrans mais elle fut également importante sur le plan humain puisque les deux hommes devinrent assez proches. Samoa Joe décrit ainsi sa relation avec le Straight Edge comme étant « basée sur une amitié profonde qui va au-delà du monde de la lutte et qui est difficile à comprendre pour les fans ».

 

Les deux lutteurs eurent un autre match célèbre à Coventry devant plus de 3500 personnes lors de International Shodown le 19 mars 2005, un show spécial organisé par la chaîne britannique The Wrestling Channel (aujourd'hui disparue) en coopération avec la Frontier Wrestling Alliance.

 

Le deuxième des trois matchs pour la ceinture de champion de la ROH entre les deux catcheurs fut noté cinq étoiles par le grand distributeur d'étoiles Dave Meltzer. Ce fut le premier pour Joe mais pas le dernier à la Ring of Honor puisque, comme nous l'avons évoqué plus haut, son match contre Kenta Kobashi reçut également la même note.

 

 

Ne sont-ils pas mignons ?

 

 

KO-BA-SHI ! KO-BA-SHI ! KO-BA-SHI !

 

Ce match entra dans le cadre d'une venue exceptionnelle de Kobashi sur le sol américain à l'automne 2005. Gabe Sapolsky, un des membres co-fondateurs de la ROH et grande figure de la scène indépendante, profita de la visite de Kobashi à l'école de lutte d'Harley Race, la World League Wrestling (WLW) pour attirer le Japonais dans sa fédération. Pour ce faire, il contacta en premier lieu Harley Race afin de lui demander si c'était possible que Kobashi fasse un match à la ROH. Mais l'ancien King of the Ring ne prit pas la demande au sérieux et envoya paître l'impertinent. Qu'à cela ne tienne, Sapolsky demanda l'aide d'Ace Steel, ancien catcheur de la ROH passé par la WLW, afin de faire changer le vieux bougre d'avis. Finalement Race accepta et fit le lien entre la ROH et la NOAH.

 

Que la ROH ait réussi à attirer une star de ce calibre est tout simplement exceptionnel et permit à la fédération de Philadelphie de s'imposer définitivement comme la fédération indépendante numéro 1. Quant à Gabe Sapolsky il fit preuve d'un certain opportunisme qui s'avéra payant.

 

 

Toi aussi joue à "Où est Kobashi ?" et gagne une galette-saucisse.

 

 

Ça n'était pas la première fois qu'un catcheur japonais venait à la ROH. Par le passé, des membres de la Zero-One en 2002 ou de la All Japan Pro Wrestling (dans le cadre d'un crossover ayant eu lieu à Final Battle en décembre 2003 avec notamment Keiji Mutoh) étaient déjà venus.

 

Joe lui-même servit d'intermédiaire pour certaines opérations puisqu'en tant que membre de la section californienne du dojo d'Antonio Inoki (le New Japan's Los Angeles Dojo), il fut envoyé par Sapolsky afin de savoir combien cela coûterait de faire venir Jushin Liger. Vu la somme demandée, le Samoan se posa légitimement des questions sur la réussite de l'opération, mais le patron de la ROH accepta sans sourciller, arguant que la vente des tickets et des DVDs permettrait de couvrir largement les dépenses.

 

Et il eut raison.

 

Les 5 et 6 novembre 2004 se déroula le Week-end of Thunder où Bryan Danielson fit face au japonais masqué le premier soir. Puis le lendemain Liger avait besoin d'un équipier pour affronter ce même Danielson qui s'était acoquiné avec Low-Ki. Il choisit Samoa Joe, reconnaissant ainsi ses mérites en tant que champion de la fédération. Ils l'emportèrent après que Liger fit le tombé sur Danielson suite à sa Liger Bomb.

 

 

Salut les p'tits z'amis ! On s'fait un pétard ?

 

 

Un an plus tard, le 1er octobre 2005, Joe affronte donc Kenta Kobashi. Contrairement au match face à Misawa, l'affrontement est plus équilibré et alterne les temps forts et faibles. Il faut dire que le contexte n'est pas le même : lorsqu'il affronte Misawa, Samoa Joe est un catcheur étranger avec une petite réputation qui s'attaque à la méga star locale. Son rôle est donc de faire paraître Misawa comme indestructible et surpuissant, d'où la défaite rapide dès que le Japonais prend l'avantage.

 

À l'inverse, contre Kobashi, Joe est chez lui, dans la fédération qui l'a consacré. Il ne peut pas se contenter de faire le job : l'homme qui a conservé la ceinture principale de la ROH pendant presque deux ans ne peut pas se montrer faible s'il catche dans un show de cette fédération, sinon tout le roster de la ROH s'en trouve affaibli.

 

En face il y a l'autre super star du catch japonais, un catcheur qui en est déjà à plus de quinze ans de carrière et plusieurs titres de champion. Kobashi vient d'ailleurs de perdre le GHC quelques mois auparavant (le 5 mars contre Takeshi Rikio) après deux ans de règne. Kobashi est d'ailleurs encore aujourd'hui le catcheur qui a conservé le titre le plus longtemps, avec 735 jours de règne. Par conséquent il convient là aussi de faire attention au booking de l'adversaire.

 

 

Au risque de se prendre des réactions hostiles en pleine poire.

 

 

Étant donné le caractère exceptionnel de la venue de Kobashi et ce qu'il représente dans le monde du catch, il est normal qu'il l'emporte. Vous n'invitez pas un catcheur de son rang chez vous pour le faire perdre. Ça n'est pas possible. Nous l'avons vu avec Liger qui obtient deux victoires sur Danielson en autant de match.

 

Le but va donc être de faire paraître les deux combattants très forts avec un Samoa Joe courageux et combattif. C'est une vieille technique qui était déjà utilisé du temps de la NWA lorsque le champion du monde allait de territoire en territoire afin de défier le champion local. Généralement ce dernier s'en sortait par une disqualification ou grâce à la limite de temps.

 

En bref, le plus important est de voir Kobashi catcher face à une des méga star de la fédération. Et que les deux catchent à un haut niveau. Ce qu'il faut retenir c'est l’affrontement en lui-même, avec des combats d'atemis comme on en a jamais vus. Les deux catcheurs se jettent corps et âme dans la bataille et dégagent une intensité rarement vue. Joe ne passe pas loin de la victoire et le match le met over comme jamais.

 

 

Il faut l'admettre, les atemis de Ric Flair dégagent plus de puissance.

 

 

Le lendemain Kobashi et Joe se retrouvèrent une nouvelle fois dans un match par équipe. Le Japonais s'allia avec Homicide, alors une des stars montantes de la fédération, tandis que Joe prit Low Ki comme partenaire. Évidemment le Japonais l'emporta une nouvelle fois, achevant ainsi son passage à la ROH et aux États-Unis.

 

Kobashi aurait pu revenir pour une nouvelle tournée mais malheureusement un cancer lui fut diagnostiqué au printemps suivant. Dès lors il refusa de revenir aux États-Unis tant qu'il n'était pas capable de faire une performance à la hauteur de son match contre le Samoan. Et la barre avait été placée très haut puisque son affrontement avec Joe fut élu Match de l'année 2005 par le Wrestling Observer.

 

Par la suite d'autres stars japonaises viendront faire un tour à la ROH comme Takeshi Morishima (que Joe battit le 24 février 2007, et qui remporta le ROH World Championship en 2007), Naomichi Marufuji ou encore KENTA. La ROH conclut même un partenariat en 2005 avec la Dragon Gate à la demande de cette dernière.

 

Quant à Samoa Joe, sa destinée le mena plus au Sud au pays des alligators et de Shaquille O'Neal.

 

 

Vous pouvez lever les bras les gars. Vous fûtes grands.

 

 

 

Mais ceci est une autre histoire.

 

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