Catch

Janvier / Juin 2015 : Résumé de six mois de tape

Il est temps de faire le bilan.

Charles Pasqua

 

Six mois se sont écoulés en 2015. Mathématiquement parlant, nous avons donc bien atteint la mi-année. Une première moitié qui fut riche d’événements puisqu’elle compte déjà sept PayPerView. Alors, à l’issue de ce semestre un, la WWE a-t-elle comblé nos attentes ? Quels sont les grands enseignements que nous pouvons tirer aujourd’hui, avant d’aller à la plage ? Des surprises ou des confirmations ? Des joies ou des déceptions ? Penchons-nous un peu en arrière, tout en souplesse. Avant de regarder devant et d’aborder avec attention la seconde partie de l’exercice.

Tristesses, joies et plafonds de verre.

 

 

Bilan de la première moitié de l'année 2015

 

 

LES RÉUSSITES

 

 

Des PPV qui assurent

 

En 2015, dès février, la WWE se lance dans un tout nouveau concept scénaristique (les anciens me diront s’ils ont déjà connu pareille époque) : les weeklies sont poussifs, les rivalités bancales et les affiches pas toujours alléchantes, mais les dimanche soir donnent le grand spectacle.

Au premier rang bien sûr, l’excellente édition de WrestleMania qui sert de baromètre à l’année en cours. Pourtant, les inquiétudes étaient existantes du côté des suiveurs avant le déroulement du Superbowl du catch : raté total du push de Roman Reigns, présence de vieux dont on doutait des capacités physiques, et surtout Road pourrie. La fédé de Stamford a pourtant su sortir un spectacle de très bonne qualité ce soir-là à Santa Clara que certains qualifient (peut-être un peu exagérément) comme la meilleure de toutes les éditions. Retenons surtout la bagarre somptueuse entre Rollins et Orton, quelques instants avant que le chacal ne se couvre d’or après avoir profité du face à face titanesque entre Reigns et Lesnar, où le sang coula et où la foule vibra.

PG City, Bitch !

 

 

La suite fut à l’avenant : malgré des histoires racontées pas toujours pertinentes, les attentes ont été plus que comblées lors des grands rendez-vous. Extreme Rules assure correctement, avec notamment un Big Show/Reigns en Last Man Standing qui surprend tout le monde et prouve, s’il le fallait, que le Samoan est une force de la compagnie. A Payback, le niveau hausse d’un ton : après un beau combat entre Sheamus et Ziggler, puis un spectaculaire match en trois manches par équipe voyant le New Day battre Cesaro-Kidd, nous assistons à un épique fight à quatre pour le titre suprême. Où Orton, Reigns, Ambrose et Rollins donnent presque vingt-cinq minutes de régal catchesque, entre trahisons, nostalgie et héroïsme.

 

 

Les belles soirées ont des fins un peu difficiles.

Plongée dans un rythme effréné d’un PPV par quinzaine, la WWE se perd un peu et sort du tiroir l’Elimination Chamber, stipulation extrême qui aurait mérité de revenir pour l’or mondial lors d’un grand show. Surprise par le désistement de Rusev au sacre annoncé, la fédé passe totalement à côté du match Intercontinental. Qu’importe : un petit nouveau, Kevin Owens, a donné un combat qui justifie à lui seul l’existence de la soirée, avant que Dean Ambrose ne fasse rêver pendant quelques secondes à l’issue d’un bon match l’arène difficile de Corpus Christi.

 

Le rythme persiste à Money In the Bank, où trois affrontements sortent du lot : celui pour la mallette, la stratosphérique deuxième manche du fight Owens-Cena, et la guerre des échelles entre Ambrose et Rollins pour le trophée suprême.

 

Dira-t-on de 2015 qu’elle fut l’année des PPV ? On verra si les catcheurs continuent sur leur lancée, mais à part l’épisode un peu particulier du Rumble (qui a quand même offert un Triple Threat exceptionnel pour le titre), chaque show payant a assuré le spectacle. Avec un Battleground déjà riche en belles affiches et un Summerslam qui se profile, gageons que l’été sera encore chaud !

 

 

Seth Rollins is pure gold

 

Notre catcheur de l’année 2014 aux CdC est bien parti pour doubler la mise. C’est peu dire que l’ancien Tyler Black a crevé les écrans en ce début d’exercice. On le savait déjà, mais plus personne ne peut le nier : cet homme a tous les talents. Catcheur complet, spectaculaire, aérien, il sait mélanger à la perfection le vice inhérent à son personnage et la vista qui scotche le public à son siège/écran. Avant même que 2014 ne meure, il brille de mille feux infernaux en torturant Edge et Christian sous les yeux benêts de Cena pour faire revenir l’Autorité au pouvoir. Il en gagne une place dans le match pour le championnat du monde au Royal Rumble, inclus entre le Marine et le champion Lesnar. Il passe le mois de janvier à rivaliser au micro avec Paul Heyman dans des promos délectables, avant d’être l’élément détonateur du meilleur match du semestre. Puis, après avoir claqué le showstealer de WrestleMania face à Orton, il encaisse enfin sa mallette et devient un champion du monde ultra-méritant.

Un homme pressé.

 

La suite est moins glorieuse pour son personnage, puisque de fantasque surdoué il endosse le rôle ultra-usé du champion lâche et protégé, comme Randy un an avant. Cela ne l’empêche pas de briller encore entre les cordes et de poursuivre avec Dean Ambrose une rivalité qui à mon avis s’inscrira dans le temps et dans les livres d’Histoire du catch (si tant est qu’ils existent). Même si son règne de champion parait très fortement menacé dans les semaines à venir, il est certain que l’Architraitre continuera à éclabousser la WWE de son immense talent pour le deuxième semestre 2015, et pour encore quelques années. La fédération a confiance en son poulain. Il a main-eventé les deux derniers Live en France, c’est une preuve non ?

 

 

Tonnerre d’Owens

 

En décembre 2014, il fait ses débuts à NXT en ciblant violemment le champion Sami Zayn, à qui il ravit le titre deux mois plus tard. Après avoir écœuré et meurtri tous ses rivaux du show jaune, il débarque un beau soir de mai à Raw pour s’en prendre à John Cena, lui lancer un défi et le battre dans un match exceptionnel à Elimination Chamber. On ne peut pas dire que Kevin Owens perde son temps. Si l’on se focalise sur son entrée dans le roster principal, le Québecois a fait très fort en moins de deux mois. Non content de ne défier rien de moins que la plus grande icône encore en activité dans le catch, il se paye le luxe de la battre à la régulière et de l’humilier à chaque joute verbale. Certes, à Money In The Bank il perd la revanche mais en sort grandi : en plus de pousser le Marine dans ses derniers retranchements, il lui offre un tabassage post-match délectable.

On n’avait pas vu un travail aussi jouissif de la part d’un Québecois depuis François Pérusse.

L’ex Steen est dans la place. A 33 ans, celui qui a ferraillé toute sa vie pour se retrouver là sait que son temps est limité. Le roi de la ROH ne fera pas de la figuration et sa place à Raw doit être celle d’un grand. Fort de toutes ses qualités, et malgré un exceptionnel jeu de méchant, l’homme a bien du mal à rester impopulaire. Les « Fight, Owens, fight ! » se multiplient et ses T-shirts se vendent comme des petits pains : le maître de la Powerbomb est une plus-value énorme pour la WWE qui semble l’avoir bien compris. Les autres se pousseront pour lui faire de la place. K.O est un futur champion du monde. Dès cette année ?

 

 

Le meilleur des rosters

 

Difficile de tout détailler, mais avec l’avènement d’NXT qui a vu l’arrivée de nouveaux grands noms cette année, la WWE semble posséder en son sein le meilleur roster depuis des années. Pour ma part, je n’ai jamais vu un aussi beau panel de talents. Les scénaristes ont largement de quoi renouveler en permanence les rivalités, les places dans la carte, et les combinaisons. Ce qui va entraîner peut-être la multiplication de règnes et de rivalités courtes. Alors qu’à la fin des années 2000 nous avions toujours les mêmes noms autour des ceintures mondiales, tout semble pouvoir changer rapidement. Rollins et Ambrose, les jeunots du Shield, se sont déchirés pour le titre poids lourds alors que Lesnar manifeste à nouveau son intérêt. Les main éventers établis que sont Cena et Orton alternent entre haut niveau et valorisation des jeunes. Ces jeunes qui peuvent, à guise, s’intéresser à un titre intermédiaire ou voir plus haut. Rusev a rempli pleinement son rôle et montré que l’on pouvait compter sur lui pour sortir des gros matchs. Ziggler, Harper, Wyatt, Barrett tournent entre deux eaux mais semblent pouvoir rapidement venir dans le haut du panier. Sheamus se prépare à un retour au premier plan avec une future ceinture mondiale. Sans oublier les Zayn, Hitami, Balor et Samoa Joe du territoire de développement. Il va devenir difficile de rester longtemps dominant, et c’est tant mieux !

Et non, le Boogeyman n’a pas prévu de revenir.

 

LES DÉCEPTIONS

 

 

La catastrophe Reigns

Avec le recul, cette histoire est un peu folle. Pourtant échaudée par l’accident Batista en 2014, la WWE sombre exactement dans les mêmes erreurs lors du Royal Rumble : à coups de ficelles énormes, elle impose un vainqueur objectivement talentueux mais encore un peu juste pour un tel adoubement. Roman Reigns, la force brute du Shield, est pressenti depuis des mois pour devenir le nouveau héros de la compagnie, celui qui mettra fin au règne de la Bête Lesnar. Alors que le public adhérait complètement au personnage à la scission du gang, les scénaristes nous écœurent à force de jouer avec son Superman. Lorsqu’adultes, femmes et enfants veulent voir la victoire du petit barbu Bryan, ils accueillent avec les huées le succès du Samoan. L’opposition du Big Show et de Kane, ainsi que le soutien du Rock ne font qu’enfoncer le clou au lieu d’aider la popularité du jeunot. Le public déteste se faire forcer la main. Le Rumble se finit dans une ambiance déplorable, et le rejet des fans est total.

Bah je comprends rien moi, avant je descendais par les gradins et je disais « Believe dat », et maintenant c’est pareil mais les gens m’aiment plus.

 

 

Un mois plus tard, Daniel Bryan est réquisitionné pour servir de faire-valoir au Powerhouse dans un match de qualité, mais le mal est fait. Toutes les apparitions de l’homme en noir se font sous les sifflets, et lors du Grand Soir, nombreux sont les spectateurs qui se réjouissent de voir Brock détruire méthodiquement le héros raté. Comprenant qu’ils ont été écoutés en voyant le beau Roman s’incliner, les fans redeviennent plus indulgents. Nostalgiques aussi, puisque ce printemps les scénaristes jouent sur la corde sentimentale en plaçant le Samoan en défenseur de son ami de toujours Ambrose. C’est bon, c’est gagné : à coups de beaux combats et de sauvetages héroïques et altruistes, Reigns a retrouvé le sourire et la confiance de la foule. Cet homme sera un jour champion du monde. Espérons juste que la WWE saura le faire bien, ce coup-ci.

 

Bryan, un p’tit tour…

 

C’est la grande bonne nouvelle de la nouvelle année : après plus de six mois d’absence, l’enfant chéri du public est de retour. Soigné de sa blessure au cou, Bryan revient dans le jeu. Malgré la gravité de ses problèmes, qui ont failli l’éloigner définitivement des rings, l’American Dragon reprend comme si de rien n’était son style de catch tête brûlée. Il règle ses comptes dans une rivalité brutale avec Kane, fait une apparition éclair au Rumble, puis met en valeur Roman Reigns dans un beau match à FastLane. Son objectif pour WrestleMania est la ceinture blanche Intercontinental. Le soir venu, dans un match à échelles face à six ennemis, il s’empare du titre. Il ne le défendra que le lendemain face à Ziggler : les blessures sont de retour, Bryan part d’abord se reposer, puis finalement doit rendre les armes. Son titre est déclaré vacant, et exactement comme en 2014, il part sans aucune certitude sur son retour.

J’ai six mois pour trouver de qui-est ce que je vais gâcher le push en revenant au Rumble pour perdre et faire scander mon nom par toute la foule.

 

L’histoire a fait couler de l’encre et suer des claviers : Dani a-t-il été trop optimiste, voire inconscient, en revenant en janvier ? Aurait-il dû faire plus attention, au lieu de continuer à sauter hors du ring la tête la première ? La WWE a-t-elle fait de son mieux pour le protéger ? Tel un centriste lâche, je ne prendrai aucune position en disant que c’est la faute à personne. En vrai, personne n’a la réponse, mais le barbu risque de nous manquer longtemps…

 

 

L’enterreur enterré

 

Peu de moments dans le monde du catch ont été aussi riches en émotion que la défaite de l’Undertaker à WrestleMania face à Brock Lesnar. 21-1, la fin d’un mythe. Vu que cela faisait des années qu’on nous rabâchait les oreilles sur la rengaine de « If the streak dies, the Undertaker dies », on ne pensait ne plus revoir l’homme mort. Surtout qu’il ne daignait plus venir catcher que pour le Show des shows, ce qui prouvait que seule son invincibilité semblait l’intéresser.

 

Sauf qu’au moment des adieux, il n’y en a pas eu. Défait par la Bête, le natif de la Vallée de la mort est parti hébété sans mot dire. Il semblait étrange de finir ainsi une carrière de légende.

 

C’est qu’en fait, la WWE n’en avait pas fini avec l’Undertaker. Histoire de… Bon on ne sait toujours pas la raison réelle de son retour, mais le Phenom relève le défi incohérent de Bray Wyatt et revient sur son ancien jardin. Entre lui et le gourou du Bayou, la filiation tient la route. Et puis, on a beau trouver complètement illogique ce come-back, nous sommes des millions à frissonner lorsque la cloche sonne et que l’être venu  de l’enfer gagne lentement le ring. Ne niez pas, je vous ai vus.

 

Sauf que. Ce qui aurait pu être un petit baroud d’honneur est un fiasco total : le petit jeune s’est blessé avant la rencontre, combat sur une jambe et ne peut accélérer le match. Mark Callaway est définitivement cuit et malgré le soutien de la foule, l’affrontement fait peine. Surtout, la magie s’est totalement envolée avec la streak : à chaque pinfall tenté par Bray, personne ne retient plus son souffle. Si le gros barbu s’impose, et bien… finalement ça ne sera pas grave. Au final, c’est bien le Dead Man qui l’emporte. Ça n’efface pas sa défaite précédente, ça ne valorise pas du tout le jeune adversaire, et ça n’ajoute aucune émotion à la légende. Tout dans cette rivalité était dispensable. Mais il fallait à tout prix une place pour la Faucheuse à WM 31 pour continuer la série avant de, pourquoi pas, finir un peu mieux dans un an au Texas. On l’espère.

Une pancarte indémodable depuis vingt et un ans.

 

Les âmes en peine

 

Rappelez-vous quelques lignes plus tôt la bonne nouvelle quant à la qualité du roster.

 

Cela ne va pas sans causer quelques soucis : le temps d’antenne n’est pas extensible et la WWE se trouve clairement devant un problème de riches. Raw a déjà trop de talents pour occuper correctement toute le monde en permanence, et de nombreux excellents catcheurs connaissent de petits passages à vide avant de pouvoir relancer la machine. Avec la poussée des jeunes, le souci s’amplifie. Certains athlètes ont prouvé leur potentiel pendant plusieurs années à NXT. Une fois qu’ils en ont fait le tour, ils sont logiquement envoyés dans le grand bain… Même si la place manque. Pour le moment, en 2015, les montées sont dures. La terrifiante et efficace équipe Ascension du show jaune est pour le moment un ridicule duo de ringards. Les populaires Lucha Dragons ont des apparitions écliptiques. Neville bénéficie d’un peu plus d’attention, mais l’ancien champion NXT reste un honnête lutteur de midcard.

 

La situation est encore plus cruelle pour certains anciens espoirs. Ceux qui furent jeunes, ont vécu dans l’ombre des légendes de la fin des années 2000 et se retrouvent désormais plus vieux que les prodiges qui débarquent. Cody Rhodes-Stardust est aux abois en 2015. Transparent, sa rivalité contre son frère est totalement avortée en cours de route. Même situation pour Jack Swagger, l’ancien champion du monde a perdu son Zeb Colter, sa gimmick et ses apparitions. Je crains qu’ils ne s’en relèvent pas.

Tel un papillon de nuit, Stardust est attiré par le point lumineux… Et tourne en rond autour depuis six mois.

 

 

Alors que les ex-Shield continuent de truster les podiums, on attend toujours la mise en valeur des anciens membres de la Wyatt family. Si Bray a eu les honneurs d’un match contre l’Undertaker à WrestleMania, rien ne prouve encore que 2015 sera son année, comme il l’annonçait au Rumble. Il erre sur la carte de la WWE, frappant au hasard tous les gentils de la midcard, sans bénéfice pour sa carrière. Quant à Harper et Rowan, ils sont finalement retournés ensemble, ce qui pouvait peut-être leur arriver de mieux.

 

Bref, les scénaristes et décideurs de Stamford vont devoir faire dans les mois/années qui viennent des choix cruciaux. Vu la qualité et la quantité de la troupe, certains catcheurs seront certainement sacrifiés et n’auront pas la carrière qu’ils méritent. Dans tout cela, la foule jouera un rôle déterminant, et espérons que la popularité excellente de Ziggler et Cesaro les entraine vers de belles aventures.

 

Selon que l’on soit bon public ou exigeant, charmant ou ronchochon, l’on peut toujours voir le produit rendu par la WWE sous des spectres différents. La plus grande fédération du monde a en toute logique les meilleurs catcheurs sous sa coupe. Les utilise-t’elle du mieux possible, la question se pose, la réponse est probablement nég       ative. Sur ces six derniers mois nous avons tout vécu. L’entêtement des scénaristes à vouloir créer des héros de force a entrainé la déroute du Rumble. Il faudra aussi un jour remettre en cause la pertinence de l’Autorité et ses décisions totalement incohérentes sur le long terme. Mais nous avons vu aussi des matchs extraordinaires, nous avons vibré aux exploits des anciens du Shield et des nouveaux venus. Et vous alors, qu’avez-vous retenu de ce début de 2015 ?

Dean Ambrose a retenu la ceinture. En otage.

 

 

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