Catch

Le respect dû aux plus jeunes

Hé, les gars, v’là la relève !

Centurion Biscornus, camp retranché romain de Babaorum.

 

NXT nous ment. On nous vend le show jaune comme un territoire de développement, un lieu dédié à la jeunesse où les étoiles montantes du catch font leurs premiers pas dans un environnement protégé à public restreint. Foutaises. NXT n’est nul autre que le spectacle de divertissement sportif numéro un au monde. Celui où les plus grands talents viennent se produire au sommet de leur carrière dans des matchs extraordinaires, avant d’aller prendre une semi-retraite poussive et régressive dans les shows rouge et bleu. Et si vous ne me croyez pas, visionnez donc le dernier Takeover dédié à la mémoire de Dusty Rhodes.

 

 

American Dream.

 

 

Nalyse admirative de NXT Takeover : Respect du 7 octobre

 

 

NXT, c’est tous les mercredi soir, mais cette nuit est particulière, placée sous le signe du respect. Respect envers les anciens, respect envers les jeunes, respect envers tous ces hommes et ces femmes qui se battent chaque jour pour donner leur maximum et nous divertir.

 

Mais il est aussi question d’enjeux. C’est le quatrième Takeover de 2015, et si une seule ceinture sera disputée ce soir, l’événement n’en est pas moins important puisqu’il déterminera les vainqueurs du premier Dusty Rhodes Tag Team Classic. Créé par le GM William Regal, en hommage évidemment à l’American Dream, ce tournoi s’est déroulé pendant de longues semaines, incluant toutes les équipes de la division jaune, jusqu’à ce soir où se dérouleront les demi-finales et la finale. C’est ce qui ouvre le show.

 

Le public est à peine prêt que retentit la musique baroque du champion NXT. Finn Balor est là non pour défendre son titre acquis de haute lutte, mais pour mettre la main sur le prestigieux trophée et il fait pour cela équipe avec la force brute Samoa Joe. Leurs adversaires s’appellent Dash et Dawson, qui forment The Mechanics.

 

C’est le premier match de la soirée et pourtant public et catcheurs sont déjà chauds comme la braise. La partition jouée est excellente : Balor virevolte entre les cordes et en dehors, Joe est un bourrin jouissif et leurs opposants s’appliquent à ralentir le combat dès qu’ils ont le dessus, passant de longues minutes à s’acharner sur la jambe du champion.

 

 

Frédo Mercure, pour faire monter la température.

 

 

Très bon travail d’équipe qui leur permet d’éviter plusieurs tags en attaquant la personne hors du ring. Mais finalement, Samoa Joe réussit à redevenir l’homme légal, et c’en est fait des mécaniciens. Il place son Muscle Buster sur Dash Wilder et passe le flambeau à l’Irlandais qui achève le match d’un « koudagra » d’après les commentateurs américains. Mais la victoire est chère, tant le champion semble avoir souffert des genoux.

 

 

– Ca va, vieux ?

– Bah, ça picote un peu quand même.

 

 

Il reste à trouver des adversaires dignes pour les finalistes. Ça tombe bien, c’est l’objectif du deuxième match de la nuit. Anciens rivaux, Baron Corbin et Rhyno se sont désormais associés et ont réussi à se hisser jusqu’en demi-finales, où ils croisent la route des lutteurs Chad Gable et Jason Jordan. C’est amusant de voir un catcheur de presque 40 ans afficher un T-shirt annonçant que le futur est là. Même clairement heel, Corbin, lui, continue de diviser la foule, s’attirant force huées et quelques cris d’amour. L’ancien footballeur est l’élément faible de cette rencontre, il n’a jamais enrichi sa palette et se contente de claques, de coups de pieds et autres attaques de base, comme un Pokémon qui se limiterait à Charge et Griffe. Heureusement, ses adversaires sont en pleine forme et au top de la popularité.

 

 

Kurt Angle n’a pas intérêt à revenir, on lui a piqué tous ses habits.

 

 

Rhyno assure aussi le spectacle grâce à sa puissance brute. Les méchants prennent le dessus en se ciblant sur le petit Gable. Mais le vétéran commet l’erreur de tenter un Splash du haut du turnbuckle, et finit éclaté au centre du ring. Jordan fait alors le ménage, beau mélange de force et d’explosivité. La fin du match part dans tous les sens, Rhyno place un Belly to Belly puis un Gore sur le grand Jason afin de l’exclure de la rencontre, pendant que Corbin se relève d’une étonnante Suplex portée par le lutteur blond et réussit à enchainer sur l’End of Days. Surprise, le duo de vilains s’impose dans un affrontement vif et plaisant qui est sûrement le meilleur match à la WWE du loup solitaire.

 

La finale du tournoi Dusty Rhodes par équipes verra donc Balor et Joe affronter Rhyno et Corbin. Laissons ces gens-là se reposer un peu des efforts consentis, et place à du sang neuf !

 

La WWE s’ouvre vers l’Est, l’arrivée en grande pompe de Kenta/Hitami puis le house show au Japon l’ont prouvé. Voici l’occasion de découvrir une nouvelle recrue du soleil levant. Il s’agit d’Asuka, qui n’est pas une débutante puisqu’elle a déjà dix ans de carrière derrière elle au Japon et aux Etats-Unis. Elle se frotte ce soir à celle qui était la petite nouvelle il n’y a pas si longtemps, à savoir Dana Brooke, accompagnée d’Emma.

 

 

Et visiblement ils ont fait de gros efforts pour éviter le cliché de l’Asiat.

 

 

La foule d’NXT est formidable, elle acclame avec enthousiasme la rookie nippone. Cette dernière virevolte dans tous les sens et interagit avec le public en se moquant de son adversaire. Elle perd pourtant le contrôle du match lorsqu’Emma intervient dans le dos de l’arbitre. Brooke en profite, fait parler sa force physique pour maintenir sa rivale au sol. Mais la Japonaise aux cheveux roses est trop forte pour elle: après avoir neutralisé l’Australienne à l’extérieur, elle porte son Asuka Lock et obtient la victoire. Beaux débuts appréciés pour la jeune femme qui regagne les vestiaires tout sourire.

 

 

Les bottes en motif tigre, ça va exactement avec ma coque d’Iphone.

 

 

C’est le moment d’une intéressante opposition de style et de destinées. A ma gauche, Tyler Breeze. Le roi du selfie a tout fait à NXT, où il catche depuis les débuts de la division jaune sans jamais y avoir remporté le moindre trophée. Il fait figure de vétéran dans une fédération où les carrières sont courtes. A ma droite, son adversaire du jour s’appelle Apollo Crews. Tout nouveau à Orlando, le jeune Afro-Américain est promis à une percée fulgurante et beaucoup d’espoirs sont placés en lui.

 

 

Il doit juste prendre garde à ne pas se laisser aveugler par les paillettes.

 

 

Prince Pretty est là depuis tellement longtemps que malgré son caractère de cochon, son sens du vice et son ego démesuré, il s’attire le soutien d’une bonne partie du public. Crews, lui, est sacrément impressionnant. Son moveset est spectaculaire et fluide, mais il encaisse en début de match une violente projection contre l’arête du ring. Les deux catcheurs font du bon spectacle, le blondinet ayant un talent zigglérien pour le selling et les kicks. Il sauve sa peau une première fois en empêchant l’ancien Uhaa Nation de placer son Standing Shooting Star Press, mais ce n’est qu’une question de temps : Crews innove et détruit son adversaire d’une impressionnante Powerbomb.

 

Le futur est là et il continue de faire sensation. On se demande qui va servir de nouvelle rampe de lancement à Apollo (lol, vous avez saisi ? Trop fort ce Rapha-Hëll). Le beau black semble être un face naturel que l'on a hâte de voir lutter pour le titre. Quant à Tyler, il va falloir songer au niveau supérieur qui paraît bien bouché, ou se trouver un autre enjeu pour ne pas devenir un paillasson à rookies.

 

Il est temps de passer aux choses sérieuses, avec la finale tant attendue du tournoi par équipes. Balor entre en boîtant, mais le valeureux champion commence le match.

 

Cette fois-ci, c’est Samoa Joe qui encaisse pendant de longues minutes de souffrance les coups de Rhyno et Corbin. Lorsqu’il réussit à tourner, Finn régale par sa vivacité. Mais ses adversaires ont vu le match précédent et s’appuient à travailler la jambe blessée.

 

 

Wow, I've never seen Baron Corbin do that before ! Amazing !

 

 

Pour l’occasion, Baron enrichit son répertoire en utilisant un poteau du ring, jusqu’à ce que le champion réussisse à contrer et faire le tag. Joe-Rhyno, c’est du bon bourrin et le Samoan a la domination des poings. Distrait par le footballeur, il encaisse tout de même un Gore… Sauvé in extremis par le champion NXT. La bataille fait rage, le KO est proche et finalement l’ancien TNA réussit à soulever le rhinocéros dans le coin du ring. La technique est parfaitement rodée, comme au match précédent, un Coup de grâce succède à un Implant Buster. Samoa Joe et Finn Balor remportent le trophée Dusty Rhodes.

 

La finale a réuni deux équipes ponctuelles créées pour l’occasion, faites de quatre fortes individualités. On peut certes regretter que ce tournoi n’ait pas mieux valorisé le travail des duos de longue date, mais les gagnants transpirent une telle force et un tel charisme qu’ils méritent de se trouver au sommet de la soirée. L’émotion n’est pas finie puisque toute la famille Rhodes est là pour remettre le trophée, dont bien entendu Cody et Goldust, démaquillés et cravatés pour l’occasion.

 

 

Profitez-en les gars, parce que dans deux semaines vous vous la briserez mutuellement sur la gueule.

 

 

Le cadet des frères, très ému et agrippé à sa belle Eden, lance un dernier hommage à son père, repris par toute la Ful Sail Arena. We are all Rhodes, merci Dusty et bravo à Joe et Balor qui ont assuré un grand spectacle ce soir.

 

Mais la nuit est loin d’être finie. L’histoire va même s’écrire plus que jamais car pour la première fois dans un Takeover, les filles vont s’accaparer le main event dans la revanche la plus attendue de l’année : Sasha Banks, The Boss, la femme la plus charismatique du business, obtient sa revanche pour le titre NXT contre Bayley, l’égérie des enfants et adepte du positivisme. Et si cela ne suffisait pas à faire une affiche alléchante, William Regal a haussé le niveau en les inscrivant dans un Ironman match de trente minutes. Rien que ça, c’est déjà une victoire héroïque et le public en est conscient puisqu’avant même que le compte à rebours ne soit lancé, il scande déjà des « This is awesome ! » et il ne sera pas déçu. Les deux jeunes femmes sont au sommet de leur art et se rendent coup pour coup.

 

 

On peut le dire, tous les ref bump ne se valent pas.

 

 

Elles tentent d’abord une série de petits paquets réciproques avant de se rappeler que c’est la révolution et qu’on peut faire mieux que récupérer le finisher d’Eva Marie. Premier frisson lorsque Sasha retombe violemment sur le crâne lors d’un retournement. Plus de peur que de mal pour la native de Boston qui a la tête solide et enchaine. Elle est la première à scorer lorsqu’elle profite d’un moment de confusion avec l’arbitre pour placer ses doigts dans les yeux de sa rivale et porter un tombé : Sasha 1-Bayley 0, il reste 21 minutes. La championne est résistante et en saisissant au vol son adversaire par un Bayley-to Belly suplex, elle égalise rapidement. La challenger est purement exceptionnelle. Alors que tout son talent et son aisance poussent la foule à l’acclamer autant que Bayley, elle réussit en quelques coups de pur vice à retourner la situation et à se faire haïr comme une vraie heel. Dans son moment de gloire, elle lamine méthodiquement la Californienne sur les escaliers et contre le ring, tout ça sous les yeux larmoyants des enfants aux T-shirts violets. Elle finit le travail par une violente projection sur les écrans de la rampe d’accès. La championne est au plus mal, et l’arbitre compte plus de dix secondes hors du ring : le match est pile à sa moitié et Sasha mène deux à un.

 

 

Ben alors, Bayley, faut pas rester collée au chrono !

 

 

La femme aux cheveux mauves déroule, elle se délecte de la haine du public et de la souffrance. Les temps sont durs pour Bayley, qui réussit pourtant l’exploit de contrer une prise et de river les épaules de sa rivale : 2-2 !

 

Tout reste encore possible dans ce match. Il reste plus de dix minutes, la fin est proche et le match monte en intensité. Les filles donnent le meilleur d’elles-mêmes, la championne a trouvé d’incroyables ressources et reprend même la domination. Le monde entier scande « This is wrestling ! » face au talent des demoiselles. Lorsque Sasha saute du haut du ring sur son adversaire qui la capte et enchaine sur un Bayley-to belly, ce sont des « Holy shit ! » qui résonnent dans l’arène. Et la câlineuse réussit à porter son finisher du haut du turnbuckle, mais n’en profite pas : elle commet l’erreur de tenter le tombé trop près des cordes, et fait chuter le pied de sa rivale sur les câbles. Il reste moins de deux minutes, la tension est à son maximum, et c’est la Boss qui se réveille et coince Bayley dans son Banks Statement. La brune résiste, tient le coup, repousse l’échéance… Et réussit à contrer son adversaire dans une violente soumission. Sasha Banks est soumise et abandonne, donnant un dernier point à la championne, deux secondes seulement avant la fin. Bayley retient son titre, au terme d’une incroyable bagarre !

 

 

Trente minutes de bonheur.

 

 

L’ovation est générale pour les deux jeunes femmes. Tout le roster de NXT est venu applaudir les héroïnes du soir, accompagnées par le couple de l’Autorité ainsi que par Becky Lynch et Charlotte. Triple H distribue un bouquet de fleurs à la challenger et à la championne, les deux en larmes d’épuisement et de bonheur après une telle performance.

 

 

Sugar daddy.

 

 

C’est ainsi que ce finit une belle nuit dans le doux monde de NXT où hommes et femmes sortent d’exceptionnels matchs chaque soir devant une foule en liesse et conquise. Le tournoi par équipes s'est achevé en fanfare par trois beaux combats et sacre les meilleurs artisans de la discipline. Mais avant tout, nous retiendrons ce morceau d'histoire qu'est l'Ironman match féminin, très attendu et qui aura tenu toutes ses promesses.

 

 

– Elle pleure pour de vrai là ou c'est du selling ?

– Oh tu sais, de nos jours on sait plus.

21 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut