Catch

Confessions d’un ancien addict

Il faut libéraliser la WWE.

Vincent McMacron

 

Bonjour à toutes et à tous. Je reprends la plume, au sein des Cahiers du Catch, parcequeyenamarre. Tout d’abord, contextualisons.

 

 

Parce que oui, le contexte, c’est important.

 

 

Quelques réflexions sur ce qui a changé dans le catch

 

 

J’ai découvert le catch à un âge assez avancé, en 2007, suite à l’achat d’un fabuleux décodeur TNT. Christophe Agius est apparu tel un messie dans ma boite à troubadours, m’inculquant les sages préceptes du catch, discipline ô combien séduisante en termes de divertissement.

 

J’ai rapidement sauté le pas, le suiveur débutant occasionnel de NT1 devenant « connaisseur » avide de découvertes sur ce sport, de la WWF à l’indy, en passant bien sur par le Puro. C’est d’ailleurs durant cette période que j’ai écrit quelques papiers pour les Cahiers, une expérience fort intéressante.

 

Et puis, aux alentours des années 2010, 2011, un désintérêt a commencé à se faire sentir. D’abord vis-à-vis de la TNA (ce qui est assez logique pour tout être humain doté d’une conscience et d’une morale), puis de la WWE et du monde du catch en général, et notamment des forums et sites auxquels je participais.

 

Grâce à une période de chômage (premier employeur de France), mon temps libre a considérablement augmenté, et, par curiosité, j’ai décidé de jeter un œil à cet univers que j’avais quitté quelques années auparavant.

 

 

Putain il est où ce pare-vent dont-il parle ?

 

 

Premier constat, qui m’a poussé à écrire cet article : il est pour moi impossible de regarder un show de la WWE (RAW et Smackdown, en tout cas ; faisons une exception pour NXT qui semble peut-être incarner une forme de réponse à cette « critanalyse ») ou de la TNA. J’ai donc essayé de savoir pourquoi. La cause en est sûrement un désintérêt personnel qui n’est pas passé comme par magie, mais je pense que certains paramètres inhérents à l’évolution de cette discipline ont leur rôle dans ma réaction.

 

Constat de base : l’évolution des ratings.

 

Certes, audimat n’est pas synonyme de qualité, mais lorsqu’on s’adresse à un public généraliste, c’est le meilleur moyen de mesurer « si ça marche ou pas ».

 

 

Le graphique ci-dessus montre l’évolution de l’audimat du premier Monday Night RAW du mois de juillet, par année. Pourquoi cette date ? Parce que j’aime être arbitraire.

 

 

On remarque par ailleurs que la courbe des ratings de RAW est inversement proportionnelle à l’évolution des scores du FN. Coïncidence ? Je ne pense pas. Ici Michael Cole, BFM Service politique, à vous les studios.

 

 

Le constat est assez évident : ça baisse. Autrement dit, je ne suis pas le seul à avoir arrêté.

 

Pourquoi un tel désintérêt du public ? L’hypothèse de réponse est la suivante : le modèle de divertissement proposé par la WWE n’est plus compatible avec notre société actuelle.

 

 

Premier élément de réponse : Il n’y a plus de gimmicks.

 

Les gimmicks sont, pour donner une définition simple, les traits de personnalité des catcheurs, permettant de les différencier, et éventuellement au public de s’y attacher ou de s’y opposer.

 

L’âge d’or des gimmicks remonte aux années 1980-1990, où TOUT était possible.

 

 

Ca :

 

 

 

Ca :

 

 

 

 

Mais aussi ça :

 

 

 

Et malheureusement ça :

 

 

 

 

Ce n’est plus possible dans notre société actuelle, et la WWE l’a bien compris. La mondialisation, et l’étalonnement des normes, a permis de créer une sorte de dogme déterminant « ce qui est ringard et ce qui ne l’est pas ».  Il est de plus en plus rare de voir des gens habillés « différemment » dans la rue, sauf dans quelques grandes villes comme Londres. Si le public devient uniforme, il est contreproductif de proposer un produit qui ne l’est pas, la différence risquant d’entraîner un rejet de la part des spectateurs. Cependant, mon avis sur la question est qu’en tuant les gimmicks, on tue aussi l’intérêt de ce sport, qui est un sport « spectacle ».

 

En plus de l’aspect purement « ringard/pas ringard » de la chose, la WWE ne peut plus se permettre de bâtir des gimmick sur des critères culturels, ou raciaux, comme ça a longtemps été la mode. Imaginez la Nation of Domination durant les émeutes de Ferguson.

 

 

C’est bon les gars, vous pouvez faire votre truc, on a expulsé tous les flics blancs de la salle.

 

 

 

Second élément de réponse : l’usure du système manichéen.

 

Le catch, c’est un gentil, contre un méchant. Le gentil est gentil, notamment parce qu’il aime le public.

 

 

I’m so glad to be here, with Charleville-Mezieres Cenation !!!

 

 

Le méchant est méchant parcequ’il aime pas le public.

 

Le problème de ce système, et qui, je pense, a conduit à mon dégoût personnel pour la WWE, est que le système de construction des combats est inéluctablement ramené à un principe simple : si le gentil gagne, c’est parce qu’il a été plus fort. Si le méchant gagne, c’est parce qu’il a triché. On ne connaît jamais à 100% l’issue d’un match, mais on sait d’avance de quelle manière les fins vont arriver.

 

Si on admet que le système « face/heel » constitue la base du catch, on peut ajouter un bémol, qui de surcroît va confirmer sa limite. Les périodes ou la WWE a eu ses plus forts ratings (98/99/00), étaient des périodes ou elle s’est affranchie de ce système. Stone Cold Steve Austin était le catcheur le plus adulé de son époque, alors qu’il ne s’est jamais livré à une séance de fellation explicite envers le public. La DX était très appréciée, alors que ses méthodes étaient très contestables. Plus que l’aspect violent et trash souvent utilisé pour décrire cette période, je dirais que c’est le brouillage des frontières entre le bien et le mal qui a permis à l’Attitude Era d’être « la grande époque » de ces vingt dernières années.

 

Ce qui pose une question : qu’est-ce qui reste pour caractériser notre époque actuelle ? Le catch a connu deux âges d’or : le début des années 1980, avec les premiers Wrestlemania, une opposition face/heel poussée à l’extrême et des gimmicks plus farfelues les unes que les autres ; et la fin des années 1990, avec un renoncement à la dualité fondamentale « Face/heel ». Aujourd’hui, nous n’avons ni gimmicks ringardes et attachantes, ni subversion entre le bien et le mal. Que reste-t-il de divertissant ?

 

 

 

 

 

Troisième élément de réponse : Le public et son approche

 

Le monde a changé, et particulièrement du point de vue de l’information. Jusqu’au milieu des années 2000, Monday Night RAW était le rendez-vous hebdomadaire où la famille se mettait devant la TV, après avoir patienté une semaine, en se demandant « Est-ce que Rocky va se venger de HHH ? Est-ce que Yokozuna a vraiment blessé Hulk ? ». Le rendez-vous hebdomadaire cathodique est aujourd’hui totalement désacralisé. On peut voir les shows quand on veut, il n’y a plus l’aspect « grand-messe » qui donne une envergure supérieure au spectacle. Les catcheurs s’expriment sur les réseaux sociaux, leurs interventions ne sont plus exceptionnelles, elles sont quotidiennes, ils deviennent des gens « normaux ». L’information, que ce soit de par les sites de news, ou entre fans, circule de plus en plus vite, et cette accélération des échanges a deux conséquences dramatiques pour le catch :

 

– Dans 50% des cas, le public est au courant des surprises, tels que les retours de catcheurs.

– Qui, passé l’âge de raison, peut encore raisonnablement être dans le kayfabe dans notre époque ?

 

Bref, pour résumer :

– Le système heel/face est usé jusqu’à la corde.

– Les gimmicks ont disparu.

– La notion de surprise est devenue globalement inexistante.

 

 

Tout cela fait que le catcheur passe du superhéros extraordinaire à acteur ordinaire d’une pièce ordinaire. Or c’est la rareté, l’exclusivité, ou tout du moins ce sentiment-là qui provoque l’intérêt.

 

Le plan McMacron, si il voit un jour le jour (et, c’est plus qu’incertain, la WWE profitant de son aura passée et de l’absence de concurrence pour stagner sur une douce pente depuis quinze ans) sera complexe, mais il devra se réaliser. NXT, que j’ai volontairement laissé de coté dans ma critique, semble être une alternative intéressante, mais ne connaissant pas le format actuel, je vous laisse le soin, dans les commentaires, d’en débattre.

 

Sur ce, je vous laisse, je vais regarder la NJPW, qui à mon sens est la seule fédération à proposer du divertissement « grand spectacle » au monde.

 

 

A plus Vince, on se voit au dépôt de bilan de ta PME.

 

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