Catch

Thank you Rollins

Le destin est comme un caméléon posé sur un arbre : il suffit qu’on siffle pour qu’il change de couleur.

Proverbe malgache

 

Ça y est. C’en est fini. Les fusées Ariane explosent parfois en vol, et les plus grands athlètes subissent les aléas d’un destin à l’ironie cruelle. Dans cette sombre nuit dublinoise, la WWE a perdu bien plus que son champion en titre : elle devient orpheline de l’homme qui portait tout simplement la fédération sur ses épaules musclées depuis presque un an. Alors que nous séchons à peine nos larmes et que notre curiosité nous pousse à attendre les prochains Raws, prenons le temps d’un retour sur le règne de Seth Rollins en tant que WWE World Heavyweight Champion.

Bah alors, on n’attend pas Patrick ?

Retour sur le règne de l'Architraitre

 

Retour rapide

 

Avant d’analyser de manière subjective, passionnée et émotionnelle les répercussions de l’année Rollins, mettons-nous un petit peu d’histoire brute en tête.

 

Comme tout le monde s’en souvient, Seth devient champion du monde le 29 mars dernier à Santa Clara lors de WrestleMania 31. Après avoir perdu en début de soirée son match contre Randy Orton, il utilise le Money in The Bank Contract pour s’immiscer dans la confrontation entre Brock Lesnar et Roman Reigns. Sa fraicheur physique et sa fourberie lui offrent le Graal : le show se finit sur l’image incroyable de l’ancien architecte du Shield  paradant avec la ceinture suprême.

Le beau posterboy.

 

 

Toutes les attentions se focalisent désormais sur le poulain de l’Autorité, et ceux qui ont un contentieux avec lui se font entendre pour essayer de faire coup double. Le printemps est faste en combats pour le titre. Seth doit d’abord défendre son bien à Extreme Rules dans un Steel Cage match contre Randy Orton. Un mois plus tard, à Payback, il doit affronter la Vipère et les deux anciens complices Reigns et Ambrose. Puis, par deux fois, il croise le fer contre le Lunatic, à Elimination Chamber et à Money in the Bank.

 

Ses trois plus grands ennemis ayant été neutralisés, l’Autorité surprend son monde en donnant une nouvelle chance à Brock Lesnar. Rollins est confronté à la plus grande menace possible et il semble en ce soir de Battleground proche de céder son bien, mais c’est sans compter sur le retour de l’Undertaker qui lui sauve involontairement les miches. Pour Summerslam, Seth dont l’ego ne cesse de gonfler prend lui-même les devants en proposant à son rival John Cena, alors champion des USA, un défi Champ vs Champ où le gagnant rafle les deux titres. Bingo, le dit soir, à l’issue d’un match exceptionnel, il remporte le challenge grâce à l’intervention inattendue de Jon Stewart.

– Monsieur Stewart, vous ici quelle bonne surprise ! Que faites-vous dans les parages ?

– Heupf bah rien je passais dire bonjour…

– Mais que faites-vous donc avec cette chaise à la main ?

– Ha ça, c’est au cas où j’aurais envie de m’asseoir.

 

 

Un mois plus tard, lors de la Nuit des champions, l’ancien Tyler Black doit faire face à ses responsabilités : en tant que double champion, il se trouve avec un double programme. S’il perd la ceinture des USA contre un Cena revanchard, il réussit à conserver son trophée suprême malgré la farouche adversité du légendaire Sting. Dommage pour lui, la fête est courte car un Kane démoniaque vient l’attaquer en fin de nuit. Un peu inquiet mais pas effrayé, le champion conserve sa verve et son énergie et renvoie le monstre aux enfers lors de Hell in a Cell. Mais au final, c’est bien la grosse machine rouge qui aura sa peau : alors qu’il se préparait à un grand match contre son ex ami Roman Reigns pour les Survivor Series, notre héros se pète les croisés dans un combat face au démon préféré du diable. Fin de la partie.

 

 

Un règne combatif, mine de rien

 

Deux cent vingt et un jours de triomphe. A ma grande désolation, c’est trois jours de moins que le règne intermittent de Brock Lesnar qui reste donc encore le plus long « WWE World Heavyweight Champion » de l’histoire. Mais c’est clairement le plus disputé : recomptez bien dans la liste ci-dessus : le bicolore a dû affronter huit challengers différents. Oui, huit, j’ai oublié de le mentionner, mais nous avons aussi eu droit durant l’été à un défi ouvert destiné aux nains, auquel a vaillamment participé non pas El Torito mais Neville.

 

Voilà qui fait un sacré tableau de chasse où se côtoient des légendes de la discipline, à la fois part-timers (Lesnar, Sting), piliers de l’entreprise (Cena, Orton, Kane) et champions en devenir (les copains du Shield). Avec neuf défenses au total, cela fait un match pour le titre tous les vingt-quatre jours. Un ratio tout à fait honorable : à chaque PPV, Rollins a tenu l’affiche. Et il a écumé la concurrence. Certes, nous aurions aimé le voir contre toujours plus d’adversaires, nous aurions apprécié des rivalités contre Ziggler ou Cesaro, mais force est de constater que l’adversité devenait limitée dans les rangs des gentils.

 

Non, Truth, on a dit « gentils » mais aussi « adversité ».

 

 

C’est dans le pire qu’il est le meilleur

 

Pour faire le lien avec le chapitre précédent, oui, Seth n’a affronté au cours de ses six mois de règne que des gentils. La raison est simple : il a gardé le même alignement et le même personnage tout du long. L’Architraître est le poulain de Triple H et Stephanie McMahon depuis un triste soir de juin 2014, suivi par la voie royale : Money in the Bank, championnat du monde. Ses patrons lui ont adjoint les services de Kane et du duo Mercury-Noble. Chaque challenger apparaît comme un héros en lutte contre l’injustice et le despotisme. Mais Rollins était-il tant protégé que cela ?

 

La Famille en or.

 

 

Si l’on regarde uniquement ses défenses de titre, il n’a été aidé par ses sbires qu’aux deux premières occasions : à Extreme Rules puis à Payback. Par la suite, le champion se débrouille tout seul.

 

En fait, les victoires clean sont les plus nombreuses puisqu’elles concernent quatre matchs mondiaux : à MITB lorsqu’il décroche la ceinture face à Ambrose, en Open Challenge face à Neville puis les deux tombés sur Sting et Kane. Le reste du temps, Seth bénéficie de deux coups du destin formidables, tels que le retour vengeur de l’Undertaker qui occupe Lesnar ou la trahison de Stewart en fan suprême de Ric Flair. Mais si ces finishs mitigés laissent un goût amer au suiveur, sur le papier, Rollins n’y est pour rien. Sa seule défaite par disqualification a lieu à Corpus Christi contre Ambrose, au terme d’une discussion litigieuse entre arbitres. Quant au trio d'accompagnateurs, Seth en est privé depui Battleground en juillet.

 

Le constat est là : le champion n’a jamais déçu lors des grands événements. Il a toujours donné d’excellents combats (excepté le dernier en date) et s’il a parfois bénéficié de coups de main, ils sont survenus au terme d’une quinzaine de minutes de haute volée. Alors, pourquoi Seth nous a-t-il donné une impression de faiblesse ? C’est semaine après semaine qu’il a joué la partition classique du heel défendu par une figure autoritaire, comme Edge, CM Punk ou Orton l’ont fait avant lui. Systématiquement énervé de devoir affronter des rivaux, il est apparu plus que faible lors de ses matchs en weeklies, concédant de nombreuses défaites en solo ou en équipe. Je n’ai pas de statistiques disponibles, mais nous avons bien plus souvent vu Rollins fuyant ceinture à la main que triomphant sur le corps gisant de son adversaire.

Une fois, il a même couru sous le ring.

 

 

C’est peut-être ça qui fut étrange dans le règne du Chacal : ce sentiment de fragilité donnant l’impression qu’il était en permanence en sursis. Son cycle n’a pas eu de réelle apogée, et presque depuis le début nous le sentions proche de perdre son bien : contre ses anciens copains du Shield, contre la brute de Suplex City puis contre Cena et Sting. Sans parler du danger Sheamus qui depuis juillet nous laisse penser que chaque PPV sera le dernier du champion Rollins : l’homme aux cheveux mouillés a tenu un règne dont la longueur était totalement imprévisible. Nous ne saurons jamais qui l’aurait arrêté. Certains pensent qu’il aurait pu tenir jusqu’à WrestleMania 32, ce qui aurait donné une impressionnante domination d’un an. D’autres, comme Dave Metlzer, affirment qu’il aurait perdu son bien aux mains de Roman Reigns dès les Series. Finalement, on retiendra que personne n’a pu battre Seth Rollins en tant que champion du monde. Et c’est beau.

 

 

Les traces dans l’Histoire

 

Clairement, cette tragique fin renforce encore plus l’aura du règne de l’Architraitre. Déjà très prometteur en 2014, Rollins fut le catcheur de l’année 2015. Peu d’hommes ont survolé à ce point un exercice, qui pourrait lui contester ? De janvier où il assure le spectacle face à Lesnar et Cena à l’automne où il tient encore le rythme, Seth fut partout, tout le temps. Et visiblement, si sur scène Triple H et Stephanie en ont fait leur favori, en coulisses aussi le bicolore a séduit. Le ton est donné d’entrée de jeu : quand nous serons vieux et chevrotants, beaucoup d’entre nous raconteront à leurs petits-enfants le cash-in le plus fort de l’Histoire, sur la plus grande scène du monde, au nez et à la barbe d’un Minotaure et d’un Powerhouse. Sans compter qu’il sauve aussi le désastre annoncé d’un triomphe de Reigns.

 

Un homme pressé.

Ziggler ou Bryan avaient promis de le faire, Rollins l’a réalisé. Nous avons donc vu surgir le bicolore dans l’euphorie collective : la foule ne le soutenait pas spécialement mais avait conscience de vivre un moment de légende. Ce faisant, il devenait le premier catcheur à cumuler sur son CV le titre de champion NXT et celui de champion du monde WWE. Une autre ligne historique. Certes, il sera rattrapé un jour, probablement par Kevin Owens ou Finn Balor à moyen terme, mais le symbole est fort. Quelques mois plus tard, il fait tout aussi fort en brandissant lors de Summerslam la ceinture des USA à côté de la breloque au W.

Hé bah oué les gonzesses, je pèse dans le game maintenant.

 

 

S’il ne reste double champion qu’un petit mois, nous gardons quand même en mémoire cette période qui le verra mener de front sa rivalité contre Cena et sa guerre contre Sting, période qui trouve son summum à Night of Champions où il enchaine deux magnifiques performances pendant plus d’une demi-heure sur le ring.

 

Si la WWE aime créer des légendes, elle a réussi avec ce règne de Rollins qui restera à part pour bien des raisons. L’architraitre fut un champion complet et omniprésent, antithèse totale du précédent porteur du trophée : catchant chaque semaine, capable de passer de formidables moments au micro, excellent lorsqu’il improvise face aux réactions du public, Seth n’a jamais cherché à se faire aimer ou à arrondir les angles : puant petit prétentieux il était, puant petit prétentieux il resta.

 

 

A qui la suite ?

 

Finissons ce petit hommage par de petites perspectives. Il sera difficile de succéder à un tel champion. De grandes échéances approchent, le Rumble n’est pas loin, Wrestlemania 32 non plus, Sheamus est en embuscade, il y a fort à penser que le titre changera de mains rapidement. Privée de Rollins, d’Orton et de Cena pour quelque temps, la WWE a une occasion formidable de confirmer un espoir et de lancer un nouveau prodige. Les rumeurs vont bon train : oseront-ils donner la ceinture à un Reigns talentueux mais toujours aussi controversé ? A mon sens, et j’entre dans le domaine nébuleux des supputations, le prochain champion sera un gentil. Nous sortons de plus d’un an de règne de méchant (Lesnar n’est devenu un héros qu’une fois le titre perdu), l’Autorité toujours en place a besoin de rebelles à combattre et Sheamus, toujours lui, pourra ainsi casher facilement. Roman est un favori logique, mais ne va-t-on pas à la catastrophe en lui donnant encore sur un plateau ce que tout le monde sait qu’on va lui donner ?

Au pire, on sera à Atlanta, tout le monde s’en foutra.

 

 

Il reste donc en haut du tableau des noms comme Dolph Ziggler, Cesaro ou Dean Ambrose. De quoi faire baver tout suiveur qui se respecte, et le Lunatic a mon pronostic. Cela ferait sens qu’il succède à son ennemi juré, tout en promettant de beaux matchs et des segments d’enfer contre l’Autorité. Certaines rumeurs disent que Vince et sa bande, paniqués, essayent de faire revenir des anciens champions ou des part-timers pour assurer l'intérim. Pourtant, l'occasion est idéale pour lancer au haut niveau un nouveau main-eventer. Nous sommes encore un peu loin des grands événements et le joker irlandais permet d'effacer rapidement tout raté. Après tout, c'est dans une pareille situation que Christian a pu devenir champion du monde et vivre un été qui nous a régalé.

 

Nous suivrons tout ça avec attention en attendant d’ici la mi 2016 le retour probablement triomphal du meilleur catcheur de ces deux dernières années.

Il vous faut quelqu’un, les mecs ? C’est ballot !

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