Catch

Hiver chaud à Toronto

Vivre au Canada, c’est vivre dans quatre pays différents : un par saison.

Michel Conte

 

La WWE a remis ça. La volonté d’étendre l’influence du Network a forcé les tenants de Stamford à varier le contenu des exclusivités. Il y a NXT, il y a les pré-shows, il y a désormais des Podcasts et des émissions de divertissement à qualité variables permettant de recycler les vieilles gloires… Mais surtout, il y a depuis 2015 des Network events, spectacles hybrides à mi chemin entre le house show et le PPV. Après « Best in the East » à Tokyo et le Madison Square Garden l’an dernier, voici venu « Roadblock » à Toronto, Ontario, Canada. Totalement inattendue, cette soirée débarque en pleine ligne droite vers WrestleMania. Alors que le grand événement annuel est prévu dans trois semaines, les cartes peuvent-elles encore changer de mains ? Quatre titres furent tout de même défendus lors de cette nuit canadienne. Alors, surprises ou pas ?

 

 

De toutes façons à la WWE, on ne sait jamais ce qui peut nous tomber dessus.

 

 

Nalyse de Roadblock

 

Oooooh, Toronto ! Don’t you dare be sour ?

La foule est plongée dans le bain dès les premiers instants de la nuit. Surexcités, les trois acolytes rose et bleu de New Day envahissent l’arène en sautillant. Quelques jours après avoir livré un magistral combat contre feu Y2AJ, les voici à nouveau en compétition. Mais ce n’est pas leur principale préoccupation de la soirée. Ils sont là avant tout pour faire la pub de leur nouveau produit dérivé ! Après les T-shirts et les licornes qui s’arrachent, voici venu le lancement des… Booty-Os, délicieuses céréales colorées qui concurrenceront à coup sûr les Fruity Peebles de John Cena.

 

 

Et elles ne collent pas !

 

 

Ils sont interrompus par leurs adversaires du soir. La section britannique de la League of Nations bénéficie d’une opportunité pour les titres cuivrés, situation méritée au vu de leur domination des dernières semaines. Barrett et Sheamus font face à Kofi et Big E. Les champions sont ultra-soutenus par la foule et prennent les devants sur le début de match, permettant à Xavier Woods de fanfaronner au trombone. Mais la situation s’inverse lorsque Wade place une spectaculaire Suplex à Big E depuis le sommet du turnbuckle. Les quatre combattants se régalent, Kingston place un SOS mais les champions se mélangent un peu les pinceaux, ce qui permet à l’ex Bad News d’anéantir l’ancien Langston. Sonné, l’homme reste couché sur le ring pendant plus de trois secondes, mais l’arbitre, trop occupé à sermonner Woods, n’accordera jamais la victoire pourtant méritée aux Européens. Dans la foulée, Big E réussit à porter sa prise spéciale sur Barrett, et le match se finit.

 

 

Levandowski style !

 

 

Cela fait désormais plus de 200 jours de règne pour l’équipe optimiste, et le trio aurait pu boucler une année de domination sans le triste intermède de deux mecs qui n’existent plus. Ce final un peu polémique à cause d’un arbitre incompétent va probablement permettre de prolonger la guerre et d’entériner le passage des copains de Xavier Woods du côté des gentils. La League of Nations va-t-elle changer son casting ? On peut imaginer aisément Rusev ou Del Rio tenter leur chance.

 

 

En tous les cas, la nuit est bien lancée et ça continue à bouillir dans le chaudron de Toronto, car Chris Jericho gagne le ring. Le régional de l’étape est très énervé : contre AJ Styles dont il est manifestement jaloux, contre les fans qui ne l’ont pas soutenu et contre le Canada. Y2J déclare haineusement qu’il a honte de venir de cette contrée puante qu’il a fuit dès qu’il a pu, affirmant qu’il est le meilleur produit exporté du pays. La foule scande alors le nom de Bret Hart, ce à quoi Chris répond « vous ne le verrez plus jamais ». On fait difficilement plus virulent, et le natif de Winnipeg reçoit son content de huées. Son adversaire du soir et un petit jeune prometteur du nom de Jack Swagger.

 

 

Retenez bien ce visage, et oubliez que vous l’avez déjà vu.

 

 

Rapidement, Jericho sort du ring pour respirer, temporiser et cueillir encore plus de sifflets. Il faut dire qu’en face, Swaggie ne fait pas un gentil très solide et la foule hésite un peu à le soutenir. En revanche, sur un Bulldog de Jericho, elle sait très bien quoi chanter.

 

 

Boum, prends toi ça dans la tronche.

-CM PUNK ! CM PUNK !

-Et merde.

 

 

Bref, le match est physique, pas déplaisant mais assez classique, Jericho montre ses prises favorites et finit par l’emporter sur ses fameux Murs après avoir résisté à l’Ankle Lock. Peut-être était-ce une des rares occasions pour Swagger de briller à haut niveau, car on imagine mal le double américain avoir un planning pour WrestleMania. Quant à l’Ayatollah du Rock’n’rollah, pas sûr non plus qu’il obtienne une quatrième manche contre AJ Styles. A suivre donc.

 

 

Après le grand âge du leader de Fozzy, place à la jeunesse ! Roadblock laisse une place sur sa carte pour les petits prodiges d’NXT. Les « Network events » semblent être un bon terreau pour tester le potentiel de rookies dans l’écurie suprême. Après avoir profité du superbe et historique couronnement de Finn Balor contre Kevin Owens à Tokyo, nous voilà prêts à voir les champions par équipes Dash & Dawson se frotter à SAWFT.

Nous savons bien ce qu’il en est : à NXT, avoir une ceinture signifie souvent rester dans le show jaune, et il vaut mieux donc en être dépourvu pour espérer monter de niveau. C’est bien le cas présent : après des années à surexciter les salles californiennes, Enzo Amore et Big Cass semblent prêts pour Raw. Ce combat leur servira vraisemblablement de test.

Et le test commence bien pour le duo accompagné par Carmella. Bien que moins assidu qu’à NXT, le public reprend en chœur les répliques d’entrée. Aucune hésitation dans les propos débordant d’énergie : S, A, W, F, T ! La sentence est épelée et la foule est enthousiaste. Les méchants champions avec leur gueule de taulards amplifient l’électricité de la rencontre.

 

 

C’est nous les méchants.

 

 

C’est un match rapide et spectaculaire, bien débuté par un Enzo en feu qui enchaine Hurracanranas et Drop Kicks. Big Cass est vraiment très grand, et il s’amuse à projeter n’importe qui sur ses adversaires. La foule se régale et chante à la gloire d’NXT et du duo de farceurs. Malheureusement, le vent tourne et s’ensuit une séquence de domination des champions sur le corps d’Amore. Quand le changement est enfin maintenant, c’est la fuite du côté de Revival. Scott Dawson utilise vilement Carmella pour bouclier humain : il en encaisse une violente baffe de la part de la blonde, ne causant aucune disqualification. Sans conséquence pour les tenants du titre, qui réussissent à porter leur finisher sur le petit roquet. A la surprise de personne, Revival conserve ses ceintures à l’issue d’un très beau spectacle !

 

 

Strike !

 

 

Libres de tout engagement, les membres de SAWFT sont visiblement prêts à gagner les rangs de Raw, probablement au lendemain de WrestleMania. L’équipe est populaire et complémentaire, promettant de belles rivalités dans le ring. Quant aux Revival, ils ressemblent à nombre de ces équipes au catch standard, assez talentueux pour donner de bonnes rencontres mais aux membres totalement interchangeables et manquant de personnalité, comme sont aussi Blake et Murphy dans la même division. Mais bon, les Usos ont commencé comme ça !

 

La soirée se poursuit sur sa thématique « On est au Canada » avec la seule opposition féminine de Roadblock. La championne Charlotte croise le fer contre Natalya, à qui elle a accordé une chance pour le titre au papillon. Placée sous le signe de l’héritage, la rencontre entre la descendante Hart et la fille Flair est une plaisante opposition. Les deux femmes donnent le meilleur d’elles-mêmes et Nattie prouve qu’elle mérite une place dans une écurie féminine axée sur le talent et non la plastique. Après des successions de soumissions, Charlotte profite d’une énième perturbation de son vieux Ric pour l’emporter, mais au prix d’une belle bataille.

 

 

Toronto’s job.

 

 

Charlotte est totalement libérée dans le rôle de la heel qui lui colle à la peau. Cela promet un potentiel match historique pour les filles à WrestleMania.

 

Après ces petits instants de blonde douceur, nous retournons dans la violence et la brutalité. Une rivalité débutée en janvier va se poursuivre ce soir. Brock Lesnar, motivé par son avocat obèse, se prépare à se venger de Bray Wyatt qui a causé son élimination prématurée du Rumble. Mais le gourou barbu n’a peur de rien. Débarqué dans son habituelle ambiance nocturne, le taré du Bayou annonce qu’il a passé un pacte avec le Diable, et que le match de ce soir sera un Handicap match où il catchera en équipe avec Luke Harper. On sait donc qui booke les programmes de la WWE, et ça explique beaucoup de choses. Notons que les deux derniers membres de la Family sont absents de la salle.

Le combat débute donc sous cette stipulation inattendue, mais Bray quitte immédiatement les abords du ring pour contempler depuis le Titantron. Nous assistons donc à un un-contre-un entre Lesnar et Harper. Ce dernier est un talent pur, encore sous exploité. Dominant les deux premières minutes, il montre sa vitesse, son agilité et la puissance de son gabarit.

 

 

Dans ta gueule le vieux, place aux jeunes !

 

 

En fait, Lesnar a un planning visiblement bien rodé pour les shows du Network. Comme à Tokyo, comme au Madison Square Garden, il plie rapidement l’affaire après une série de Suplex et un F-5. Aux abords, Bray contemple la scène. Etrange situation pour ce qui était vendu comme l’une des grosses affiches de la nuit. La présence dominatrice de Brock suffit à contenter le public, mais lui-même n’a pas pleinement obtenu vengeance. Wyatt pouvait-il sérieusement espérer voir son poulain l’emporter ? Ou voulait-il tester le talent de son rival ? J’espère en tout cas que cela n’augure pas une énième intervention de la Family lors du programme de la Bête à WrestleMania…

 

Allez, dernière étape du thème « On est au Canada » de la soirée. La star du pays s’appelle Sami Zayn et il est accueilli sous une ovation monumentale. Encore officiellement membre d’NXT, l’underdog ultime est lui aussi en ballotage favorable. La fin précipitée de la carrière de Daniel Bryan libère la place pour une highflyer de talent. Et du talent, le rouquin en a à revendre. Malheureusement, ce ne sera pas une grande démonstration ce soir. La faute à son adversaire Stardust ? Au public un peu amorphe ? Le match est clairement le ventre mou de la soirée. Malgré de jolies prises de part et d’autres, dont une Suplex portée par Stardust sur le coin du ring, la victoire du « Olé ! » est assez prévisible et achève un combat oubliable.

 

 

Stardust place Zayn sur le ring par télépathie.

 

 

La foule était peut-être fatiguée et pressée de voir le main event ? Le voici qui arrive. Dean Ambrose, le fou furieux, le masochiste, le Lunatic, a gagné son droit d’affronter Triple H pour le titre mondial. Over-ovationné, Dean arrive après l’entrée d’un Hunter en grande forme physique. La bagarre promet d’être belle.

 

 

Spoiler : elle le fut.

 

 

Le match démarre doucement, chacun essaye de prendre l’ascendant psychologique. Le travail en ce sens est remarquable, l’intensité monte petit à petit. Ambrose se paye le luxe d’écraser le gros nez de son rival avant de se concentrer sur sa jambe. Les deux catcheurs reçoivent le soutien du public et les chants se répondent. Hunter reprend l’avantage lorsqu’il projette son vis-à-vis contre l’escalier. Il essaye alors de gagner du temps à plusieurs reprises en visant le décompte à l’extérieur puis en enchainant les soumissions. Mais Ambrose est un fou furieux d’une incroyable résistance. Il arrive à revenir dans le match uniquement par son énergie. Les coups pleuvent de part et d’autre, jusqu’à ce que le Lunatic porte un Dirty Deeds. Un… deux… trois ! L’arbitre a tapé trois fois le tablier et la foule exulte. Dean Ambrose est champ….oooh wait a minut. Le referee annule lui-même son geste car il remarque que l’Instable avait la jambe sous la corde. Le coup est passé très près et tout le monde y a cru… Le match doit continuer.

 

 

Mais… mais ça y était !

-Non monsieur, le champion n’est pas battu. Et je ne dis pas ça parce qu’il est l’homme qui signe tous mes chèques en fin de mois.

 

 

Dean a senti le parfum de l’or. Déçu et furieux, il poursuit la bataille et perd mentalement pied. Aveuglé par la haine, il couche Triple H sur la table des commentateurs pour y chuter le coude en avant mais le Game se retire au dernier moment. Ambrose se fracasse sur le bois. Hurlant de douleur, il cherche à regagner le ring en rampant. Mais le coup est trop fort : sur le tablier, Hunter le cueille pour un Pedigree létal. Fin du jeu. Triple H a gagné sans tricher, et peut donc fièrement reprendre le chemin de WrestleMania où l'attend Roman Reigns.

 

Alors, au final, ce show n'a apporté aucun changement choc, aucune ceinture gagnée. Malgré les ténus espoirs de parts et d'autres, Hunter va donc bien trainer sa domination jusqu'au 3 avril dans un match contre le divisant Samoan. Cela dit, le show fut agréable à suivre. Son statut hybride lui donne une dynamique originale, uniquement centrée sur le catch. Très peu de segments backstage, aucun segment uniquement parlé, quelques intros au micro mais surtout, de la baston avec quelques affiches surprenantes. Les deux guerres par équipes ont régalé un public très chaud ce soir et les filles ont bien tenu la baraque. La soirée s'est conclue par un main event qui a tenu ses promesses. On peut toutefois regretter ce manque de surprise, la drôle de gestion des Wyatt et le match médiocre de Sami Zayn.

 

Si Roadblock était un tour de chauffe pour WrestleMania, on peut être optimiste pour la suite. Les New Day semblent définitivement gentils et font le plaisir des foules. Lesnar est chaud comme la braise, Ambrose en pleine gloire et Triple H sacrément affuté. Reste à bien gérer la carte et à arriver à tirer quelque chose du match final pour la ceinture WWE. Le pire n'est pas encore totalement évitable.

 

 

Et tout est bien qui finit bien.

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