Catch

Une première ratée

Plus les choses changent et plus elles restent les mêmes.

Snake Pilssen, Los Angeles 2013

 

Une nouvelle ère s’ouvre à la WWE. Auparavant, Raw était nul et Smackdown ne servait à rien. Désormais, il n’y a plus que Raw qui est nul. Et son premier PPV aussi. Voilà.

 

 

Bienvenue à Clash of Champions ! Le PPV où sont défendus tous les titres et toutes les ceintures !*

 *De Raw

 

 

Nalyse de Clash of Champions 2016

 

 

Clash of Champions donc. Première édition d’un PPV qui est en fait un repackaging de Night of Champions (pourquoi ? c’est comme ça), et qui pour l’occasion avait une carte plutôt alléchante et ambitieuse. Un nouveau champion du monde, des catcheurs talentueux à tous les étages de la carte, il paraissait difficile de se planter. C’est pourtant mission accomplie. Comment ?

 

 

 

Nouvelle ère. Nouvelle ère nouvelle ère nouvelle ère nouvelle ère new era nouvelle ère NOUVELLE ERE NOUVELLE ERE nouvelle ère. Mais toujours le même patron. 

 

 

Comme il est de coutume ces derniers temps, le show s’est ouvert avec les New Day, chargés de chauffer un peu le public d’Indianapolis. Le match qui s’en est suivi contre Gallows et Anderson (qui ne portent plus le nom de « Club ») a été globalement de facture correcte et bien rythmé, malgré sa durée courte (seulement 6 minutes au compteur). La domination des heels, ponctuée par un superbe nearfall sur un Magic Killer porté à Kofi Kingston, a finalement été stérile : suite à une tricherie, les faces atteignent les 400 jours de règne.

 

 

Oh Indy ! Don't you dare be sour !

 

 

Je fais ce que je veux et je t'emmerde.

 

 

Je n’ai pas vraiment de problème à voir magouiller un clan qui a toujours été renommé pour sa roublardise. Par contre Gallows et Anderson (qui ont sans doute livré ce dimanche leur meilleure prestation, c’est dire la gueule des précédentes) ont beaucoup de souci à se faire. Cette nouvelle défaite semble un clou de plus dans leur cercueil déjà à moitié refermé après leurs catastrophiques dernières semaines à Raw, et même s’il est un peu tôt pour parler d’accident industriel, on se demande si le fait de quitter la NJPW leur aura vraiment été profitable. Karl Anderson, en particulier, mérite bien mieux.

 

 

– Luke…

– Oui Karl ?

– Chauve qui peut.

 

 

Le deuxième match de la soirée concernait les Cruiserweights et devait faire oublier les débuts ratés de la division lors du go-home show (quel drôle de moment pour faire débuter une promotion entière de catcheurs, soit dit en passant). Mission à moitié accomplie : le champion TJ Perkins a eu le droit d’être là, cette fois, et accompagné d’un tout nouveau thème d’entrée façon 8-Bit, un bon point pour lui. Son affrontement contre Le Brian Kendrick a été plutôt bon et établit bien leurs personnages respectifs : le jeune qui en veut contre le vétéran qui accepte mal de se faire voler la place. Le coup de boule porté par le challenger malheureux à l’issue de la première défense réussie du champion donne également le ton. Tout n’était pas parfait, et les premiers instants du match faisaient franchement pâle figure comparés au niveau affiché par TJP lors de la demi-finale et de la finale du CWC, mais en définitive, les deux hommes sont repartis de leur soirée avec plus de fans qu’en arrivant, ce qui était le but recherché.

 

 

Brian Kendrick utilise coup de tête ! C'est très efficace ! Les HP de TJ Perkins tombent à zéro !

– Ouais mais j'avais plus de mana aussi…

 

 

Passons maintenant au moment de gloire de ce PPV globalement si peu mémorable. Cesaro et Sheamus ont livré une superbe confrontation d’un gros quart d’heure qui rappelait assez dans sa construction le G1 Climax, tournoi estival de la NJPW : deux mastodontes qui se donnent tout ce qu’ils ont, façon sprint. Leur neuvième match l’un contre l’autre cette année (septième si on ne compte que la série « officielle ») aura été leur meilleur, et on a parfaitement ressenti l’urgence des deux hommes à prendre le dessus sur l’autre, notamment lors de ce 619 pour le moins inattendu porté par le Suisse. La fin de match n’en est que frustrante, avec un No-Contest sur décision médicale déclenchant critiques du public et des commentateurs. Neuf matchs pour arriver à cette conclusion, qui aboutira selon toute vraisemblance à un title shot par équipes entre deux partenaires qui ne s’entendent pas. L’originalité de la situation laisse pantois. Un match parfaitement symptomatique du syndrome Raw : deux catcheurs talentueux qui se donnent à fond, et des bookers qui écrivent la suite avec leurs doigts de pied.

 

 

Un instant ! En ma qualité de directeur du chaos, j'ai décidé d'attribuer 46 points à Cesaro ! Le score est maintenant de 49-3 !

 

 

 

 

Because fuck you, that's why !

 

 

Le deuxième et dernier match à ne pas mettre en jeu de ceinture suivait : l’affrontement de midcard entre les deux Canadiens, Zayn et Jericho, qui jouait partiellement sur l’animosité entre Zayn et Owens en opposant le premier au meilleur ami du second. Nous avons eu droit ici à un bon match de Raw. Raw le show hebdomadaire, pas Raw la division phare de la WWE. Un quart d’heure de mouvements enchaînés plus ou moins facilement (aïe les deux Tornado DDT), avec deux catcheurs globalement au niveau malgré une alchimie moyenne. Après avoir battu Owens à Battleground pour être relégué en pré-show à Summerslam, l’un des faces les plus populaires de la division se devait de battre le sous-fifre de son ennemi juré. La victoire est donc logiquement revenue à

 

 

Chris

 

Jericho

 

you

 

stupid

 

idiot !

 

 

Malheureusement, la qualité du show n’a fait que se détériorer après tout ça, à commencer par le match féminin. Oh, ce n’est pas que le triple-threat pourtant si alléchant sur le papier a été complètement raté. La formule à trois a plutôt bien fonctionné, et les catcheuses se connaissent suffisamment bien pour offrir un match digne d’un PPV. Malheureusement, on retiendra surtout de la victoire de Charlotte que Bayley a été appelée trop tôt et sans véritable plan, que Sasha Banks a perdu beaucoup de momentum, que Dana Brooke est complètement conne (pourquoi ne pas intervenir continuellement alors que les commentateurs se font un point d’honneur à souligner qu’il n’y a pas de disqualification ?) et qu’en dehors de Nia Jax, qui est heel comme la championne, la division est d’une vacuité abyssale. Un match très en-dessous du triple-menace annonçant tant de promesses à Wrestlemania.

 

 

– Je suis la fille de Ric Flair !

– Et moi la protégée de Dusty Rhodes !

– Et moi la cousine de Snoop Dogg !

– Ouais bah moi mon père était un zèbre, et vous me voyez pas me la pêter.

 

 

Baissons un peu encore en qualité avec le match pour le titre US, entre Reigns et Rusev. Un affrontement qui se voulait épique entre deux golgoths prêts à tout pour en découdre mais qui a finalement souvent sonné creux, très loin du Cesaro/Sheamus plus tôt dans la soirée, qui représentait lui un vrai combat physique. Reigns semble atteint du syndrome Triple H, et le caractère épique voulu lors de ses affrontements n’est pas toujours au rendez-vous. Il ne l’était pas ici, et sa prise de ceinture, certes logique, fait vraiment passer pour un pitre le champion bulgare qui est pourtant l’un des seuls véritables heels du roster.

 

 

Rusev utilise Rusev Majka !

 

Reigns utilise Roman looks strong !

 

Ouais bah si t'as l'atout aussi…

 

 

Heel, Rusev l’aura pourtant été très peu dans cette rivalité où Reigns est rarement apparu aussi antipathique. Le beau gosse Samoan porte désormais son palmarès cette année à un titre mondial et un titre US. Pas mal pour une année où il aura été suspendu un mois et où le public lui aura déversé des seaux de merde sur le visage. L’affrontement entre les deux finalistes du Royal Rumble 2015 n’était pas particulièrement mauvais, mais pas particulièrement bon non plus. C’était un match.

 

 

Je ne fais pas des bons matchs. Je ne fais pas des mauvais matchs. Je fais DES matchs.

 

 

Finissons maintenant cette nalyse concise par le main event, qui représente normalement le sommet d’un PPV, le match qui doit plus que n’importe quel autre attirer le spectateur, et le laissé combler. On n’aura pourtant rarement aussi peu entendu le public d’Indianapolis que lors de cet Owens/Rollins, en dehors d’un « This is awesome » presque incongru tant on avait entendu les mouches voler jusque-là. Il est plutôt simple de dire que le public attendait l’intervention tant attendue de Triple H ou de Chris Jericho. Mais soyons honnêtes : malgré toutes leurs qualités, l’affrontement livré par les deux hommes jusque-là n’était pas bon. Pas inspiré, pas spectaculaire, en un mot pas intéressant, et même pas sauvé par le trash-talking d’un Owens toujours aussi bon dans ce domaine.

 

 

Suce ma graine hostie d'mongol, t'es rien qu'une trace de brake !

 

 

Rollins ne semble d’ailleurs depuis son retour que l’ombre de lui-même, et j’attends avec impatience le face-turn définitif qui libèrera complètement son moveset. De toute évidence celui-ci n’était pas prévu pour dimanche et l’affrontement a le plus souvent tourné à la course à qui veut le plus l’affection du patron. Une réponse qui ne fut d’ailleurs pas apportée par la séquence finale, sans doute la pire conclusion de PPV vue cette année et que je n’ai pas vraiment envie d’analyser, préférant vous la narrer sans parti pris :

 

 

Kevin ! Mon ami mon frère, je viens à ton secours ! Avec ton super tee-shirt.

 

Bon sang, ce match dégénère. Il faut absolument que j'évite de me prendre un…

 

…oups !

 

Profitons de cette opportunité inattendue pour mettre en oeuvre notre plan machiavélique !

 

Mais c'est une véritable jungle ici ! Il est temps d'y mettre de l'ordre.

 

Saleté d'immigrés canadiens qui viennent dans notre pays nous voler des trucs.

 

 

A l’heure de tirer les comptes, Clash of Champions peine à tenir la comparaison face à Backlash, premier PPV bleu et diffusé il y a deux semaines. Là où le show de Smackdown a été bien au-dessus des attentes avec de très bons matchs pour les ceintures, un main event brillant et un booking cohérent, CoC a été homogène jusqu’à l’écœurement, sans match catastrophique mais dont les rares instants de brillance ont été gâchés par l’indigence du booking. Il faudra faire beaucoup, beaucoup mieux dans les prochaines semaines face à la concurrence de la campagne présidentielle et du foot américain.

 

 

Le message est passé.

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