Catch

Horizons verticaux

J'ai pas voulu faire avocat, la mallette elle est quand même vach'ment lourde.

Serge le mytho

 

Le match du Money in the Bank est, depuis sa création, un des moments les plus attendus de l’année et il en est de même du PPV éponyme. Cette année pour la première fois, la bataille pour la mallette est exclusive aux catcheurs de Smackdown, mais elle inclut aussi une variante féminine. Ces deux affiches, plus la première défense de titre de l’inattendu champion Jinder Mahal ainsi que les débuts sur le ring de Lana donnent assurément à la carte un air d’innovation. Mais la question mériterait de figurer au bac de philo : nouveauté fait-elle nécessairement réussite ?

 

 

Qui c’est qui a commandé un indien sur Deliveroo ?

 

 

Nalyse de Money in the Bank 2017

 

 

Le PayPerView débute toujours par une partie exclusive au Network, ce que l’on appelle le fameux pré-show, durant lequel le public a pu voir le retour victorieux des Hype Bros aux dépens des frères Colon. Nous pouvons passer à la suite.

 

 

MITB féminin :

 

Les vraies hostilités commencent avec le premier Money in the Bank Ladder match féminin de l’Histoire. C’est en soi un événement de grande importance. Mais le casting fait-il rêver ? A part Charlotte, au talent indiscutable qui lui a valu le prix de catcheuse de l’année sur notre site, nous trouvons Becky Lynch dont le potentiel n’est pas toujours pleinement utilisé, puis Natalya, Carmella et Tamina qui ne promettent pas spécialement une affiche de folie.

 

Le fait est que malgré l’importance capitale du combat, l’affrontement est loin d’être palpitant. Comme si bloquées par l’enjeu, les filles semblent incapables de faire preuve d’originalité ou de jouer avec la stipulation. Quasiment aucune interaction à plus de une contre une, et une répétition du classique « je suis sur le ring, je prends un coup qui me fait rouler dehors, ma rivale prend un coup qui la met dehors elle aussi, et tourne tourne petit moulin ». Passons sur les cordes à linge ou les coups de pied tous mous qui n’ont pas donné une véritable impression de violence. La rencontre est plate, sans réelle ambition. Seule Charlotte sort quelques impressionnantes prises de son arsenal, notamment une belle pirouette depuis le poteau du ring réceptionnée par Tamina et Natalya. La foule, cela dit, chante rapidement des « This is awesome ! » à mes yeux exagérés.

 

 

Pour rappeler l’importance du vote aux élections législatives, les participantes décident de représenter une carte de France avant le début du match.

 

 

Alors que toutes les catcheuses se sont petit à petit neutralisées, une seule personne reste debout aux abords du ring. Et cette personne, c’est James Ellsworth, la mascotte inesthétique de Carmella. Habitué à foutre son nez où on ne lui demande pas, James fait chuter Becky, prend sa place sur l’échelle, grimpe, décroche la timbale et la donne à celle qui l’a friendzoné.

 

Voilà un cas d’école encore jamais survenu à la WWE, et visiblement les arbitres et officiels n’ont pas réfléchi à la conduite à tenir dans une telle situation. Pendant que trois hommes zébrés palabrent, Ellsworth décide d’officialiser le résultat en nommant au micro Carmella comme la gagnante.

 

 

Quand ta pote fait un bad trip en pleine pyjama party.

 

 

Ainsi s’achève ce premier Money in the Bank féminin, dont l’affrontement fut très banal mais le final hautement polémique. A jamais désormais, la première mallette destinée aux filles aura été décrochée par un représentant du sexe masculin. Mais le résultat n’en restera peut-être pas là, car rapidement des tweets furieux de Daniel Bryan et Shane Mc Mahon, tous deux étrangement absents ce soir, fusent.

 

Etait-ce une bonne ou une mauvaise idée ? La WWE savait pertinemment qu’elle subirait son lot de critiques suite à cette issue, mais c’est une construction scénaristique qui se défend. Ellsworth, en crétin heel, a gâché la fête qui devait être historique, rappelant un peu l'intervention de Gallows et Anderson lors du premier Cena-AJ Styles. Nul doute que l’an prochain, nous aurons un bel affrontement et une honorable Miss MITB.

 

 

Mais… mon vélo ?

 

 

Smackdown TagTeam Championship :

 

Absents plus d’un mois suite au draft (pardon, au shake-up), les New Day sont arrivés à Smackdown et directement challengers aux ceintures argentées jalousement gardées par les Usos.

 

Revoir le trio bondissant dans un match d’importance est un petit événement, car suite à la fin de leur règne fleuve cet hiver, ils ont passé un certain temps à ne rien faire entre les cordes.

 

C’est donc avec plaisir que l’on retrouve Big E et Kofi sur le ring, pendant que Woods bat le tempo.

 

 

– Visiblement nous manquions à quelqu’un mais à qui ?

– Qui ?

– Qui ?

– Quiqui ? Lol.

 

 

L’affrontement dure douze minutes de pur plaisir. Si ces deux équipes sont parmi les plus titrées des dix dernières années, ce n’est pas pour rien. Le nouveau style agressif et vindicatif des Usos leur va comme un gant, mais en face, les licornes rappellent qu’elles ne sont pas des peintres.

 

Big E passe son Spear vers l’extérieur du ring, ses souplesses, les jumeaux se régalent en kicks, splashs et torsions vicieuses. Surtout, Kofi fait le spectacle. Après avoir chuté lourdement du ring depuis la troisième corde, il se jette plus tard volontairement et de dos sur ses deux rivaux. C’est à ce moment que le New Day réussit à porter son finisher, mais les Usos fuient et décident que la fête s’arrête là. Epuisés, la tête sous l’eau, les Samoans se laissent compter à l’extérieur, perdant ainsi le match mais gardant fourbement leur titre.

 

 

La prise dite du goéland samoan a déjà fait moult victimes.

 

 

Voilà l’exemple typique d’un final controversé qui n’affecte pas la qualité d’une rencontre, qui fut excellente, mais dont l’issue est logique. Les Usos sont très forts, mais ils sont vils et ont senti le vent tourner en leur défaveur. Il est tout à fait légitime de ne pas donner le titre trop vite au New Day, mais de ne pas leur infliger d’entrée une défaite propre. La suite très vite, et c’est ma foi fort enthousiasmant.

 

 

Smackdown Women Championship :

 

Il y a quelques semaines, Shane McMahon, incapable de sortir une challengeuse du lot pour le titre de Naomi, avait décidé de foutre toutes ses catcheuses dans le désormais fameux MITB. Il aurait été bien emmerdé pour occuper sa championne lors du PPV si la sublime Lana n’était pas sortie du bois. La désormais danseuse de cabaret souhaite devenir une championne, et Naomi pêche par orgueil en lui accordant sa chance. Jamais la femme de Rusev n’avait foulé un ring pour un match officiel en un contre un. La crainte d’assister à une purge est grande.

 

 

Quand tu te rends compte que pour ton premier match officiel tu ressembles à Summer Rae.

 

 

Une fois la cloche sonnée, il est évident que Lana n’a pas encore appris énormément de prises, mais elle compense par une agressivité et une violence peu courantes dans la division féminine.

 

Naomi se laisse surprendre, subit des contres inattendus et se fait tabasser sur puis hors du ring. Le temps de reprendre ses esprits, la championne se ressaisit et délivre ses prises favorites, coup de fesses compris. Lana réussit tout de même à porter ce qui semble être son finisher, un Spinebuster amélioré qui passe à un doigt de la victoire. Alors que Naomi git au sol et que la challenger fulmine, Carmella revient faire un petit coucou dans l’arène, menace d’encaisser sa mallette avant de repartir. Distraite, la Soviétique se laisse prendre dans la ridicule soumission de Naomi et perd donc son premier combat.

 

 

Tu m’en veux pas, on reste copines ? N’oublie pas le cours de bachata samedi soir à 19h !

 

 

Le duel fut donc court et pas spécialement intéressant, mais je pense qu’on peut arriver à faire de Lana une catcheuse. Limitée sur le ring, elle incarne bien son personnage et transmet une vraie émotion, chose qui manque à mes yeux à la gentille mais lisse et ennuyeuse Naomi. Le final, encore une fois ce soir, est brouillon mais sème des graines pour la suite. Certains comparaient l’éventualité d’une prise de titre de Lana à celle de Mahal, mais il y a une différence cruciale : la belle est adorée par une frange importante du public. Probablement les mâles. Quant à Carmella, au vu de la colère des dirigeants de Smackdown, elle aurait dû encaisser de suite son bien pour les mettre devant le fait accompli. Elle préfère garder sa mallette, visiblement sûre de son bon droit, et on risque de la revoir souvent tortiller du fessier autour de la championne.

 

 

Fashion Vice et pouvoir de l’amour

 

 

Le déroulé des matchs s’interrompt quelques instants pour deux séquences qui n’ont rien à voir ni en scenario ni en qualité.

 

D’abord, la Fashion Police cherche à savoir qui les agresse continuellement. Heureusement, ils disposent de matériel technologique de pointe et reçoivent une cassette vidéo mystère de leurs bourreaux. Ces derniers, restant anonymes grâce à une obscurité complice, les invitent à venir ce soir sur le ring pour se confronterà eux. Nous saurons donc enfin qui s’en prend ainsi à Fandango et Tyler Breeze, qui continuent de se régaler et de nous régaler dans des segments géniaux. Une des réussites totales de Smackdown ces derniers mois.

 

Autre ambiance, la salle de St Louis accueille deux nouveaux membres du show bleu, un petit couple tout choupi bien connu des suiveurs de la ROH et de la TNA : Maria Kanellis, ancienne Diva de la grande époque, accompagnée de Mike ex-Bennett mais portant désormais le nom de son épouse.

 

Les deux délivrent une promo très cucul la praline sur l’angle du pouvoir de l’amour. Difficile de dire si cela donnera quelque chose d’intéressant, mais après le retour de Mickie James et l’annonce d’un Tables for 3 comprenant Eve Torres et Kelly Kelly, on dirait que c’est la mode d’être nostalgique envers cette époque de néant féminin.

 

 

Un pasito par ‘ante, Maria, un pasito par ‘tras.

 

 

WWE Championship

 

Le match pour le titre mondial arrive au cœur du show, et c’est un bon indice pour son issue.

 

Mais avant d’accueillir les deux protagonistes, la foule salue toutes les légendes présentes juste aux abords du ring. Il y a là Greg Gagne, Larry Hennig, le Sergent Slaughter, Baron von Raschke, Bob Orton le papa de, et Ric Flair pour finir. On devine si l’on est un peu futé que tous ces gens ne sont pas là par hasard juste pour bien voir la rencontre.

 

 

Quand tu racontes à tes potes ton dernier dépistage contre le cancer de la prostate.

 

 

Jinder Mahal puis Randy Orton arrivent dans une arène surchauffée par la présence de leur héros local. Si leur premier affrontement était très moyen, celui-ci dépasse plutôt nos espérances. Opposition violente qui commence par un Randy furieux noyant Jinder sous une pluie de coups, elle s’équilibre lorsque l’Indien travaille le genou fragilisé de la Vipère. Le match est disputé, partagé, le niveau des deux protagonistes semble se valoir, et sans assister à du grand spectacle, le résultat est tout à fait satisfaisant. Mahal pousse le vice jusqu’à porter le Figure Four à son challenger sous les yeux de Ric Flair. Finalement, Randy porte une souplesse depuis le haut du poteau au champion, et prend ainsi l’avantage nécessaire lui permettant de dérouler son arsenal, concluant le tout par un RKO. Malheureusement pour lui, il est trop près des cordes et les Singh Brothers tirent le pied de leur Maharadjah pour casser la prise.

 

 

Ch’ai pas touchéou !

 

 

Pas dupe, l’arbitre exclut les deux zigotos. Et se passe alors une chose incroyable et jamais vue : les sbires de Jinder refusent de partir ! Depuis le temps que je trouve complètement stupide l’attitude des laquais exclus qui se comportent comme si un aimant invisible les attirait dehors tout en protestant… Les Bollywood Boys protestent, résistent et s’en prennent même aux légendes situées devant le ring. Son père étant menacé, Randy se précipite, intervient et anéantit les crevettes indiennes. Mais ce grand couillon revient à la charge une fois, deux fois, trois fois pour bien leur faire très mal, à coups de RKO sur la table des commentateurs. Un temps précieux pour Mahal qui récupère tranquillement dans le ring, et puisque l’arbitre n’a pas l’air de vouloir compter Randy qui a bien passé deux minutes à l’extérieur, le champion cueille son challenger dans le Colosse pour le compte de trois.

 

 

Un match de championnat à domicile, c’est une chance en or, je dois rester concentré. Oh tiens ? Madame Wilson, la boulangère ! Elle fait de ces chocolatines à saliver… Et à côté c’est monsieur Oliver qui avait réparé les petites roues de mon vélo, faudra que je passe lui dire bonjour…

 

 

Jinder Mahal confirme son statut de champion du monde, et sur ce match, il a conquis une certaine légitimité. Orton, chez lui, a logiquement perdu, envahi par sa colère. La rencontre était agréable à suivre mais surtout, l’attitude non stéréotypée des Singh était originale et bien pensée. Maintenant que la Vipère est mise de côté, Jinder va pouvoir se trouver un nouvel adversaire.

 

 

The Fashion Police contre leurs agresseurs

 

Entre deux matchs de très haute importance, la tension retombe un peu grâce à l’humour de Fandango et Tyler Breeze, qui découvrent l’identité de leurs assaillants. Malheureusement rien de très travaillé : il s’agit de Konnor et Victor, les deux membres de l’Ascension, qui s’inclinent contre les défenseurs du bon goût dans un match très oubliable.

 

 

– On est pas contents.

– Si, moi je suis content d’être là, ça se voit pas ?

– Ha, pardon.

 

 

MITB masculin :

 

Finissons la soirée par le combat le plus attendu, la fameuse baston à six autour de cette précieuse mallette. Un clip historique nous rappelle combien une victoire ici peut changer une carrière, mais curieusement, le seul à ne pas apparaître est le seul à l’avoir remporté deux fois. Voyez de qui je parle ?

 

Entrent sur le ring AJ Styles, Kevin Owens, Sami Zayn et Dolph Ziggler, mais Shinsuke Nakamura a à peine le temps de faire tourner les violons qu’il est tabassé en règle par Baron Corbin, le dernier entrant. A un tel point que le Japonais est porté en coulisses par le staff médical, le match démarre donc à cinq participants.

 

 

– Le pauvre, j’avais dit que c’était une mauvaise idée de lui foutre une gimmick à la Janis Joplin !

– C’était pas Michael Jordan ?

– Non, il me semblait qu’on avait dit Samuel L. Jackson…

 

 

Si le Ladder match féminin fut une déception, celui-ci est une réussite totale. Le casting est excellent, et même si c’est triste à écrire, l’absence de Nakamura fait probablement du bien au rythme.

 

Owens, Zayn, Styles, Corbin et Ziggler donnent pendant quinze minutes le meilleur d’eux-mêmes, multipliant les combinaisons, utilisant les échelles au maximum, avec violence et rapidité. Ziggler et Corbin s’allient momentanément avant de s’envoyer des mandales dans la tronche. Kevin et Sami reprennent un peu de leur interminable guerre, et le Québecois passe à travers une échelle.

 

Tout le monde brille et difficile de deviner le vainqueur, mais Sami Zayn est véritablement en feu, jusqu’à ce que son frère ennemi ne s’abaisse à la pire des traitrises, lui envoyant un coup de latte létal dans les parties.

 

 

Quand tu te rappelles tous les bons moments passés avec ton ami d’enfance mais que tu dois quand même le taper.

 

 

A peine la menace rousse écartée, Owens se fade le Phenomenal en pleine forme et se mange une deuxième échelle. Bien parti pour décrocher la mallette, AJ est déséquilibré par Dolph Ziggler et flotte pendant quelques secondes dans le ciel de l’arène, avant de s’écraser lourdement sur le sol. Dolph détruit par Corbin, le Baron s’est ouvert la voie royale… Mais le moment est fortuitement choisi par Nakamura pour revenir dans la rencontre se venger de son bourreau. Accueilli comme un héros par la foule en liesse, Shinsuke prend le dessus sur tout le monde, sauf son ancien camarade au Japon, AJ Styles. Les deux hommes partent se battre tout en haut de l’échelle, mais chutent, délogés par Baron Corbin. Le loup est bien seul debout et peut décrocher la mallette, même s’il s’y prend comme un manche. Victoire de Baron Corbin.

 

 

Putain de mousqueton, j’avais pourtant bien visionné le tuto de Jack Swagger.

 

 

Ainsi s’achève ce premier PPV Money in the Bank exclusif à Smackdown. Le résultat est mitigé, mais cela commence à devenir une tendance globale. Avec un PPV toutes les deux semaines depuis la division des shows, la WWE tient le rythme en nous proposant des produits de qualité souvent correcte, mais jamais exceptionnelle. Le nombre de talents sous contrat garantit chaque dimanche soir de très bons moments, et il y en a eu cette fois là, grâce notamment aux équipes masculines et au casting du MITB final, mais les scénaristes semblent forcer leur imagination à produire des résultats originaux. Preuve en est le grand nombre d’issues polémiques. Lana  a fait les frais  d’une classique intervention musicale, et avant elle, les filles puis les équipes n’ont pas réussi à se départager convenablement. Sans parler des Singh brothers, éléments clés des victoires de Mahal.

 

Finissons en évoquant rapidement le cas Nakamura, ultra populaire mais protégé au-delà du raisonnable par une pirouette scénaristique lui évitant les trois quarts du main event. Evénement qui n’est pas sans rappeler la longue absence de Roman Reigns au Rumble 2016.

 

Maintenant, les mallettes sont en main, Summerslam approche, qui va casher, sur qui, comment et où ? A vous de pronostiquer !

 

 

Est-ce qu’on peut venir me descendre de là ?

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