Catch

Corneille disait vrai

Qu'en attente de ce qu'on aime une heure est fâcheuse à passer !

Corneille

 

Le deuxième plus important ppv de l’année a été buildé comme le show d’un seul match, le main event. Problématique pour une soirée de quatre heures, non?

 

 

– Bon, il est quelle heure là? Je demande ça pour savoir combien de temps il reste encore d’ici le main event. J’essaie de mater sur ma montre mais c’est pas super pratique à cause de ma torche.

– Attends Bray, on va regarder sur nos portables.

 

 

Nalyse de Summerslam

 

 

Il était impossible, dans les semaines précédant la tenue de l’édition 2017 de Summerslam, de se défaire de l’impression qu’il s’agirait d’un « one match pay-per-view », c’est-à-dire d’une réunion ne valant réellement que par un seul combat. Les situations de ce type, où le main event est tellement attendu que le reste paraît terriblement fade en attendant, sont assez fréquentes à la WWE. Pourtant, la récente disruption des titres majeurs aurait dû, normalement, mettre sur un pied d’égalité le combat pour le titre universel et celui pour le titre WWE. Mais y a-t-il eu un suiveur pour se passionner autant pour Mahal-Nakamura que pour l’éléphantesque Lesnar-Strowman-Reigns-Joe? Il est permis d’en douter. Bon, peut-être un otaku ou deux dans une chambre claquemurée au fin fond du Japon…

 

 

… et la totalité du peuple du Zimbabwe, bien entendu.

 

 

Or si on peut accepter un tel déséquilibre pour un ppv lambda, il est plus difficile de s’en accommoder quand il est question de Summerslam. Parce qu’il est vendu comme le deuxième plus important moment de l’année ; parce que l’événement possède désormais sa propre longue histoire et sa propre mythologie, qui doivent être alimentées chaque année par une cohorte de combats marquants ; parce que, enfin, il dure quatre putain d’heures, pré-show non compris ! Hélas, ce dimanche soir (ou plutôt ce lundi matin parce qu’on est pas assez tarés pour suivre ça en direct), on a assisté précisément à un « one match ppv ». Trois heures et demie durant, nous avons patienté, jetant régulièrement un coup d’œil au compteur de notre lecteur VLC, manière moderne de porter sa montre à l’oreille. Une seule fois, avant que ne déboulent les quatre mastodontes, nous avons ressenti ce frisson propre aux grandes soirées : lors du spectaculaire et hautement satisfaisant match pour le titre de champions par équipes de Raw, seul choc bénéficiant à la fois d’une vraie construction et d’un line-up de très haut niveau. Hormis ce frisson, ce fut une longue atonie; le réveil n’en fut que plus brusque lorsque les quatre bourrins de la fin du banquet entrèrent en scène.

 

 

– Mesdames et Messieurs, voici venu le temps du match pour le titre Univ…

– Mais ta gueule pouffiasse, dégage, ça fait trois heures et demie que tout le monde n'en peut plus d'attendre que le massacre commence, on peut y aller oui?

 

 

Car si Summerslam était excessivement axé sur son main event, celui-ci a au moins eu le mérite de se réveler à la hauteur des espérances. Et elles étaient grandes, les espérances. D’autant plus grandes, j’insiste, que les combats préalables n’excitaient guère l’imagination. Tout notre engouement se reportait sur le Fatal Fourway, comme l’excellent Goshomètre brillamment compilé par le non moins excellent Yerem l’avait parfaitement exprimé : l’attente relative à cette bataille de titans était scientifiquement évaluée à 8,91 sur 10, ce qui équivaut à une pulsation de 180 sur l’échelle de Richter de nos palpitations de fans de l’ignoble sport.

 

 

– Bravo Joe, ton match de Summerslam est le plus attendu de toute l’histoire du Goshomètre!

– Ouais, c’est sûr que c’est pas le tien qui fait vendre des billets, hein Finn!

– Connard.

– Tafiole.

 

 

Le succès du buildup de l’affrontement pour le titre Universel se manifestait par l’immense suspense entourant son issue : chose rare dans un match à quatre, chacun des protagonistes apparaissait comme un vainqueur potentiel crédible. Brock parce que c’est Brock, nuff saif ; Strowman parce qu’il a connu depuis quelques mois une progression exceptionnelle dans le ring et surtout dans les cœurs (et les cerveaux reptiliens) des suiveurs ; Reigns parce que c’est le futur Cena (et déjà l’actuel, au vu des huées l’accueillant chaque soir, y compris ce dimanche) et qu’il doit donc l’emporter dans ce genre de grands rendez-vous ; et Joe parce qu’il apparaissait possible que Lesnar reparte un temps se faire tordre dans un octogone tandis que Reigns et Strowman s’annihileraient mutuellement une fois de plus.

 

 

Par contre, en cas de victoire, il allait devoir se faire faire de nouvelles cartes de visite.

 

 

Au-delà de l’incertitude relative à l’identité du vainqueur, le combat s’annonçait aussi comme un pugilat ulra-violent, couronnement de plusieurs semaines où ces quatre-là, dans diverses configurations, se sont envoyés de sacrés parpaings dans la tronche. On est tous heureux que Vince se soit largement détourné, depuis quelques années, de sa fascination pour les Hercule de foire, et on a énormément apprécié les arabesques des Punk, Bryan et autres Styles, mais au fond de nous il y a un voyeur excité qui veut voir des monstres de 150 kilos se réduire en purée pendant une demi-heure — ne niez pas, on est tous comme ça, moi le premier.

 

 

– Oh là là M’sieu Joe, vous avez de grosses mains!

– C’est pour mieux broyer mes adversaires, mon enfant.

– Oui, et pour écraser leur larynx, pour déchiqueter leur chair, pour arracher leur cœur encore battant et le réduire en bouillie dans vos doigts surpuissants de sauva… ah, zut, j’ai fait sploutch.

 

 

Enfin, un autre aspect a pu jouer dans l’intensité de notre attente : les alignements très flous des quatre brutes. Bien malin qui pourra dire avec certitude qui des quatre est face ou heel : chacun, en réalité, est présenté avant tout comme un combattant surpuissant, sûr de sa force et bien décidé à en découdre, point barre. Du coup, aucun n’a pris la peine, ces dernières semaines, de nous casser les couilles avec de la cheap pop ou de la cheap heat. Ils sont forts, très forts, ils sont résistants, très résistants, ils sont déterminés, très déterminés, et à Summerslam, ils vont se rentrer dans le lard, point barre. Lassés des buildups débiles opposant de veules ordures à d’héroïques chevaliers blancs, nous n’en étions que ravis.

 

 

– Voilà, comme ça. Mais assure-toi d’avoir mis assez de vaseline au préalable, sinon tu peux rester coincé dedans.

– Waaah, trop cool M’sieu Reigns, merci! Vous êtes trop gentil! Dire que y en a qui vous trouvent méchant!

– Je ne suis ni gentil ni méchant. Je suis, tout simplement.

 

 

Et ce ME, donc, tint toutes ses promesses. Il serait terriblement fastidieux d’énumérer tous ses moments de bravoure, et j’imagine que si vous lisez ces lignes, vous l’avez encore tous bien en tête. Résumons donc : chacun a semblé proche de l’emporter à un moment ou à un autre, chacun a parfaitement joué son rôle, les spots ont été maousses et le public à la hauteur, scandant de façon parfaitement justifiée Holy Shit et This is Awesome pratiquement d’un bout à l’autre. Si l’on veut vraiment ergoter, on peut considérer que le Stretcher Job de Lesnar après sa Strowmanisation ne s’imposait peut-être pas, mais ça nous change de la méthode qui est habituellement employée dans ces cas (à savoir laisser la victime poireauter dix minutes en ringside sous un empilement de meubles). On peut, aussi, juger qu’après une prestation aussi puissante, Braun aurait dû être présent au cœur de l’action jusqu’aux dernières secondes, au lieu de les passer en spectateur en ringside, aux côtés de Joe, tandis que le gorille albinos contrait une dernière tentative de Spear en F5 définitif. Mais on peut aussi tout à fait se réjouir d’avoir vu exactement ce qu’on souhaitait voir, à savoir un déchaînement de violence excellemment chorégraphiée — et qui, cerise sur le gâteau, nous garantit le maintien de Lesnar dans le roster, avec sans doute à brève échéance un duel alléchant contre MONSTROWMAN.

 

 

Conforama, partenaire exclusif de vos soirées du dimanche.

 

 

Je vais en revanche passer bien plus vite sur ce qui a précédé. Pourtant, il y aurait bien des choses à dire, ne serait-ce que parce que cinq titres ont changé de mains dans la même soirée, ce qui constitue peut-être un record — quelqu’un peut confirmer ou infirmer? Mais seuls les combats ayant permis à Ambrose et Rollins de détrôner Cesaro et Sheamus, et à Sasha de redevenir la Boss au détriment de la méritante Bliss, ont vraiment été portés par cette sensation d’urgence qui est censée nous traverser tout au long d’un ppv aussi prestigieux.

 

Comment?, vous écrierez-vous! Et Owens-Styles alors, ça n’a pas envoyé du pâté? Bien sûr que si, vous répondrai-je en haussant mes musculeuses épaules, mais le spectacle a nettement pâti de l’omniprésence d’un arbitre spécial tout à fait superflu. Tout le récit était centré sur cette question fondamentale : Shane allait-il privilégier l’un des deux? Allait-il commettre une erreur, de bonne foi ou non? Prendre un bump? Deux bumps? Dix-huit bumps? Or il n’y a nul besoin d’employer cette entourloupe quand on a dans le ring deux types de ce niveau. Let them fight, bordel! Et puis, quand le special referee est lui-même catcheur (ou considéré comme tel…), neuf fois sur dix le match débouche sur une feud entre cet arbitre de fortune et le perdant du combat du soir. Or Shane vient d’affronter Styles à Wrestlemania, et il ne fallait donc pas être FalkoTonio (notre formule à nous pour dire « ne pas être grand clerc », FalkoTonio étant — du moins jusqu’à la veille de Summerslam — l’impressionnant leader de notre concours de pronos) pour comprendre qu’Owens allait perdre et donc enchaîner sur une feud en bon uniforme contre le fils grisonnant du patron — perspective qui n’enchante personne, rassurez-moi?

 

 

– Marre de vos galipettes! Suplex city bitch!

– Pff, elle est vraiment pénible sa crise de la quarantaine, pas vrai AJ?

– À qui le dis-tu…

 

 

Les victoires de Banks et des deux tiers du Shield, en revanche, furent de vrais feelgood moments à l’ancienne, dans la plus pure tradition du bon vieux kayfabe des familles. Une championne détestable vaincue de longue lutte par la favorite des foules d’une part; le triomphe d’un duo d’anciens frères hyperpopulaires, longtemps brouillés mais finalement réconciliés, de l’autre. La recette est connue, encore faut-il bien la mettre en pratique, et ce fut réussi les deux fois, l’empoignade à quatre, notamment, constituant une superbe respiration dans un show par ailleurs bien terne.

 

 

S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction.

 

 

Terne, comme les combats des désormais vétérans Orton et Cena face aux jeunes (et solitaires) loups Rusev et Corbin. Le Bulgarusse, qui mériterait tellement mieux (par exemple de se retrouver actuellement à la place de Jinder Mahal) a été ridiculisé en quelques secondes outta nowhere après avoir pourtant agressé avant le début du match une Vipère de prime abord prise de court. L’ancien porteur de la mallette a été pour sa part renvoyé en lowcard après un énième Cenawinslol sans âme, même si John-John a paru beaucoup s’amuser, tant mieux pour lui.

 

 

Woputain, attends, me lâche pas!

– Kiya?

Je crois bien… mais oui, c’est ça, j’en suis sûr! D'ici, j'arrive encore à discerner ton push!

 

 

Terne, aussi, ce match pour le titre WWE qui suivit à la lettre le scénario de pratiquement tous les combats du Maharaja machin là. Mahal se fait dominer, ses sbires interviennent, il en profite et gagne. Maintenant que le Miz a un entourage, il peut pas s’intéresser à la grande ceinture dorée et profiter des immenses talents de Dallas et Axel pour contrer les terrifiants frères Singh? Ouais, j’ai l’impression de parler d’un opener de WWE Superstars, alors qu’il est question du titre WWE, mais la compagnie feint de croire que Mahal est extrêmement populaire en Inde (quel Indien ne rêverait d’être représenté par un type hideux, lâche et fourbe, hein? C’est ça ou un monstre de Frankenstein en moins intelligent et moins mobile, de toute façon) et continue de nous imposer son règne sordide.

 

 

– J’ai vérifié sur Wiki, les Indiens sont dix fois plus nombreux que les Japonais, donc c’est le niaquoué balèze qui gagne.

– Mais, m’sieu McMahon…

– Et puis merde, on leur doit bien ça depuis qu’on les a exterminés pour conquérir l’Amérique.

 

 

Terne, toujours, la joute cryptique entre le DRAGON et le MANGEUR DE MONDES. Sérieux, Game of Thrones fait ça bien mieux.

 

 

Dracarys!

 

 

Bon, que me reste-t-il? Ah oui, la surprenante victoire de Natalya sur Naomi, tout à fait clean qui plus est. Match correct, issue étonnante, et Carmella a préféré regarder ça depuis les loges sur un écran plat, c’est vrai qu’on voit mieux comme ça.

 

 

– Haha on voit bien le cul de la Noire, là.

– Tu sais pourquoi je t’ai choisi entre tous les hommes, James?

– Hein? Nan.

– Pour ta conversation.

 

 

Je termine par mon petit plaisir coupable : Enzo Amore. Il est insupportable, apparemment très relou backstage en plus, mais il me fait marrer ce con, c’est plus fort que moi. Le mec qui se couvre d’huile pour sortir d’une cage, faudrait qu’il dépose le brevet et vende des petits flacons à tous les détenus de toutes les prisons, il n’aurait plus besoin de catcher. Le match lui-même fut rendu plutôt marrant par le selling crédible du Big Show (même si historiquement, dans le catch, avoir un plâtre est plutôt vu comme un énorme atout, n’est-ce pas Bob Orton?) et le finish, où Enzo parvient à sortir de la cage et à sauter dans le ring pour se faire aplatir dans la seconde d’un Big Boot, est bien lolol. Tout ça n’envoie pas encore Cass sur la Lune pour autant, hein, mais de toute façon le statut de nouveau Big Man est occupé par Braun et faudrait être un peu con pour aller essayer de le lui prendre.

 

 

Toujours aussi classe, les Folies Pigalle.

 

 

Enfin, j’avoue que, terrifié par la perspective de comater quatre heures devant mon écran (bien moins en réalité, puisque j’ai passé une bonne partie du show en vitesse x3, y compris l’abominable pub pour KFC avec Shawn Michaels en… bref, n’en parlons pas), je ne me suis pas enfilé le pré-show. A tort, visiblement, vu que la reprise des titres Tag Team de Smackdown par les Usos contre les New Day a paraît-il été merveilleuse. En termes de booking, ce n’est pas spécialement choquant; en revanche, on peut se demander pourquoi Neville a perdu son titre Cruiserweight, qu’il détenait depuis huit mois, une semaine avant Summerslam, si c’était pour le récupérer immédiatement. De même, Jason « Angle » Jordan aurait sans doute pu rêver de débuts plus glorieux que ceux qu’il a connus, puisqu’il a pris le pin dans le match à six où, allié aux Hardy, il affrontait la terrible clique hollywoodienne du Miz. Mais on l’aura compris, le booking n’aura pas été la grande force d’une soirée finalement mémorable… mais qui l’aurait été tout autant si elle s’était résumée à son Kolossal Main Event.

 

 

C’est la totale éclate les gars! On se refait ça dès le prochain ppv? Un Iron Match de trois heures ça vous botte?

Heu, Braun, si tu veux bien, on en reparle quand tu m’auras déposé, OK?

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