Catch

Un quinquennat suisse

C’est vrai, c’est un miracle.

Premier themesong de Cesaro à la WWE

 

Lors de l’édition 2012 de Summerslam, une jeune recrue de la WWE disputait son premier match en PayPerView. Il s’agissait d’Antonio Cesaro, sensation suisse qui affrontait alors Santino Marella pour le titre des Etats-Unis. Il remporta ce soir-là le match.

Nous sommes cinq ans après, le divin chauve a depuis perdu son prénom et parfois son temps dans l’antre des Mac Mahon. Celui qui est souvent cité comme l’un des meilleurs talents au monde, triple vainqueur du prix « most  underrated superstar » attribué par le Wrestling Observer Newsletter et chaque année haut placé dans notre classement des plus sous-utilisés, clôt son premier quinquennat à la WWE. Tout en lui souhaitant au moins cinq ans de plus parmi nous, parcourons ensemble le fil de cette carrière en demi-teinte.

 

 

Selfie is so 2012

 

 

Bilan des cinq premières années de Cesaro à la WWE

 

 

Des débuts de star

 

Lorsqu’il débarque dans l’entreprise, le jeune helvète dispose déjà d’une belle carte de visite. Il était Claudio Castagnoli, superstar de la ROH. Mais à l’époque, arriver à la WWE signifie repartir à zéro niveau personnage. Le voilà donc nommé « Antonio Cesaro » et il est lancé dans le grand bain à l’occasion de la période post WrestleMania 2012, époque de l’année toujours propice aux nouvelles têtes. Ses débuts sont ceux d’une pépite en devenir : on le voit dans les vestiaires poser pour les photographes accrédités, sous le crépitement des flashs. Muscles saillants, regard conquérant, Cesaro n’est pourtant pas qu’un physique. Il met un point d’honneur à se présenter sur le ring en cinq langues différentes : l’anglais, l’allemand, le français, l’italien et le suisse-allemand. Il séduit la belle Aksana sous le nez de Teddy Long qui la dragouillait piteusement depuis plusieurs semaines.

 

 

Quand t’es dans la friendzone.

 

 

Le couple européen a des allures de duo pornographique, mais il ne dure pas vraiment, contrairement au règne de champion US. Cesaro garde en effet la ceinture pendant plus de 239 jours, s’installant comme un honnête midcarder qui fait ses gammes en affrontant en divers PPVs Justin Gabriel, R-Truth, le Miz et Kofi Kingston. Ce dernier lui ravit finalement son bien le 15 avril 2013, quasi tout pile un an après les débuts du Suisse.

 

 

Le 15 avril 2013, elle était encore parmi nous…

 

 

Alliance américaine

 

A la recherche d’un nouveau souffle, Cesaro ne semble pas inspirer grandement l’équipe créative.. En effet, le dégarni suisse rejoint la coupe de Zeb Colter et forme avec Jack Swagger l’équipe des Real Americans. Cette décision stupide ne sera jamais vraiment justifiée et fait rire le monde entier. Le choix est tragique pour le jeune helvète, qui ne peut décemment pas trouver sa place dans une équipe de rednecks, et pour le duo raciste qui perd ainsi toute crédibilité. Si l’on met de côté cette incohérence (et c’est dur), le duo est loin de faire des étincelles entre les cordes. En neuf mois d’existence, on ne retient pas grand-chose d’autre que les « We, the people ! » scandés main sur le cœur par les deux jeunes hommes et leur mentor. A leur historique, beaucoup de matchs perdus contre les Matadores, Goldust et Cody Rhodes ou les Prime Time Players. Mais le talent de Cesaro est manifeste, et il va bientôt prendre de l’envergure.

 

 

– Regarde, Jack ! Ce bel éphèbe ne serait-il pas du meilleur effet dans notre équipe ?

– Mais Zeb, il est Suisse… Je croyais que…

– Que quoi ? S’il vient parmi les Real Americans, il deviendra de fait Américain. C’est évident non ?

 

 

En février 2014, il gagne sa place dans l’Elimination Chamber et se retrouve à délivrer en solo des matchs de prestige contre Daniel Bryan, John Cena et le champion Randy Orton, se payant même le luxe de battre ce dernier à la régulière. Les manchettes à l’européenne font alors sensation. A WrestleMania 30 en pré-show, les Real Americans perdent un énième match pour les ceintures par équipes. La tension explose et le Suisse porte un Superman Swing à son partenaire, scellant la fin de leur duo. Mais sa soirée n’est pas finie : un peu plus tard, il inaugure le palmarès de la Bataille royale dédiée à André le géant. Une victoire qui ne vaut pas grand-chose, mais qui semble être un bon signe. La tendance positive se confirme le lendemain, lorsque le divin chauve abandonne officiellement Zeb Colter pour se choisir un autre mentor. « I’m a Paul Heyman guy », déclare-t-il devant une foule en délire.

 

 

– Sale traître, tu n’es même pas Américain !

– J’m’en fous, j’ai la main sur le cœur mieux que toi !

– Non moi aussi, pareil sur le cœur !

 

 

Pétard mouillé

 

Impeccable entre les cordes, spectaculaire et divertissant, Cesaro a toujours pâti de ses lacunes au micro. L’associer au dieu de la promo est donc une excellente idée, qui étrangement s’arrête très vite. Même pas le temps d’espérer un push. Après deux mois d’alliance, Cesaro finit par débarquer seul sur le ring, pendant que les commentateurs annoncent que le Suisse a décidé de dissoudre son entente avec Heyman. En catimini, par la petite porte, ce qui aurait pu être une formidable association n’aura eu aucun effet sur la carrière du catcheur européen. Cet été 2014, il livre d’excellentes prestations contre John Cena, Sheamus ou Dolph Ziggler, mais perd systématiquement. Le Roi du Swing semble piégé dans un rôle de jobber de luxe.

 

 

On se souviendra tout de même longtemps de la participation du duo Cesaro-Heyman à « Question pour un peignoir », tournoi organisé par Damien Sandow. Heyman échoue à une étape de la question à un million, ne parvenant plus à se rappeler quel personnage historique symbole de l’Holocauste a vécu dans la maison d’Anne Franck.

 

 

Alliance canadienne

 

Le salut vient à nouveau par la division par équipes. Cesaro  s’associe à Tyson Kidd, et le duo devient très rapidement populaire, glanant en février 2015 les ceintures par équipes. Ils les perdront face au New Day assez rapidement, mais passent du même coup du côté des gentils. Cesaro se trouve de nouvelles gestuelles, remplit son personnage, et les deux athlètes semblent promis à un bel avenir. Malheureusement, l’histoire s’achève précipitamment lorsque Kidd se blesse pour de longs mois. Fort de la popularité de leur duo, Cesaro en profite pour tutoyer le main event. Il s’immisce au sein de la rivalité entre Kevin Owens et Cena pour le titre US, mais encore une fois, si ses matchs estivaux sont excellents, il ne sert que de faire-valoir pour ses adversaires. Cette fois-ci, la foule accroche. Cesaro devient un héros incompris, et tous ceux trouvent le Suisse sous-utilisé se retrouvent sous la bannière de la « Cesaro section ». Malheureusement, une blessure l’éloigne des rings pendant plusieurs mois.

 

 

– Vois-tu Kevin, là je peux te soulever avec mon ptit doigt, je peux te faire tourner sur toi-même pendant dix minutes et t’envoyer des uppercuts depuis le toit du stade, mais je vais quand même perdre cette rencontre. Rageant non ?

– Cogne et tais-toi, mauviette.

 

 

Alliance européenne

 

A nouveau, Cesaro reprend sa carrière juste après WrestleMania. Nous sommes alors au printemps 2016, et si beaucoup de catcheurs reçoivent un push à ce moment de l’année, l’helvète se retrouve à peu près au même niveau : il enchaine les affiches de qualité contre des Sami Zayn, Rusev, Kevin Owens ou Chris Jericho, mais sans victoire notable ni perspective d’amélioration.

 

Alors qu’il reste plongé dans le marasme de la midcard, Cesaro se frotte à un catcheur dans une situation similaire, le guerrier irlandais Sheamus. Désœuvrés, frustrés, les deux hommes évacuent chacun sur l’autre leur colère et s’envoient de lourdes mandales dès qu’ils se croisent. Pour cadrer cette guerre naissante, le GM Mick Foley propose un cas de figure unique : les deux hommes sont lancés dans un « best of seven series », c’est-à-dire une compétition en sept matchs. Oui, sept fois le même affrontement en quelques semaines, pour une fin lors de Clash of Champions en septembre. Foley ajoute une carotte pour motiver ses hommes : le gagnant de cette étrange compétition obtient un match pour un titre.

 

Le tournoi des deux nations commence mal pour Cesaro, qui se retrouve rapidement mené 3-0 à cause d’une blessure à l’épaule vicieusement visée par Sheamus. Mais il remonte la pente, et avant le dernier combat, le score est de 3-3. Lors du PPV, les deux rivaux qui ont déjà réussi l’exploit de nous livrer une rivalité divertissante malgré la répétition des affrontements, élèvent leur niveau pour offrir une superbe prestation. La fin déclenche la polémique : aveuglés par leur haine, Cesaro et Sheamus se rouent de coups à l’extérieur du ring et oublient le décompte de l’arbitre. Match nul.

 

 

D’habitude, vous les Irlandais, quand vous êtes en plein match nul lors d’un affrontement crucial, vous prenez une main involontaire outtanowhere !

 

 

Si la foule ressent une frustration à cette issue sans vainqueur, Foley en profite pour féliciter ses poulains et remplir sa promesse : Sheamus et Cesaro auront tous deux un match pour un titre. Ensemble.

 

Les voilà propulsés sur la scène tagteam face aux intouchables New Day qui détiennent alors les ceintures depuis plus d’un an. Les débuts sont difficiles, tant les deux Européens ont des griefs. Mais une soirée dans un pub et une bagarre contre des poivrots va sceller leur entente. Les voilà amis, et ils réussissent l’exploit de briser le règne historique des trois licornes en décembre 2016. Cesaro et Sheamus sont alors les favoris de la foule et se régalent sur le ring. Ils ne restent pas champions très longtemps, vite détrônés par Gallows et Anderson. Toutes ces équipes sont témoins et victimes du retour des Hardy Boys lors de WrestleMania 33. Mais parmi toutes, une seule est choisie pour assurer la première feud des frangins de Cameron à la WWE depuis plus de dix ans, et il s’agit bien des deux Européens.

 

 

Tornade from Cameron ! Alerte tornade in your face !

 

 

Retour au vice

 

Sur le moment, on peut croire que Sheasaro (ou Cesamus, vu qu’aucun nom ne désigne officiellement l’équipe) servira juste d’amuse-bouche aux Hardyboyz, mais que nenni. Ils deviennent plus agressifs, plus violents, regagnent le côté obscur de la force et se détournent du public, mais grâce à cette énergie retrouvée, ils ravissent le titre aux frères extrêmes. Leur rivalité utilise un panel de stipulations, du Steel cage match au tout premier 30 Minute Ironmen match de la division tagteam. Et à la fin, les Européens sont toujours vainqueurs. Il faudra pour les détrôner le retour d’une autre alliance légendaire, à savoir Seth Rollins et Dean Ambrose. Voyons clair dans ce qu’il s’est passé : les Hardyz ont jobbé pour Cesaro et Sheamus. C’est beau à écrire.

 

 

Ils ne sont pas restés enfermés dans leur statut de challengers.

 

 

Bilan : Du solo au duo, mais encore pas assez haut

 

Que conclure de ce bilan 2012-2017 pour Cesaro, à part qu’il fut meilleur que celui de François Hollande ? Evidemment, tous les prix honorifiques et le soutien de la foule témoignent de la même chose : le Suisse n’a pas été utilisé à sa juste valeur à la WWE. Les débuts étaient prometteurs, ce long règne US appelait une suite à l’étage supérieur, mais le segment des Real Americans a vraiment plombé la carrière de Cesaro pendant plusieurs mois.

 

La déception, avec le Suisse, c’est aussi ce sentiment répété, quasiment chaque été, que la WWE va enfin en faire quelque chose de grand, pour finalement voir le souffle retomber. On y a cru avec Paul Heyman, mais personne ne saura jamais quels étaient les plans et pourquoi ils ont si vite été court-circuités. On y a cru l’année suivante, avec la blessure de Tyson Kidd qui allait le lancer en solo. On y a cru l’année d’après, quand il fut « le retour grosse pop du Raw post WrestleMania ».

Et finalement toujours pas : Cesaro a affronté tous les meilleurs, de John Cena à Daniel Bryan en passant par Kevin Owens et Roman Reigns, mais il en sort toujours perdant et jamais vraiment dans la même catégorie.

 

 

Bataille à la maison de retraite : les quatre as étaient dans la couche.

 

 

Au final, l’ex Antonio a connu ses meilleurs moments grâce à la division par équipes, et il est d’ailleurs en train de vivre ce qui est pour l’instant le summum de sa carrière. Son alliance avec Sheamus dure depuis longtemps, elle a beaucoup d’exposition, on leur a offert de prendre le titre au New Day puis aux légendaires Hardyboyz. L’histoire peut noter, d’ailleurs, que Cesaro fut dans l’équipe qui subit la première prise de titre tagteam des New Day puis dans celle qui brisa leur règne historique (mais il ne s’agit pas du même règne, ces enfoirés de Prime Time Players ayant eu l’indécence de passer au milieu). Est-ce un mal pour un bien ? Certains diront que tant que le Suisse brille, l’essentiel est là mais d’autres estiment que sa place est en solo autour des titres mondiaux.

 

 

Voilà enfin mon WrestleMania moment, une foule en délire, des applaudissements assourdissants…

– Prout.

– >Soupir<

 

 

Malgré son importante popularité et la reconnaissance de son talent, tout le monde ne place pas Cesaro au même niveau. La WWE en a fait jusqu’à présent un correct midcarder. Nombre de suiveurs estiment qu’il y est à sa place, au vu de son faible charisme et de son manque flagrant de talent au micro. D’autres estiment que certains catcheurs ont fait une bien meilleure carrière avec aussi peu de compétences oratoires, mais qu’ils ont eu les bonnes inspirations dans leur gimmick ou qu’ils ont eu liberté totale entre les cordes. On peut citer Rey Mysterio par exemple, à qui Cesaro a piqué le 6-1-9, drolatiquement rebaptisé « Swiss-One-Nine ».

 

Si la WWE récompense vraiment le talent, le Suisse mérite complètement une exposition plus importante. Lors de sa participation à « Tables for three », il assurait sa totale confiance dans sa capacité à faire exploser l’audimat. Et au vu des collègues qu’il côtoie au quotidien, il y a de quoi rêver à au moins un run en tant que champion du monde qu’il pourrait obtenir à l’aide d’un Money in the bank, voire d’un Royal Rumble.

 

 

And now, I will speak to my people, in my five languages, for the great nation of Switzerland…

 

 

Nouveau look pour une nouvelle vie

 

C’est un fait, la WWE ne veut pas faire de Cesaro un simple lutteur surdoué. Telle était sa gimmick à ses débuts, mais très vite, les scénaristes ont tenté de lui greffer un style vestimentaire, des ajouts à son attirail, ces petites choses qui peuvent transformer l’aura d’un catcheur. Ils n’ont jamais essayé de le mettre tout en fluo, mais le Suisse a tout de même connu une grande variété de tenues.

 

 

Du classique et sobre petit slip noir…

 

 

Au combo veste en cuir-kilt-rayban…

 

 

En passant par la tenue de teenager sur le retour…

 

 

Sans parler de la veste à paillettes dorées.

 

 

Les images ci-dessus parlent d’elles-mêmes, et je vous ai épargné l’époque Chippendale de James Bond. Cesaro se cherche un personnage, un créneau, et le kilt ne lui va pas mieux que les paillettes. Il est temps de lui trouver quelque chose de plus vrai, de plus sincère, une gimmick dans laquelle il pourra se couler naturellement, sans que ça donne l’impression qu’on l’a forcé à mettre un déguisement. Et l’on peut aussi évoquer le manque total d’inspiration des compositeurs de la WWE à son sujet, tant ses deux musiques d’entrée furent insipides. Temporairement, il a adopté celle de son nouveau partenaire de crime.

 

 

Au printemps suivant, le ciel irlandais, était en paix…

 

 

Et quel alignement pour le divin chauve ? S’il occupe une belle place dans le roster actuellement en tant que heel, Cesaro est plutôt un face naturel. La Cesaro section marchait à plein régime, et comme du temps de Bryan ou de Ziggler avant lui, la WWE pourrait très bien capitaliser sur ce personnage de héros des smarts qui mérite et va chercher au courage son heure de gloire. L’alliance avec Sheamus ne durera probablement pas. Ce coup-ci, il a réussi à aller bien plus haut qu’avec Swagger et Kidd, et peut-être que la fin du duo marquera l’installation d’Antonio-Claudio sur le sommet de la catchosphère.

 

Y croyez-vous ? Trouvez-vous que la carrière de Cesaro à la WWE est un gâchis total ? Ou estimez-vous qu’il n’y a pas lieu de crier au scandale ? Pouvez-vous envisager de le voir avec une ceinture Universelle autour des hanches ? Va-t-il distribuer des feuds de rêve contre Finn Balor ou Seth Rollins ? Doit-on encore lui ajouter une gonzesse ou un vieux manager ? Faut-il l'habiller en mort vivant, en banquier genevois ou en punk à iguane ? Libre à vous de commenter cet article, on a tous un avis sur le Swiss Cyborg !

 

 

Let the sky fall, when it crumbles.

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