American History W

Les films imaginaires: American Dragon

Ma plus grande joie, quand je faisais ce métier, c’est quand quelqu’un me disait : « Votre film, c’est mon histoire ! » 
Ettore Scola

En cette période de récompenses cinématographiques, quand on aime le cinéma, le catch et écrire des conneries, on est tenté de concilier le tout. Quand l’histoire se fait devant nous avec la retraite de l’un des catcheurs les plus talentueux, on a un sujet tout trouvé qui mériterait de figurer dans le palmarès des Oscars, Golden Globes, Satellite ou Independent Awards. En s’inspirant de ce que fait le merveilleux tumblr Football Biopics (hilarant, je vous invite à le parcourir si vous n’en avez jamais entendu parler), on invente, donc, un film sur la vie de Daniel Bryan.

 

Avec un tel look, on peut prédire également l’Oscar des meilleurs maquillages et coiffures.

 

American Dragon  (Biopic – Michael Mann)

 

« Enfin le retour au premier plan de Jamie Bell, 16 ans après Billy Elliot », Studio Ciné Live

 

Bryan Danielson (Jamie Bell) est au sommet de sa carrière. Dans quelques instants, il participe au Main Event de Wrestlemania XXX à la Nouvelle-Orléans. Il sait qu’il remportera ce match et les ceintures World Heavyweight et WWE Champion mises en jeu. Vince K. McMahon (John Slattery) vient de lui annoncer la nouvelle. De quoi réfléchir au passé et  se replonger dans cette si longue et difficile carrière.

 

Bryan Danielson gagnant contre Triple H, Batista et Randy Orton, le même soir? Hollywood n’y avait pas pensé.

 

Des débuts difficiles dans les gymnases de la banlieue de Seattle où son talent fut reconnu par ses entraineurs. Ceux-ci lui conseillèrent de prendre contact avec les écoles prestigieuses de Dean Malenko et Shawn Michaels afin de sortir du trou de l’État de Washington. Mais c’est avec son entrée dans l’école de William Regal (Robert Carlyle) qu’il trouva enfin ce qu’il attendait d’un coach: qu’il soit son mentor.

 

Le prix à payer? Des vestiaires remplis de mycoses et de claquages de serviettes humides sur les fesses.

 


Refroidi par un premier échec à la WWE, alimenté par l’absence de confiance de Vince McMahon et de Triple H (Kiefer Sutherland) envers William Regal, Bryan Danielson partit pour le Japon pour se confronter à de nouveaux styles de combat et à des lutteurs différents. Il en profita pour développer quelques prises qui feront sa réputation.

 

Bryan n’était pas prêt à affronter des nains irlandais et embrasser le popotin du vieillard. Qu’il aille faire des pirouettes chez les chinetoques.


Quatre ans plus tard, sur les conseils avisés de son mentor, celui qui est désormais surnommé American Dragon s’engage avec la ROH, la plus grosse fédération indépendante américaine. Ajoutée aux quelques piges faites pour des fédérations européennes, cette nouvelle rentrée d’argent lui permet d’assurer un train de vie correct.. Lors d’un show à Kansas City, Dave Meltzer (Mark Ruffalo), un journaliste spécialisé dans le catch, tombera littéralement en fascination devant le jeune homme.

 

D’une main, je mate. De l’autre, je me touche.


Pour lui, c’est le plus talentueux de sa génération et, à grand renfort de lobbying dans son fanzine « Wrestling Observer », il commence à lui attribuer des récompenses prestigieuses mais honorifiques : meilleur technicien, catcheur le plus sous-estimé et même le match de l’année en 2007 lors d’un affrontement contre un Japonais dans l’ignorance la plus totale de l’Amérique qui a, elle, les yeux rivés sur le nouvel homme fort de la WWE, John Cena (Mark Walhberg).

 

« The Champ is here » Mark, ça ne signifie pas le champ de blé derrière toi, mais toi. Tu es « The Champ », tu piges?

 

En 2010, Triple H, qui commence à se retirer petit à petit du ring, pense au renouveau de la compagnie. Avec l’accord de Vince McMahon, il monte une troisième brand, consacrée au développement et au futur de la WWE. Il engage plusieurs jeunes catcheurs et donc, Bryan Danielson, à qui il redemandera de changer de nom en Daniel Bryan, plus court, plus vendeur. Le principe du programme NXT est simple : chaque jeune est coaché par une superstar, le vainqueur aura droit à un contrat. Toute l’Internet Wrestling Community, Dave Meltzer en tête, le sait, un seul vainqueur possible et bankable : Daniel Bryan. Sauf que le destin et Triple H en décidèrent autrement en associant l’American Dragon au Miz (Tobey Maguire), tête à claques suprême du roster, champion US et tag team.

 

« Avec The Miz, Tobey Maguire trouve enfin un rôle charismatique« , Positif


Durant toute la durée de l’émission, Daniel Bryan subit les coups de pression et humiliations de son coach. Heureusement, il a le soutien de William Regal qui, par un heureux hasard, est la superstar d’un autre rookie. Daniel est éliminé en premier avec un piteux record de dix défaites en dix matchs le 11 mai 2010. Triple H le rattrape dans les vestiaires pour l’assurer de son soutien et lui parler de son idée « The Nexus », soit un clan réunissant tout le roster de NXT. Bryan comprend que NXT n’est qu’un leurre, un premier pas annonçant un grand coup prochain à Raw. Le 7 juin, lors d’un Raw spécial « public choice », The Nexus intervient dans le main event voyant s’opposer John Cena et le leader de la Straight Edge Society et valeur montante de la WWE, CM Punk (
Michael Fassbender), ruinant le ring, tabassant les catcheurs et les annonceurs. Trop excessif en étranglant Justin Roberts et en crachant sur Cena, Bryan est licencié.

 

Pour bien préparer son rôle de CM Punk, Michael Fassbender arrêta l’alcool durant les deux mois de tournage. Un record pour un Anglais.


Mais ce n’est qu’un énième tour de passe-passe qui, bien que l’excluant de la storyline et des nombreuses attaques du Nexus sur la WWE, ne l’arrêtera pas. Daniel Bryan fait son retour dans l’équipe opposée aux rookies en Main-Event de Summerslam.

La carrière de Daniel Bryan à la WWE est définitivement lancée, il remporte rapidement son premier titre, l’US Championship, des mains de son coach de NXT, The Miz, qui deviendra peu après champion WWE en cashant sa mallette MITB. Puis Daniel Bryan feude avec Dolph Ziggler (Scott Caan) pour un match de prestige à Bragging Rights.

 

Dolph, cette année, tu aideras les jeunes talents à progresser et à atteindre le Main Event, mais ne t’inquiète pas, on a également des plans pour toi, le plafond de verre n’existe pas.


La promiscuité des tournées WWE, le contact permanent avec les autres catcheurs, Daniel l’avait vécu mais jamais autant. Par la force des choses, il tombe amoureux de Brie Bella (Emma Roberts) alors championne des Divas.

 

Il ne faut pas être qu’une cruche pour jouer une Bella, mais ça aide pas mal quand même.


La carrière de Daniel Bryan reste sur la pente ascendante, il remporte le Money In The Bank et la WWE lui colle une romance à l’écran, non pas avec Brie Bella, mais avec une de ses rivales à l’écran, la jeune AJ Lee (Alison Brie). En décembre et à la surprise générale, il remporte le titre WHC en cashant sur le Big Show et commence à lancer le « Yes Movement » accompagné de sa catchphrase simpliste « Yes ! Yes ! Yes ! »

 

– AJ est un peu fofolle, est-ce que tu sais jouer l’hystérique, Alison?
– MWAHAAARGAAH
-…


En coulisses, William Regal pousse son poulain à toujours aller plus loin, le titre WHC n’est pas le titre majeur de la compagnie. Il doit viser le WWE Title et pour cela, changer son personnage. Alors Daniel Bryan devient heel et feude avec l’Irlandais Sheamus (Kevin Dillon) vainqueur du dernier Rumble match.

 

« Frère de » à la ville comme à l’écran dans Entourage, enfin un rôle de fils unique pour Matt… KEVIN. Kevin Dillon. Oups.

 

A Wrestlemania XXVIII, en match d’ouverture, un baiser malencontreux d’AJ et un Brogue Kick de l’Irlandais dans les secondes suivantes lui font perdre son titre. La défaite était prévue, mais la façon non. Dès lors, Daniel Bryan sent que la direction ne croit pas suffisamment en lui. Il feude ensuite pour le titre WWE contre CM Punk mais se retrouve vite dans une autre direction temporaire, la division tag team avec la formation de Hell No en compagnie de Kane (Vinnie Jones).

 

D’accord Vinnie, le personnage a été brulé durant son enfance dans sa maison. Mais c’est kayfabe, t’étais pas obligé de tenter de t’immoler.


Pendant une année, tandis que CM Punk est le leader de la WWE, Daniel Bryan végète et se trouve imbriqué dans des storylines comiques à base de psychothérapie et  de mariage raté. Malgré le succès populaire de sa catchphrase et de son association avec Kane, les seuls moments de bonheur sont les encouragements de son mentor, de John Cena, de Dave Meltzer qui aligne les étoiles à chacun de ses matchs et bien sûr de Brie Bella.

John Cena, après avoir récupéré le titre WWE à Wrestlemania XXIX, et avec le soutien de la direction, a l’opportunité de choisir lui-même son adversaire pour Summerslam. Et alors qu’on pouvait penser qu’il déciderait d’affronter CM Punk, the Marine opte pour Daniel Bryan. Le grand match arrive enfin.

 

Yes Lock moi ça. Nabot.


Malheureusement, Triple H s’auto-annonce arbitre spécial et suite à la victoire de Daniel Bryan, lui assène un pedigree puis envoie Randy Orton (Luke Evans) et sa mallette lui subtiliser son titre. La feud majeure de la carrière de Daniel Bryan est alors lancée.

 

Imaginez le rasé, torse nu et tatoué de cranes. C’est le personnage, je vous dis.


Pendant des mois et des mois, Daniel Bryan subit quolibets, moqueries et chaque match pour le titre contre Orton se termine de la même façon : un vol manifeste de l’AUTORITÉ. Daniel se demande jusqu’où ça peut bien mener, quatre ans qu’il est à la WWE et la direction semble toujours le considérer comme un B player. A ses moments de doute vient se mêler un nouvel adversaire coriace, Bray Wyatt  (Zach Galifianakis) accompagné de sa famille.

 

« Enfin sorti des comédies pouet-pouet, Zach Galifianakis nous montre le côté démoniaque du clown et on aime ça », So Film


Mais le Rumble 2014 change enfin la donne. Après son affrontement contre Bray Wyatt, Daniel ne participe pas au match éponyme. Le public le réclame à cor et à cri, il hue les derniers entrants car ils ne sont pas leur chouchou. Meltzer s’étrangle et dénonce, papier après papier, le décalage entre la WWE et son public. William Regal monte au créneau pour faire entendre la colère qui grogne, surtout que CM Punk quitte la fédération en claquant la porte.

Le Yes Movement avec la foule qui descend des tribunes et encercle Daniel Bryan en hurlant des Yes à tout-va fait entendre raison à Vince McMahon. Daniel Bryan sera dans le Main Event de Mania et signera alors le moment le plus fort de sa carrière.

 

(Cliquez sur l’affiche si vous la voulez en plus grand)

Un grand merci à Yerem pour la réalisation.

 


La critique des Cahiers du Cinéma : Michael Mann nous avait habitués à la précision et à son implication majeure dans les contes modernes et l’urbanisation sociétale de la vie américaine. Il s’est visiblement très bien remis de l’échec de son thriller informatique  Hacker. On est devant une œuvre supérieure au biopic Ali et le toujours jeune et sous-employé Jamie Bell nous livre ici une performance bluffante de réalisme.

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