Catch

Avant Mania : Brock Lesnar vs Roman Reigns, Universal championship match

L’heure est venue, les mortels doivent payer.
Le choc des titans (2010)

On ne rigole plus. A ma droite, Brock Lesnar, détenteur du titre de champion universel de la WWE depuis un an. Mercenaire implacable ayant tué dans l’œuf toute adversité, qui fut pourtant l’une des plus importantes qu’ait jamais dû affronter un champion. A ma gauche, Roman Reigns. La star la plus controversée de la discipline. Une force physique hors du commun capable de venir à bout de tous les géants, mais impuissant face au désamour du public. Nul doute que ce choc des titans sera le main event de WrestleMania 34. Pour le meilleur… ou pour le pire.

 


Bienvenue à Suplex City, nous sommes le Rusev Day, passez une bonne journée en notre compagnie.

 

AVANT MANIA : BROCK LESNAR VS ROMAN REIGNS, UNIVERSAL CHAMPIONSHIP MATCH

 

Le contexte de ce match de muscles, on le connaît. A vrai dire, cela fait presque un an que cette affiche a fuité. Un an, c’était WrestleMania 33. Ce soir-là, Brock Lesnar exorcisait ses démons en battant Goldberg et devenait ainsi champion universel de la WWE. Ce même soir, Roman Reigns occupait le main event. Comme l’année d’avant. Et l’année encore avant. Mais pas pour un titre, pour prendre possession du domaine de l’Undertaker.

 


C’est ma terre, où je m’assois. Ma rivière, l’eau que je bois.

 

Durant l’année écoulée, Brock Lesnar nous a gratifié d’apparitions sporadiques mais a ajouté à son tableau de chasse de spectaculaires trophées : ni Samoa Joe, ni Kane, ni Braun Strowman, ni AJ Styles n’ont réussi à vaincre le Minotaure, pourtant souvent apparu en situation d’infériorité. Fortement secoué par Joe Joe et complètement surclassé par Strowman dans leurs interactions pré-match, Brock a utilisé autant son expérience que sa force brute pour se sortir de ses mauvais pas. Mais Brock a aussi passé les trois-quarts de son règne en vacances. Son bilan de cette année, c’est cinq matchs télévisés dont un où il ne défendait pas son titre (le champion vs champion des Survivor Series contre AJ Styles). Cela reste un bilan très léger.

 


Oui c’est vrai, je me demande pourquoi je viens pas plus souvent. On est bien.

 

Trop léger évidemment pour le monde du catch. C’est en tout cas l’angle d’attaque choisi par son challenger de WrestleMania vainqueur de l’Elimination Chamber, Roman Reigns.  Le Gros Chien en prend plein la gueule de la part de ses adversaires et de son public à longueur d’année pour la bonne raison que lui, au moins, est là à longueur d’année. Reigns veut faire plus que remporter le titre universel pour la première fois de sa carrière ce dimanche. En digne représentant du monde En Marche, Roman veut en finir avec les privilèges accordés à la diva de l’UFC.

Mais ce parti pris par l’ancien powerhouse du Shield n’est qu’un moyen détourné d’échapper à ses propres contradictions. Car niveau privilèges, le beau Roman n’est pas exempt de tout reproche. Depuis que Vince-Zeus s’est penché il y a cinq ans sur le berceau des bébés du Bouclier, il a fait de Roman son nouvel Ulysse, son nouveau héros. Dès lors, le Samoan a tout détruit sur son passage et tout gagné. Géants, équipes, champions, figures de l’Autorité, Roman s’est toujours sorti de tous les dangers avec son sourire ravageur. De novembre 2015 à avril 2016, il lui faut six mois pour devenir triple champion du monde. Il passe les mois froids de 2016 et 2017 avec un titre secondaire autour des hanches (l’US puis l’IC) mais prend bien soin de le perdre avec une indifférence totale pour pouvoir être libre de tout engagement avant WrestleMania. Sur son chemin, Roman enquille les victoires contre les piliers de l’entreprise : Triple H, John Cena, l’Undertaker, Bray Wyatt, Braun Strowman ou AJ Styles sont parmi ses victimes. En fait c’est simple, Roman a pris le rôle de superman qu’avait Cena auparavant, c’est même devenu le nom de son coup de poing. A la loyale, Reigns est imprenable. Personne n’a pu le dominer, ses défaites sont toujours issues de fourberies ou d’interventions. Pour être plus précis, un seul catcheur a réussi à battre Roman clean à deux reprises ces dernières années : son frère ennemi Seth Rollins qui l’a vaincu lors de Money in the Bank 2016 (mais c’était parce que Roman venait d’être chopé par la patrouille) et a réédité l’exploit lors du mémorable Gauntlet match d’avant Elimination Chamber.

 


Je vais vite, je m’entraîne à n’pas perdre une seconde.

 

Quatre ans à régner en maître sur le monde du catch, tout devrait être beau dans la vie de Roman Reigns. Sauf que.
Le public, totalement acquis à sa cause lorsque le Shield a explosé, a vite eu le sentiment d’être pris pour un con avec ce jeune loup qu’on lui enfonçait à travers la gorge comme la seule et unique force vive. Et ce désamour permanent, ces milliers de huées qui ont parasité les ambiances de nombreux PPV, ont poussé la WWE à se foutre dans une situation bancale qui n’a pas arrangé les choses. Car si Roman a tout gagné très rapidement, c’est aussi parce qu’il a tout perdu très rapidement.

Son premier titre mondial dure cinq minutes, le deuxième dure un mois, le troisième deux mois. L’unique règne de Jinder Mahal pour la même ceinture dépasse tout ce temps cumulé. Lorsque Roman gagne le Rumble, la WWE choisit finalement de capitaliser sur Seth Rollins. Et les deux règnes du gros chien pour les titres secondaires sont totalement anecdotiques.

Tout cela donne l’impression que les officiels n’osent pas la jouer franc jeu avec Roman Reigns par peur du rejet. A chaque victoire importante qu’on lui donne, la machine arrière est rapidement enclenchée. Et c’est cela qui énerve aussi autant les foules : au lieu d’être bien installé, Roman donne l’impression d’être dans un push permanent depuis 2014. D’ailleurs, le moment de sa carrière solo qui fut le plus respecté par les fans fut sa période de champion du monde assorti d’une rivalité haut standing contre AJ Styles. Ça calme.

 


En ce temps-là je n’étais pas méchant. Je n’étais pas gentil. J’étais, tout simplement.

 

Du coup, on devrait mordre à pleines dents dans l’histoire de ce despote insupportable nanti de privilèges, et de ce héros valeureux et courageux qui s’apprête à le détrôner là où tous les autres ont échoué. Mais Roman Reigns, c’est un peu le Kev Adams de la WWE. Dès qu’on a dépassé l’âge de sept ans, on ne supporte plus. Et comme les bookeurs ne savent pas s’y prendre pour nous le faire aimer, ça donne une rivalité particulièrement gênante. Roman se fait suspendre pour rien, il se fait menotter, tabasser, re tabasser, re re tabasser, humilier, marcher dessus, et pourtant on s’en fout. Rien de tout cela ne nous attire sa sympathie. Au contraire, personne n’a envie de défendre ce boloss qui fait son cake mais n’a pas tenu deux secondes quand il a croisé Lesnar sur sa route. Dans mon souvenir, c’est la feud pré-Mania la plus déséquilibrée depuis des années concernant un titre mondial. Ces dernières semaines, Reigns n’a jamais dominé Brock. Même ce dernier lundi où il a enchainé les coups de poing, il a fini étalé par un F-5. A aucun moment, Roman n’a montré qu’il avait quelque chose lui permettant d’aller plus loin que Samoa Joe ou Strowman.

 


Ce Roman Reigns c’est une p’tite pelle à merde, n’est-ce pas monsieur Brock ? Allez-y, dites-le. Dites-le !
– Gnii… Rmnreigns plamerd.
– Plus fort.

 

C’est problématique, car Roman va vraisemblablement vaincre Lesnar ce dimanche. Brock est déjà un pied et demi à l’UFC, tuant toute forme de suspense s’il en restait encore. Mais l’effet espéré, comme toujours quand la WWE veut faire de Reigns le vainqueur contre les méchants, va tomber à l’eau. La configuration ressemble beaucoup au match opposant le Gros Chien à Triple H il y a deux ans. En fait, on dirait qu’à part Roman lui-même et les plus exigeants des fans de catch, personne dans le grand public ne semble faire grand cas de l’absence fréquente de Lesnar. Après tout, même sans lui, on a des bons shows, des grosses affiches en PPV, des belles rivalités pour les spots à prendre et quand Brock vient, il a la décence de livrer des belles prestations. Il ne risque pas d’y avoir beaucoup de fans à la Nouvelle-Orléans pour se réjouir de la fin du Minotaure avec notre nouveau boss Darren.

 


BOOUUUUH ! ROMAN SUCKS ! RENTRE CHEZ TOI !
– La régie, vous attendez quoi pour balancer son themesong ?
– Il y est déjà, vous entendez pas les huées ?

 

Mais il y a quand même une solution pour tout ça. Une solution idéale, qui sauverait tout le monde à la fois : l’aura de Lesnar, la victoire de Reigns et la carrière de champion de Roman. On n’en peut plus de ce rôle de tweener permanent du cousin du Rock qui touche du doigt la méchanceté par moment (« This is my yard now ») sans l’assumer. Après quatre ans à essayer par tous les moyens possibles d’en faire le héros, il est temps que Roman redevienne le badass taiseux qui le rendait excellent au sein du Shield. Et pour ça, la proposition est simple : Reigns doit devenir un Paul Heyman guy.

C’est on ne peut plus logique. Brock s’apprête à partir à l’UFC. Son avocat va-t-il le suivre là bas ? Evidemment que non. Et si Paul est loyal, il veut tout de même garder son boulot. Alors ce dimanche, il doit trahir Lesnar comme il avait trahi Punk. Il doit faire gagner Reigns et devenir son porte voix. La justification s’écrit toute seule : depuis des années que Heyman va partout assurer les promos là où Lesnar a la flemme d’aller, la Bête décide de refaire les yeux doux à l’UFC sans le concerter ni prendre en considération son avocat. Heyman ne l’a pas supporté et il veut que le titre universel soit encore en sa possession un an de plus. Roman rejoint donc la liste des Paul Heyman guy, assume son côté obscur, enchaine sur un vrai règne de domination de plusieurs mois… Et au bout de quelques excellents matchs en PPV, nul doute qu’il redeviendra naturellement populaire.

 


C’est chez moi ici bitch. J’ai pissé dans les coins.

 

Espérons que d’ici ce soir, quelques scénaristes de la WWE auront l’occasion de venir lire cet article. Sinon, il y a fort à parier que l’issue finale de ce WrestleMania sera encore une émotion en demi-teinte. Espérons au moins que les deux blocs de testostérone délivreront une performance historique !

 


Le catch est un sport spectacle où Roman Reigns gagne à la fin.

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