Pay-per-view et pronostics

Notre WrestleMania – Laissez les bons gars rouler

Décembre 2017, mardi 3, 19h30. Nous venons de nous délester de 2000 euros à la WWE : en échange, pas radine, la célèbre fédération de catch nous offre trois billets pour asseoir notre royal fessier dans les gradins de la Plus Grand Scène d’Entre Toutes : WrestleMania. Les semaines passent et les bourses maigrissent : achat de billets pour NXT Takeover, pour le célèbre Raw du lendemain et pis allez tant qu’à faire autant prendre Smackdown. Selon les affinité des uns et des autres, les shows indés y passent aussi. Il faut dire que tout le gratin dauphinois sera dans l’épicentre du catch en avril : la Nouvelle Orléans. Il ne reste plus grand chose sur les comptes courants mais comme il faut bien manger, dormir, répéter, on se dégote – en bon stratégistes – un petit appartement bon marché à mi-chemin entre le stade et le quartier Français.  Les passeports sont renouvelés, les ESTA validés et les billets d’avion réservés. Pas de doute : WrestleMania,  nous voila !

Récit commémoratif de notre aventure WrestleMania

Mercredi (une journée de 32 heures)

Après avoir débattu de la marge de sécurité idéale, je retrouve Jyskal à l’aéroport Charles de Gaulle (mon général). Si l’enregistrement pour le premier vol Paris – Atlanta est aussi facile que pronostiquer une victoire de Roman Reigns (enfin…), l’escale est plus riche en émotions avec un passage inopiné par les douanes. A la traditionnelle question : rien à déclarer ? Je me suis retenu de cafter que Jyskal supportait Cena et Reigns, sans quoi la fouille aurait été plus longue. Ce qui aurait été fun mais nous aurait fait manquer notre correspondance.

Vol 619 pour New Orleans.

Le ciel est bleu, on aperçoit les marécages depuis nos sièges coté fenêtres. La Louisiane nous fait coucou et les roues de l’avion se pose enfin sur le sol américain. Pas de valise à récupérer puisque, stratèges, nous nous sommes contentés d’un bagage cabine. L’avantage de voyager léger, entre bonhommes. Je mettrai plusieurs fois le même slip, c’est le prix à payer pour la tranquillité. Les premiers visages familiers nous accueillent et nous rassurent : Kofi Kingston, Xavier Woods et Big E sont placardés à la sortie de l’aéroport. Ils sont rejoints par d’autres superstars collées sur des colonnes. Trahis par leurs selfies, les premiers membres du WWE Universe se révèlent.

Une VOD à propos. Merci Air France.

A gauche, les habitants de New Orleans. À droite, les services douaniers.

Le chauffeur de taxi est notre premier interlocuteur catchesque. Nous lui expliquons les raisons de notre voyage et le programme qui nous attend, à mesure que les premiers supports publicitaires de Stamford se déroulent le long de l’avenue qui contourne le Mercedes-Benz Stadium. J’ai une pensé émue à l’idée qu’il (le stade) sera notre demeure dans quelques jours. Au même moment, le chauffeur sympathique lâche le tristement célèbre : Mais le catch, c’est faux ? Avec cette petite formulation interrogative ouverte qui suggère que tout le monde le sait mais rassurez-moi vous aussi ? Avec le tact et la pédagogie emmagasinés grâce aux Cahiers du Catch, nous nous employons à dérouler la meilleure définition possible de l’art de la lutte professionnelle, son identité à la croisée entre le cirque et le théâtre, avec cette petite dose de sel dramatique et ses codes télévisuels empruntés aux séries. L’homme semble convaincu, nous nous interdisons de célébrer d’un fist-pump pourtant mérité, car la qualité première d’un fan français de catch est évidemment sa modestie et il me paraîtrait impensable de rapporter cette trépidante anecdote à la terre entière.

⬊ Supplex City

Jyskal a un plan.

Des potes, des poteaux, des patates.

Nous retrouvons Hank (le troisième homme) à l’appartement. Un magnifique deux pièces avec balcon, aux allures de motel pas craignos, et répondant à toutes les normes du confort moderne. Enfin presque, puisque la connexion internet est d’un autre temps, offrant des débits honteux, que même un habitant de Camboulit, dans le Lot, n’oserait prendre au sérieux. Nous qui avions prévu de faire des lives-en-direct-de-Niou-Orlinnsse-babyyyyyyyyy, devrons nous contenter de Nalyses vidéos en 240p sans Jyskal (dont le débit de parole occupe déjà 6mb/s). On jette nos valises, abandonnant Hank à ses câbles, pour rejoindre le Smoothie King Center à pied, tranquillement, pépère, puisque, comme je vous l’ai expliqué au début de cette histoire, notre logement est judicieusement positionné à quelques streets des zones de divertissement. Nous accédons à l’enceinte de l’arène qui fait face au stade (pratique !), après avoir récupéré nos billets car ce soir, nous allons voir non pas du catch (c’est faux), mais du basket (c’est vrai). C’est l’occasion de faire un peu de repérage dans ce bâtiment que nous pénétrerons par quatre fois lors de notre séjour. Je ne vous dévoilerai pas notre astuce, mais nos fessiers se sont posées dans les rangés au bord du terrain, juste derrière le banc des Grizzlies (l’équipe préférée de Jyskal, qui perdra largement ce soir). Nos sympathiques voisins de sièges sont des fans hardcore de la WWE puisque Madame compte se déguiser en Sheamus pour Axxess pendant que Monsieur jubile à l’idée d’enfiler son costume de Bayley (sic). On est clairement crevés, mais l’ambiance sport et spectacle à l’américaine nous maintient éveillés. Surtout qu’une jolie première rencontre s’offre à nous quand Titus O’Neill (qui n’a pas encore disparu sous le tablier du ring) se pose à proximité. L’occasion est trop belle et la mi-temps arrive à point, nous lui tapons la discute avec un selfie, lui souhaitons bon chance pour Wrestlemania, il nous révèle qu’il participera à la Battle Royale et qu’il compte bien la gagner (info exclusive à ce moment là). Ah oui, y’a aussi John Goodman, le mec qui joue dans Roseanne, mais on s’en fout, Hollywood c’est faux.

Bullet Club Level

Pas mal la NBA en ringside, comme sport. Mais vous saviez que c’était faux ?

Cahiers du Catch Worlwide

Jyskal & Jyskalisto

Jeudi

Du catch, y’a pas de problème, on va en bouffer. Mais c’est pas une raison pour ne pas profiter de tout ce que le centre de tourisme de la Nouvelle-Orleans a à nous offrir. La preuve, aujourd’hui c’est journée wrestling-free (à part pour Hank, qui prendra sa première dose à la Evolve le soir-même). Après avoir chopé des délicieux smoothies chocolat caramel de Tante Sally, nous rejoignons le bayou en Uber piloté par un agréable chauffeur dont le fils de cinq ans partage notre passion. Les paysages marécageux et les pavillons paumés défilent sous nos pneus. On saute du pick-up (seul véhicule autorisé dans en Louisiane) au bateau amarré dans les marais. Le moteur ronronne et la ballade à travers les roseaux commence. Les alligators nous font coucou pendant que l’animateur nous faire marrer. On aperçoit une cabane flippante paumée aux abords de la rivière. L’ambiance est chaude, poisseuse, malade. Je m’attends à voir surgir Bray Wyatt à tout moment, se balançant d’avant en arrière sur son rocking chair avant de sonder mon âme en me hurlant de courir. Mais le mangeur de mondes n’est pas encore arrivé, ce qui nous laisse le temps de caresser un bébé alligator en nous délectant une dernière fois de cet improbable endroit.

La famille Ouaillate

« Excusez-moi. J ai un colis pour Sister Abigail. »

« Euh, je reviendrai plus tard. »

Nous mettons à profit le reste de la journée pour explorer le célèbre Vieux Carré Français, son architecture hispanique, ses balcons en fer forgé et ses innombrables bars. Un petit creux nous guide vers le Marché Français, où nous goûtons la célèbre saucisse d’alligator. Je repense au bébé reptilien de ce matin et croque à pleine dents. Trop mignon ! La pellicule photo s’imprègne rapidement quand nous atteignons le quartier du Faubourg-Marigny. Nous nous délestons de quelques dollars en échange de quelques vinyles bien sentis. La ville est clairement aux mains des fans de catch tant il est impossible d’enchaîner dix pas sans croiser un tshirt brandé WWE. Je repense à mon précédent périple en 2013. WrestleMania se tenait dans le New Jersey et New York semblait insensible à la folie de l’événement. Pour achever notre journée de parfaits touristes, nous partons nous encanailler dans les boites de jazz de Frenchmen Street, à l’ambiance moins collante que Bourbon Street dans laquelle nous croiserons Simon Gotch.

C’est sûr, faut aimer les balcons et le fer forgé.

Mordecai ou morts de faim.

Le po’ boy est un sandwich sous-marin originaire de la Louisiane. Il se compose presque toujours de viande, habituellement du bœuf rôti, ou de fruits de mer frits.

Moustache Club.

Vendredi

Les choses sérieuses commencent ! Mon premier show catch, c’est ce soir ! Mais avant ça, direction Tremé, quartier historique des personnes de couleur libres (sic), à l’ambiance créole, aux petits maisons colorés. Cela reste un quartier pauvre, durement frappé par l’ouragan Katrina et qui peine à se relever. Mais il y règne une vibration positive, comme globalement partout dans la ville, qui mérite bien son surnom de Big Easy. Après un détour par le parc Louis Armstrong, dont la statut trône fièrement en son centre, nous tentons en vain de visiter le cimetière adjacent (dorénavant payant – une honte). Mon coeur est brisé, je ne pourrai pas me recueillir sur la tombe de Nicolas Cage (ou de sa carrière). Pour nous venger, nous visitons d’abord un musée vaudou où il est possible de faire une offrande. J’hésite à laisser une capture du site, avant de me raviser en me disant qu’Axl a déjà assez de soucis comme ça. Puis, une maison hantée, dans laquelle un jeune homme a cuisiné sa copine au four. « La Nouvelle-Orléans ce n’est pas que des colliers de fleurs et des fanfares endiablées », déclaré-je à voix haute en sirotant ma bière locale dans un bar adjacent. Je me dis ensuite que Jyskal doit être sacrément beau gosse puisqu’il n’a pas à payer son Pepsi Régime. En partant nous remarquons le drapeau arc-en-ciel qui pare la façade du bar. Quel tombeur !

Colorama.

Lance Armstrong, astronaute.

Les trois poupées Vaudou que j’ai piquées : Axl, Darren et McOcee.

D’ailleurs, cette excursion vaudou a rapidement des répercussions puisque Jyskal, dans une improbable improvisation, nous informe qu’il vient avec nous voir du catch indépendant. A partir de ce moment, je me dis que tout peut arriver. Nous rejoignons donc le Sugar Mill, petite salle des fêtes sans prétention. Au menu de ce soir : la Rev Pro, jeune fédération britannique au nombreux partenariats avec la ROH, la NJPW, la CMLL… Nous vissons nos arrière-trains sur les bleachers (ces fameux bancs en escalier qu’on retrouve dans tous les gymnases de lycées américains) et encourageons Will Ospreay à bondir, Zach Sabre Jr à tordre des doigts et Tanahashi à jour de la air guitar. Quelle surprise également de revoir Danny Burch (NXT) croisé le matin-même devant son hôtel. Un bon gars qui a une sacré poigne ! A la sortie, les catcheurs montent leur petite table de camping pour y vendre leur t-shirt en tapant la discute. Une ambiance à la cool, loin de la machinerie stamfordienne. J’y achète d’ailleurs mon premier t-shirt aux couleurs de la NJPW. La soirée se termine au Cochon Butcher, une brasserie cajun classée #25 sur Trip Advisor (toujours ce standing à respecter).

Monsieur Burch a une sacré poigne !

Bien trop près du ring.

Will Ospreay a battu Kota Ibushi et ça lui convient.

Trent Baretta et Chuck Taylor arrondissent leur fin de mois.

Infidélité à Vince, j’achète un tshirt NJPW.

Samedi

Le catch indépendant c’est sympa et pas cher, mais c’est quand même pas le vrai catch de McMahon. Ou plutôt de Levesque puisque ce soir, nous applaudirons la troupe de la brand jaune : NXT. En attendant, nous grimpons à bord du pittoresque tramway, direction les quartiers riches de Garden District où, requinqués par un énorme Muffuletta, nous admirons pêle-mêle les demeures de John Goodman (croisé au match de basket), Beyoncé (star montante de variété), Anne Rice (écrivaine fétichiste des vampires), de la famille Manning (productrice de quaterbacks depuis 1971) et du Colonel Short (officier britannique obsédé par les épis de maïs).

En parfait babyface, Jyskal vérifie qu’il a bien validé son ticket.

On retrouve le Smoothie King Center, notre deuxième maison. Une hôtesse d’accueil finira d’ailleurs par nous reconnaître et nous saluer tous les soirs. Une amitié peut naitre à chaque travée ! Nous sommes placés dans les gradins , au dessus de la face cam (cette caméra au point rouge que les catcheurs regardent pour faire leur promo). Une vue imprenable sur l’action s’offre à nous. La foule se chauffe aux chants répétitifs de RUSEV DAY et ADAM COLE BABY (rapidement transformé en MICHAEL COLE BABY). Pizza check, bières check. On aperçoit le plateau du préshow, on tente de deviner l’identité des intervenants avant de se dire qu’il est bien tôt quand même pour le préshow. Une révélation se faire alors : le préshow de NXT est en différé ! C’est un brise-coeur, même si on s’en fout un peu quant résonne les premiers notes du générique, signe que la retransmission live commence. Entre temps, les commentateurs sont arrivés plus ou moins sous l’indifférence. Les seuls ayant l’honneur d’applaudissements ce week-end sont Mauro Mauranello et Corey Graves (qui ont leur Titantron !).

À nous les matchs 5* !

Les chants ADAM COLE BABY donnent naissance aux chants MICHAEL COLE BABY (le running gag du weekend). Adam Cole qui ouvre le bal jaune dans le match à échelles où il se frotte à cinq autres opposantes pour l’inauguration du nouveau titre Nord-Américain. Lars Sullivan et Kilian Dain font un concours de grosses couilles poilues, Ricochet tente de se suicider, EC3 montre ses muscles (qu’il a fort saillants) et Velveteen prouve une fois encore qu’il est la future star du roster. Adam Cole en profite pour rafler la mise sous vos applaudissements m’sieurs dames.

Je me rue au stand bières et cornichons avec relais étape à la pissotière. J’entends les premières notes du theme song d’Ember Moon et accélère la cadence. A mon retour, les deux combattantes ont déjà commencé les hostilités, dans ce qui s’apparente à un dernier tour de piste pour l’ancienne championne qui perd par soumission. Mes yeux et mes oreilles saignent encore en repensant à Shayna se remboîtant l’épaule contre le turnbuckle.

La finale du tournoi Dusty Rhodes connait deux périodes. La première complètement foutraque où tout le monde se met sur la gueule dans un grand bordel magnifique. La seconde plus stage, où tout le monde se remet en ordre et où on se rend compte avec difficulté qu’en fait le match n’avait pas vraiment commencé. La trahison finale de l’huître Roderick Strong ajoute un peu de saveur épicée et en rajoute encore une couche dans l’obsession du public pour la faction over d’Orlando.

Aleister Black se soulève dans un nuage de fumée et de cris. On se fait la réflexion qu’à la télévision cela doit paraître plus bad-ass, car vu d’ici, c’est tout riquiqui et sans grande ambition. Ce qui n’est pas le cas du duel qui l’oppose à Cien Almas dans un festival de kicks qui claquent. Zelina fait déjanter tous les gens et son poulain doit abandonner la ceinture jaune après le fatal Black Mass. Un nouveau mâle alpha s’empare du haut de la chaîne alimentaire.

Mais voila, le main-event est aux mains d’une histoire fratricide. Celle qui oppose Johnny Gargano, le valeureux, à Tomasso Ciampa, l’ordure. Le public ne s’y trompe pas puisqu’il conspue copieusement le sale traître, qui va se bouffer tous les jurons possibles et les injures imaginables. Jamais je n’avais assisté à une telle haine du public pour un catcheur. Et la passion que reçoit Gargano est inversement proportionnelle. Les corps explosent sur le bois et le béton, dans un passionnant storytelling qu’on osait plus imaginer à la WWE. La dernière séquence riche en émotions est implacable : Johnny a eu sa vengeance et la foule peut célébrer avec lui, un show d’une qualité exceptionnelle aux extrémités explosives. Bravo !

La foule se déverse dans les rues de la ville. Direction Frenchmen Street, notre spot festif préféré, pour y célébrer les matchs ***** que nous venons de vivre en direct. La bière inonde nos gosiers, les vibrations des trompettes inondent nos oreilles. Depuis notre balcon en fer forgé, nous admirons la folie de la nuit, dont ce bus jaune débordant de jeunes bachelorettes venues fêter leur probable réussite à l’examen. Une locale vient taper la discute, nous explique que les enfants qui parle français se font bully à l’école. On lui apprend des mots dans la langue de molière, tantôt rigolos, tantôt lubriques. Tout le monde rigole. Ce fut une bonne journée.

Faction locale.

Dimanche

Les premiers rayons du soleil viennent nous chatouiller la gueule. La grosse soirée de la veille nous aide à enfin nous caler sur le fuseau horaire puisque nous nous réveillons « pas trop tôt ». Détail de smart : le petit déjeuner est en provenance du Rousey Market. Je m’enfile des céréales et des donuts, mais surtout mon shoot de caféine obligatoire, tout en enregistrant notre Grosse Nalyse de Takeover. Mais aujourd’hui, le planning est serré. Les portes pour Wrestlemania ouvre à 16h et il est évidemment hors de question de manquer le moindre match de préshow. Aussi, quand nous nous retrouvons devant le restaurant repéré le matin même, face à une file d’attente à faire rougir The Humance Centipede III, nous acceptons notre destin avec fatalité : nous mangerons chez Willie’s, le roi du poulet frit. On y fera d’ailleurs une agréable rencontre en la personne d’un cafard rampant. Probablement le fameux Willie.

Photo non contractuelle.

Mais trêve de friture, le plus grand événement de catch ne va pas nous attendre ! Cette fois-ci, c’est au Mercedes-Benz Superdome que la magie opère. L’enceinte est gigantesque, l’ambiance déjà électrique. Avant de passer les portiques de sécurité, je checke une dernière fois mon téléphone. Miracle, ma place supplémentaire a trouvé preneur ! J’y ai perdu de l’argent alors que je pensais en gagner (AH-AH) mais ça paiera les bières. Anecdote cruelle, le type à qui j’ai vendu la place sera (sans le savoir) juste à coté de nous et se gavera en merchandising, probablement ravi de sa bonne opération financière. Si tout le weekend est au main des fans de catch, Wrestlemania reste l’événement le plus folklorique, puisqu’on n’y croise une ribambelle de cosplayers ayant sué sang et eau pour réaliser de généreux déguisements. On croise pêle-mêle les membres du Shield, des rescapés de la Nexus, une Alexa Bliss de dix ans, un Undertaker (merci pour le spoiler mec), un Miz ceinture à l’épaule qui arpent les travées en invectivant la foule et mon préféré : Mankind et sa barquette de frites débordant de fromage fondu. Je croise également  un Samoa Joe, mais je pense que c’était juste un mec qui sortait de la douche.

Par ici !

Nous accédons à notre section, celle juste derrière la section ringside, face à la facecam. Le décorum se dévoile sous nos yeux et nous ne pouvons que nous incliner face à tant de splendeur. Ecrans gigantesques, lumières chatoyantes, foule immense. C’est tout simplement magnifique. Et le plus important : une vue imprenable sur le ring, juste à hauteur d’homme. Nous allons vraiment voir du catch ce soir. On prend des photos, on va chercher des bières. Je remarque des signes Hugger Section sur les chaises opposées et détecte rapidement celui qui les posent. Curieux, je lui demande si c’est lui qui les as imprimés. Il me répond que non, que c’est la prod’ qui les lui a donnés. Un secret innocemment éventé au cœur du plus grand spectacle de magie au monde. Et pour un apprécier un spectacle de magie, il faut être hydraté. Direction les tireuses à bière, déjà assaillies. Moins que la boutique de t-shirts, financièrement intéressante, puisqu’une promo « Le second à 1 euro » est prévue dès le lendemain. On me le fera pas. Evidemment, je commanderai 4 t-shirts au lieu de 2… Bref retour à la binouze, j’esquive avec audace les sports blindés (expérience). Je règle mon dû quand la vendeuse me glisse sa grosse tablette sous le nez au moment du pourboire dont il faut sélectionner le montant parmi une liste de gros boutons colorés. Une grosse enfilade puisque la liste va de à 20% à … 50% ! Je rigole, en sélectionnant la valeur minimum (honteusement élevé) avant de m’apercevoir de la présence discrète d’une option « Montant personnalisé ». Trop tard ! Les enfoirés !

Titantron en mode mardi-gras.

Retourner à sa place est une vraie tannée puisque, dans notre chance, nous avons écopé d’une agent d’accueil zélée qui vérifie (et revérifie) tes billets à chaque passage ; notamment quand tes métacarpiens maintiennent difficilement les six pintes et trois parts de pizzas que tes camarades coquins t’ont envoyé chercher. Le spectacle commence dans la plus triste manière puisque l’ensemble des belligérants de la Bataille Royale masculine descendent la rampe sur une musique générique quelconque. Le combat est étrange à suivre. Notamment « auditivement » parlant. En effet (ce n’était pas une surprise mais ça me surprend tout le temps), sans les commentaires et les répliques des catcheurs, la principale source sonore reste les gros bumps. Et dans un ring avec trente bonhommes qui se baladent sans but en distribuant mollement des bourre pifs dans le vent, autant vous dire que l’ambiance est loin de celle de la TV. Mais les exploits de Dolph Ziggler qui pendouillent toutes les minutes, les quelques kicks et atemi, ainsi qu’évidemment les éliminations, procurent suffisamment de suspense pour chauffer la salle qui continue de s’installer. Le finish est d’ailleurs bien écrit, puisque la présence des précédents vainqueur et l’apparition de Bray Wyatt font exploser le public. La Bataille Royale féminine (NXT ! NXT ! NXT !) et le match cruiserweight continuent sur la même lancée, même si concernant ce dernier, la qualité technique est parfois difficile à apprécier et juger. Une remarque valable pour tout le show.

On est pas mal ici.

L’entrée de Seth Rollins est l’une des plus explosives. Le natif de Buffalo nous met littéralement le feu, au point de sentir la chaleur des flammes de son entrée nous caresser le visage. Je crois même que ma bière est devenue tiède. L’entrée du Miz était marrante et celle de Balor LGBT+ Club nous a rappelé à Jyskal et moi, un souvenir pas si lointain.

Charlotte et Asuka (mon prono osé de main-event) prennent étonnament le relais. L’entrée de la reine est magistrale et la pop pour Asuka est monstrueuse. L’issue du match surprend le stade entier qui s’incline devant l’intense dramaturgie et cet émouvant discours d’Asuka. Charlotte était prête. Nous ne l’étions pas. Et c’était bien.

Ma meilleure imitation de Ronda Rousey.

Aiden English libère ENFIN la foule qui peut ENFIN légitimement s’époumoner sur les chants Rusev Day. Les chants Glorious achèvent nos glottes et nous nous prosternons devant la grandeur du Maharajah moderne (enfin Jyskal et moi quoi). Le match est en retrait mais la victoire d’un heel permet de rythmer différemment la soirée.

La suite est probablement le plus beau coup de Stamford. On aperçoit les motards figurants sous le titantron, spoilant malicieusement l’entrée du couple princier Levesque/McMahon. Kurt Angle marche difficilement mais sous les encouragements. Quant à Ronda Rousey, elle est la cible d’une pop monstrueuse qui n’aura cesse d’amplifier (à juste titre) durant son premier match à la WWE. Tout va se déclencher à l’interaction Ronda et Triple H, quand sous nos yeux écarquillés et dans un brouhaha épique, le CEO ordonne à l’arbitre de s’effacer et les deux en viennent aux mains. Le public entier est debout et ne se rassoira jamais (seul match à bénéficier d’un tel « traitement »). Quand Ronda s’empare du patron et le place sur ses épaules, c’est l’explosion, la foule hurlant face à cette boite de Pandore ouverte sous nos yeux. La victoire finale sublime le kiff d’un public qui ne s’en remettra pas. Chapeau !

Moi et ma modestie sur la plus grande scène d’entre toutes.

Le match triple menace pour le titre Smackdown est plus anecdotique mais bénéficie d’une entrée digne des plus grands chapiteaux, puisqu’une armada de nains escortent le New Day, catapultant des pancakes (à une distance malheureusement trop courte pour Jyskal, qui n’a rien contre les gens de petite taille). Les Bludgeons Brothers n’ont rien de petit, puisque même à vingt mètres de nous, ils paraissent des géants. La ceinture des Usos changent de hanches en moins de temps qu’il ne faut pour dire « penitentiary ».

J’aime bien Goldberg, mais la mise à l’honneur du récent Hall of Fame est surtout l’occasion idéale pour remettre les verres de bière à niveau tout en se soulageant la vessie. Il s’agira là de la seule pause pipi de Jyskal. Un exploit honteusement passé sous silence qui aurait pu lui valoir une naturalisation express et un stage à la caserne, s’il ne disposait pas déjà de papiers en règle et d’un statut de cadre.

A notre retour, John Cena, que Jyskal avait en ligne de mire plus tôt dans la soirée, quand le Marine s’était assis avec le peuple, d’ailleurs c’est incroyable cette faculté à reconnaître le crane du seize fois champion… Bref John Cena est impoliment interrompu par Elias (un autre adoré des foules). C’est l’excitation dans la foule. Un frémissement de plus en plus fort se fait ressentir à mesure que la probabilité que The Undertaker apparaisse (ou non). On rigole bien avec ce saltimbanque à guitare, mais on commence à y croire nous à l’invocation du fossoyeur ! Et à raison, puisque le stade explose au premier gong retentissant sous les jets de flammes. John Cena est dorénavant le seul à ne pas y croire, mais il est là. The Undertaker est bien là ! Le duel est une courte formalité qui suffit au bonheur des 78 133 spectateurs.

Section Calins

L’autre source de bonheur, c’est évidemment le retour au ring de l’ancien jeune retraité : Daniel Bryan. Le vegan parvient à soulever le fessier des bouffeurs d’alligator sans peine. Il est rejoint par Shane (dont la popularité m’est étrangère) et par les fourbes de Canadiens qui attaquent par derrière. La leçon est donnée, même si les dix minutes de Bryan passées sur le brancard refroidit bêtement le stade qui se réchauffera au retour du retour du retour de la chèvre invincible. Pari gagné pour le comeback le plus attendu de l’année.

Des chèvres, elle en fait son quatre heures, c’est Nia Jax. La victime de grossophobie a toute la peine du monde à se débarrasser de la méchante bully Alexa Bliss (on en rit aujourd’hui). Le match est inutilement long, là où un simple squash aurait était bienvenu. Mais la victoire de la cousine éloignée de Dwayne fait visiblement plaisir, puisque nous nous sentons biens seuls à bouder ce résultat prévisible. Et puis elle était habillée n’importe comment.

Quand le theme song de Nakamura retentit, nous sommes loin d’imaginer que nous l’entendons pour la dernière fois, dans cette forme. Sa rencontre avec AJ Styles sur la plus grande scène d’entre toutes est loin du dream match survendu depuis des semaines. Le starpower est là et la passe d’armes est solide, mais l’intensité n’atteint pas les sommets. Aussi, quand le japonais fait des ronds de jambes bien cérémonieux pour remettre la ceinture à l’Américain, on a une gênante impression de déjà vu. Jusqu’au célèbre coup de poing dans les couilles dont on ne se doute pas encore, naïfs que nous sommes, qu’il est le premier d’une longue série. Telle la Mer Rouge face à Moise, la salle se divise en deux. Une moitié hue ce geste incorrect, l’autre applaudit ce sursaut de caractère. Personnellement, je suis dubitatif, ce qui reste pertinent pour une histoire de couilles.

KO Mania

Un autre mystère se lève ce soir. Face à The Bar, le monstre Braun Strowman révèle son partenaire. Il s’empare du micro, invective la foule et dévoile que NOUS serons son partenaire. Il traverse les allées, ignore les grands gestes que nous lui adressons et choisit … un gamin. Nicholas, 11 ans, devient le représentant de tous les fans. Le rêve atteint son apothéose quand le Monstre et l’Enfant (palme d’or) raflent la mise. Nicholas ! Nicholas ! célèbre-t-on, ravis de ce petit amusement.

L’autre monstre se nomme Brock Lesnar. Mais ce n’est pas le monstre qui concentre les huées du public, mais bien le chevalier blanc venu le pourfendre : Roman Reigns. La tâche du Samoan est gigantesque, impossible. Dans une broncha mêlée de colère et d’indifférence, face à un duel gadget-o-finisher, la foule saborde complètement la rencontre, du moins dans nos travées. Je suis atteint de frustration à mon tour, car même si je désavoue la WWE dans son entêtement contre-productif, cette ambiance de sabotage et de revendications annihile toute chance de profiter des conditions propres à un main-event. C’était perdu d’avance, mais ça fait chier quand même. Même si celui que ca fait le plus chier dans cette histoire, c’est Jyskal, dont le visage se décompose en direct face à la cruelle défaite de Roman Reigns. Un image capturée avec malice par les caméras de la WWE et qui hantera pour toujours votre abonnement au Network.

Après la Miz Girl, le Brock Boy.

Ainsi s’achève le plus grand spectacle de catch de l’année. Les plus pressés se ruent vers les parkings pendant que nous profitons jusqu’à la dernière goutte du tombé de rideau final. Malgré ce dessert indigeste (une spécialité américaine à en croire l’innommable tiramisu mangé la veille), la bonne ambiance porte les milliers de fans hors du stade et se déverse progressivement dans la ville. Un petit malin vend des photos dédicacés de Nicholas pour 20 dollars. Mais nous gardons nos précieux billets verts (même si j’ai tout réglé par carte) pour la vraie célébration, celle à base de bières, de crevettes frites et de porcs marinés ! Nous regagnons par la suite notre appartement, refaisons le match autour d’une dernière binouze avant de nous abandonner aux bras de Morphée qui prendra le temps d’un soir le doux visage satisfait de Vince McMahon.

Bye !

Lundi

Lendemain de WrestleMania, lendemain de soirée. Si Jyskal trouve la détermination d’aller à l’autre bout de la ville pour manger des pancakes (ce que je comprends, jaloux, je ferai la même le lendemain). Hank et moi privilégions le bol de céréales et les bouteilles de lait de 10 litres Made in USA. Les krispie’s disparaissent à mesure que nous partageons en direct notre review du Showcase of the Immortals pour le podcast Catch’up! Le programme de l’après-midi est tranquilo : nous avalons notre énième Po’Boy avant de rejoindre le Steamboat Natchez pour une ballade digestive sur le Mississipi. Le soleil est généreux (plus que prévu, on annonçait des tempêtes d’orages !), les notes jazzy résonnent depuis le grand salon et la salle des machines nous dévoilent ses entrailles. Je sirote une bière locale en prenant le temps de ne rien faire d’autre. Après ce marathon physique, je l’ai bien mérité. C’est en tout cas la réflexion que je m’autorise en me laissant emporter par les paysages tranquilles de la Louisiane.

Heel-turn.

Monsieur Gable que je recroiserai plus tard poussant une poussette dans les rues de New Orleans. #FêteDesPères

Une séance shopping se glisse avant de rejoindre pour la troisième fois le Smoothie King Center (notre meilleur ami). Ce soir, le show rouge est à l’honneur pour le célèbre « Raw du lendemain ». Et nous ne serons pas déçus. C’est assis à la meilleur place des gradins (d’après le sympathique vigile qui y travaille depuis des années), que nous nous laissons surprendre et divertir par l’arrivée de Bobby Lashley (déjà sans programme), amuser par la clé de bras de Ronda Rousey sur Stephanie, la montée de Ember Moon, le hoo train de No Way José. Mais le vrai patron, c’est Seth Rollins, véritable monsieur loyal et nouveau cœur du show rouge. Quand les caméras s’éteignent, c’est lui, le champion Intercontinental qui adresse sa reconnaissance et ses remerciements au public, chauffe la salle comme si on avait pas encore commencé et autorise enfin les beach-balls à voler (à les compter, j’ai loupé une commande groupée). Seth is The Man, car quand le rideau se baisse, c’est lui qui reste.

« Le Raw du lendemain. »

Mardi

Dernier jour avant départ. Dernier show avant clap final. Dernière excursion également, puisque nous embarquons cette fois ci non pas dans un bateau à roue, mais dans un car en direction des plantations. Celle d’Oak Alley pour être précis, rendue célèbre par le monument cinématographique Autant en emporte le vent. Le trajet s’accompagne des anecdotes distrayantes du guide. Armés de nos appareils photos, nous remarquons que nous roulons depuis vingt minutes sur une voie rapide bâtie sur … les marécages ! C’est donc ça le gilet de sauvetage sous mon siège ? La plantation se révèle, imposante, calme et évidemment chargée en histoire passionnément fictive, affreusement réelle. La merveilleuse allée de chênes impose la ballade et la contemplation, la réflexion et le selfie. Juste le temps de siroter un cocktail sur mesure avec des amis improvisées avec qui nous formons une ligue de rébellion face au guide qui tente de nous siffler une heure de visite, qu’il faut déjà repartir.

A l’ombre des géants.

C’est ainsi que pour la quatrième et dernière fois, nous pénétrons l’enceinte de cette arena qui nous aura tant fait vibrer. Un dernier mot échangé avec cette vieille dame postée encore et toujours au même escalator, une dernière pizza, une dernière bière à quinze dollars. Un dernier kiff avant de partir. Et ce kiff est bleu, comme le show que je suis assidûment depuis deux ans maintenant. Les gradins sont plus parsemés, les bâches recouvrent honteusement des sections entières. On sent que nous sommes entre valeureux, ceuc qui ne lachent rien, ceux qui veulent voir tout. Ceux qui finissent leur verre. Et nous faisons bien, car c’est aujourd’hui que Carmella a décidé d’encaisser sa mallette avec succès. Si j’avais manqué – avec un petit regret saupoudré de beaucoup d’humour – le cash-in de Dolph Ziggler, ce soir la faille est réparée. On s’amuse bien ce soir avec ces supporters british qui s’étonnent que Jyskal connaisse les équipes de troisième ligue anglaise, avec ce guerrier épuisé qui fait sa sieste ringside et devient la coqueluche de tout une arène, avec les montées qui valide complètement notre pronostics. Je souris encore de cet Allemand, smart solide, qui prévoyait la montée de Undisputed Era. Ca lui fait une belle paire au teuton ! Le show nous montre un peu son envers du décor quand le staff déroule le tapis de Jinder, retend les cordes ou change le tapis. Le dark match se termine et nos verre sont vides ; Smackdown, dorénavant dirigée par Paige, s’achève et notre marathon catch avec lui.

« Le B-Show »

Nous allons délibérément nous perdre une dernière fois dans le Carré Français. Une lumière verte nous attire et nous posons nos fessiers dans un piano-bar irlandais. Décalage totale quand les hymnes de l’île d’émeraude noient joyeusement la salle. Nous vidons nos verres en buvant des cocktails et nos poches en réclamant des chansons. Les duels de pianistes nous ouvrent le cœur. Il règne une ambiance folklorique de fin du monde et c’est avec beaucoup de poésie – et les semelles collées – que nous nous occupons de la fermeture du bar. Le spectacle est terminée ! Hips !

La fête est finie.

Mercredi

Hank a disparu. Avec un vol pour New-York à cinq heures du matin, il a quitté l’appartement sur la pointe des pieds. Nos crânes encastrés dans le mur du hangover lui disent merci. L’expédition au Café du Monde (royaume des beignets) est annulée faute de motivation (et parce que quand même,j’ai mal aux cheveux, pas toi ?). On charge les valises. Direction l’aéroport où, évidemment, ça ne se passe pas en douceur puisque je disparais de certaines listes d’embarquement, réapparais sur d’autres, avant de pouvoir enfin rejoindre Jyskal, qui lui est monté avec le tapis rouge et les confettis. Les roues de l’avion se détachent du sol avec cruauté, mais nous sommes déjà impatients de nous poser (et nous reposer). Douze heures plus tard, c’est en France et au petit matin, que nous nous séparons. Une dernière discussion avec un chauffeur de taxi, avant que la porte de mon foyer ne s’ouvre. Derrière, c’est ma fille de trois ans qui me saute dans les bras. Elle me demande « C’est quoi ça papa ? ». J’observe le masque de luchador froissé.

Ça ma fille, c’était WrestleMania.

Et quand est-ce qu’on y retourne ?

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